Note : Coucou, merci beaucoup à tous ceux qui lisent et qui commentent ! On retrouve un peu Daenerys, qui est... comment dire ? Plutôt en forme...

Bonne lecture

Chapitre 35: Daenerys

-Tout ira mieux lorsque nous serons à terre, tenta de rassurer la Septa des Jumeaux, alors qu'une violente embardée les projetait contre la parroie de la cabine du bateau qui les menait à Port-réal. Comme à son habitude, Aeron ne faisait pas un bruit mais Daenerys avait l'impression de lire de l'agacement sur son petit visage alors qu'ils étaient tous ballotés par les vagues. Heureusement que le trajet était court. Rhaelina en revanche hurlait de toute la force de ses poumons, rejetant immédiatement tout ce qu'elle avalait.

Daenerys se fit la réflexion qu'elle aurait dû les laisser avec Verre À Peyrdragon, elle ne leur aurait fait aucun mal, mais elle avait peur qu'ils l'oublient si elle les quittait trop longtemps. Et puis, des dragons devaient être élevés par des dragons, et non des gens du peuple. Ne serai-ce que pour un mois, qui pouvait savoir les dégâts que cela pourrait leur causer. La voix de Jon souffla dans sa tête que cela leur aurait sans doute fait moins de mal qu'un voyage en bateau sur une mer agitée. Elle le repoussa. Jon les avait abandonné et ne donnait plus signe de vie. Cela lui faisait mal mais plus que tout elle était en colère. Soudain, l'atmosphère de la cabine, l'odeur de lait rance et de vomi d'enfant, et les cris stridents de sa fille lui devinrent intolérables. Elle passa Rhaelina à la Septa, et attrapa le bébé plus calme dans ses bras. Autant tenir Rhaelina lui faisait toujours penser à Jon, et lui brisait le cœur, autan Aeron avait un effet calmant sur ses nerfs.

Elle sortit sur le pont, la matinée était déjà bien avancée et le port de la capitale n'était sans doute plus qu'à une heure de distance d'elle. Une pluie fine goûtait sur le vaisseau, mais Daenerys eut la satisfaction de voir qu'elle n'était pas glacée, et qu'au loin, la ville de Port-réal et ses alentours n'étaient pas recouvertes du blanc de la neige. Les marins Essossiens la saluèrent avec déférence, elle se rappela que pour eux, elle était encore Daenerys du Typhon, la mère des dragons, la briseuse de chaînes, leur Khalissi, et la reine légitime de Westeros. Tout cela, lui semblait si lointain et pourtant toujours à portée de mains. Lorsqu'elle posa son regard sur l'enfant dans ses bras et qu'elle trouva ses yeux violets fixés avec attention sur elle, elle se dit que tout était encore possible.

Le peuple de Port-Réal n'avait après tout pas rejeté son règne, simplement, pour quelques hérétiques religieux, son mariage à Jon. Et puis Drogon pouvait revenir. Elle avait envoyé une lettre à la main du roi, Lady Genna pour requérir un entretient avec le conseil restreint et l'avait obtenu. Elle n'avait pas encore vingt-cinq ans, les hommes l'admiraient encore.

-je n'arrive toujours pas à croire qu'un vieux marin esquinté ait pu te ravir le trône de fer, souffla une voix grave dans son oreille.

Daario. Daario Naharis. Les choses avaient été si simples. Elle lui avait écrit. Il régentait toujours la baie des dragons, et lui avait raconté toute son histoire, et son plan. Sans hésiter, il s'était mis à sa disposition et était venu la chercher avec un de ses bateaux des cités libres.

-Ce n'est pas exactement comme ça que ça s'est passé, contredit-elle.

-Oui, ton mari et ta main se sont retournés contre toi à cause d'un groupe de mômes qui se prennent pour des loups, rétorqua Daario avec un sourire, à tes ordres, je les éliminerai tous.

Daenerys sentit les muscles de ses mâchoires se décrisper, Daario ne savait pas de quoi il parlait, il ne savait pas que peut-être, Daenerys avait donné des raisons à ses gens de se rebeller contre elle. Ou plus exactement, peu importait à ses yeux, pour lui, elle était légitime parce qu'elle était elle, il n'avait besoin de rien d'autre.

