Et coucou !

Comment ça vaaa ? en ce début de décembre ! J'espère que vous n'avez pas déjà tué vos calendrier de l'avent ... hein !? Moi j'arrive à être plutôt sage à ce sujet, je mange tout le reste ... BREEEEF XD ! Pour ce chapitre, j'avoue que je me suis faite plaisir et je j'ai encore plus hâte de pouvoir aborder certains autres sujets héhé ! Donc on part sur à peu près ... deux révélations dans ce petit chapitre ^^ mais je ne voulais pas faire plus durer le suspens ^^faut avancer ! et dès qu'on en finira avec cette Lune des Etoiles, tout prendra un tournant vers la guerre !

Je vous laisse donc sur ce chapitre, cette chère Lunalee avance en eaux troublées par ses souvenirs qui ont refait surface.
Bonne lecture et à bientôt !

La Review de la Review :

- MijoSuperLecteur: ooooooooh merciiiii ! je suis raaaaaavie que tu ai aimé le chapitre ! Mais oui j'avoue, Dimi n'a pas vraiment l'art et la manière de faire les choses. Il rôde et la zieute de loin XD assez cocasse comme garçon. Et PEUT-ETRE que tu auras les réponses concernant Olee et Farblendt dans ce chapitre * sifflote * héhé !


SOUS LES CENDRES :

Chapitre 29:

Jaune, comme les champs de blé.

La nuit est déjà tombée et la Lune des Etoiles bien entamée. Les jours fatidiques ne vont pas tarder à pointer leurs nez. Avec eux, me reviendront en mémoire tant de souvenirs, de sensations et d'odeurs.

Le bal, l'anniversaire de Dimitri … J'ai passé les dernières années à en rêver, à me nourrir de l'insouciance de ces soirées frivoles et naïves.

Mais ce n'est pas encore l'heure de replonger dans les souvenirs.

Pour l'instant, je me dirige vers les bains, à l'étage des capitaines que nous occupons désormais. L'entrainement avec les professeurs a été si délicieux. Ils n'ont rien perdu, bien au contraire. Leurs forces cumulées sont délectables. Je m'en lèche encore les babines, malgré le sang qui a coulé. Ils ne m'ont rien épargné, c'est ainsi qu'ils expriment leur respect, ces deux monstres de puissance. J'ai perdu face à eux-deux, évidement, j'ai encore du chemin à faire. J'ai beau avoir désormais confiance en ma magie, elle circule librement dans mon corps, mais depuis que mes cornes ont poussé… certaines choses peuvent mal tourner. Alors je préfère en user avec parcimonie et surtout avec assurance et maîtrise.

De la vapeur d'eau humidifie le couloir de pierres qui mène aux salles d'eau. Quelqu'un doit déjà être en train de faire sa toilette. J'hésite à faire demi-tour mais poursuis tout de même ma route. Les vapeurs sont de plus en plus opaques, et une odeur de musc, de gingembre et de … rose. Je m'arrête, cette fragrance, je la connais.

Mes doigts humides poussent délicatement la porte en bois rongé et je découvre, à l'ombre des bougies sous cloches, les contours du corps du bretteur. Son dos est sec, comme celui des danseurs que j'ai côtoyé ces dernières années, mais Felix a les cheveux bien plus longs que les saltimbanques. C'est là son ultime noblesse, beaucoup auraient déjà coupé leurs longueurs pourries par les poux et les puces. Les siens sentent bon, sont doux et sous mes doigts, coulent comme la plus fine des soie.

Il ne sursaute même pas lorsque j'effleure sa peau, ni n'arrête son geste et continue de s'affairer à démêler ses longueurs. Par chance, le bas de son corps nu est emmitouflé dans une serviette épaisse. Mais même les chevilles de Felix sont délicieuses.

- Allez-vous encore m'enjoindre d'aller rejoindre la couche de Sylvain ce soir ?

Je réprime un sourire en glissant mes doigts dans ses pointes humides.

- Cela serait plus raisonnable et moins égoïste.

