Disclaimer : Je ne tire aucun bénéfice de l'écriture de cette fiction, si ce n'est un immense plaisir. Shingeki no Kyojin appartient à ce cher Hajime Isayama, et le scénario de cette fiction sort de ma tête. Il est donc un peu poussiéreux.
Bonsoir tout le monde ! Joyeuses Fêtes ! J'espère que vous allez bien malgré ces temps difficiles. Je reviens vers vous avec un nouveau chapitre que j'ai eu du mal à pondre et qui est un mois en retard (je vous avais prévenus, je suis en pleine transition dans ma vie pro et ça m'a accaparée) mais le plus important c'est qu'il soit là ! Il est tard et je suis très fatiguée, donc je ne m'éternise pas. IMPORTANT : Si jamais j'ai pas le courage de le faire ce soir, je répondrai aux reviews demain ! Je vous souhaite une bonne lecture et à bientôt !
Réponse aux reviews anonymes :
Molly : merci beaucoup pour ton petit mot ! Les réponses à tes questions sont dans ce chapitre !
Céline : merci Céline !
Lia : Quel plaisir de lire ta review, c'est vraiment très gentil ! Je suis très heureuse que l'histoire te plaise et je te souhaite la bienvenue parmi nous. L'histoire approche de sa fin mais on en a encore pour quelques mois je pense ! Voici la suite, j'espère qu'elle te plaira !
Chapitre 29 : Les dommages collatéraux
Les rayons du soleil matinal sortirent progressivement Levi de la torpeur du sommeil. Il papillonna des yeux, légèrement ébloui par la lumière, et tourna le dos à la fenêtre pour venir se blottir entre les couvertures, contre la source de chaleur qui ronflait légèrement près de lui. C'était chaud et doux, et une main caressante sur son flanc lui arracha un soupir. Relevant légèrement la tête, il avisa le visage endormi d'Eren. Le jeune homme était paisiblement assoupi, un bras replié derrière la tête et l'autre enserrant la taille du petit brun. Aussitôt, l'esprit de Levi se dégagea des dernières brumes de sommeil et les évènements de la veille lui revinrent clairement.
Il se rappela la terreur d'avoir vu le jeune allemand débarquer à l'improviste et l'acculer comme un animal piégé, leur rude affrontement puis leurs éprouvants pourparlers. Il se remémora également leurs mots sincères, le bourgeon renaissant de leur complicité et leur délicieuse réconciliation.
Eren lui laissait une deuxième chance, Eren l'autorisait à reconquérir la place qui était la sienne. Levi n'aurait plus à redouter le noir et le froid : la lumière était revenue les disperser. Encore pâle, mais aussi évidente que les rayons printaniers qui venaient réchauffer son dos. Cette fois-ci, non content de la garder à l'intérieur de lui, Levi s'était promis qu'il apprendrait à la réfléchir.
Le torrent d'émotions et de péripéties survenu la veille l'avait laissé heureux mais épuisé, et malgré cette nuit de sommeil profond et sans rêves, il s'était réveillé comme au sortir d'une gueule de bois et avec le souvenir vague d'être passé sous un rouleau compresseur émotionnel. Il se sentait serein, et en même temps son cœur manifestait une étrange fébrilité.
Le petit brun s'agita légèrement, en proie à l'anticipation des bouleversements qui attendaient derechef son quotidien, si bien que le jeune allemand finit par pousser un grognement sourd avant de l'attirer de nouveau contre lui. Levi vint donc s'allonger sur lui, et croisa les bras sur son torse pour observer l'expression sereine de son visage. Eren avait toujours été beau, mais les épreuves de ces derniers mois avaient marqué ses traits et leur avaient apporté une maturité qu'il trouvait séduisante. Leurs mésaventures lui avaient également coûté quelques kilos, mais il semblait avoir commencé à reprendre du poids – il n'avait plus l'air malade des semaines ayant suivi l'agression. Levi tendit une main pour caresser le torse halé, puis la laissa s'égarer vers l'épaule droite de son compagnon. Elle arborait une cicatrice en forme d'étoile de couleur rosée, vestige de sa blessure par balle. Il effleura la crevasse du bout des doigts – elle était relativement profonde.
« - Elle ne me fait presque plus mal.
Levi reporta son attention sur le visage d'Eren qui souriait, les yeux toujours fermés. Sa main droite vint se promener paresseusement sur le dos nu du petit brun, ayant parfois l'audace de descendre caresser furtivement le galbe de ses fesses. Levi reposa sa tête sur ses bras croisés et apprécia l'administration en silence durant quelques minutes.
- Comment tu te sens ? finit par demander Eren.
Levi se redressa.
- Tout nos problèmes ne sont pas réglés. Mais j'ai l'impression que le monde tourne de nouveau à l'endroit.
- Tu ne… regrettes pas d'être là ?
- Jamais. »
Eren sourit, et Levi embrassa ses lèvres pleines à plusieurs reprises.
Les deux garçons eurent besoin de quelques minutes pour trouver le courage de s'extirper de leur lit, puis finirent par se lever et se préparer. Prêt le premier, Levi laissa Eren dans la salle de bains, où il livrait une lutte sans merci à ses cheveux – ils avaient poussé – et descendit au rez-de-chaussée pour entreprendre de préparer le petit déjeuneur. Il n'avait entendu aucun bruit depuis leur réveil, et supposa donc que Mikasa et Carla étaient absentes. Il fut donc très surpris, en entrant dans la cuisine, de trouver la mère de famille en train de faire cuire des œufs brouillés. Le jeune homme resta sur le pas de la porte, ne sachant pas trop comment se comporter. La femme lui tournait le dos, mais d'une manière ou d'une autre, s'aperçut tout de même de sa présence :
« - Bonjour, Levi. Tu as bien dormi ?
Il fut étonné de son ton chaleureux. On lui avait garanti qu'elle ne le tenait pas pour responsable de l'agression, mais tout de même, il avait brisé le cœur de son fils… Carla se retourna pour lui sourire, et il fut plus que jamais frappé par sa ressemblance avec son fils.
- Je suis désolé, balbutia-t-il, incertain de l'attitude à adopter. Je ne pensais pas vous déranger. Je devrais peut-être partir…
Elle l'ignora complètement.
- Tu veux du café ? Viens par là.
Pris au dépourvu, il s'approcha d'elle pendant qu'elle lui servait une tasse.
- Merci, dit-il en acceptant la boisson.
- J'ai vu tes chaussures dans l'entrée, ce matin. J'ai été surprise, je ne t'attendais pas avant quelques semaines. Vous vous êtes réconciliés plus vite que prévu, déclara-t-elle sur le ton de la conversation. Tu vas rester prendre le petit déjeuner, n'est-ce pas ? Grisha n'est pas là mais Mikasa ne devrait pas tarder à rentrer de son jogging.
- Euh… je…
Elle n'attendit pas de réponse et retourna surveiller l'omelette qui frémissait dans la poêle.
Un silence gêné – du moins pour lui – s'en suivit, qu'il décida de briser.