-Assez, sourit-elle, ici, il semble qu'on ne règle pas les choses par le meurtre. Mais ton soutien m'est précieux, tu m'est resté fidèle alors même que je me mariais à un autre, tu as dirigé la Baie des dragons pour moi.

-Je te l'ai dit, je me fiche de savoir quel seigneur parfumé se tient avec toi dans la salle du trône. Je ne veux pas de couronne. C'est toi que je veux. Daenerys soupira intérieurement. Daario ne savait pas vraiment que Jon n'était pas n'importe quel "seigneur parfumé" comme il les avait déjà appelé avant son départ pour Westeros, Jon était ce que son cœur avait voulu plus que tout, ce qu'elle voulait sans doute encore. Mais à quoi bon le détromper ? Après tout, Daenerys avait ressenti quelque chose, en un temps pour Daario, cela pourrait revenir. En fait, l'admiration solennelle qui s'échappait de ses mots, le charme de ses traits Tyrosh, et son regard ardent semblaient réveiller une plus jeune Daenerys, moins sombre, qu'elle croyait perdue.

Alors, lorsqu'il se pencha pour l'embrasser, elle ne le repoussa pas, ses lèvres avaient le goût des embreins et la ferveur d'une passion joyeuse et non le désespoir sans fin de Jon.

-Nous arriverons dans quelques minutes, l'informa-t-il ensuite, s'en tient-on à ce qui est prévu ?

-Oui, confirma-t-elle, la vérité, tu es le régent de la baie des dragons, tu propose de commercer avec eux, et je ferai le reste.

-À vos ordres ma reine, pérora-t-il, en embrassant sa main, je vais donner les consignes à mes hommes pour notre arrivée, à plus tard, et à plus tard, Prince Aeron, fit-il en attrapant la menotte du bébé dans ses bras. Il lui fit un clin d'œil espiègle.

-Tu n'es pas jaloux ? demanda-t-elle, essayant de cacher sa déception.

-Ho si, je le suis, grogna-t-il, en se renfrognant, mais c'est ta décision et si tu penses que ce Jon Stark ou Snow ou Targaryen quelque soit son nom peut te permettre d'apaiser des opposants et bien je me contenterai de ce que tu voudras bien me donner. En plus, ce petit te ressembles.

Daenerys ne put retenir son sourire. Elle constata que Aeron avait fermé les yeux, sans doute fatigué de tenter de comprendre l'attitude étrange de sa mère et de cet étranger. Elle alla le confier aux soins de sa septa pour pouvoir débarquer avec l'image d'une reine et non d'une mère fragile.

Lorsqu'elle posa le pied à terre et fut reçue par le conseil restreint qui avait daigné descendre au port pour l'accueillir. Daenerys se conforta dans l'idée qu'il était tant qu'elle intervienne. Les habitants du donjon rouge n'avaient pas fier allure.

Certes, les sept chevaliers de la garde royales étaient tout de blancs vêtus, mais à leur mines empreinté, on voyait tout de suite que les pauvres garçons avaient été ramassés au hasard dans les rues de Port-réal, très certainement par le roi lui-même, qui, en tant qu'ancien contrebandier, avait cherché à apporté un peu de familiarité au palais. Willas Tyrell se pavanait dans un doublé couleur or qui lui donnait l'air d'un tournesol rabougri et il la fixait avec admiration. Lady Yara, avait du moins le mérite d'être armée d'une dague dont elle savait se servir et d'avoir l'air totalement exaspéré par le fait de devoir respirer le même air que Willas. Le couple royale souriait avec méfiance, la femme de Lord Davos ne devait pas avoir atteint la cinquantaine mais elle portait une lourde robe de laine, plus adaptée à la femme d'un marchand qu'à celle d'un roi, et son mari, à côté d'elle était ridé et vieilli avant l'heure par la mer et les guerres. Daenerys ne put nier qu'il avait un air bon sur son visage buriné et put comprendre ce que le peuple voyait en lui. Néanmoins la seule qui aurait réellement pu passer pour la membre d'une délégation officielle de dignitaires était Lady Genna. Elle était très grande, au moins deux têtes de plus que Daenerys, et sa robe rouge semblait crier la devise de sa maison d'origine : "Entendez-moi rugir". Elle était en charge de la situation, cela se sentait.

