Chapitre 66 : Only Human

— Je vais te faire une injection pour la fièvre.

Stiles gémit avant de se cacher la tête sous les couvertures.

— Plus de quarante-et-un ! Je sais que tu n'aimes pas ça, mais il faut la faire descendre au plus vite ! Je vais aussi te prescrire des antipyrétiques à prendre toutes les six heures donc...

L'homme d'une soixantaine d'années jeta un rapide coup d'œil à sa montre avant de noter l'heure correspondante sur l'ordonnance.

— Vers vingt-et-une heures. Ton père sera rentré ?

Préférant rester en retrait, Derek avait observé le médecin ausculter son compagnon, bras croisés et silencieux. Il lui avait semblé préférable de ne pas interférer sans pour autant être capable de quitter le fils du shérif des yeux depuis que celui-ci avait commencé à délirer à cause de la fièvre.

L'adolescent sortit le bout de son nez de la couette et sa frimousse totalement immature fit sourire l'ancien alpha bien malgré lui.

— Papa ? Papa papa papi papo !*

Son rire joyeux était en totale inadéquation avec la situation faisant lever les yeux au ciel à son amant qui décroisa les bras pour prendre la relève.

— Noah sera sûrement de retour, mais je ne le quitte pas. Je m'assurerai qu'il prenne son traitement !

Le sexagénaire, qui l'avait ignoré de toute sa superbe depuis son arrivée, tourna finalement son regard empli de désapprobation vers lui, le nez froncé de mépris.

— Je pense que vous en avez assez fait comme ça !

Ce fut au tour du loup de froncer les sourcils, d'incompréhension le concernant.

Il ne pensait pas connaître cet homme, alors pourquoi tant de hargne à son encontre ?

— Je vous demande pardon ?

Il faisait son possible pour paraître aimable et civilisé, soucieux de faire bonne impression au médecin de famille des Stilinski. Ce n'était pas le moment de passer pour un sauvage !

L'homme l'ignora à nouveau, le temps de préparer la piqûre tandis qu'en l'apercevant, Stiles s'était à nouveau réfugié sous ses draps.

— Je pense que vous savez très bien de quoi je parle, au contraire ! Je ne serais pas surpris qu'il soit malade par votre faute et je ne parle pas uniquement de son corps. Quelle tristesse ! Un si gentil garçon, détourné du droit chemin par... par des pratiques contre nature ! Les gens comme vous sont plus à risque de certaines maladies immunodépressives ! C'est un fait.

Le sang de Derek ne fit qu'un tour et il sentit la colère l'étreindre si fortement, qu'il ne put contrôler son côté animal. Son souffle s'emballa tandis que ses griffes s'allongeaient et que ses crocs sortaient.

— Des gens comme nous ?

Sa voix primitive et rauque ne fit même pas retourner le médecin occupé à jouer à cache-cache avec Stiles... Du moins, tentait-il d'extirper un des bras de l'adolescent de sous sa cachette de tissu malgré le manque de conciliation de ce dernier.

— Vous m'avez très bien compris !

L'hyperactif extirpa à nouveau son nez de sa cachette à cet instant avant de singer l'homme.

— Vous m'avez très bien compris !

Au comble de l'agacement, Samuels tenta à nouveau de se saisir du bras de son patient qui, insensible à sa colère, le regardait avec malice.

— Vous avez un tic à la mâchoire, c'est marrant. C'est mon Fluffy qui vous rend nerveux ?

Il se tourna vers son petit-ami au même instant et ouvrit légèrement la bouche en constatant son apparence lupine.

— Wow ! Comment on peut résister à des yeux pareils ?

Derek sursauta à ses mots tandis que l'amour incommensurable du garçon l'atteignait de plein fouet, le calmant instantanément, l'aidant ainsi à reprendre apparence humaine à l'instant précis où, d'incompréhension, le soignant suivait le regard du lycéen. Par chance, il ne remarqua rien de particulier et dut mettre ça sur le compte de... et bien de leur amour contre nature selon lui !

Sa mâchoire se contracta un peu plus de colère et d'intolérance.

Enfin, il parvint à attraper le bras de l'adolescent qui geignit comme un enfant tandis que, de sa poigne, l'adulte le maintenait en place pour lui injecter le produit dans les veines.

— Vous êtes rien qu'un méchant !

La fièvre le rendait totalement immature, allant jusqu'à tirer la langue au médecin qui semblait au bord de la crise de nerfs.

— Repose-toi. Hydrate-toi bien. Si les vomissements persistent, il faudra me contacter. Je vais te faire une petite prise de sang pour un dépistage de...

Stiles ne trouvait plus ça drôle du tout !

— Quoi, mais pourquoi ? J'ai été sage, je mérite une sucette !