- Madame Jaeger –
- Ça n'a pas été facile pour Eren, ces derniers temps, le coupa-t-elle sans se retourner.
Sa gorge se serra aussitôt, et il agrippa nerveusement sa tasse.
- Il a très mal supporté d'être séparé de toi, et il a dû gérer les moqueries des autres en plus des blessures et du choc de l'agression. Le stress, la solitude, le chagrin, tout ça en même temps.
A chacun de ses mots, Levi s'affaissait un peu plus sur lui-même. Il s'était rarement senti aussi honteux, ni aussi dépourvu d'arguments. La colère d'une mère ne souffrait aucune réplique. Finalement, Carla éteignit la plaque de cuisson et transféra l'omelette dans un plat.
- Ça a été très dur pour lui et pour nous tous.
Elle déposa le plat sur la table, puis se tourna enfin vers lui, une expression douce sur le visage.
- Alors je n'imagine même pas ce que ça a dû être pour toi, qui a géré ça tout seul.
Le petit brun resta muet de surprise et la regarda s'approcher de lui.
- Je suis très heureuse de te revoir, Levi. Tu seras toujours le bienvenu à la maison.
La gorge nouée de gratitude, Levi inclina respectueusement la tête. Sa dette envers les Jaeger continuait de s'allonger. Une dette envers chacun des membres de cette famille.
- Merci, madame Jaeger.
Alors qu'il dissimulait son émotion en replongeant le nez dans son café, Eren fit son entrée dans la cuisine. Il jeta un regard malicieux à Levi, avant d'aller embrasser sa mère sur la joue. Celle-ci sauta aussitôt sur l'occasion :
- Dis donc, toi. Tu caches bien ton jeu !
Son fils s'esclaffa en se servant une tasse de café.
- A ma décharge, tout s'est joué pendant les douze dernières heures.
Cette réflexion fit tilter Levi, qui se tourna vers Carla.
- En fait, réalisa-t-il, vous nous aviez percés à jour depuis le début, n'est-ce pas ?
- Oh, trésor. J'ai eu dix-huit ans aussi, tu sais ?
Alors qu'elle lui faisait un clin d'œil, ils entendirent la porte d'entrée s'ouvrir.
- Tiens, voilà Mikasa !
Elle retira le tablier qu'elle portait autour de la taille et le posa sur une chaise, puis arrangea ses cheveux.
- Tu vas quelque part ? demanda Eren.
- Je dois sortir, j'ai un rendez-vous. Le petit déjeuner est prêt, je vous laisse vous débrouiller.
Carla s'éloigna pour récupérer son sac et sa veste, puis refit un crochet par la cuisine.
- A ce soir, chéri. Levi, tu es ici chez toi, d'accord ?
A peine eut-il le temps de lui sourire qu'elle quitta la pièce en un mouvement gracieux. Ils l'entendirent parler à Mikasa dans le hall d'entrée, puis la porte claqua et la jeune fille ne tarda pas à apparaitre dans l'encadrement de la porte de la cuisine. Vêtue d'une tenue de sport légère, elle avait le teint vif et la peau luisante d'après l'effort. Ses cheveux attachés en une petite queue de cheval étaient légèrement ébouriffés et accentuèrent le regard perçant qu'elle envoya à Levi. Le jeune homme esquissa un sourire. Elle était probablement très surprise de le trouver ici, et dévorée par la curiosité de savoir tout ce qui avait pu se passer la veille. Eren, lui, parut soudain très nerveux. Son regard voyagea entre sa sœur et lui et il vint se placer entre eux, comme pour empêcher une bagarre.
- Ecoute, s'adressa-t-il à ta sœur. Garde ton calme, d'accord ? Je vais t'expliquer.
L'ignorant, la jeune fille s'approcha d'un pas vif dans leur direction et Eren se raidit, prêt à intervenir.
- Mikasa, non ! On vient de se réconcilier –
Quelle ne fut pas sa surprise lorsque sa sœur les attrapa tous les deux pour les serrer dans ses bras, les yeux brillants d'émotion. Ils restèrent tous les trois collés les uns contre les autres - avec un certain embarras perceptible chez les deux garçons, puis elle les relâcha en s'essuyant les yeux.
Eren la regarda, bouche bée.
- Désolée… Je suis juste contente que ce soit enfin terminé.
- Comment ça... ?
Son frère les observa de nouveau d'un air progressivement soupçonneux – Levi arrivait à peine à soutenir son regard – et finit, au grand damne du petit brun, par pousser une exclamation de compréhension.
- Vous étiez de mèche, déclara-t-il d'une voix certaine.
- Eren –
Le jeune allemand lui fit signe de se taire et reporta son attention sur sa sœur.
- Tu savais tout depuis le début. Et tu n'as rien dit.
Le ton du garçon sentait fort le reproche, et une tension palpable s'installa soudain dans la pièce silencieuse. Levi tint sa langue et observa la fratrie, furieux contre lui-même de ne pas avoir anticipé que les choses allaient se retourner ainsi contre Mikasa. A présent, il ne pouvait plus rien faire pour l'aider. C'était à elle de trouver un moyen de désamorcer la bombe.
La jeune fille se détourna de son frère et alla ouvrir le frigo pour y récupérer une bouteille de jus de fruit.
- Ça n'a pas été une décision facile, expliqua-t-elle en se versant un verre. Vous étiez tous les deux tellement campés sur vos positions.
- Et évidemment, tu as choisi Levi.
- Ce n'est pas aussi simple.
Eren leva les bras au ciel d'un geste exaspéré et commença à faire les cents pas. Ce n'était jamais bon signe.
- Que –
Puis, brusquement, il s'arrêta et prit une grande inspiration.
- D'accord, d'accord. Explique-moi.
Levi fut estomaqué par sa soudaine reprise de contrôle. Il n'avait pas été habitué à ça : Eren avait véritablement gagné en maturité. Sa sœur, après un coup d'œil timide, se lança :
- J'ai pesé le pour et le contre et j'ai jugé que c'était la meilleure chose à faire. Si je t'avais tout raconté, Levi ne me l'aurait jamais pardonné. Et toi, tu lui aurais mené une guerre d'usure pour le faire changer d'avis. Ça aurait pourri ce qui restait de votre relation et vous aurait démolis tous les deux. J'ai pensé que c'était mieux de vous laisser vous séparer un moment, pour te permettre de guérir calmement et laisser à Levi le temps de se rendre compte que ce qu'il faisait ne menait à rien.
- Hé !
L'ombre d'un sourire se dessina sur les lèvres du jeune allemand.
- Sans compter que tu étais très fragile, à ce moment-là.
En voyant qu'Eren ne niait pas, Levi eut quelques sueurs froides à l'idée de tout ce que leur séparation avait fait endurer à son petit ami.
- Je crois que tu avais besoin de voir que tu avais mon soutien, exclusivement, poursuivit Mikasa. Je pense que si tu m'avais su proche de Levi, c'est notre relation à tous les deux qui aurait été menacée.
- Ça ne serait jamais arrivé, Mikasa, contredit Eren d'une voix douce. Tu es ma sœur.