-Lady Daenerys, saluèrent-ils, en s'inclinant lorsqu'elle descendit. Pas très protocolaire, mais ils avaient survécu à une guerre ensemble. Ou étaient trop désabusés pour se soucier de ce genre de détails.

-Alors vous vous ennuyiez à Peyrdragon ? demanda insolemment lady Yara, est-ce que vous avez emmené vos enfants ? Est-ce qu'on peut les voir ?

Radoucie, Daenerys fit signe à la septa et à la dame de compagnie qui portaient chacune un des enfants d'avancer.

-Voici Aeron et Rhaelina, présenta-t-elle fièrement.

Lady Yara se pencha un instant, leur sourit tour à tour, Aeron se contenta de soutenir son regard, alors que Rhaelina gazouillait joyeusement en ouvrant très grands ses yeux violets.

-Impressionnant, commenta Lady Genna, ils vous ressemblent comme deux goutes d'eau. Mais qui est cet homme qui vous accompagne ?

-Je suis Daario Naharis, Milady, régent de la baie des Dragons en l'absence de Daenerys Targaryen, s'expliqua Daario, en exécutant une révérence à l'adresse du roi et de sa Main, je suis ici pour négocier des accords de commerce avec vous, nous avons des fruits rares dans les cités libres, des épices et du vin, de la soie...

L'intérêt de Lord Davos s'anima quelque peu,

-Bienvenu à vous tous, alors, souhaita le roi, je vous propose de regagner le palais, le voyage a dû être fatiguant.

Daenerys remarqua que les chevaliers de la garde et même les membres du conseil jetaient des regards nerveux alentours, comme s'ils craignaient d'être remarqués par le peuple. C'était pathétique. Les choses s'étaient-elles envenimées au point que les habitants du palais ne pouvaient plus sortir que sous escorte nombreuse ? Ou était-ce qu'ils craignaient que les gens ne remarquent sa présence à elle, et que cela leur donne des idées de révolte ?

Elle monta dans une litière avec Lady Genna ainsi que ses enfants et leurs nourrices. Elle fit signe à Daario, à qui Yara avait prêté un cheval de se tenir près en cas de problème.

Elle fut agacée de constater que les réparations et le redémarrage économique semblaient en tout cas suivre leur cours dans la capitale. Des ouvriers et des marchands s'affairaient dans des rues animés que la nouvelle tiédeur de l'air rendait plus accueillante pour les passants qui ne grelottait pas et qui portaient des vêtements assez chauds malgré l'absence de neige.

-Les fourrures nous viennent du Nord, apprit inutilement Lady Genna qui avait apparemment suivi son regard, Lady Sansa Stark nous les fournit en échange de denrées alimentaires. Bientôt, le commerce entre le Nord et le sud sera plus important qu'il ne l'a jamais été de toute l'histoire des sept couronnes.

-Peyrdragon a de l'acier Valyrien, rétorqua Daenerys.

-Certes, admit Lady Genna, écoutez, je ne vous ai jamais rencontré, je ne me suis pas encore fait d'avis personnel définitif sur vous, mais je voudrais que nous allions droit au but dans nos discussions. Je suis trop âgée pour jouer à ces jeux de coure auxquels j'ai participé pendant des années. Avec le peuple, passe encore. Mais pas avec vous.

Lady Genna tira le rideau de pourpre de la vitre de la calèche pour qu'il les masques au passant.

-Vous savez que la couronne me revient de droit ? interrogea Daenerys alors que leur litière continuait de progresser sur la rue pavée.

-Oui, acquiesça-t-elle, mais le droit de naissance n'est plus appliqué, la loi a changé, vous pourrez toujours vous présenter au prochaines élections, si les habitants de votre région approuvent votre candidature. Et dans votre cas, votre région comporte Port-Réal. Si vous voulez gouverner ce pays, faites le en jouant avec ses règles.

