Thirtieth Letter
Lily aurait voulu que sa "vengeance" passe au second plan pour une raison positive. Ça aurait été mentir que de dire que ça n'avait pas été le cas dans un premier temps. Peu importe ce qu'elle avait dit à Alice, le sujet n'avait pas été mis sur le tapis une seconde fois puisque Lily était trop occupée à… "ne pas se venger". Une activité très saine qui consistait principalement à faire plaisir à Potter qui le lui rendait très bien. Le petit accident de leur première fois n'était qu'un lointain souvenir et il lui arrivait de douter que ce soit effectivement arrivé vu l'expertise du garçon. Elle ne pouvait s'empêcher de ressentir une pointe de jalousie en imaginant comment il avait obtenu autant d'expérience dans le domaine, mais ce sentiment était vite remplacé par la certitude qu'elle était la seule à lui faire autant d'effet. Elle était son feu d'artifice, tout autant qu'il était le sien. Ce genre de pensées positives fut brisées après quelques semaines d'euphorie. Potter et elle avaient décidé d'un commun accord de garder leur relation secrète pour le moment. Bien entendu Alice, Dorcas, Marlène et Emmeline étaient par conséquent au courant de chaque détail de celle-ci. Elle aurait dû se douter que quelque chose clochait lorsqu'elle s'était rendu compte que Potter avait gardé tout ça pour lui et que même son petit escadron n'avait pas eu vent de l'affaire. Mais encore une fois, elle avait été distraite. Trop occupée à vivre le moment présent sans se projeter davantage.
Alors qu'elle se dirigeait vers les appartements des préfets en chef, après une ronde écourtée faute d'événements notoires, elle entendit sa voix et s'arrêta puisqu'il venait de prononcer son prénom sur un ton bien trop moqueur pour que le contenu de la conversation soit respectueux. Elle n'aurait pas dû écouter. Tout son être lui disait qu'elle allait être blessée. Son instinct lui criait de s'éloigner mais Lily avait été toujours été capable de contrôler ses émotions. Parfois, elle se demandait si cette manière froide et impersonnelle d'analyser une situation n'aurait pas fait d'elle une parfaite Serdaigle plutôt qu'une Gryffondor. Elle se plaça habilement dos au mur après s'être rapprochée au maximum sans être repérée. Lily aurait presque souri en se disant que toutes ces parties de cache-cache avec Pétunia payaient enfin si la voix de Potter ne l'avait ramené à une réalité moins onirique.
– Tu crois vraiment que je pourrais m'intéresser à elle ? s'exclama-t-il sans pour autant convaincre son interlocuteur qui n'était autre que Sirius Black.
– Tu lui as écrit des lettres, asséna l'ancien héritier des Black sur un ton aussi moqueur qu'accusateur.
– Pour la piéger, répondit-il, Lily pouvait presque imaginer le haussement d'épaules qui avait accompagné cette déclaration. J'aurais pas pu me la taper sans ça.
Jusqu'au bout, elle avait espéré qu'il répondrait que Sirius avait raison. Qu'il lui avait écrit ces lettres pour se rapprocher d'elle parce qu'elle lui plaisait. Mais elle n'était pas l'héroïne d'un roman à l'eau de rose. Elle était Lily Evans et elle s'était faite stupidement avoir par son ennemi de toujours, James Potter. Encore une fois, elle refréna ses impulsions de lionne. La colère troublait sa vision. Ou peut-être était-ce les larmes de rage qui s'échappaient de ses paupières aussi hermétiquement et fermement closes que ses poings. L'humiliation était cuisante mais elle pouvait amoindrir celle-ci. Sirius venait tout juste de confronter Potter ce qui signifiait que peu de personnes étaient susceptibles d'avoir eu vent de cette histoire. Elle qui ne s'était pas autorisée une seule fois à penser à se venger de Potter ces dernières semaines, ne pensait désormais qu'à cela. Cette fois-ci, il ne s'agirait pas d'un piège innocent comme suggéré par Alice. Elle le détruirait comme il l'avait détruite. Elle le piétinerait comme il l'avait piétiné. Elle détacha son dos du mur une fois que les voix se furent éloignées jusqu'à devenir imperceptibles. Ses jambes ne la portèrent néanmoins nulle part, elle se laissa donc basculer contre le mur. Il lui avait fallu toute la volonté du monde pour ne pas tout simplement s'effondrer et son corps ne semblait pas capable de lui fournir une quelconque autre fonctionnalité en cet instant.