Il peste et bascule brutalement la tête sur le côté. Sans pour autant se retourner vers moi.

- Moins égoïste ? Tout serait moins égoïste que ce que vous avez fait Luna. Ou plutôt, Lunalee, il parait que c'est ainsi qu'il faut vous nommer désormais. Je l'ignorais… comme tant d'autres choses.

Entendre ces deux noms sortir de sa bouche me fait mal et je retire mes doigts de sa peau si douce.

- Désirez-vous des excuses Felix ?

Les yeux dans le vide des nuées mouvantes, je vois pourtant son corps se retourner pour me faire face. Je sais combien cela doit lui coûter, lui qui préfères toujours fuir les regards. Felix fait basculer ma capuche pour venir caresser mes cornes. J'aimerai repousser ses mains, j'ai si peur qu'il se blesse. Mais il les attrape.

- Je ne veux pas de vos excuses Lunalee.

Puis il descend ses mains, prend une grande inspiration et les dépose sur mes joues. Malgré le peu de lumière je devine qu'il rougi et, à travers les éclaircies de ses yeux, j'entrevois ce qu'il veux vraiment. Je pourrai lui donner mon temps, mon corps et mon sourire, il voudrait encore la seule chose que je ne puisse pas lui offrir.

Alors je conduis ses mains jusqu'à mes lèvres et les couvre de baisers. Comme j'aimerai le rassurer. Felix me coupe dans mes pensées et abaisse son visage pour venir cueillir mes lèvres. La dernière fois que nous sommes ainsi embrassés, c'était dans un calèche en direction de la capitale royale pour aller porter secours à Annette. L'annonce de la mort de Dimitri nous avait détruits et nous étions au bord du gouffre, perdus. Tous les trois. Sylvain était là lui aussi et c'est ce qui a dû créer le trouble chez le jeune bretteur. Il nous a aimé tous les deux, s'est offert aux bras de Sylvain ainsi qu'aux miens. Nous avons pris son amour. Mais il n'y a que Sylvain qui puisse le lui rendre, moi le mien, mon coeur, est au pauvre fou enfermé dans sa tour.

J'ai causé le trouble dans le coeur de Felix et me voilà, encore aujourd'hui, à aimer sa tendresse sans pouvoir lui offrir la mienne. Cinq ans et tant de voyages, pour échouer à me défaire de ses bras.

Je suis pitoyable.

- Pour qui pleurez-vous ?

Il essuie de ses pouces les larmes qui coulent de mes yeux opalins. Je n'ose pas les lever.

- Avant de venir vous rejoindre dans le Royaume, j'ai vécu plusieurs mois chez Marianne Edmund, vous souvenez-vous d'elle ? C'est une jeune fille de la classe des Cerfs.

Je m'amuse moi-même de cette précision, comme si nous étions encore étudiants à l'Académie, comme si les classes existaient encore. Sans attendre la réponse de Felix et surtout avant que ma lâcheté ne revienne, je poursuis.

- Et c'est à elle que j'ai écris lorsque je vous ai quitté pour la dernière fois. Juste avant de prendre la route pour retrouver …

Je me force à prendre un grande inspiration et à bloquer les spasmes qui secouent mon ventre. Rien qu'imaginer les contours de son visage, son odeur ou le toucher de sa barbe.

- Lunalee !

Trop tard, je n'ai pas réussi à parler. Me voilà à vomir sur le sol des sanitaires, quelque part là où s'écoule l'eau chaude usée. Je crache encore et tousse. Les crampes au ventre s'atténuent à mesure que le contenu de mon estomac se retrouve projeté sur la faïence. Mais à présent, c'est ma tête, mon crâne qui tambourine. Mes cornes sont en train de le déchirer à nouveau. Je me replie sur moi-même et mords ma lèvre pour ne pas crier. Cette douleur, je la connais mais par toutes les culottes de la Déesse, ça fait si mal !