Lady Genna se tenait fièrement assise en face d'elle et Daenerys dut se retenir de crier, après tout ses enfants et deux autres femmes étaient dans la calèche avec elles, et n'avaient pas besoin de savoir à quel point Daenerys était en colère.

-Le nouveau système est le fruit des élucubrations de votre neveu Tyrion et de Sansa Stark, affirma Daenerys.

-Lord Tyrion était votre main, et Lady Sansa est de votre famille depuis que vous avez épousé Jon Snow, rappela sardoniquement Lady Genna, en plus, la plupart des gens sont satisfaits de ce système, il laisse leurs chances aux plus humbles et il empêche l'instauration d'un pouvoir tyrannique.

-C'était simplement un moyen de m'empêcher de garder le pouvoir, s'offusqua Daenerys, votre neveu me regardait comme tous les autres avant que nous soyons dans le Nord avec Sansa Stark.

Genna fut prise d'un rire étrange, à la fois fort et sans véritable joie, mais tout de même assez vivant pour faire réagir la petite Rhaelina qui se mit à rire elle aussi. Le son avait quelque chose de chaleureux dans l'espace confiné. Ce rire de bébé mélangé à celui d'une femme d'âge mûre, comme une grand-mère et sa petite-fille. Rhaelina était une véritable éponge émotionnelle, s'imprégnant entièrement de l'humeur de ceux qui l'entouraient, cela risquait de la rendre fragile, s'inquiéta sa mère.

-Alors c'est ça ? poursuivit Genna, en posant son regard vert amusé sur Daenerys, c'est de la jalousie ? Parce que cette fille, plus jeune, moins fortunée et sans doute moins impressionnante, vous a privé de l'attention d'un énième soupirant ?

Daenerys secoua rageusement la tête. Ce n'était pas ça, pas du tout, ou peut-être que, un peu, mais non car tout ce qu'elle avait voulu de Tyrion était son conseil:

-Lord Tyrion était ma main et il a abandonné ses fonctions parce que j'avais eu un différend avec Lady Sansa, plaida-t-elle, pas la peine d'expliquer les détails les plus crus, comme le fait que la fille, après avoir failli être tué par son dragon était venue à son aide en racontant des sottises à propos d'une meute qu'elle devrait protéger.

-Je ne suis pas en train de dire que Tyrion est irréprochable, convint Lady Genna, mais il connaît cette Sansa depuis plus longtemps que vous, vous savez qu'ils avaient été mariés de force, il le nierait sans doute par fierté mais je suis sûr qu'il avait pris son serment au sérieux et qu'il croyait être de sa responsabilité de la protéger... il a toujours eu un faible pour les créatures brisées, C'est Jaime et son foutu code d'honneur qui a dû lui apprendre ça... toujours est-il que je l'ai rencontré et que je lis ses lettres, et la petite m'a l'air censée, plutôt intelligente, juste assez manipulatrice, forte pour autrui, et pas décidée du tout à prendre ce trône pour l'instant. Ne prenez pas tout personnellement.

-Difficile à faire quand mon mari préfère aller rejoindre les Stark plutôt que de rester avec moi et ses enfants.

Les traits de la Main du roi s'adoucirent, quelque chose comme de la compassion y passa. Daenerys se dit que sans doute, elle aussi avait fait les frais du manque d'amour dans sa vie. Elle était rude et cynique, comme ses deux neveux que la Targaryen connaissait, et elle essaya de se l'imaginer en jeune fille douce et sensible et ne le put pas. Daenerys lui ressemblerait-elle un jour ? Perdrait-elle son idéalisme, ses convictions ? En même temps, la vieille femme était imposante et ne se laissait pas dicter sa conduite.

La calèche s'arrêta dans la coure du château, Daenerys prit sa fille dans ses bras tandis que Lady Genna demandait la permission de tenir un instant Aeron. La jeune mère la jaugeA, ses mains étaient vides et propres, rien qui puisse empoisonner son fils, ses yeux en revanche brillaient d'une certaine nostalgie, elle accepta.

