Chapitre 66 :

Parfum hallucinogène

"Putain mais il fait chier ce con !" grommela Harold.

Après s'être retrouvé expulsé on-ne-sait-où, il avait traversé la forêt, résolu dix énigmes, dépoussiéré six artefacts et battu trois Seigneurs des Ténèbres... ou alors, il avait attéri dans un champ de fleurs qui produisaient un parfum hallucinogènes. En tout cas, il avait bel et bien des épines plein le cul et des insultes plein la bouche.

"Je te jure que si je le croise, je l'écorche vif !" assura-t-il à un petit lapin qui passait par-là.

Le lapin n'en avait pas grand-chose à faire, il bondissait ça et là et Harold se retrouva face à la grande porte de Poudlard. Fermée. À clefs.

"Géniiial, manquait plus que ça." grogna-t-il.

Harold était arrivé dans la Meute un peu tard et même si Red lui avait enseigné comment gagner un peu d'argent pour qu'elle puisse lui créer un compte bancaire, il n'avait pas subi autant d'humiliations qu'Harry, Michael et Max avant lui. Eux avaient carrément dû dormir dehors et ça lui aurait été bien utile, cette nuit-là.

"Il fait au moins... moins huit-mille degrés !"

"Oh croyez-moi, il fera encore plus froid lorsque vous serez renvoyé de cette école."

Harold fit volte-face et son coeur manqua un battement. Meeerde ! Que foutait Rusard, dehors pile poil la nuit où il avait attéri à des kilomètres du château ? Il était maudit. Ça, c'est sûr : il n'allait pas le louper et il lui faudrait être des plus stratèges pour s'en sortir indemne.

"Oh monsieur Harold, c'est vous ?" s'étonna le vieux Rusard soudain beaucoup plus tendre. "Mais vous devez être mort de froid, dehors par une nuit pareille... rentrez vite au chaud."

"Euh... quoi ?!"

Les clefs du concierge jouèrent dans la serrure, les unes après les autres et il leur fallut attendre une dizaine de minutes avant qu'il ait tout ouvert.

"Excusez-moi, j'aimerai parfois être plus rapide." s'excusa Rusard. "Je vais vous préparer une boisson chaude pour me faire pardonner."

Harold suivit le vieil homme au dos courbé d'un air hébété : il se demandait dans quelle dimension parallèle il avait attéri. De toutes évidences, il n'était pas dans le monde parallèle où Harry Potter revandiquait son statu de sauveur des sorciers en se pavanant dans les couloirs la nuit dans une robe d'école portant l'emblème des gryffondors... ni dans celui où il avait été abandonné par les Potter après avoir perdu ses pouvoirs magiques, ni dans un monde post-apocalyptique rempli de zombie ou alors un monde de réincarnation étrange qui sentait fort les jeux vidéos.

"Thé ? Chocolat ? Lait chaud ? Je ne vous propose pas du café à cette heure, il est important de bien dormir..." dit Rusard après avoir refermé la porte d'un placard étrange.

Des tas d'objets incongrus étaient empilés, les uns sur les autres du sol au plafond et le pauvre petit bureau en bois craquait, il semblait au bout de sa vie.

"Euh... pourq- comm-" Harold s'arrêta, il fallait bien choisir ses mots. "Où sommes-nous ?"

"C'est chez moi." expliqua Rusard.

"Vous vivez dans un placard ?"

"Ce n'est pas un placard, c'est mon bureau !" s'indigna-t-il. "C'est juste un peu étroit à cause de ma collection, voilà tout..."

Il semblait avoir récolté tous les objets magiques à sa disposition et il les entassait là depuis des années et des années en pensant que ça pouvait encore rentrer... sans doute priait-il chaque soir pour ne pas mourir, étouffé par ses propres bidules, trucs et machin-chouette.

"C'est... incongru." dit Harold avant de rajouter "... mais charmant ! Vraiment très original, j'aime beaucoup."

Harold se demandait si ça n'était pas un énorme piège : il suffirait que le concierge recule pour sortir et claque la porte pour que tout s'effondre. Et patatra, il mourrait étouffé sans que personne s'en sache jamais rien. Bordel, il donnerait tout pour se réincarner en fantôme et hanter Cecil jusqu'à sa mort : tu m'as laissé à la merci du concierge fou, c'est de ta faute. Ta faute... houuuu.

"Vous avez choisi ?" demanda Rusard.

"Pitié me laissez pas mourir ici !" supplia Harold.

Harold vit la théière et comprit : cette situation le rendait complètement dingue ! À tous les coups, il était encore agonisant dans les champs de fleurs hallucinogènes. Cette scène était surréaliste.

"Oooh, je vois : vous avez besoin d'un bon lait chaud. Détendez-vous... vous semblez mort de peur ! Quelque chose vous tracasse ?"

"Euh... bah... je suis actuellement enfermé, en pleine nuit dans un placard rempli au plafond de trucs chelou avec le vieux concierge cinglé de mon école. J'ai pas le droit de paniquer ???"

Rusard semblait profondément déçu et triste.

"Vieux concierge cinglé." répéta-t-il. "Alors comme ça, vous pensez que je suis un vieux concierge cinglé... aaah. Oui, je comprends mieux."

Harold attendit la suite... mais rien. Son interlocuteur semblait bouleversé par cette nouvelle et il sanglotait sans larme et sans un bruit, convaincu que personne ne verrait les soubresauts de sa poitrine.

"Mais... peut-être... peut-être que vous n'êtes pas un vieux concierge cinglé, hein." rassura Harold. "C'est juste ce qu'on raconte, dans les couloirs..."

"Je me fiche bien de ce qu'on raconte sur moi dans les couloirs. Ce qui m'importe, c'est vous."

"Ok, ça redevient creepy."

Il y eût un grand silence. Gênant. Très gênant. Et long. Très long. D'ailleurs, plus il était long et plus c'était gênant.

"Je suis comme vous." dit alors Rusard dans un murmura. "Enfin plutôt, vous êtes comme moi. Voilà... c'est ça, la varité."

"Euuuh..."

Harold dévisageait Rusard de long en large, surtout de long car il n'était pas très large. Plus il le regardait et moins il comprenait : ils n'avaient strictement aucun point commun !

"Ah mais j'ai compris ! Vous aussi vous souffrez d'anatidaephobie, c'est ça ?" demanda Harold.

Tout s'éclairait à présent ! Ils étaient pareils... c'était si rare de rencontrer quelqu'un comme lui. Comme eux.

"Anatidaephobie..." répéta Rusard, incertain.

"Ouiii !!!" répondit Harold, soulagé. "La peur incontrôlable d'être observé par un canard. Ce n'était pas très handicapant jusqu'à ce que je débarque ici. D'habitude, il suffit d'éviter les parcs mais... à Poudlard, on ne sait jamais où ils sont : ils sont partout !!!"

"Non, non. Je suis un cracmol en fait." expliqua Rusard.

"Attendez mais du coup... vous n'êtes pas anatidaephobe ?"

"Pas du tout." répondit Rusard.

Harold se releva, la panique avait réapparu sur son visage et il cherchait partout comment s'échapper.

"Mais on a plein de choses en commun... on pourrait..."

"Lâchez-moi, vieux fou !!!" criait Harold. "Être cracmol n'est pas suffisant pour créer du lien. On n'a rien en commun."

Il frappa les murs puis la porte et encore les murs en criant :

"AU SECOUUURS !!! J'AI ÉTÉ CAPTURÉ PAR RUSAAARD !!!"

-Fin du 66ème chapitre-

...à suivre...