Elle l'ignora et vida son verre de jus de fruit d'un trait, avant d'aller le poser dans l'évier et de se tourner à nouveau vers Eren.
- J'ai agi de manière à ne vous perdre ni l'un, ni l'autre.
Eren s'assit à table et se prit la tête entre les mains.
- J'imagine que tu n'as pas été étranger à cette décision, lança-t-il à Levi, sans bouger. Tu as dû trouver les mots pour la rallier à ta cause. Le délire de surprotection, ça a toujours été votre passion commune.
Levi s'agita légèrement, mal à l'aise.
- Oui, j'ai su me montrer convaincant, avoua-t-il.
Son compagnon s'esclaffa d'un rire jaune, puis se redressa.
- Mais qu'est-ce que je vais faire de vous deux ?
- Elle a servi de lien, décida d'intervenir Levi. Je lui demandais de tes nouvelles, chaque soir. Sans ça, je n'aurais probablement plus jamais fermé l'œil.
Mikasa lui jeta un regard chaleureux.
- Elle n'a pas voulu choisir entre son ami et son frère. S'il te plait, Eren.
Son compagnon se contenta d'émettre un grognement sourd. Sa sœur roda vaguement autour de lui quelques secondes, puis se jeta à l'eau et vint l'enlacer par derrière. Lorsqu'il répondit à son étreinte et l'embrassa sur la tempe, Levi sut que l'affaire était close.
- Allez, viens manger, lui lança la jeune fille en se redressant.
Mikasa le poussa à s'attabler, et ils entamèrent leur petit déjeuner.
- Qui d'autre est au courant de tes petites manigances ? s'enquit Eren en piquant dans ses œufs brouillés.
- Petra et Erwin, évidemment. Erwin a toujours soutenu mon idée. Il était d'accord sur le fait que notre relation était devenue dangereuse.
Son compagnon cracha quelque chose entre ses dents serrées, qui ressemblait vaguement au mot « enfoiré ».
- Hein ?
- Non, rien…
- J'imagine qu'il ne sera pas ravi de savoir qu'on est de nouveau ensemble, reprit Levi, mais la situation a changé. Le type qui te poursuivait est mort, le gros de la menace est forcément écarté.
Il avait conscience qu'il était surtout en train d'essayer de se convaincre lui-même et changea de sujet.
- Petra par contre, elle en a eu des cheveux blancs. La pauvre. Elle va sauter de joie en te revoyant avec moi.
Il prit une bouchée de son omelette. Elle était délicieuse.
- Tu préfères utiliser des baguettes, Levi ?
- Ça ira, merci. Farlan et Isabel sont au courant aussi, depuis quelques jours. Pardon de t'avoir donné le mauvais rôle, mais ils ne devaient pas connaitre la vérité ni découvrir que j'étais en danger. Ils s'en seraient mêlés, et ça aurait mal fini pour eux.
- Tu as pris la bonne décision, intervint Mikasa. Assez d'excuses pour aujourd'hui.
Elle termina son assiette, puis y posa ses couverts.
- Que va-t-il se passer maintenant ?
- On va se remettre ensemble.
- Oui, ça je m'en doute. Je veux dire, que va-t-il se passer, là, maintenant, après le petit déjeuner ?
Eren se tourna vers son compagnon, confus.
- J'ai été suspendu, expliqua Levi. Je dois attendre le verdict du conseil disciplinaire pour savoir si je peux retourner au lycée… ou pas.
Son petit ami continua de le regarder d'un air benêt, puis tilta brusquement.
- Ta bagarre avec Zacharias ! J'avais complètement oublié ça…
- Ça ne sent pas très bon pour moi, expliqua-t-il avec amertume. Frapper un professeur, c'est un renvoi sans préavis assuré. La seule chose qui pourrait me sauver, c'est que Nanaba parle.
- On le saura bien assez tôt.
Levi prit un moment pour se ressourcer dans le tableau qui se déroulait sous ses yeux. Il prenait un petit déjeuner par un matin ensoleillé, attablé dans la cuisine des Jaeger en compagnie d'Eren et Mikasa. Il était à sa place. Lorsqu'il eut gravé cet instant précieux dans sa mémoire, il jeta un œil à son téléphone.
- D'ailleurs, vous êtes sacrément en retard. »
XXX
Nanaba parla.
En joli pied de nez à leurs craintes et à leurs doutes, ainsi qu'à la petite voix qui soufflait dans leur esprit qu'elle n'aurait pas ce courage, elle se rendit dans le bureau de Pixis dès le lendemain de sa conversation avec Eren et dévoila toute la vérité. L'affaire fut portée au conseil de discipline qui devait se tenir dans le courant de la matinée, où elle provoqua un scandale sans précédents au sein de Trost.
Une relation de nature sexuelle entre un professeur titulaire et une élève – même majeure – qui se retrouvait à présent enceinte changeait considérablement la donne et pesait lourd dans la balance. La priorité du conseil ne fut désormais plus de réprimander l'accès d'agressivité d'un élève mais de tenter au mieux d'étouffer l'affaire. Et si les parents d'élèves demandaient des comptes ? Si les contributeurs financiers lâchaient Trost en apprenant le scandale ? Et si une enquête avait lieu ? On devait absolument régler l'affaire à l'amiable.
Levi fut donc tiré d'affaires avec un avertissement qui relevait de la pure formalité, et officieusement blanchi pour avoir tenté de protéger son amie. Le professeur Zacharias fut immédiatement suspendu de ses fonctions – il n'assura même pas ses cours de l'après-midi – et Eren n'avait que très peu de doutes quant à la façon dont les choses allaient se terminer pour lui. Cette histoire, à ses yeux, était un véritable gâchis. Malgré son côté antipathique, il avait été un bon enseignant. Eren ne pouvait s'empêcher de se demander ce qui avait bien pu lui passer par la tête. Ce qui l'emmenait invariablement à se demander ce qui s'était passé dans celle de Nanaba. Il aborda d'ailleurs le sujet le soir même, tandis qu'il la raccompagnait jusqu'au métro pour s'assurer qu'elle digérait les émotions de la journée :
« - C'était comme crever un abcès, était-elle occupée à lui expliquer d'un air apaisé en marchant à côté de lui, parmi le flux d'élèves qui avaient la même destination. Cette histoire n'est pas terminée – maintenant il va falloir que j'affronte toute ma famille, mais le plus dur est fait.
Nanaba était manifestement soulagée d'un poids, et semblait se porter bien mieux que lors des semaines précédentes. Elle se tenait droite, et avait le teint plus vif, ainsi qu'une pointe d'entrain au fond de la voix.
- Ça va être si terrible que ça ?
- I peu près cinquante pour cent de chances que je sois déshéritée, déclara-t-elle avec amusement, et je commence à penser que ne serait pas une si mauvaise chose. Cette entreprise n'est pas mon avenir, c'est un boulet que je traine à ma cheville depuis trop longtemps.
- Tu sais que tu pourras toujours compter sur nous.