Alors que l'on déchargeait les affaires de Daenerys et que ceux qui étaient revenus à cheval descendaient, elles se tinrent toutes deux-là et comme le brouhaha ambiant rendait tout échange privé, Genna Fray née Lannister lui conseilla:

-Par pitié, ne faites pas tourner cette bagarre entre filles en un conflit entre deux reines, c'est un manque de respect envers tous ces pauvres gens à qui nous mentons tous les jours pour notre tranquillité à tous, au moins leur devons-nous la faveur de nous disputer le pouvoir politique pour des raisons politiques.

-Ça ferait de bonnes chansons pourtant, s'esclaffa Lady Yara, qui venait de poser le pied à terre, les gens parleraient de la reine de feu et de celle de glace... les poètes compareraient leurs mérites.

Daenerys se retint de sourire, elle aimait bien Lady Yara, malgré son impertinence.

Il fallut peu de temps pour que le conseil ainsi que Daenerys et Daario Naharis se réunissent pour un repas. Deux chevaliers de la garde se tenaient debout en position, prêts à défendre le roi si Daenerys avait eu la folie de tenter quelque chose contre lui dans ce cadre.

-Lady Daenerys, je suis heureux de vous voir mieux qu'à notre dernière rencontre, balbutia Davos, gêné, en effet, la dernière fois qu'ils avaient parlé, ils étaient dans des positions inverses, elle était souveraine et lui un simple conseiller.

-Merci, fit-elle, ne pouvant se résoudre à utiliser son titre, je pense que vous comprenez qu'avec votre nouveau système, votre position sera remise en jeu. J'ai le droit de me présenter aux prochaines élections, comme tout un chacun, si les habitants de ma région soutiennent ma candidature.

Davos afficha un sourire las en enfournant un morceau de la viande sèche qui leur était servie. Sans doute du sanglier, remarqua-t-elle en même temps.

-Je suis conscient de tout cela Milady, assura-t-il, en posant sur elle un regard amical et j'espère bien que d'ici aux prochaines élections, une personne sera en mesure de reprendre ce poste. J'ai désormais un château dans les terres de l'est, et il me tarde d'y passer une retraite paisible. Mais pour l'heure ma place est ici, la guerre qui a déchiré Westeros ces presque sept dernières années a décimé la génération des anciens dirigeants et leurs enfants dont vous faites partie, ont dû grandir dans ce contexte compliqué, Lady Genna et moi devons tenir la boutique jusqu'à ce que des jeunes gens soient prêts à le faire.

-Je souhaiterai avoir une place au conseil restreint, lâcha Daenerys sans pouvoir se retenir plus longtemps.

-Et moi je voudrais l'indépendance des îles de fer, rétorqua Lady Yara, d'un ton sarcastique, sous-entendant clairement qu'elle rêvait.

-Je vous l'avez promis, murmura alors Daenerys, et je suis toujours pour qu'on vous l'accorde.

-D'autant que dans ce cas, si Daenerys avait des chances de devenir reine, si elle était au conseil restreint, les cités libres pourraient envisager d'accepter de s'unifier à Westeros, remarqua légèrement Daario Naharis, debout, appuyé nonchalamment contre un mur.

Ils avaient réussi à éveiller l'intérêt de leurs interlocuteurs, Daenerys le voyait bien à la façon dont ils s'étaient tous redressés imperceptiblement.

-Et pourquoi échangerions-nous les îles de fer contre les cités libres ? demanda Genna, en remuant un sourcil, l'air vraiment curieuse.

-D'abord parce que les îles de fer veulent partir alors que les cités libres veulent nous rejoindre, proposa Daenerys.

-Dans la baie des dragons, les gens adulent Daenerys Targaryen, précisa Daario, ils feraient n'importe quoi si elle leur demandait. Il me semble que les fer-nés sont plutôt récalcitrants, qu'ils ne cessent de se rebeller, qu'ils pillent les paysans et ne causent que des dégâts.

-Il faudra faire voter les gens pour s'en assurer, marmonna Davos, comme s'il avait oublié leur présence.

-Pas si vite, votre majesté, rattrapa rapidement Genna Lannister, je peux voir l'intérêt de votre proposition. Mais que pourriez-vous apporter au conseil ? Surtout que Lady Yara nous aura quitté.