Les mains de Felix attrapent mes épaules mais sa poigne est bien trop douce pour m'extraire de quoi que ce soit. Alors j'attends, les dents serrées et les ongles enfoncés dans mes propres chaires. J'attends de pouvoir marcher et de m'en aller, Felix ne me rattrape pas. Je me fracasse contre les murs et frotte mes cornes contre les parois de roche, mais ce sont elles qui griffent et éraflent les pierres centenaires.

Je sens le liquide chaud dégouliner dans mes cheveux et sur mon front. Le sang s'écoule comme à chaque fois que mes cornes poussent et grandissent. Je les agrippe et tire dessus en me blessant les mains puis tambourine ma tête contre les murs. Mais à chaque impact ce sont les pierres qui se brisent, mes cornes elles ne font que s'affûter sur les roches. Elles en sortent encore plus redoutables.

Dans quelle pièce suis-je ?

Ma vision est floue et de tout manière la seule chose que je perçois ce sont les pulsations de mon coeur auxquelles je me cramponne. Tant que je les entends ça veut dire que je suis en vie. Tout le reste, ce qui m'entour est mouvant, comme dans un monde de coton sans haut ni bas, je suis immobilisée. Impossible de maintenir ma tête droite, elle tombe lorsque mes crocs se plantent dans ma langue, rajoutant le goût du sang à l'amertume de la bile qui inondait déjà ma bouche.

- Tu as finalement survécu. C'est une bonne nouvelle.

Pourquoi une voix vient-elle me déranger ? Je me suis enfermée loin, dans des profondeurs excentrées, dans un recoin du bout du monde pour que personne ne vienne me trouver. Qu'on me laisse mourir dans l'oubli et la solitude, je ne veux plus voir personne. Laissez-moi mourir.

Mes poignets sont suspendus par des chaines lourdes que j'ai enfoncé dans la roche. La lente morsure du temps a déjà comprimé mes poumons, mon souffle est court et douloureux, il ne me reste plus longtemps. Laissez-moi en finir.

- Je t'ai laissé t'enfermer dans cette caverne, je voulais voir ce que tu allais y faire.

Encore cette voix ? Elle tourne autour de moi.

J'ai cousu mes yeux pour ne plus jamais les poser sur ce monde tout comme j'ai scellé ma bouche pour ne plus parler ou user de magie pour me soigner. Trois pieux empoisonnés perforent mon foie et mes reins. Le peu de sang qui reste encore dans mon corps me tue de l'intérieur et infecte ce qu'il reste de mes organes. Les enseignements de Thales m'auront finalement servi à faire ce que lui n'a pas réussi. Me conduire à la mort.

- C'est un beau supplice, encore un peu de temps et tu parviendras à mourir pour de bon.

Qu'il se taise et … Ma bouche est scellée alors je ne peux pas crier et de toute manière je n'en ai même plus la force. Mais mon corps se secoue tout de même, les chaînes tintent, lorsqu'il enfonce encore plus les pieux dans mes organes.

- Ainsi tu t'éteindras encore plus vite.

Puis il rehausse les chaînes et je sens les muscles entre mes côtes se déchirer.

- C'est ce que tu souhaites non ? Disparaitre de ce monde.

Il marche encore et je sens le froid du métal d'un lame se coller à ma gorge.

- Je pourrais exhausser ton souhait encore plus vite. Mais pour cela, il faudrait que tu me dises une chose, une toute petite chose.

Sa bouche se colle à mon oreille et j'ai de plus en plus de mal à rester consciente. Le poison se déploie et me ronge de l'intérieur. Mes poumons se fatiguent et mon coeur se comprime.

- Dis moi, Lunalee.

Je l'entends respirer tout contre mon oreille, je pourrais sentir ses cordes vocales vibrer lorsque sa voix grave sort de ses lèvres chaudes.

- Dis moi, te souviens-tu de cette odeur, celle du pain chaud lorsqu'il sort du grand four de pierre, de la noix de muscade saupoudrée dessus et de sa voix qui nous appelle pour venir le manger vite, tant qu'il fume encore. Du miel qui coule sur la croûte tendre. De sa main dans nos cheveux et de ses baisers sur nos fronts. Est-ce que tu te souviens de tes gestes d'enfant, de tes toutes petites mains qui tenait les miennes pour ne pas que je tombe. L'as-tu oublié Lunalee ? Cherche bien, dans ton coeur qui s'épuise, essaie de te souvenir de nous.