- Bien sûr, mais ne t'inquiète pas pour moi. J'ai une tante au nord de Tokyo, en froid avec mes parents. Je pense rester quelques temps chez elle, si jamais ma famille devient ingérable. Et puis mon père ne me mettra jamais vraiment dehors. Même si sa fille le déshonore, c'est de son premier petit-enfant qu'il est question. Il ne passera pas à côté de ça.
Eren acquiesça, rassuré. Elle les avait tant aidés en acceptant de traverser cette épreuve, il était de son devoir de s'assurer qu'elle ne souffrait pas trop.
- Quelle histoire, soupira-t-il…. D'ailleurs, maintenant que tout est terminé. On n'en a pas vraiment parlé, et il y a une chose que j'aimerais vraiment savoir…
Elle se tourna vers lui, curieuse.
- Zacharias, sérieusement ?
La jeune fille éclata d'un rire clair et croisa les bras d'un air embarrassé, les joues roses.
- Il a été le premier homme adulte à me regarder comme une femme et non pas comme une « fille de », expliqua-t-elle, et à me témoigner du soutien et du respect. Je me suis sentie moins… transparente. Plus intelligente, plus courageuse, plus séduisante aussi. Comme si j'existais enfin en tant que moi. Pour le reste, je dirais qu'il s'est principalement trouvé au bon endroit au bon moment.
Ils arrivèrent à la station de métro de Nanaba, et s'arrêtèrent face à face. La grande blonde l'observa, une lueur malicieuse dans le regard.
- Maintenant, je suppose que tu te demandes comment lui a pu aller s'enticher d'une petite idiote dans mon genre, n'est-ce pas ?
- Pas du tout, répondit Eren d'une voix douce. N'importe quel homme sensé tomberait amoureux d'une fille comme toi. Il n'y a aucun mystère là-dedans.
Elle lui caressa la joue, visiblement émue.
- Il faut que j'y aille, maintenant. Je suis attendue avec grande impatience.
- Merci, Nanaba. Merci beaucoup.
En s'éloignant, elle lui adressa un sourire charmant par-dessus son épaule.
- Ne me remercie pas. J'ai l'impression que c'est la toute première fois que j'ai fait ce qu'il fallait. »
XXX
Une fois la machine lancée, impossible de l'arrêter : malgré tous les efforts de Trost pour étouffer les rumeurs, tout le monde finit par entendre parler de la scandaleuse aventure d'un enseignant de Trost avec l'élève postbac Nanaba. Et de fil en aiguille, tout le monde comprit que la relation de la jeune fille avec Levi Ackerman n'avait rien été de plus qu'une couverture. Le torrent médiatique qui s'abattit sur tout ce petit monde fut alors sans précédent – le plus grand déchainement de commérages de toute l'histoire des intrigues amoureuses de l'institut.
Le secret de la réconciliation d'Eren et Levi ne fut donc que très éphémère et éclata au grand jour dès le retour du petit brun à Trost. Bien évidemment, les voir arriver ensemble mit la puce à l'oreille de tout le monde. A la seconde où ils franchirent le portail de l'entrée et où tous les regards se rivèrent sur eux, Eren sut qu'ils étaient fichus. Les premiers à comprendre ce qui se passait furent évidemment les amis du jeune allemand : ils s'étaient tenus informés de très près au sujet du scandale Zacharias-Nanaba, avaient probablement deviné le fin mot de l'histoire dès qu'ils avaient su qui était le vrai père du bébé et depuis ce moment, les avaient probablement attendus de pied ferme. En les voyant arriver, ils se précipitèrent sur eux en une masse hurlante qui terrifia Levi. Après ça, ce fut légèrement flou dans l'esprit d'Eren : il y avait trop de sons et d'informations à la fois, trop de visages qui lui souriaient et de bras qui l'enlaçaient. Sasha et Connie hurlaient à tue-tête leur joyeuse stupéfaction, tandis que Marco et Jean s'acharnaient sur le cuir chevelu d'Eren dans un élan de congratulation fraternelle. Même Ymir, qui passait par là, lui leva un pouce en guise de félicitations. Quelques connaissances plus génériques – avec parmi elles Hannah, Mina et Thomas Wagner – vinrent se greffer à l'attroupement, et chacun y alla de son petit commentaire.
« - Je suis tellement soulagée… Je ne pouvais pas croire que c'était vraiment fini entre vous ! »
« - Franchement, vous nous inventez de ces histoires ! Qu'est-ce qu'on s'ennuierait sans vous ! »
« - C'est dingue c'que t'es courageux, Levi. J'espère que tu lui as laissé un œil au beurre noir. »
« - Mais pourquoi vous avez fait semblant de vous séparer, en fait ? »
Lorsque les questions commencèrent à se faire indiscrètes et que Levi parut de plus en plus mal à l'aise, Eren chercha hâtivement un prétexte pour faire partir les individus en trop dans le rassemblement. Finalement, il n'eut pas besoin d'intervenir : la cohue eut vite fait d'attirer les compagnons de Levi, curieux de le trouver au milieu d'un groupe qui le rejetait depuis des semaines. Leur arrivée fit fuir la plupart des élèves et il ne resta bientôt plus que les amis proches d'Eren. Les deux groupes se toisèrent en chien de faïence dans un silence à couper au couteau, jusqu'au moment où Haji s'élança sur Levi et entreprit de le soulever dans ses bras :
« - Je le savais bien, que t'étais pas un salaud ! » s'exclama-t-elle entre deux faux sanglots exagérés.
A partir de ce moment, l'ambiance se détendit et tout le monde s'approcha pour féliciter le couple réuni et se réapprivoiser les uns les autres. Sous couvert de faire de l'humour, Eren se rendit rapidement compte qu'Hanji avait plus ou moins exprimé le sentiment général des amis de Levi. Il remarqua un profond soulagement dans l'attitude d'Erd et Gunther – qui avaient probablement cru pendant tout ce temps cautionner le comportement écœurant de leur ami. Il surveilla également les réactions d'Erwin de près, mais celui-ci ne laissa rien transparaitre de plus que son éternelle cordialité. Quant à Hanji, son exubérance naturelle était la bienvenue et semblait faciliter la réconciliation des deux groupes. Elle n'avait pas été mise au courant de l'affaire mais Eren la savait trop intelligente pour ne pas avoir tout deviné depuis le début. Petra fut néanmoins l'élément le plus remarquable : silencieuse depuis le début de l'interaction, elle se mit à pleurer à chaudes larmes dès qu'Eren s'approcha d'elle et ne se calma que lorsque qu'elle obtint l'affirmation verbale des deux garçons que « tout irait bien, à présent ». Ensuite, elle passa le reste de la conversation à hoqueter contre l'épaule de Levi, les nerfs trop éprouvés par tant de rebondissements. Eren se jura de la ménager dans les semaines à venir.
Lorsqu'arriva l'heure d'aller en cours et que tout le monde se dirigea vers la salle de classe, les visages plus clairs qu'il ne l'avaient été depuis longtemps, le jeune allemand songea non sans une certaine tendresse que sa vie amoureuse affectait un peu trop de monde à son goût.