L'homme, dans ses préjugés, dut y voir un sous-entendu graveleux car il se leva comme si la main de Stiles l'avait brûlé.

— Je ne comprends pas comment ton père a pu accepter que tu tournes si mal, mon garçon, mais je te prierai de ne pas parler de tes déviances devant moi !

Cette fois, Derek ne retint pas le grognement animal et sourd qui vibra depuis sa poitrine.

Le son était si bas qu'il était à peine perceptible, mais nul doute que dans son instinct primaire, le sexagénaire le perçut puisque tous ses muscles se tendirent en accord avec la précipitation des battements de son cœur.

Son corps le préparait à la fuite et il avait bien raison.

— Mon fluffy sort les crocs !

Les mots de Stiles coupèrent Derek dans son élan tandis qu'à nouveau son rire s'élevait dans la pièce en dépit de la tension palpable.

Il avait définitivement trop de fièvre.

S'étant repris, l'ancien alpha décida de mettre de côté encore pendant quelques secondes la haine que ce conn... pardon ! que ce crétin lui inspirait.

— Votre diagnostic ?

L'homme expira de désapprobation une fois de plus avant de daigner lui répondre, non sans le gratifier de son regard noir empli de dégoût.

— Et bien... S'il n'y avait pas les vomissements, j'aurais pu penser à une grippe, mais...

— Une grippe en mai ?

Stiles s'esclaffa à nouveau. Même malade, il gardait l'esprit vif.

— Vous êtes vraiment médecin ou vous avez falsifié votre diplôme ? Fallait oser sous le toit du shérif de la ville !

L'homme contracta la mâchoire autant que les poings.

— Je préfère mettre ça sur le compte de ta fièvre, Stiles ! Évidemment, ce n'est pas de saison, mais tu en présentes tous les symptômes, aussi je reste persuadé que la prise de sang révélera le prix de ton impénitence...

— Bon, ça suffit !

Les limites de Derek avaient été plus que dépassées depuis un bon moment déjà, mais cette fois, il ne pouvait prendre sur lui. Son souffle court de colère était tremblant et du sang coulait de sa paume serrée en poing trahissant la difficulté du lycan à ne pas se transformer !

— J'ai jamais entendu un tel ramassis de conneries ! Vous pouvez remballer vos affaires et vos préjugés. Dehors !

— Et moi, j'aurais honte à votre place ! Si j'ai encore une chance de sauver le corps et l'âme de ce garçon, je le ferais ! Maintenant, laissez-moi faire ce prélèvement !

La main couverte de sang, mais humaine du loup se referma sur le col de l'homme qui se penchait à nouveau vers l'adolescent, lui même occuper à dodeliner la tête en fixant le plafond comme s'il y voyait quelque chose d'extraordinaire.

— Vous m'avez mal compris ! Je vous interdis de poser vos sales pattes sur lui. Vous me parlez de honte ? Honte de nous aimer ? Vous devriez avoir honte ! Je me fous de votre jugement, mais je ne peux pas accepter que vous vous en preniez à lui. Il n'a pas le sida si c'est ce que vous avez en tête, ni rien dans le genre !

Le rire froid du médecin contracta l'estomac du lycanthrope.

— Parce que vous pensez vraiment que ce genre de maladie est décelable à l'œil nu ? Vous ne voulez simplement pas voir la vérité en face. Il est clair pour moi que vous l'avez contaminé, mais le plus méprisable à mes yeux, c'est que vous l'ayez corrompu à ces pratiques obscènes et...

Le choc fit vaciller l'homme.

Oui ! À bien y réfléchir, peut-être que Derek n'aurait pas dû le frapper avec sa propre mallette qui répandit au sol tout son matériel dans un bruit de métal assourdissant.

Pourtant, voir le nez ensanglanté du médecin avait quelque chose de jouissif qui permit à Derek de recouvrer un semblant de calme.

Stiles, lui, avait de nouveau fixé son attention sur eux et semblait s'amuser plus que jamais. Il alla jusqu'à l'encourager à se battre de manière totalement déplacée.

— Maintenant que nous sommes tombés d'accord, prenez vos cliques et vos claques et sortez d'ici !

— Vous... Vous êtes...

Le rire sinistre du bêta fit frissonner de terreur son adversaire avant que sa voix affreusement calme ne s'élève, menaçante.

— Je suis très énervé et je vous conseille de partir très vite d'ici !

L'homme ne se le fit pas dire deux fois, jetant pêle-mêle son matériel dans sa mallette, il se leva précipitamment non sans un dernier regard vers les deux amants.

— Vous entendrez parler de moi, je n'en resterai pas là !

— DEHORS !