Daenerys savait quoi répondre:

-Je suis une Targaryen, débuta-t-elle, pour beaucoup, cela sera rassurant de voir que vous ne me tenez pas à l'écart, de voir que tout le monde a une place, d'autant qu'à Essos, les gens seront plus prompt à négocier avec moi ou Daario Naharis pour les traités commerciaux, je sais parler et gouverner un peuple, un jour, mon dragon reviendra.

-J'accepte, clama Lady Yara avec empressement, lui tendant la main. Daenerys la saisiT, ravie.

-Ce n'est pas à vous de prendre cette décision, rappela doucement Lord Davos, mais il est vrai que nous devrions y réfléchir.

-Et Peyrdragon ? interrogea Genna.

-Il y reste des conseillers proches mais de toute façon il n'y a pas vraiment de large région qui en dépende, rappela Daenerys, c'était censé être la seconde résidence des Targaryen, lorsqu'ils voulaient quitter la capitale.

Daenerys marquait de plus en plus de points, elle le sentait ne serai-ce que par les regards qu'échangeaient Davos et Genna.

-Jon vous rejoindrez ici alors ? pensa deviner Lord Davos, un sourire éclaira ses traits à l'idée d'avoir le jeune homme amical auprès d'eux.

-Pas dans l'immédiat, il est dans le Nord, il ne sera pas de retour de sitôt, argua sèchement Daenerys qui ne voulait pas s'appesantir sur la question de Jon.

Voulait-elle qu'il la rejoigne ? Bien-sûr il était le père des jumeaux et rien que l'idée de ne plus être dans ses bras la rendait malade. D'un autre côté, politiquement, il serait peut-être plus sage de le faire rester à Peyrdragon, où il ne risquerait pas d'interférer avec ses plans. Après tout, c'était depuis qu'ils l'associaient à Jon que les gens ne lui faisaient pas confiance, sans doute à cause de cette histoire d'inceste. Pourtant, c'était devenu une tradition chez les Targaryen depuis des siècles, pourquoi tout à coup, serai-ce répréhensible aux yeux de la multitude ?

D'un autre côté, elle avait besoin de Daario Naharis pour l'instant, sous plusieurs aspects, et là encore, le retour de Jon mettrait un obstacle entre eux.

-Nous devons en discuter en privé Lady Daenerys, s'excusa Davos, gêné, mais il semble que votre proposition soit honnête.

Daenerys déglutit avec difficulté, elle détestait toujours autant le titre de Lady, ce n'était pas ce qu'elle était. Plusieurs personnes le remarquèrent, Genna Lannister qui dissimula un sourire amusé, Lady Yara que les manières de la coure insupportaient pour les raisons opposées à celles de Daenerys, alors que Yara trouvait le terme trop informel, Daenerys considérait qu'il ne recouvrait pas vraiment ce qu'elle était, que c'était un manque de respect qu'on ne se serait certes pas permis si elle avait encore eu son dragon.

Daario s'était raidi, lui aussi était habitué à ce qu'on traite Daenerys avec plus d'égard, mais elle lui fit un signe imperceptible pour l'inciter au calme.

-Bien, Lady Yara,va vous raccompagner à vos appartements.

Daenerys l'invita à dîner avec elle et Daario, pressentant qu'il n'y aurait pas pour l'instant de repas officiel avec la famille royale et les membres du conseil, pas avant que Genna et Davos ne se soient chamailler pendant plusieurs heurs avant d'approuver sa place au conseil. Elle n'invita pas son ancien espion le cousin du Tyrelll, D'haut-jardin, elle n'avait plus besoin de lui.

Yara avait des manières exubérantes, elle se percha nonchalamant sur un canapé, posant sans cérémonie ses bottes souillées de boue sur la petite table ou avait était déposé leurs verres, à côté de ses lourdes chaussures, ceux-ci paraissaient encore plus fragile et susceptibles d'être brisés à tout moment. Encore moins domestiqué que Daario, songea-t-elle, alors que celui-ci s'asseyait un peu trop près d'elle sur le canapé opposé à celui de Yara.