Réconcilier les deux groupes était une chose, racheter Levi aux yeux des amis d'Eren en était une autre. Lors du déjeuner et une fois passées les effusions de joie et de surprise, le temps des explications vint et apporta son lot de divergences. Les amis du jeune allemand s'étaient réunis à table et débattait de la chose, tandis que lui-même avait été privé du droit d'exprimer son point de vue et se contentait se triturer le contenu de son assiette en boudant. « Pardonner à Ackerman ? Est-ce que vous avez tous oublié l'épave que Jaeger a été ces dernières semaines ? Il a trop souffert pour qu'on passe l'éponge comme ça ! » avait avancé Jean avec justesse, manifestement à deux doigts de monter sur la table dans un élan de passion. « Mais Levi n'a pas vraiment eu le choix ! Il était dans une position difficile et il a fait ce qui lui semblait le mieux ! » avait contredit Sasha à la surprise générale, elle qui d'ordinaire s'intéressait moins aux conversations qu'au contenu de son assiette.
Les échanges avaient continué un moment, pesant le pour et le contre et allant parfois jusqu'à menacer de s'enflammer. Jean était visiblement très remonté contre le petit brun, rejetant d'un bloc les arguments que Sasha et Marco tentaient d'avancer pour le défendre. Eren avait l'impression d'assister à un match de tennis, et chaque éclat de voix lui arrachait un sursaut.
Finalement, alors qu'ils semblaient prêts à en venir aux mains, Mikasa apporta sa contribution au débat en informant tout le monde que la vie amoureuse d'Eren et de Levi ne concernaient qu'eux, et la question fut close.
De leur côté – et dans leur dos mais pas à leur insu, car pas aussi discrètement qu'ils se l'imaginaient –, les amis de Levi se firent un malin plaisir de répandre des détails et des rumeurs d'une version arrangée de la vérité, ayant très à cœur de laver l'honneur de Levi et de restaurer la dignité d'Eren. Le jeune allemand les vit œuvrer tout l'après-midi, les observant papillonner d'un groupe d'étudiants à un autre, faisant fonctionner leurs relations et manipulant leurs camarades de manière à les faire participer à la propagation des informations. Eren n'était pas certain de ce qu'ils tramaient – et doutait de l'efficacité de leur démarche. Ce ne fut que le lendemain matin qu'il comprit l'ampleur de leur intervention, lorsqu'Erwin, à qui il n'avait pas adressé la parole une seule fois depuis sa réconciliation avec Levi, vint l'aborder alors qu'il fouillait dans son casier à la recherche de son devoir d'histoire.
Il s'appuya contre le casier voisin d'un air nonchalant, et s'adressa à lui d'une voix basse :
« - Bon, écoute bien… officiellement, vous avez fait semblant de vous séparer pour fournir une couverture à Nanaba et attirer l'attention sur vous, d'accord ? lui glissa-t-il sans le regarder.
- Euh… d'accord ? » répondit lentement Eren, partagé entre surprise et méfiance.
Là-dessus, le grand blond repartit sans un coup d'œil dans sa direction, le laissant planté devant son casier ouvert.
Et à partir de ce moment-là, toutes les rumeurs qu'il entendit au sujet de sa séparation avec Levi collèrent à la version d'Erwin.
A voix basse dans les couloirs, lors de confidences pendant la pause déjeuner, sur les conversations virtuelles de groupe, le soir après les cours – partout, on se racontait la vérité sur « Jaeger et Ackerman » en cachette, comme un scoop avidement partagé. Rapidement, les rumeurs arrivèrent aux oreilles du jeune allemand, qui alla de surprises en surprises. Lui qui attendait un concert de mesquineries et de cruauté gratuite, il découvrit que la plupart de ses camarades se réjouissaient de leurs retrouvailles, depuis celui qui pensait que leur séparation avait été du gâchis jusqu'à celle qui prétendait avoir toujours su qu'ils se remettraient ensemble. Ils eurent alors droit à toute une variété de spéculations sur les rebondissements de leur vie sentimentale, allant du détail croustillant aux suppositions les plus abracadabrantes – du style, Nanaba-était-en-réalité-la-mère-porteuse-du-bébé-qu'ils-avaient-l'intention-d'adopter-à-la-sortie-du-lycée. Entre d'autres termes, du grand délire. Ses camarades de classe venaient le féliciter de cette réconciliation ou lui souhaiter bonne chance, et des élèves qu'il ne connaissait même pas l'abordaient pour lui demander des détails de l'histoire. Eren n'avait pas connu un tel enthousiasme public pour leur vie privée depuis le jour où ils s'étaient mis ensemble, à Paris. Il y eut, certes, quelques langues acérées convaincues qu'il y avait anguille sous roche, mais le temps aurait raison d'elles. Nous n'avons jamais cessé d'être populaires, réalisa-t-il alors. Au contraire, nous n'avons jamais été aussi populaires !
« - Vous étiez le couple star du lycée, expliqua Mikasa lorsqu'il l'interrogea, le soir-même, alors qu'ils allaient retrouver Armin à la sortie de son lycée. Et maintenant, c'est encore plus que ça. Partout où je vais, j'entends parler de la manière dont vous avez voulu protéger une amie, et comme c'était noble de votre part. Ou quelque chose dans ce genre-là.
Eren haussa les épaules. Ils étaient sortis de la station de métro, et se dirigeaient tranquillement vers leur point de rendez-vous avec Armin.
- Je ne comprendrai jamais pourquoi les gens s'intéressent à nous comme ça. On ne fait rien de plus que les autres couples.
- Vous êtes mignons et gays, Eren. Les gens adorent. Surtout les filles.
Son frère manqua de s'étrangler et décida de changer de sujet.
- En tout cas, ça va changer la vie à tout le monde, y compris à Nanaba. Mieux vaut passer pour une allumeuse de profs que pour une briseuse de couples.
- Ça continuera toujours de jaser, concéda Mikasa, mais au moins, les autres ne s'acharneront plus sur elle.
Eren hocha la tête.
- De toute façon, elle va bientôt arrêter de venir au lycée et commencer à suivre des cours en ligne. Ça va mettre un terme à tout ça une bonne fois pour toutes et –
Il s'interrompit pour éternuer violemment, trois fois d'affilée.
- Et bien ?
- Je sais pas, je me sens un peu bizarre depuis hier. Je crois que j'ai chopé la crève en trainant sous la flotte.
Lorsqu'ils atteignirent le lycée d'Armin, la fin des cours venait visiblement de sonner et une masse d'étudiants sortait progressivement par le portail de l'entrée pour se disperser dans la rue. En se frayant un chemin à travers la foule, le jeune allemand ne put que constater que les individus qui fréquentaient l'établissement n'avaient pas grand-chose à voir avec les élèves de Trost.
- La vache, glissa-t-il à sa sœur, ils ont tous des tronches de mecs en décrochage scolaire.
- Chuut, le réprimanda sa sœur. Ne nous fais pas remarquer, déjà qu'ils n'aiment pas Trost…
- Je ne comprends pas pourquoi ils s'acharnent à participer au concours, je veux dire, c'est écrit sur leur figure qu'ils s'en bran –
- Regarde, Armin est là.
