Chapitre 67 : Patient Zero

La communication avec Scott s'était coupée si brutalement que Derek se sentait incapable de recouvrer son calme.

Le cœur battant et le corps tremblant de colère et de terreur, il fixa son compagnon terrassé par la maladie.

Il avait été naïf de croire que la maladie soudaine de son humaine était un coup du sort…

La meute était, de toutes évidences, la cible de ces trois maudits loups qui jouaient avec leurs nerfs depuis quelques mois déjà !

Mais comment avaient-ils pu atteindre son compagnon ?

Il ne savait que peu de chose en biologie et encore moins en maladie humaine et n'aurait certainement aucune réponse à ces questions, mais, une chose était sûre, les Everfool avait dû avoir accès à l'environnement de son amant.

Il se mit à fouiller la chambre à la recherche d'un indice quelconque jusqu'à ce que son regard n'accroche le tableau de liège envahi de fils rouge et… un fil orange ?

Les sourcils froncés, il se concentra sur ce dernier qui reliait justement l'article faisant référence à l'effraction du laboratoire de Hill Valley à un calendrier sur lequel une pleine lune avait été cerclé au feutre rouge.

Stiles avait touché du doigt cet indice… Comme d'habitude, il se montrait redoutable dans son investigation.

Il n'eut pas le temps de se pencher plus avant sur les autres pistes punaisées sur le tableau que l'adolescent se mit à nouveau à gigoter dans son sommeil, secoué par un nouveau cauchemar provoqué par la fièvre !

Abandonnant son inspection, il se précipita à son chevet, caressant délicatement son front bouillant en lui susurrant des paroles qu'il espérait apaisantes.

Ceux qui avaient osé s'en prendre à son compagnon, devraient affronter sa colère, mais pour l'heure, le centre de ses préoccupations était la santé de Stiles, redoutant que son mal ne soit bien plus grave que ce qu'il avait imaginé jusqu'alors !

— Je suis là, tout va bien ! répéta-t-il encore avant de mouiller un gant dans l'eau fraîche pour en éponger le front brûlant du lycéen.

Cette méthode était-elle au moins efficace ? Il l'espérait, l'estomac noué par son sentiment d'inutilité.

— Derek ?

Le regard hagard de son amant frappa le sien et il força un sourire sur ses lèvres. Il hésita à lui faire part des dernières nouvelles avant d'y renoncer.

Stiles ne devait pas avoir à se soucier d'autre chose que sa santé. Il ne servait à rien de l'inquiéter et… savoir son père et ses amis malades n'arrangerait pas son état, au contraire.

— Tu as encore fait un cauchemar, tout va bien !

Le fils du shérif soupira avant de tousser, une main lasse sur son front douloureux.

L'aidant à se relever légèrement, Derek s'installa derrière lui et l'invita à poser sa tête sur ses jambes croisés. Une fois certain qu'il était bien installé, l'ancien alpha commença un massage sur ses tempes le faisant expirer de bien-être tandis que — sournoisement, il devait l'admettre — il le soulageait de son mal, l'absorbant dans son corps tandis que ses veines noircissaient légèrement.

— Où t'as appris à faire ça ?

L'adulte sourit sans pouvoir s'en empêcher.

— Mon père était aussi têtu que toi si tu te souviens bien. Il était aussi sujet à de nombreuses migraines… Ma mère l'aidait comme je le fais avec toi…

Et comme lui, elle trichait éhontément ! Il n'oublierait jamais le clin d'œil complice qu'elle lui avait offert un jour qu'il avait surpris sa manigance… Son père n'en avait jamais rien su…

— Et si tu me parlais plutôt de ton cauchemar ?

Il sentit Stiles se crisper légèrement avant de se détendre à nouveau sous ses doigts.

— C'est pas vraiment un cauchemar… C'est… Une sorte de souvenir…

Il poussa un soupir mélangeant lassitude et bien-être tandis que son corps se détendait sous l'attention de son amant.

— Je… Tu sais de quoi est morte ma mère, pas vrai ?

Derek se tendit sans pouvoir se contenir. Il devinait sans le savoir que la suite du récit de Stiles allait lui glacer le sang. Son estomac se contracta tandis qu'il acquiesçait.

— Parfois, elle allait mieux et, le plus dur, c'est qu'on ne pouvait jamais savoir quand une nouvelle crise allait s'emparer d'elle !

Le garçon marqua une nouvelle pause comme s'il réfléchissait aux mots les plus adéquats pour continuer ses confidences.

Son cœur tambourinait affreusement vite dans sa poitrine et celui de Derek ne put que se caler sur son rythme.