-J'avoue que c'est bien joué, débuta la fer-née, je ne pensais pas que vous pourriez remonter la pente aussi facilement après le drame que vous avez causé au pays des loups.

-Je n'ai pas causé de drame, se récria Daenerys, puis se radoucissant, mais nous sommes du même côté désormais, n'est-ce pas ?

-Si vous souhaitez réellement que nous soyions assises du même côté votre futur majesté, il va falloir que votre ami se pousse, nous ne tiendrons pas à trois sur ce sofa.

La jeune femme plaisantait, elle avait adressé un clin d'œil mutin à Daario, et un sourire tordu à Daenerys. On ne savait jamais à quoi s'en tenir avec Yara, elle flirtait avec tout le monde et menaçait tout autant.

-Je voulais dire que nos intérêts sont liés, clarifia Daenerys inutilement.

-Il semblerait, convint Yara, mais ne comptez pas sur moi pour comploter contre le roi de Westeros et la main, je n'aspire qu'à rentrer chez moi et à abandonner tous ces jeux de coure.

-Me soutiendrez vous ?

-Du moment que c'est dans mon intérêt et que vous ne me demandez pas de faire du mal à des gens que j'aime bien.

Daenerys acquiesça pensivement, il faudrait se satisfaire de ce type de promesse, Yara n'était pas le genre à tomber à ses genoux et à lui jurer une fidélité et une obéissance éternelle. Daario effleura son bras et elle frissonna.

Le reste du dîner se passa en silence ou en discussion anodine Jusqu'à ce que Lady Yara prenne Rhaelina dans ses bras et se mette entête de lui chanter une vieille berceuse traditionnelle.

-Il était un petit dragon,

Il était un petit dragon, qui n'avait ja, ja, jamais rien brûlé,

Qui n'avait ja, ja, jamais rien brûlé ohé, ohé,

Il partit pour un long voyage, Il partit pour un long voyage, et trouva celle, celle, celle,

Qu'il devait aimer,

et trouva celle, celle, celle, qu'il devait aimer ohé, ohé."

-Ça suffira, interrompit Daenerys, sa fille souriait les yeux clos, incapable à cet âge de comprendre les paroles de la mélodie, mais appréciant sans doute le ton enjoué de Yara, et l'attention qu'on lui portait.

-Cela vous fait penser à Jon, c'est ça ? comprit Lady Yara, et peut-être l'avait-elle fait exprès pour la tester, pour tester son attachement au jeune homme. Daenerys serra ses bras autour d'elle, en proie à une confusion profonde.

Surtout qu'elle connaissait la suite des paroles de la comptine enfantine, elle évoquait une histoire d'amour, ou le jeune dragon tombait amoureux et n'écoutait que son cœur.

Daario demeura obstinément auprès d'elle, même après qu'elle eut rejoint ses appartements. Elle n'eut pas envie qu'il la laisse.

-J'ai quelque chose à te dire, murmura Daario dans le creux de son oreille.

Elle frissonna, elle ne voyait vraiment ce qu'il pouvait bien avoir à discuter.

-Gardes tes commentaires désagréables pour toi, proposa-t-elle.

-J'ai vu Drogon dans le ciel au-dessus de la baie des dragons, lâcha-t-il soudain, le clair de lune éclairant son visage sérieux.

Daenerys sentit les battements de son cœur s'accélérer, il n'avait aucune raison d'inventer une chose pareille, était-ce possible ?

-Pourquoi ne l'as-tu pas dit plus tôt, s'énerva-t-elle.

-Il n'est pas resté, tenta-t-il, et je ne voulais pas te faire de peine en remuant le couteau dans la plaie. J'imagine que son départ a dû te blesser.

Personne ne saurait jamais à quel point, se promit-elle.

-Comment as-tu pu ...

-Écoute Daenerys, il y a très peu de chances pour qu'il revienne te voir maintenant qu'il a goûté à la liberté.

-À moins que quelque chose l'attire à Westeros, réalisa-t-elle, comme un autre dragon, si je pouvais récupérer cet œuf peut-être pourrai-je réussir à avoir deux Dragons :

Daario ouvrit de grands yeux étonnés:

-Comment comptes-tu récupérer un œuf qui se trouve à l'extrême Nord du royaume ?