Près du portail, leur ami était occupé à discuter avec une jeune fille aux cheveux châtains et à l'air sournois. En se basant sur ce qu'Armin leur avait raconté, Eren en déduisit qu'il s'agissait de la dénommée Hitch. En les apercevant, le petit brun leur un signe de la main puis salua sa camarade avant de se diriger vers eux. Lorsqu'il arriva à leur hauteur, Mikasa vint l'embrasser sur la joue.
- Salut ! Venez, ne restons pas là. Il y a un Starbucks, pas loin. »
Alors qu'ils remontaient la rue jusqu'au café, Eren ne put s'empêcher de remarquer que son ami était… différent de l'habitude. C'était un changement très subtil, si bien qu'il était incapable de dire en quoi exactement Armin pouvait être différent de l'ordinaire, mais une petite voix au fond de lui lui répétait avec conviction que quelque chose clochait. A force de l'observer du coin de l'œil, il remarqua que le petit blond paraissait fatigué : ses cheveux étaient ternes et son regard vitreux, et il portait ses vêtements des mauvais jours. Peut-être avait-il des difficultés à suivre les cours, ou s'inquiétait-il pour son évaluation post bac ?
Lorsqu'ils furent arrivés au café, eurent passé leur commande et se furent assis dans un coin tranquille, Armin engagea les hostilités.
« - Alors, pourquoi vous vouliez me voir ? demanda-t-il en pianotant rapidement sur son téléphone.
- Ben quoi, répondit nerveusement Eren, on a plus le droit d'avoir envie de te voir ?
Armin posa son téléphone sur la table et le fixa d'un air sceptique.
- Pas avec moi, Jaeger. Tu étais tellement stressé au téléphone, j'ai cru que t'allais me faire une déclaration d'amour. Et Mikasa est en sueur depuis qu'on est arrivé.
Sans prononcer le moindre mot, la jeune fille tenta de recroqueviller derrière son frappé à la mangue. Armin haussa un sourcil pour appuyer ses propos, puis Eren poussa un soupir. Il n'avait plus aucun moyen de retarder l'échéance, il devait cracher le morceau.
- Levi et moi, nous sommes revenus ensemble.
- Je sais, répondit aussitôt le petit blond en remuant son café.
- Je te jure que – attends, quoi ?
- La nouvelle est déjà arrivée jusqu'à Stohess.
Eren et Mikasa échangèrent un regard, impressionnés.
- Tu veux dire… les gens d'ici nous connaissent ? Ils savent qui on est ?
- Apparemment.
Le jeune allemand s'appuya contre le dossier de sa chaise, troublé.
- Mais, euh… Bon, d'accord.
- Je disais donc que je sais que vous vous êtes remis ensemble, répéta Armin, et je sais également que Mikasa est au courant depuis le début de tout ce qui se tramait.
- Je savais que tu m'avais grillée ! s'exclama-t-elle aussitôt, en pointant vers lui un index accusateur.
- Comment tu as su ? s'étonna Eren.
- Elle a gaffé. Plusieurs fois. Et devant toi, mais tu n'as jamais été très futé pour remarquer ce genre de choses.
Le jeune allemand afficha une mine blasée.
- C'est la deuxième fois qu'on me dit ça en quelques jours, et ça commence à être vexant.
- Je suis déjà au courant de votre rafistolage et du fait que Mikasa m'ait trahi de la pire des façons, reprit le petit blond en ignorant l'exclamation choquée de son amie. Maintenant, ce que j'aimerais savoir, c'est pourquoi tu l'as repris. J'espère que ça sera convaincant, parce que je ne suis pas content du tout, peu importent les excuses que Levi peut avoir.
Eren échangea de nouveau un regard vaguement inquiet avec sa sœur, puis se lança et lui résuma en quelques phrases la manière dont Levi avait cherché à protéger à la fois Nanaba et Eren au prix de beaucoup de dommages collatéraux, ainsi que les péripéties de leur réconciliation.
A la fin des explications, Armin avait l'air à moitié convaincu, ce qu'Eren décida de considérer comme une victoire.
- Je te promets que Levi fait tout ce qu'il faut pour se rattraper. Il a fait preuve de beaucoup de bonne volonté et d'honnêteté, et il a obtenu le pardon de tout le monde. Il ne manque plus que toi.
- Je suppose que tu lui as bien fait comprendre qu'il n'y aurait pas de troisième chance, qu'il fallait qu'il arrête d'être un fada du contrôle et aussi que tu en as profité pour renégocier certains termes de votre relation.
- Euh… J'ai fait tout ça, oui.
Armin aussi les épaules et finit sa tasse d'un trait.
- Alors j'imagine que l'affaire est classée.
Comme ses compagnons le regardaient avec des yeux écarquillés face à son attitude pour le moins déroutante, il baissa la tête et son étrange expression froide et détachée finit par se décomposer.
- Pourquoi vous ne m'avez rien dit ? demanda-t-il d'une voix faible.
- Comment ça ? s'enquit Eren, confus.
- Tu aurais pu me dire que tu avais des soupçons, ou que tu avais découvert quelque chose pour arranger cette histoire. Et toi, Mikasa, tu aurais dû savoir que j'étais la personne à qui te confier en restant neutre. Je n'ai jamais trahi aucun de vos secrets.
Le frère et la sœur se concertèrent du regard pour la énième fois, déstabilisés les propos du petit blond.
- Armin, je suis désolé… tenta Eren. J'étais concentré sur ce qui nous arrivait et je n'y ai pas pensé, c'est tout…
- Exactement. Vous n'y avez pas pensé. Vous n'avez pas pensé à moi.
Ce fut avec chagrin que le jeune allemand réalisa enfin ce qui clochait chez Armin : son ami souffrait tout simplement de solitude.
- J'aime beaucoup Levi. Et je suis heureux qu'il soit de retour. Mais le fait que vous vous soyez réconciliés sans que j'en entende parler, et que je sois loin… ça me donne l'impression que – qu'il est en train de prendre ma place, d'une certaine manière.
D'un geste nerveux, il porta sa tasse à ses lèvres avant de se souvenir qu'elle était vide.
- J'exagère. Je suis content pour vous. J'ai juste l'impression, je… Vous me manquez, c'est tout.
Un lourd silence s'installa entre eux, que Mikasa brisa au bout de quelques secondes.
- C'est ça, qui te met dans cet état ?
- Dans quel état ?
- Tu vois pas comme tu es depuis tout à l'heure ? intervint Eren en faisant un geste de la main vers lui. On sait pas trop si tu vas nous bouffer ou faire une attaque. Tout ça pour ça ?
- Mais c'est pas rien, je te signale ! J'aimerais t'y voir !
- Mais enfin, Armin, c'est ridicule. Tu devrais savoir que tu comptes autant que Mikasa pour moi, et vice versa…
Mikasa, qui semblait réfléchir jusque-là, frappa brusquement du poing sur la table, faisant sur sauter les deux garçons.
- Bon, ça suffit. J'ai été assez patiente.