Il dépose son front contre le mien et je sens son nez qui glisse sur mon visage tuméfié, je sens son souffle chaud et dans sa chaleur je … Non …
Mes yeux scellés pleurent des larmes prises au pièges des coutures et c'est mon coeur qui saigne de joie. Dans l'obscurité qui m'oppresse et m'entoure, des images, des senteurs rejaillissent. Je crois … oui … il me semble apercevoir cette cuisine aux tons de bois, je revois le four en pierres ovales que papa…

Deux corps sans vie allongés sur le sol. Leur sang qui s'écoule sur le parquet où j'ai joué ce matin avec mon frère. Voilà ce qui vient perforer mon esprit et rompre avec la douceur de ce que sa voix suggérait.

Les muscles qu'il me reste encore se crispent.

Ils sont morts à cause de moi. Pour me protéger. Ce soir-là deux démons ont franchi le seuil de ma maison et ont voulu me prendre, m'emmener loin de ma famille. Mais mes parents se sont interposés, ils ont tenu tête aux démons, pour me garder avec eux ils…

D'autres larmes parviennent cette fois à passer au travers des coutures et dévalent mes cils. Elles sont chaudes.

- J'étais déjà allongé sur le sol lorsque les démons t'ont pris, mais je t'ai entendu. Tes petits pieds se sont interposés entre lui et moi, tu lui as tendu les bras pour qu'il ne m'achève pas. Il a rangé sa lame pour te porter et juste avant de partir, tu m'as dis : « Terry, je n'ai plus peur du noir ». Ta voix d'enfant qui chuchote, tu savais qu'il n'y aurait que moi qui puisse l'entendre.

Il saisit mon menton et je sens sa lame qui remonte jusqu'à mes lèvres pour couper les fils qui les scellent. Ses doigts passent sur ma peau, il ne me fait pas mal et fait glisser les liens à travers mes chaires pour les libérer.

- Dis-moi, est-ce que tu te souviens de nous ?

Je ne sais plus comment parler, cela fait longtemps que ma bouche est cousue, je ne sais plus quel est le son de ma voix, ni comment la faire résonner.

Il approche à nouveau son oreille de mes lèvres tremblantes et nos deux peaux se touchent. Mon menton tremble et je puise dans mes poumons oppressés pour avoir un tout petit plus d'air, rien qu'un souffle supplémentaire pour lui répondre. J'essaie mais ma gorge se tord et aucun son ne parvient à en sortir. Chaque expiration est pire que la précédente. Le poison m'endort et ma tête ploie encore plus sous le poids démesuré des cornes qui ont percé mon crâne. S'il ne tenait pas mon visage, j'aurai encore la face écrasée sur le sol.

J'essaie et finalement …

- Paaar..aard…on.

Sa joue contre la mienne, je sens qu'il sourit. Puis il bouge, dépose ma tête sur son épaule. Ses vêtements sont doux, épais.

- Tu n'as rien fait de mal, tu t'es perdu c'est tout.

Il caresse mes paupières et sectionne les fils un à un mais je n'ai pas la force d'ouvrir les yeux. Puis il me dépose sur le sol et je l'entends faire le tour de la grotte. A chaque pas, les chaînes tintent et finissent pas s'effondrer lourdement. Mes épaules se déboitent et mes muscles se froissent, se déchirent. Mon souffle se coupe à plusieurs reprises et je manque de basculer lorsqu'il retire les pieux enfoncés dans mes organes.

- Marchons désormais vers la lumière petite soeur.

Sa main me touche, juste avant que je ne perde conscience ou ne sombre dans la mort. Mais à travers mes yeux congestionnés et infectés, je l'ai vu, l'éclat lumineux fulgurant qui illumina toute la sinistre caverne. Mon corps se réchauffait et c'est comme s'il absorbait les torrents flamboyants.