Emmeline apparut et Lily ne put s'empêcher d'être soulagée par le fait que ce ne soit pas Marlène, Alice ou Dorcas. Elle ne voulait pas impliquer Dorcas dans l'histoire puisque celle-ci était bien trop proche de Potter pour ne pas se sentir tirailler dans sa loyauté. Alice l'avait prévenu maintes et maintes fois concernant le garçon et s'il y avait bien une chose qu'elle ne voulait pas entendre en cet instant, c'était bien un "je t'avais prévenu". Pour ce qui était de Marlène, elle craignait une réaction trop extrême de la monarque absolue des Serpentards. Elle ne voulait pas que son cœur brisé ne serve de passe-temps à Marlène sous le faux prétexte de venger son honneur. Sans compter qu'elle avait l'impression que si elle ne se chargeait pas de cela seule, alors elle ne s'en remettrait jamais complètement. La Serpentard ne remarqua pas son état second et se chargea sans peine de fournir sujet de conversation et contenu, glissant un bras sous le sien pour la guider vers la Grande Salle.
Elle avait dîné plus tôt que d'habitude pour éviter l'afflux des élèves, demandant à l'un des préfets d'échanger de créneaux avec elle. Ça n'avait pas été difficile de le convaincre. La plupart préférait de loin surveiller les repas et ne pas avoir à faire des rondes de nuits. À moins d'une bataille de nourriture, il y avait peu de chances qu'il soit sollicité. Alors que les rondes impliquaient souvent des courses-poursuites dans les couloirs du château à des heures où les élèves préféraient être au chaud sous leur couette. Plutôt qu'entrain de faire une partie de cache-cache dans les cachots avec des couples en recherche d'intimité ou des fauteurs de troubles bien trop malins pour se faire attraper et qui aimaient les faire tourner en bourrique. Pour sa part, sa couette ne la tentait pas le moins du monde puisqu'elle impliquait de se retrouver dans les mêmes appartements que Potter. Elle n'avait pas encore digéré la conversation qu'elle avait surprise entre Black et lui. Elle espérait que les rayons de la lune éclaireraient sa lanterne sur la démarche à suivre. La tristesse et la colère laissaient bien peu de place à la réflexion et elle retourna à sa chambre aussi bredouille d'idées que lorsqu'elle en était sortie quelques heures plus tôt. Elle se figea en voyant que le garçon qui hantait ses pensées l'attendait tranquillement comme si de rien n'était. Allongé de travers sur le lit, il feuilletait un magazine de quidditch, relâchant le vif d'or et l'attrapant d'une main sans même prendre la peine de regarder. Elle retint de justesse un claquement de langue agacé qui aurait pu faire tomber à l'eau le plan qui venait de germer dans son esprit.
Elle tourna le dos au Gryffondor, laissant glisser de ses épaules sa cape après avoir détaché le badge de préfète qui y était accroché. Elle déposa la cape sur le dossier de la chaise. Elle desserra sa cravate, surveillant le jeune homme du coin de l'œil grâce au miroir rond posé à la manière d'un cadre sur son bureau. Elle le vit attraper une fois de plus la petite balle dorée et détacher les yeux des pages glacés pour suivre ses gestes du regard. Merlin ce qu'elle pouvait le haïr. Son esprit se sentit obligé de lui répondre qu'il n'y avait pas de haine sans amour. Elle l'ignora bien évidemment. Lily ne pouvait pas se permettre ce genre de pensées parasites. Elle commença à déboutonner son chemisier, capturant définitivement et complètement l'attention de sa proie. Potter se leva pour la rejoindre, glissa une main sur sa taille pour l'attirer contre lui. Elle le laissa repousser de son autre main les mèches rousses de sa chevelure qui avaient un peu repoussé et qui gênaient le garçon dans l'exploration de sa peau. Elle ne se laissa pas distraire par la douceur de ses lèvres ni par la caresse de son souffle. Elle posa un doigt sur sa tempe, poussant très légèrement afin de le faire s'écarter d'elle.
– Y'a un problème ? s'enquit-il visiblement perturbé par son manque d'enthousiasme.
– Non c'est juste que je viens de le faire avec Amos alors je suis un peu fatiguée, mentit-elle.