— Un jour, je suis rentré d'une de mes expéditions dans la forêt. J'étais couvert de boue de la tête aux pieds après avoir dévalé une pente un peu trop glissante pour atterrir dans un fond de marre presque asséchée… Vraiment, elle m'a passé le savon de ma vie et m'a ordonné d'aller prendre un bain ! Je me souviens encore de son sourire et puis…

Le garçon arborait un franc sourire sur les lèvres à l'évocation de sa mère. Il était évident que celle-ci avait laissé un vide immense dans son cœur et dans sa vie.

— Je me souviens aussi d'avoir été surpris quand elle est entrée dans la salle de bain. J'étais déjà grand et elle me laissait habituellement mon intimité, mais elle avait ce grand sourire solaire que j'aimais tant alors, j'ai rien dit !

Il avait l'air triste à présent, perdu qu'il était dans son passé.

— Je… Je ne me souviens pas de tout après… Je me souviens seulement de l'impression que mon crâne allait exploser avant que tout disparaisse quand l'eau m'a brûlé les bronches et envahit mes poumons… Tu savais que lors d'une noyade, on retient sa respiration jusqu'à en perdre connaissance ? Ça s'appelle l'apnée volontaire…

Son amant le coupa dans son récit en se penchant sur ses lèvres malgré la position inconfortable, l'attirant maladroitement contre son corps pour se fondre dans ses bras, se refusant de verser des larmes qui ne lui appartenait pas alors que Stiles lui-même n'en avait versé aucune. Il avait semblé totalement détaché en racontant cet événement pourtant traumatisant donnant l'impression qu'il ne l'avait pas vécu lui-même.

Jamais le loup n'aurait imaginé que le jeune homme qu'il avait toujours connu si joyeux et plein de vie ait pu vivre de telles atrocités. Évidemment, il n'était pas sans savoir qu'il avait perdu sa mère alors qu'il n'était encore qu'un enfant… la réalité était tout autre. La maladie lui avait arraché celle-ci bien avant qu'elle ne s'envole vers des lieux plus paisibles, emportant avec elle une partie de l'âme de son enfant.

Il n'osait même pas imaginer l'horreur d'être pris pour un monstre par un de ses parents, encore moins en subir la violence verbale et physique ! Quand il y repensait… si Noah n'avait pas pu arrêter sa femme à temps, jamais il n'aurait rencontré ce petit bout de personne plein d'entrain et de vie qui lui avait redonné le sourire.

Après ça, Stiles lui raconta le peu de souvenir qui lui restait de ce jour-là. Sa mère avait essayé de le noyer et, une fois de plus et par le plus grand des miracles son père était arrivé à temps, et était parvenu à lui faire expulser l'eau des poumons avant qu'il ne soit trop tard ! Ce fut la dernière permission de sortie de Claudia hors de l'enceinte de l'hôpital et l'enfant d'alors s'en était voulu, pensant à tort que part sa faute, sa maman était punie !

Dans son cauchemar, il revivait sans cesse la noyade puis une version déformée de la réalité où ses deux parents lui disaient à quel point il était un poids pour eux, que sa mère était malade par sa faute et que c'était à cause de lui qu'elle ne pouvait plus vivre à la maison…

Ils finirent une fois de plus par se rendormir, réconfortés par l'étreinte l'un de l'autre. Derek n'était peut-être pas malade, mais utiliser ses pouvoirs le fatiguait et la nuit avait été hachée par les réveils de son humain.

L'après-midi s'égraina à une lenteur infernale sans que rien n'évolue.

Derek n'eut plus de nouvelles de Scott et il ne pouvait rien faire d'autre que veiller sur l'état de son compagnon et rester aux aguets dans l'hypothèse que les Everfool profitent de leur isolement et de leur faiblesse pour s'attaquer à eux.

Rarement dans sa vie, il ne s'était senti si impuissant…

oOo

— Eh, toi ! Tu n'as pas le droit d'être… Scott ?!

Et dire qu'il avait pensé que la situation ne pouvait pas être pire !

Le destin semblait prendre un malin plaisir à s'acharner contre lui et sa meute. Il inspira fortement pour se donner le courage nécessaire à affronter l'homme qui venait de l'interrompre avant de lui faire face avec une expression qu'il espérait indifférente.

— Salut, papa !

L'agent fédéral semblait aussi décontenancé que lui… Tant mieux.

Il aurait pourtant dû anticiper leur rencontre, aussi fortuite soit-elle. Il n'était pas sans savoir que son fils étudiait dans ce lycée. Un silence gêné s'installa, égrainant les secondes à une lenteur effroyable, faisant lever les yeux au ciel à l'adolescent qui aurait tout donné pour être n'importe où sauf ici !

— Tu… Tu vas bien ?

— J'ai pas la grippe si c'est ce qui t'inquiète !

Pas qu'il puisse craindre de tomber lui aussi malade dans sa combinaison de cosmonaute jaune canari.