- Hein ?
- La mégère qui te sert d'assistante sociale avait promis qu'elle te laisserait passer les week-ends chez nous si tu t'adaptais bien.
- Elle n'a rien promis du tout… glissa Armin.
- Tu t'es adapté au-delà du nécessaire : ce soir, tu rentres à la maison avec nous.
- Je ne peux pas, je n'ai pas le droit ! Ils pointent, le soir, au foyer !
- Ce n'est pas mon problème.
Le petit blond dévisagea Mikasa, l'air ahuri.
- Mais c'est le mien !
Sous le regard hilare d'Eren, la jeune fille se leva et, sans tenir compte des autres clients effarés, entreprit de soulever Armin et de le porter jusqu'à la sortie.
- Mikasa, s'il te plait ! Ecoute, écoute –
Elle finit par le reposer au sol et le regarda de toute sa hauteur.
- Tu as raison, admit-il en réarrangeant ses vêtements, c'est une bonne idée. Ce soir, je vais lui en parler. Mais pour une prochaine fois, d'accord ?
Mikasa consentit de mauvais gré puis alla se rasseoir. Une fois cet abcès crevé, Armin sembla redevenir leur Armin, et ils passèrent le reste de l'après-midi à évoquer des sujets puis réjouissants. Il leur posa tout un tas de questions sur leurs amis de Trost, demanda à avoir un résumé détaillé de l'affaire Zacharias-Nanaba et les chargea d'un message mi-amical, mi-menaçant à transmettre à Levi pour son retour. Eren remarqua que son ami les faisait exclusivement parler d'eux et de Trost. Était-ce pour éviter d'avoir à évoquer Stohess ou le foyer ? Il avait probablement besoin de se changer les idées.
Puis, lorsque le petit blond jeta un œil à son portable et s'aperçut que l'heure était venue pour lui de rentrer, il fouilla dans son sac et leur tendit une chemise de documents ainsi qu'une large feuille enroulée.
- Tenez. Prenez ça.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda Eren avec curiosité.
- Ce sont des ébauches de plans et d'idées pour le concours. Basées sur les idées que nous avions eues.
- Mais Armin, s'affola Mikasa, on ne peut pas ! C'est ton travail, utilise-le ici !
- Il n'en est pas question. On avait réfléchi à tout ça ensemble, et puis... Je ne voudrais pas que ça soit exploité par quelqu'un d'autre. Vous comprendrez quand vous le verrez.
Son sourire se teinta de tristesse.
- Je ne pense pas qu'on ait la moindre chance de gagner ce concours, de toute façon.
- Rassure-moi, tu sais que nos parents ont la ferme intention de prendre en charge la totalité de tes frais d'étude, n'est-ce pas ?
Le petit blond balaya son argument d'un geste de la main, puis se leva en jetant son sac sur son épaule.
- Il faut que j'y aille. Promettez-moi qu'on va vite se revoir.
Les trois adolescents s'embrassèrent, puis Armin s'extirpa de l'étreinte féroce de Mikasa et quitta le café. Lorsqu'il fut hors de vue, Eren se tourna vers sa sœur, qui affichait une mine sombre.
- Il nous a menti, hein ? lui demanda-t-il.
Elle fronça les sourcils.
- Oui, il nous a menti. »
XXX
Sa course folle à travers Tokyo pour récupérer son petit ami valut à Eren un rhume carabiné. Il se leva le lendemain matin couvert de sueur froide, avec le nez bouché et l'impression d'avoir un oursin coincé dans la gorge. Sa mère n'ayant cependant aucune pitié pour lui – et lui-même reconnaissant avoir beaucoup manqué les cours ces derniers temps -, il enfila le plus gros pull qu'il possédait et se rendit à Trost.
En attendant le début des cours, il s'installa dans la salle vide des B et décida de se pencher sur les documents qu'Armin leur avait donnés pour le concours. Alors qu'il se penchait sur les feuilles contenues dans la chemise, une personne se glissa à l'intérieur de la pièce et s'approcha dans son dos. Lorsque le nouveau venu se pencha sur lui pour l'embrasser sur la joue, il reconnut aussitôt le parfum de Levi.
« - Tu vas tellement regretter d'avoir fait ça quand tu verras tout ce qui coule de mon nez, commenta-t-il.
Son compagnon était toujours dans son dos, mais il devina aisément son expression de dégoût absolu et ricana bêtement.
- Qu'est-ce que tu fais ? demanda Levi en s'asseyant à côté de lui.
- Je regarde des trucs qu'Armin m'a filés pour le concours.
- J'avais oublié que tu devais le voir. Comment va-t-il ?
Le jeune allemand lui adressa une grimace mitigée.
- Je ne sais pas trop. On a l'impression que quelque chose le tracasse. Il a essayé de nous faire croire que c'était toi, mais je ne suis pas dupe. Enfin, disons que c'était une demi vérité. Je pense qu'il se sent seul, mais pas que ça soit à cause de toi.
- Pourquoi Armin se sentirait-il seul à cause moi ? s'inquiéta Levi, qui n'avait évidemment rien suivi.
Eren lui donna un coup d'épaule amusé.
- Oublie ça.
Tendant les bras, il déroula la grande feuille d'Armin, qui se révéla être un ensemble de plans.
- Mais qu'est-ce que c'est ? demanda le petit brun.
Les deux garçons se penchèrent sur les dessins, captivés. Ils étaient complexes, composés d'une multitude de détails dont il était difficile de deviner le sens ou même le sujet.
- On dirait un genre de carte.
- Ça, là, regarde. Ça ressemble à un circuit, non ?
- C'est bizarre, tous ces petits éléments. On dirait une sorte de décoration.
Eren acquiesça. Il était occupé à balayer du regard l'ensemble du travail d'Armin pour essayer d'en comprendre le sens, lorsqu'un détail attira son attention. Il pointa une forme triangulaire en haut du dessin.
- C'est marrant ce truc, on dirait un peu la Tour Eiffel …
Levi reporta son attention sur le plan.
- Je crois que c'est vraiment ça, tu as raison. Mais pourquoi ?
Soudain, il se leva et prit une marge de recul pour observer la carte.
- C'est Paris. C'est une maquette de Paris.
Tiltant, Eren fouilla frénétiquement au milieu des feuilles pour en trouver une en particulier.
- « Ajoutez deux lettres à Paris et c'est le Paradis ». C'est la citation qu'Armin avait trouvée et que collait à la fois au thème et à la problématique. On est pile dedans, non ?
Il se tut et réfléchit quelques secondes.
- Une maquette… c'est un peu… enfantin, non ?
Levi haussa les épaules.
- Ça dépend. Celle-ci a l'air très complexe. Et elle est visiblement alimentée électriquement pour des éléments mobiles, de l'éclairage et du son, expliqua-t-il en pointant des parties du dessin. Là, ça ressemble à de l'eau, et ça, à des éléments végétaux. Ça ne serait pas du gâteau à mettre sur pied si on devait partir sur ça.
Le petit brun se pencha sur le bureau et se prit le menton dans la main, silencieux pendant un instant.