Lorsque j'ai repris conscience, j'étais allongée sur un géant, plusieurs autres m'entouraient et nous chevauchions quelque part. A côté de moi, parmi l'escouade mélodieuse, derrière une longue chevelure ébène, une silhouette élancée et rieuse chantonnait dans une langue étrange. Mais j'ai reconnu sa voix, grave et chaude. Il se faisait appeler, Farblendt.

Rêver de cet épisode m'a donné des crampes. Ou bien est-ce le résultat de la pousse de mes cornes ? Sans doute un peu des deux. Sous mes yeux picotent encore les points de couture pourtant cicatrisés. J'ai beaucoup appris ce jour-là, et notamment les capacités de guérison dont Terry avait hérité, celle-là même qui lui avaient permis de survivre à la blessure et aux brûlures. Il m'en avait fait la démonstration et c'est grâce à son talent que j'ai pu soigner mon corps. Car si Marianne avait pu m'atteindre grâce au lien de notre emblème, Terry et moi partageons le même sang, rien ne saurait être plus efficace sur moi. Et même si l'impact est tout de même réduit à cause de mon emblème, il m'a remis sur pied à lui seul. C'est dire l'étendue de sa capacité.

J'en aurai bien besoin d'ailleurs …

- Raaah …

- Oh ! Vous êtes réveillée !

Hein ? Je pose mes yeux sur ce qui m'entoure et un léger tournis me retourne l'estomac. La nausée n'a pas encore totalement disparu et ma vision n'est pas tout à fait nette. Alors j'hésite un peu …

- Mercedes ? C'est vous ?

- Bien entendu hihi ! Je vous ai trouvé hier en sortant de la Cathédrale, vous aviez perdu conscience dans les couloirs. Attention à votre …

Elle a tendu la main lorsque je me suis levée, mais n'est pas parvenue à me toucher, ou plutôt elle s'est arrêtée à hauteur de mes cornes. Prise pas panique, je fais un pas et me vautre sur le sol. Mes cornes s'encastrent dans le mur et quelques débris me dégringolent sur le front.

- Je suis confuse Mercedes, je suis … si désolée !

Je pousse sur mon coude pour me déloger du mur et me cramponne aux sillons des roches pour me relever. En face de moi, Mercedes n'a plus la main tendue et il me semble que ses sourcils sont un peu froncés.

- Tout va bien je vous assure ! Je …

Sans cape, il faut que je recouvre mes cornes. Alors j'attrape mes cheveux et tente de les remonter mais mon cuir chevelu a bien souffert hier et le moindre mouvement fait à nouveau couler du sang sur mon front. Tan pis, je ne veux pas lui infliger de voi…

- Arrêtez ! Lunalee enfin ! Vous ne voyez pas que vous saignez !?

Mercedes a balayé mes mains et je les cache dans mon dos, comme une enfant.

- Je suis désolée. Je voulais juste … ne pas vous imposer cette vision. Je sais votre dévotion à la Déesse et je … ne voulais pas vous blesser ou vous faire peur.

Impossible de soutenir son regard, c'est la première fois que je la vois si fâchée.

- Emile et vous, pour qui me prenez-vous enfin ?! Pour une idiote ? Vous me croyez donc incapable de faire mes propres choix ?!

- Non Mercedes, bien sur que non ! Ce n'est pas … ce n'est pas ce que je voulais.

Elle soupire et croise ses bras sous sa poitrine. Je me sens honteuse et je farfouille dans ma caboche une idée pour rétablir la situation.

- Ce que vous avez sur la tête est incroyable, impensable et je …. J'ai eu peur la première fois en vous voyant, comme… tout ce qui est inconnu, c'est terrifiant. Mais vous, Luna ou Lunalee, vous ne m'avez jamais fait peur.

Mercedes décroise ses bras et met sa main dans ma mienne. Je cherche dans ses yeux et cela ne semble pas lui procurer de dégoût.