— Non, je voulais dire… dans la vie !

Rafaël expira de lassitude, pas plus à l'aise que son enfant. Comment anéantir la distance qui s'était installée entre eux depuis des années ? Même avec tous les efforts du monde, il devait se rendre à l'évidence… On ne rattrape jamais le temps perdu !

Il esquissa un geste nerveux de la main vers ses cheveux avant de rencontrer sa combinaison hermétique que l'équipe sanitaire l'avait contraint à porter. Il soupira à nouveau.

— Je sais que tu vas trouver ça injuste, mais je vais devoir confisquer ton téléphone et te ramener auprès des autres !

Scott savait parfaitement que protester de le mènerait à rien. Il prit cependant le temps d'éteindre l'appareil avant de le tendre à son père et sans perdre une seconde de plus, le précéda dans les couloirs.

C'est avec un soulagement évident qu'il atteignit l'une des salles de classe aménagées en infirmerie provisoire et où des dizaines de lits de camp avaient été déployé pour accueillir les trop nombreux malades.

Sans un regard ni un mot de plus pour son père, il s'avança vers Isaac qui observait d'un air soucieux la valse des soignants et des biologistes.

Tout semblait totalement irréel à l'image d'un film catastrophe et l'ambiance dans la salle s'en ressentait.

L'effervescence provoquée par l'installation et la prise en charge s'était calmée. Un agent fédéral avait été posté devant la porte en condamnant l'accès. Plus aucune échappatoire n'était possible.

— Au moins, on est tous ensemble !

L'alpha tentait de rester optimiste malgré la situation inextricable dans laquelle ils se trouvaient. Son regard balaya rapidement ses amis alités avec un sourire inquiet.

Lydia, Allison, Danny, Maxime et même Luna… très peu d'étudiants humain avait eu les défenses immunitaires nécessaires pour lutter contre l'épidémie qui s'était abattue sur eux.

Ses mots, pourtant, n'apaisèrent pas son bêta qui continuer à observer les biologistes dans leur étrange scaphandre passer d'un lit à l'autre, prélevant de façon totalement arbitraire quelques échantillons sanguins afin de les analyser.

Le louveteau se rongeait l'ongle du pouce et sa jambe droit tressautait nerveusement, aussi Scott ne put s'empêcher de trouver la ressemblance avec Stiles frappante.

— Ils sont entre de bonnes mains. Je pense qu'on ne devrait pas s'en faire et juste… tu sais… tenter de les soutenir au mieux.

Se faisant, il lui montra sa main comme pour lui passer un message silencieux qu'Isaac comprit sans problème.

Issac laissa échapper un souffle tremblant entre ses lèvres avant d'affronter le regard de son ami.

— Qu'est-ce que tu sais sur la grippe espagnole ?

Scott fronça les sourcils, totalement surpris et troublé par la question de l'autre lycéen.

— Euh… C'est la pandémie la plus mortelle de l'histoire à cause de sa virulence et… je suis sûr que Stiles aurait pu te sortir l'historique complet de ce qui s'est passé, désolé, mais…

— Scott !

Était-ce la panique dans la voix d'Isaac ou l'intensité de son regard, mais d'un seul coup, la révélation frappa l'alpha avec une telle force qu'il sentit un léger vertige l'étreindre.

— C'est pas possible !

La faiblesse de sa voix lui fit honte, mais il était incapable d'accepter l'information.

— C'est une de leurs hypothèses… Après tout, à quoi bon répandre un virus s'il n'est pas mortel ? C'est ce que pensent les fédéraux, c'est pour ça qu'il prélève du sang, ils veulent déterminer la souche exacte à laquelle nous avons à faire et… Scott, tous les symptômes concorde avec l'hypothèse de la grippe !

— Pour une fois, j'aurais presque espéré que tu ne laisses pas traîner tes oreilles !

Le choc était dur à digérer. Le cœur serré à l'instar de sa gorge, Scott avisa le corps vaincu par la fièvre d'Allison, la peur lui broyant l'estomac cruellement.

Il échangea un dernier regard intense avec son bêta, puis en se tapant doucement l'épaule mutuellement comme pour se donner l'impulsion nécessaire, ils se séparèrent pour rejoindre le chevet de leur petite-amie respective.

Pendant plusieurs heures, ils ne firent rien de plus que de les soulager de leur mieux, préférant garder pour eux la probabilité qu'ils venaient d'apprendre, les soutenant jusqu'à l'épuisement.

Ils dépassèrent l'un comme l'autre leur limite et bientôt, ils durent contraints à leur tour de s'allonger, perclus de douleur et vaincu par la fièvre.