Au cri humain se mêla un hurlement animal si bien que le médecin prit enfin ses jambes à son cou.

Derek s'installa sur le bord du matelas afin de caresser distraitement la joue de son compagnon, lui offrant un sourire réconfortant avant de replacer les mèches de cheveux collés sur son front par la fièvre.

— Mon héros ! Mon super-héros même ! Tu vois, je reste persuadé que les collants t'iraient à merveille !

L'euphorie de l'adolescent arracha un sourire à l'adulte, d'autant plus à l'évocation des collants qui lui rappelaient l'histoire de prince charmant qu'ils avaient eue le premier jour des vacances !

Puis Stiles câlina affectueusement le bras à sa portée et toute la colère, qui courrait comme un poison dans l'organisme de l'ancien alpha, disparut miraculeusement.

Comment résister quand son jeune amant était si attendrissant et candide ?

— Je vais chercher tes médicaments. Essaie de te reposer un peu, d'accord ? Et après, tu essaieras de manger quelque chose.

— J'aurai jamais cru qu'un jour, tu jouerais les infirmiers sexy pour moi !

Cette dernière remarque accentua le sourire de l'homme.

Il claqua un baiser sur le front de son humain et, après avoir attrapé l'ordonnance, avança vers la sortie.

Noah était finalement rentré plus tôt que prévu et semblait hors de lui. Ce qui se passa ensuite laissa Derek sous le choc !

Quand le shérif l'avait aperçu, il s'était avancé vers lui avec détermination et le loup avait pu sentir l'odeur de sa colère juste avant qu'il ne l'atteigne. Puis, les bras du quadragénaire s'étaient refermés sur lui dans une étreinte puissante qui ne dura qu'une seconde.

— Pardon, excuse-moi ! C'est juste que... Je viens de foutre Samuels hors du poste ! Ce... Ce...

Il prit une inspiration tremblante avant d'attraper deux verres dans lesquels il versa une généreuse dose de whiskey.

— Si tu ne l'avais pas déjà frappé, je crois que c'est moi qui l'aurais fait !

Derek commençait à mieux comprendre la situation. Il attrapa son verre et accompagna son hôte.

— Vous n'aurez pas d'ennuis à avoir refusé de prendre sa plainte ?

Noah secoua la tête avant de boire une nouvelle gorgée.

— Je lui ai rappelé que Beacon Hills était une toute petite ville et que les mots déplacés qu'il avait eus pouvaient détruire sa réputation en un claquement de doigt ! Comment va-t-il ? ajouta le père de famille avec un mouvement de menton vers les escaliers.

— Il s'est assoupi. La fièvre a légèrement baissé et j'ai réussi à lui faire avaler un peu de nourriture solide !

Noah hocha la tête, l'air plus exténué que jamais. Les deux hommes partagèrent un rapide repas avant que chacun d'eux ne parte se coucher.

La nuit fut agitée, les médicaments ne calmant que très peu la fièvre du lycéen qui cauchemardait sans arrêt, se réveillant le souffle court.

Au petit matin, une toux sèche et douloureuse s'ajouta au reste, mais les nausées avaient, elles, définitivement disparu.

— Si je te dis « je crois que je vais mourir », est-ce que j'entre dans la catégorie « cliché de l'homme malade » ?

Derek rit doucement avant d'éponger son front brûlant à l'aide d'un linge humide censé aider à faire descendre sa fièvre.

— Je pourrais t'aider à avoir moins mal si tu veux !

— Arrête de me tenter, gémit l'adolescent en se tournant sur le côté dans son lit. Je me sens déjà assez mal comme ça. Je serai jamais remis demain pour l'entraînement. Finstock voudra jamais me laisser jouer vendredi, car oui, je serais remis vendredi, c'est obligé ! Hors de question d'annuler notre week-end ! Je suis un vrai boulet. Je déteste que tu te sentes obligé de t'occuper de moi !

— Arrête ! Je ne pense pas ça de toi... Je suis au contraire impressionné que tu n'aies jamais profité de la situation de Scott pour lui demander de te mordre !

— C'est ce que tu voudrais ? Que je sois un loup-garou et pas un misérable humain fragile ?

Derek releva un regard assuré vers le malade avant d'attraper les mains de celui-ci entre ses paumes, les caressant de ses pouces tandis qu'il plongeait son regard dans celui du lycéen.

Ses yeux étaient brillants de fièvre et sa respiration lourde et sifflante.

— Stiles ! Je sais que ce n'est pas le meilleur moment pour avoir cette conversation, mais crois-moi, ce n'est pas ce que je souhaite. Que tu sois humain et encore plus que tu ne souhaites pas devenir un loup me remplit de joie. Je t'aime comme tu es... vraiment ! La morsure est dangereuse et je ne supporterai pas de te perdre. C'est juste que je... je te trouve très courageux !