- C'est à moi de vous demander pardon pour les fois où j'ai détourné les yeux de vous, de vos … cornes.

- Vous n'avez pas à vous en vouloir pour ça …

Elle fronce à nouveau ses sourcils et dépose un poing fermé sur sa taille.

- J'apprendrai à voir vos cornes comme une partie de cette jeune fille attendrissante à sa manière, de cette femme pas très capable de prendre soin d'elle-même.

J'avale ma salive lorsqu'il me pointe du doigt.

- Et vous, Lunalee, il vous faudra apprendre à me voir comme une femme qui gagne son indépendance un peu plus charge jour ! Je veux m'investir pour faire mes propres choix et à vous de ne pas ma traiter comme un être fragile.

- Je ne ..

Elle me coupe et je baisse une nouvelle fois la tête.

- Et ne pas me dire ce que j'ai à faire. Vous aimer et vous accepter en fait partie !

Son index est toujours pointé sur moi et jamais encore je ne l'avais trouvé aussi menaçant. Je dois avoir les yeux un peu écarquillés, mais en définitive, elle a totalement raison. Alors je baise les armes et hoche la tête en souriant.

- Entendu, faisons… de notre mieux.

Je hausse les épaules et esquisse un petit sourire. Elle me répond aussitôt et s'approche encore plus pour me prendre dans ses bras. Une petite voix me murmure que je ne mérite pas son étreinte mais puisque Mercedes me demande de faire confiance en ses choix, alors je me laisse faire et apprécie le câlin comme un vrai trésor.

Jusqu'à ce que mon ventre ne se réveille.

- Hihi ! Allons donc manger ! Il doit nous rester un peu de temps avant le début du Conseil.

Nous quittons sa chambre et prenons le chemin des escaliers avant que je ne réalise.

- Le Conseil ?

Des gardes en armure traversent le couloir et d'autres remontent des escaliers sans nous accorder le moindre regard.

- Oui, les Chevaliers de l'Ordre de Seiros sont revenus, le Conseil de Guerre va se tenir.

Oh … il faut donc que je sois en forme !

Direction : manger !

/

La plupart des Lions sont déjà là, assis autour de la grande table ovale qui prend une bonne partie de la pièce dont les entrées sont occupées par des gardes. Impossible pour moi de cacher mes cornes avec mes cheveux tant que mon crâne n'a pas cicatrisé alors je les exhibe avec plus ou moins d'assurance. Mercedes et moi avons pris place sur les chaises restantes. Je me suis assise entre Annette et Ashe, tandis qu'elle est en bout de rangée.

Je croque dans la prune et j'entends alors les métaux lourds résonner dans le couloir. Bientôt des visages familiers nous rejoignent, sous l'éclat de l'emblème de Seiros frappé sur leurs armures. Alois arrive en souriant, il n'a pas pris une ride. Et son sens de l'humour non plus, si j'en crois la mine impassible de … C'est qui déjà ?

- Annette, dites-moi, qui est le jeune garçon à côté d'Alois ?

- Oh ! Il me semble de c'est Cyril, l'apprenti de Shamir. Justement la voilà !

Je lève les yeux et la silhouette féline de l'archer apparait dans la pièce, suivie de la carrure massive de Catherine. Les deux anciennes amies se sont retrouvées même aujourd'hui. Un petit sourire se dessine sur mon visage, tout ceci a des airs du passé. Ça me rend mélacoli…brrr !

Des tignasses vertes ! Je les avais oublié ceux-là ! Et visiblement, Seteth lui, m'a toujours dans le pif ! A peine est-il arrivé qu'il ma repéré, il faut dire qu'avec les deux pancartes que j'ai sur le crâne … Il me fusille du regard et sa « soeur » Flègneuh se fige elle aussi en me voyant. L'ancien adjoint de l'archevêque me pointe du doigt et commence à avant vers moi, tandis que Flaygne manque de s'évanouir. Catherine la rattrape.