Elle sentit les muscles du garçon se contracter dans son dos lorsqu'elle asséna avec nonchalance ce mensonge éhonté. Elle ne s'autorisa pas à le regarder, pas très sûre de pouvoir conserver une expression convaincante. Son regard risquait de trahir une satisfaction certaine à la vision de la mine déconfite de son interlocuteur. Un silence presque religieux s'installa suite à son annonce. Elle fut celle qui le brisa, voulant garder la main. Elle se dirigea vers le lit, abandonnant sa jupe au pied de celui-ci après s'être glissée entre les draps.
– N'oublie pas ton magazine en partant, dit-elle en s'emmitouflant dans sa couette, sa tête disparaissant presque dans le moelleux oreiller.
Quelques secondes plus tard, il implosa. Les yeux hermétiquement clos, elle ne le vit pas approcher mais elle le sentit puisque son instinct lui souffla la prudence et même une fuite. Elle retint tous ses réflexes, ne s'autorisant à réagir qu'une fois qu'il prit appui sur le matelas, arrachant la couette qu'elle tenait pourtant fermement.
– Qu'est-ce que tu as dit ? gronda-t-il son intonation à la fois basse, menaçante et étrangement prudente, comme s'il espérait avoir mal entendu et que sa colère ne soit pas nécessaire.
– Potter ! protesta-t-elle n'ayant pas vraiment besoin de feindre la surprise puisqu'elle ne s'attendait pas à une réaction aussi extrême.
– Je t'ai posé une question, insista-t-il en attrapant ses poignets pour la redresser, plongeant son regard dans le sien. Tu ne t'es pas tapée Diggory, ajouta-t-il sur un ton affirmatif, presque incisif, qui n'admettait pas la moindre contradiction.
– J'en reviens, répondit-elle en essayant de se dégager de son emprise. Je t'ai dit que j'étais fatiguée à cause de ça.
Il la relâcha si soudainement qu'elle passa de la position assise à allongée sans aucun moyen de se maintenir sous sa poussée pourtant légère. Elle fut surprise de ce contrôle qu'il exerçait sur sa propre personne. Potter n'était pas connu pour sa douceur. Les personnes qui le contrariaient finissaient généralement à l'infirmerie. Elle aurait pu attribuer sa retenue à son indifférence mais la flamme qui illuminait ses iris d'or ne laissait aucun doute quant aux tumultes qui faisaient rage en lui en cet instant. Elle aurait pu se délecter de sa jalousie si son cœur était capable du moindre sentiment autre que le ressentiment en cet instant.
– Je vais me le faire aussi. On verra s'il aime ma méthode. Pas certain que ça soit aussi agréable qu'avec toi, lâcha-t-il en se levant, arrivant en quelques enjambées à la porte qu'il ouvrit à la volée.
Elle bondit à sa suite, agrippant son t-shirt, passant un bras autour de son cou et finissant par grimper sur son dos pour essayer de l'arrêter. Il essaya de se débarrasser d'elle une fois en bas de l'escalier, la faisant tomber sur le canapé de leur salle commune. Elle tendit la main et se saisit de ses cheveux tirant dessus et lui arrachant un cri de douleur tandis qu'il tombait au-dessus d'elle. Elle enroula ses jambes autour de sa taille tandis qu'il encadrait son visage de ses avants bras, s'appuyant sur ses coudes pour éviter de l'écraser sous son poids.
– Lâche-moi Evans !
– Non ! On est pas dans une relation exclusive !
Il arrêta de se débattre, plaquant ses lèvres contre les siennes, mêlant sa langue à la sienne, manquant de la faire s'étouffer sous l'intensité du baiser qu'ils échangèrent. Elle n'était pas étonnée que le dieu de la passion soit le fils du dieu le plus colérique du Panthéon grec. Elle replia un peu plus les genoux pour le laisser se presser encore plus contre elle. Il grogna contre ses lèvres, reculant à bout de souffle, les laissant tous les deux pantelants et avides l'un de l'autre. Elle aurait voulu qu'il continue. Qu'il ne s'arrête jamais. Elle était en colère, elle était blessée, elle lui en voulait à en mourir de l'avoir manipulé pour obtenir ce qu'il voulait. Alors pourquoi est-ce qu'elle ne pouvait s'empêcher de se répéter qu'il la voulait. Au milieu de tous ces mensonges, une vérité était préservée. L'intangible certitude qu'il la désirait tout aussi férocement qu'elle.
– Alors sors avec moi.
– Quoi ? balbutia-t-elle.
– Je veux une relation exclusive.