-Je vais devoir parler de son existence à Lord Davos et Lady Genna, confia-t-elle, en soulignant les dangers que cela pourrait représenter pour la petite Joy Hill qui garde l'œuf en ce moment.

-Crois-tu qu'ils seraient susceptibles de t'écouter ?

-Il le faudra bien, je ne vais pas laisser Sansa prendre le contrôle d'un dragon ! s'exclama-t-elle.

-Tu t'inquiètes trop à propos de cette fille, reprocha Daario, je croyais que ce n'était qu'une gamine ordinaire qui voulait juste vivre en paix dans son coin.

Daenerys soupira:

-C'est ce que je croyais au début, mais elle a quelque chose... quelque chose qui fait que les gens veulent la protéger.

Daenerys avait fini par comprendre cela, avec le temps qu'elle avait passé à réfléchir à ce sujet. Daenerys inspirait le respect, la crainte et l'amour. Sansa, c'était autre chose, son peuple voulait la protéger, parce qu'elle se donnait entièrement même quand elle n'avait rien à donner, et qu'il émanait d'elle la même énergie que du Nord, ils auraient déchiqueté avec leurs dents la première personne qui aurait osé poser un doigt sur sa peau. Dès que Daenerys avait vu Tyrion retrouver Sansa avant le début de la LonguE Nuit, elle avait su qu'elle était en danger. Daenerys trembla, cela lui avait rappelé le jour où Sansa, après avoir presque été brûlée vive par sa faute, lui était venue en aide dans le bois sacré de Winterfell. Elle secoua la tête, elle voulait sa mort et pourtant, elle ne pouvait imaginer enfoncer elle-même une lame dans son cœur. Ou peut-être que si, pour voir s'il n'était qu'un morceau de glace. Il n'y aurait pas de nouveaux souverains tous les quatre ans dans ce pays, il n'y aurait qu'une seule reine et se serait elle. Elle eut envie de pouvoir s'expliquer avec elle, se disputer, l'étriper à main nue une bonne fois pour toute, où encore mieux la voir prêter allégeance, cela serait peut-être plus juste, moins douloureux pour tout le monde.

C'était à cause de Jon, se dit-elle, elle admirait son courage et son honneur à lui, et cela les lui faisaient reconnaître chez la jeune fille.

-Je vais parler à Lord Davos et à Lady Genna du dragon, ils ne pourront pas me dire qu'il ne faut pas faire quelque chose, décida-t-elle à voix haute.

Daario lui sourit:

-Ils devront me croire, poursuivit-elle, et il faudra exiger qu'on fasse faire venir l'œuf avec la petite Joy, je veux voir qui c'est.

-Tu crois qu'ils vont t'obéir ? demanda-t-il perplexe.

-Ici ce n'est pas comme à Essos, rétorqua-t-elle, les gens ont peur des dragons, ils voudront s'assurer que cet œuf n'éclose pas.

-Faute à qui.

-Tais-toi, ordonna-t-elle.

-À vos ordres, Khallissi.

-Et embrasses-moi, ajouta-t-elle, après une hésitation.

Daario s'empressa d'accéder à sa demande. Il l'embrassa comme si c'était la seule chose qui comptait. Il la serra contre lui. Daario était magnifique, il l'adulait et Daenerys en avait assez de penser à Jon qui l'avait abandonner.

-Tu vas rester avec moi, ajouta-t-elle.

-Toujours, promit-il.

-Cette nuit, corrigea-t-elle, en le fixant droit dans les yeux.

La robe rouge de Daenerys disparut en quelques secondes fébriles dans la nuit d'hiver étrangement tiède de la capitale.

Note :être dans la tête de Daenerys est très troublant et satisfaisant à la fois, je trouve et je ne l'aime toujours pas.

Sinon, la berceuse de Yara est en fait une adaptation que j'ai fait de la comptine « il était un petit navire » XD, sinon, lES choses se mettent doucement en place pour le prochain grand événement de cette histoire…

Merci d'avoir lu ! À bientôt,