Un léger sourire souleva la bouche de Stiles avant qu'il ne la rouvre pour respirer à cause de son nez bouché.

Une toux violente le fit se redresser dans son lit, une main sur son thorax comme pour en endiguer la douleur. Sa poitrine se soulevait encore plus amplement lorsqu'il se rallongea, épuisé au-delà des mots.

— Des fois, j'ai peur d'être en train de rêver parce qu'en vrai, tu ne peux pas être si romantique et amoureux de moi...

Il baissa la tête, avant d'ajouter dans un souffle.

— Qui pourrait m'aimer...

— Stiles !

Le grondement de colère de l'ancien alpha surpris suffisamment le malade pour qu'il relève le regard. Apparemment, les mots avaient franchis ses lèvres sans son accord !

— Je préférerai ne pas avoir à te le dire tous les jours parce que... c'est vraiment pas moi, mais s'il le faut, je le ferai ! Je t'aime ! Maintenant, repose-toi un peu.

Stiles hocha la tête avec un faible sourire. Son corps asthénique n'était pas contre un peu de repos. Ses yeux se fermèrent sans attendre.

Avec un dernier regard concerné, Derek se leva et s'approcha du bureau de l'adolescent où il avait déroulé ses plans afin de travailler pour s'occuper.

— Je mérite pas d'être un loup... Je peux pas être Batman, moi... je ne suis bon qu'à être un Robin !

Le murmure à peine audible surprit le loup qui se retourna vers son compagnon toujours alangui sur son lit, les yeux clos dans un immobilisme donnant l'illusion qu'il dormait.

— Ça n'a rien avoir avec le mérite, au contraire ! C'est encore plus respectable tout ce que tu affrontes sans force surnaturelle ou pouvoir de guérison ! J'ai beaucoup de respect pour ça !

Stiles renifla de manière sceptique, rejetant les arguments de l'ancien alpha comme on refuse un compliment qu'on pense ne pas mériter.

Une nouvelle toux secoua son corps affaibli avant qu'il ne se tourne pour se moucher.

Un court instant, ses prunelles lourdes de fatigue croisèrent celles de l'adulte avant que ses paupières ne se referment d'épuisement.

— Je ferais un très mauvais loup, incapable de me concentrer et d'avoir un contrôle sur mon cerveau. Je ne pourrais jamais me le pardonner si je devais blesser ou tuer quelqu'un... Et mon père... Je ne peux pas risquer de le perdre, comme je ne peux pas risquer de mourir ! Pas pour moi, mais pour lui... Il ne s'en relèverait pas, je le sais !

Il expira difficilement avant de se remettre sur le dos, le front plissé de douleur.

— Tu vois, souffla-t-il d'une voix éteinte. J'ai plein de raisons pour ne pas vouloir la morsure.

Une dernière fois, leurs regards s'effleurèrent avant que dans un dernier souffle, Stiles ne s'endorme cette fois profondément !

Vers les coups de midi, ce fut la sonnerie de son téléphone qui sortit Derek de son labeur. Il se hâta de décrocher après avoir jeté un regard inquiet vers l'endormi qui se contenta de gémir dans son sommeil avant de se tourner vers le mur.

— Scott, je t'ai dit plusieurs fois de ne pas t'inquiéter, il...

— Derek !

L'empressement dans la voix de l'alpha tout comme son ton bas, remua quelque chose dans l'estomac de l'homme qui se tue aussitôt.

— J'ai pas beaucoup de temps, écoute... Le lycée est en quarantaine, Lydia et Allison sont tombées malade aussi comme plusieurs dizaines d'autres élèves !

Il y eut un léger silence, comme si le jeune loup-garou tendait l'oreille dans la crainte d'être surpris.

— Ils ont confisqué tous les téléphones... Noah est là, malade lui aussi ! Derek... Les agents fédéraux viennent d'arriver et j'ai entendu... Ils pensent que l'épidémie a un lien avec l'effraction qui a eu lieu à Hill Valley, il y a quelques semaines !

Le souffle court de l'adolescent trahissait son urgence.

— Ils ignorent que Stiles a les mêmes symptômes et qu'il est le premier à être tombé malade et Noah m'a demandé... Derek ! C'est sûrement un coup des Everfool, protège Stiles ! J'essaie de te recontacter, mais je ne sais pas si...

Il eut juste le temps d'entendre une autre voix s'élever plus lointaine que celle de l'alpha dans le combiné, avant que la communication ne se coupe.

oOo

*Papa Papa Papi Papo : Référence à Retour Vers le Futur de Robert Zemeckis