La nuit fut d'autant plus difficile qu'elle fut le théâtre des cauchemars de leurs camarades et des allées et venues des soignants soucieux de l'état de santé de leurs patients. Les quintes de toux et l'incertitude d'un lendemain s'ajoutaient à l'ensemble. Que pouvaient-il après tout contre un organisme si petit qu'il en était invisible ?

Le peu de repos que les deux loups-garous parvinrent à prendre fut heureusement suffisant pour que leurs organismes ne se remettent de l'usage excessif de leur pouvoir de guérison.

À l'aube, ils étaient sur pied et prêts à recommencer, incapable de rester sans rien faire alors qu'ils pouvaient apporter leur aide ne serait-ce que légèrement.

Lydia ne se montrait pas plus ravie ce jour-là que la veille qu'Isaac puisse la voir dans un tel état de fatigue, aussi faisait-elle son possible pour ne pas montrer sa douleur.

À tour de rôle, pour ceux s'en sentant capable, ils furent autorisés à se rendre dans les vestiaires afin de se doucher sans pour autant avoir la possibilité de se changer si ce n'est au profit d'une blouse d'hôpital qu'aucun d'eux ne souhaitaient revêtir.

À son retour dans l'infirmerie de fortune, l'attention de Scott fut captée par Maxime qui semblait lutter contre une forte fièvre, le faisant délirer.

Il s'approcha précautionneusement et, après avoir vérifié que personne ne pouvait le surprendre, posa sa main sur celle de son ami afin d'absorber un peu de sa douleur.

— Luna !

— Elle… Elle va bien ! Elle est malade aussi, mais tout va bien. Tu n'as pas à t'inquiéter !

Les yeux de Maxime s'ouvrirent si brusquement que Scott en sursauta.

— Malade ? Non… Elle peut pas…

— Elle va bien ne t'en fais pas, répéta le capitaine de la crosse, se méprenant sur le trouble du garçon.

— Non, non… Scott…

— Scott !

Avec une précipitation un peu trop vive qui rendit son père perplexe, le jeune alpha avait lâché la main du malade qui ne put que grimacer lorsque la douleur reprit possession de son corps.

À contrecœur, l'adolescent suivit son père qui l'entraîna à l'écart dans le dédale des couloirs.

— Scott… Où est Stiles ?

— J'aurai dû me douter que tu ne venais pas me parler parce que tu étais inquiet que je sois malade moi aussi ! Le travail avant tout, comme toujours !

La rancœur du jeune homme était crédible puisqu'une part de lui — celle qui tenait encore à son père — était réellement déçue. Pourtant, l'heure n'était pas au règlement de compte. Noah l'avait bien prévenu, avant qu'ils ne soient séparés, que personne ne devait découvrir que Stiles était le patient zéro !

Dans ce genre d'enquête, ce genre de petit détail modifiait totalement la méthode d'investigation.

En l'absence d'un premier cas, il serait conclu que le lycée dans son ensemble avait été visé et donc que les terroristes ayant répandu le virus cherchaient à faire un maximum de dégât au nom de leur cause, quelle qu'elle soit !

Au contraire, viser une personne en particulier rendait l'affaire affreusement personnelle. Les agents fédéraux comprendraient rapidement que Stiles avait un lien avec les criminelles. Ils interrogeraient, fouilleraient et espionneraient l'adolescent jusqu'à remonter la piste des Everfool.

La meute pâtirait de la présence du FBI. Les loups ne pourraient plus se transformer sans prendre le risque d'être découverts ni utiliser aucun de leurs dons.

Qu'adviendrait-il si les forces de l'ordre faisaient face aux loups renégats ? Se feraient-ils massacrer par les loups-garous ? Auraient-ils le temps de comprendre à quelles créatures, ils avaient à faire avant de se faire trucider sauvagement ?

Ils ne pouvaient se permettre que le surnaturel soit découvert et encore moins risquer la vie de ces hommes d'État !

Attirer sur Stiles l'attention des fédéraux ne leur créerait que des problèmes.

Il ne fallait en aucun cas que l'enquête ne s'approche de près ou de loin des loups-garous.

— Bien sûr que je m'inquiète pour toi, Scott ! C'est justement pour cette raison que je dois tout mettre en œuvre pour résoudre cette enquête au plus vite ! L'absence de Stiles est suspecte…

— Pourquoi ne demandes-tu pas à son père ?

Il devait gagner du temps pour trouver une explication crédible à offrir à son père.

— Je l'ai déjà fait, figure toi ! Je voulais simplement que tu me confirmes sa version !

Scott sentit son cœur rater un battement. La situation était encore pire qu'il ne l'avait imaginé. Il avait l'impression d'entendre les rouages de son cerveau se mettre en branle. S'il contredisait la version de Noah, Stiles était foutu. S'il prétendait ne pas savoir, son père ne serait pas dupe et Stiles serait foutu…