Et Byleth coupe la route de Seteth. Il passe sous son nez sans lui accorder de regard et sonne, par sa présence, la fin des chamailleries. A sa droite, comme son ombre, la stature d'Emile prend place lui aussi. La table est bien remplie, tout ce monde rassemblé à un seul endroit, c'est étrange. Une aura de confiance se dégage de toutes ces voix qui résonnent, et pourtant, je ne sais pas si cela sera assez. Cette chaise vide, si seulement …

Alors qu'il s'apprêtait à parler, Byleth glisse un oeil vers les portes fermées qui mènent au couloir. Rien ne se passe, personne ne rentre.

Emile déroule une lourde carte au centre de la table. J'y reconnais tout de suite les contours du continent tout entier et souris en plaçant dans ma tête des petits drapeaux là où je suis allée. Puis les Chevaliers dispose des figures de bois un peu partout, sur les points stratégiques et là où peuvent encore exister nos alliés. Ils sont peu nombreux et je soupçonne que Shamir dissimule délibérément certains partisans à notre cause. Elle glisse ses yeux aiguisés sur nos visage et la méfiance se devine à son air. Surtout lorsqu'elle croise les yeux de Yuri, remonté de l'Abyss pour avoir un oeil sur nos intentions.

La force offensive ne fait pas tout, il faut avoir confiance en ses alliés et les temps troublés ne sont pas le terreau idéal à cela.

Enbarr. La figure de bois taillée déposée sur la carte est si petite face à l'ampleur de la Capitale impériale, et à la menace qu'elle représente. Ici, il me suffirait de pousser du bout du doigt ce tout petit morceau de bois, pour qu'il bascule et tombe. Mais la réalité sera bien différente, faire tomber Enbarr … il faudra pouvoir le faire avant que toute la carte ne soit recouverte de sang, avant que les chaises autour de la table ne soient vides.

Il faudra se battre.

- Avant d'entreprendre les campagne de conquête, l'important est d'assurer nos arrières. De protéger les populations et faire réouvrir les routes commerciales. Nous n'avancerons que sur des bases solides et durables. Je ne me lancera pas dans une reconquête suicidaire et déraisonnable.

Les yeux de Byleth se déposent sur tous les visages de l'assemblée. Il sait que nous le suivons, que ce sont ses pas qui vont ouvrir les nôtres. Et même si la confiance ne règne pas encore dans nos rangs, celle que nous éprouvons tous pour lui sera notre moteur. Il va falloir mettre les ressentiments et ambitions personnelles de côté et poser les bases solides.

/

Le conseil de Guerre n'a pas été si long, nous avons principalement fait un état des situations et mis l'accent sur la protection des populations. Il parait désormais évident que l'Empire sait que le Monastère n'est plus à l'abandon ou un repère de pillards. Sa réaction ne devra pas tarder. Mais il nous faut taire nos rangs et ne pas trop en dévoiler. Si l'Empire attaque de but en blanc, nous n'avons pas les ressources pour gagner une bataille frontale.

Alors il faut encore attendre un peu, avancer sur la pointe des pieds.

Comme moi, lorsque je pénètre dans la bibliothèque pour subtiliser des morceaux de rouleaux de papier et un encrier. J'ai invoqué de toutes petites flammèches pour ne pas trop attirer l'attention mais je ne vois pas grand chose. Quelle idiote, j'aurai du y penser quand il faisait jour encore, personne n'aurai trouvé cela suspect de me voir rédiger des pages !

Je peste contre moi-même et me réjouis finalement de tremper mon doigt dans un encrier pas complètement sec. Il me faudra tout de même un peu d'eau pour raviver les pigments.

- ça fera l'affaire !

J'embarque les rouleaux et mes autres trouvailles d'écriture avant de m'en aller retourner dans ma chambre à l'étage des Capitaines. Je ne m'y suis pas tout à fait faite encore, j'ai parfois le réflexe de prendre le chemin de mon ancienne chambre, mais elle n'est toujours qu'un amas de débris. Le projet de reconstruction du Monastère va commencer, il faudra des matériaux et des bras. La protection des remparts, des défenses et des ponts est la priorité absolue, le reste viendra après. C'était d'ailleurs amusant car Byleth a refusé de dormir dans les quartiers de l'ancien archevêque, ce qui a encore énervé Seteth, mais il s'est calmé quand on lui a proposé de les pendre lui et sa soeur ... Hors de question que je fasse chambre commune avec l'un des verdâtres, j'aurai trop peur qu'il m'étouffe pendant mon sommeil ...

- Brrr.

Je dévale les marches en sautant et prends soin de repérer la garde, par pur réflexe, mais tout va bien, je peux regagner ma chambre tranquillement. Une fois la porte refermée, mes lèvres murmurent un petit sortilège pour allumer les bougies qui sont disposées un peu partout. L'Abyss a toujours de belles choses à offrir et Hapi a su me présenter aux bonnes personnes pour avoir ces denrées. D'ailleurs, un peu plus tôt, après le Conseil, Yuri s'est amusé à venir me dire que les forges de l'Abyss avaient été remises en fonction. J'aurai pensé qu'il me questionne sur Farblendt, puisqu'ils se sont connu, mais le joli garçon ne m'a soufflé aucun mot au sujet de mon frère. Peut-être qu'il attend que ce soit moi qui vienne la première mais je ne souhaite pas faire l'entremetteuse entre Terry et Yuri ... oh ça non ! Ces deux là sont aussi terrifiants que fascinants. Ce que Terry est devenu ... ce qu'il a crée et sa vision de ce monde... je sais à peine tout ce qu'il a du affronter seul pour devenir aussi "grand". Je pleurais dans des jupons alors qu'il avait déjà marché sur toutes les routes de cette terre, et plus encore. Et surtout, il avait tant de partisans. Partout, le nom secret de Farblendt rassure et désormais, celui d'Olee donne l'espoir nécessaire.

- Olee.

Sur le papier, la plume humide glisse et dessine ce grand "O" comme une pleine lune, complète et lumineuse. Le reste des lettres noircissent le papier ivoire, tâché par les années pour enfin faire apparaître mon nom : d'abord la lune puis Lee. Lunalee. Olee. Tout comme Terry et Farblendt ne font qu'un mais multiplient leurs envergures. Olee le conteur et Lunalee la magicienne, sont une seule et même personne.

J'ai écris ces poèmes pour soigner mon coeur, pour retrouver l'écho de ma voix, coucher à l'encre ce que mes lèvres n'arrivaient pas à exprimer. Ce souffles, cette voix qui s'était tue à cause de la peur et du dégoût, Terry m'a montré une manière pour réapprendre à l'utiliser. Ces mots n'étaient pas faits pour être entendus, juste pour être dis. Puis ils ont trouvé un écho, une oreille qui leur ont donné vie. Olee est née de mes entrailles pourrissantes, mais Terry a su y voir la voix de l'espoir, ce dont le peuple aurait besoin. Car lui aussi manquait de se taire à tout jamais sous l'oppression et la terreur.

Alors une fois de plus, je laisse les mots couler sur le papier, sans filtre ni craintes. Pour donner écho à l'espoir.

Je ne suis qu'un chat qui s'en va tout seul,
Mon âme est dans ma poche et je vais
Dans les hautes tours et les ponts détruits
Collecter les pierres tombées et les troncs pourris.

Le soleil bleu de glace brille même dans le noir,
A la lueur de la haine et de l'espoir.
Il rugit sa peine et sa peur
Au chant de l'alouette je l'entends qui pleure.

L'habit écarlate doit peut-être trembler
A la lueur de sa bougie, esseulé.
Malgré la cohue qui l'entoure
et qui danse.
Le Silence lui, aiguise paisiblement sa lance.

Dans mes crocs, mon sang.
Dans mon coeur, ta peine.
Dans ma main, le levant
D'un nouvelle aube lointaine.

Je ne suis qu'un chat qui s'en va tout seul,
Mon âme est dans ma poche et je vais
Par de-là les statues, à la fenêtre colorée
Contempler, le jaune, le blond, des champs de blé.

Olee.