- La théorie et la technique, au service du concret et du pratique. C'est peut-être ça que le jury attend. Hannes n'arrête pas de répéter que le concours de cette année est différent.
Sur ces mots, il se tourna vers Eren.
- Je crois qu'Armin a tapé dans le mille. Ça met vraiment en valeur toutes les filières de l'école.
- Il faut rapidement programmer une réunion pour parler de ça aux autres », se réjouit le jeune allemand.
Les deux garçons discutèrent encore de la piste qui s'offraient à eux, épluchant les notes d'Armin et mesurant la quantité de travail à accomplir si le projet était adopté, ainsi que les difficultés auxquelles s'attendre. Tout ceci ressemblait fort à une opportunité à ne pas manquer. Lorsqu'ils eurent prévenu les autres membres du groupe d'une réunion prochaine, Levi descendit chercher deux cafés au distributeur du rez-de-chaussée, laissant Eren seul avec les plans.
Le jeune allemand continua de les feuilleter, plein d'enthousiasme. Ça pourrait vraiment donner quelque chose de sérieux, songeait-il avec optimisme. Le but du concours et de faire étalage de la qualité d'enseignement de notre lycée, et de l'esprit créatif et des compétences qu'on a su en tirer. On est en plein dedans.
Alors qu'il continuait à réfléchir, il entendit des bruits de pas se rapprocher dans son dos.
« - Tu as fait vite, commenta-t-il sans lever les yeux.
Comme il n'obtenait aucune réponse, il finit par se retourner et réprima un sursaut en avisant Christa, qui se tenait dans l'encadrement de la porte.
- Oh, Christa ! s'exclama-t-il.
Il se leva pour lui faire face et lui sourit, mal à l'aise. Il n'avait pas eu une seule interaction avec elle depuis leur fameuse nuit au love hotel, à l'exception de quelques phrases échangées sans conséquences lorsqu'elle fréquentait son groupe d'amis.
- Bonjour, Eren, le salua-t-elle en s'approchant.
Elle ne souriait pas, et une sonnette d'alarme retentit dans la tête du jeune homme.
- J'ai reçu le message de groupe indiquant la prochaine réunion pour le concours, et je suis venue voir ce qui se passait.
Elle se pencha sur la table et observa les feuilles éparpillées. Le jeune homme se détendit légèrement, sans pour autant baisser sa garde.
- Armin nous a donné des pistes très sérieuses. Levi et moi, on déblaye tout ça pour qu'on puisse en parler tous ensemble lors de la réunion.
Comment elle avait l'air intéressée, il ajouta avec enthousiasme :
- Ça se présente plutôt bien.
- Oh oui, je vois ça !
Elle lui adressa un sourire enjoué.
- La roue tourne en ta faveur depuis quelques jours, Eren, n'est-ce pas ? On dirait bien que la vie a choisi de te sourire de nouveau. Quelle chance.
Et voilà, se lamenta Eren en grinçant mentalement des dents. C'était trop beau pour être vrai.
- Apparemment…
Elle commença à faire les cents pas dans la pièce. Ses traits étaient crispés par une colère à peine contenue.
- Tu as réussi les examens blancs, tu récupères Levi, ta réputation est sauvée et voilà que vous trouvez une solution pour le concours ! C'est vraiment merveilleux !
Il ne répondit pas, sur le qui-vive. Que lui voulait-elle, à la fin !?
- Mais de là à en oublier tes compagnons d'infortune, Eren, c'est cruel ! Je suis sûre que tu ne te demandes même plus comment je vais, et comment les choses se passent pour moi, maintenant que tout va mieux pour toi.
Peu à peu, son horrible ton sarcastique fondit pour être remplacé par le timbre plus profond de sa véritable émotion : le chagrin.
- Je pensais que toi et moi, on se comprenait ! Je… J'ai cru qu'on avait partagé quelque chose. Nous avons tant en commun, Eren. Un fardeau que les autres ignorent.
Ce n'était pas la première fois qu'elle évoquait cela. Il se demanda à quoi elle faisait référence, mais ne voulut pas l'encourager en posant la question.
- J'ai fait ce que tu m'as dit, tu sais, ajouta-t-elle d'un ton plus bas. J'ai pensé à ce qu'on a vécu ensemble à chaque fois que je me sentais seule.
Les yeux dans le vague, elle esquissa un léger sourire qui s'effaça presque aussitôt.
- … Mais tu n'as plus besoin de moi, ni de ce souvenir, on dirait. Je n'ai été bonne qu'à chauffer ton lit, en fait, c'est ça ?!
Elle avait parlé fort, et Eren jeta un coup d'œil terrifié vers la porte.
- Je t'en supplie, tais-toi…
Alors, Christa le regarda et l'espace d'une seconde, il entrevit l'hésitation dans ses yeux. Il sut qu'elle avait conscience de faire quelque chose de mal, et qu'une autre voie était possible. Qu'elle s'effrayait elle-même. Malheureusement, elle fit tout de même le mauvais choix.
- Oh, Levi n'est pas au courant ? s'exclama-t-elle en reprenant sa voix fluette de sarcasme. Ça alors, c'est embarrassant comme situation ! Pauvre, pauvre Levi… Je me demande comment il réagirait s'il découvrait ce qui s'est passé entre nous. Il aurait probablement le cœur brisé…Après tout, il n'y a que toi, à ses yeux…
- Tu avais promis de ne rien dire ! lui rappela-t-il, paniqué.
- Tu-tut. J'ai promis de ne pas diffuser l'information à large échelle. Je n'ai rien dit en ce qui concernait une seule personne… comme Levi.
Eren commençait à se sentir désespéré. Il voyait déjà sa vie amoureuse s'effondrer de nouveau, entrainant tout le reste avec elle.
- Qu'est-ce que tu veux, encore ?
- Je ne sais pas… On pourrait remettre ça, tous les deux, sans qu'il le sache… Ou bien autre chose, je n'ai pas encore décidé. Je vais y réfléchir.
- Tu – tu as un problème, Christa.
- Tu ne crois pas si bien dire, affirma-t-elle, dégoulinante d'ironie.
- Ecoute –
Eren s'interrompit à temps et regarda avec une horreur dissimulée Levi entrer dans la pièce, un café dans chaque main.
- Désolé, c'était long mais – ah, bonjour Christa.
- Salut, Levi ! répondit-elle avec entrain. Bon, Eren, on en reparle le moment venu, d'accord ? Je ne voudrais pas gâcher la surprise !
Il crut faire une attaque devant le lourd double sens de ses paroles, puis la regarda quitter la pièce d'un pas dansant. Elle eut le culot de faire un clin d'œil à Levi, avant de disparaitre à l'angle de la porte.
- Elle a l'air de bonne humeur, commenta le petit brun en posant les cafés sur le bureau. Qu'est-ce qu'elle voulait ?
Du calme, songea Eren. Tu vas trouver une solution, et tout va s'arranger. Alors garde ton calme.
- Oh, rien, on parlait du concours.
Levi acquiesça, puis déchira un sachet de sucre et le versa dans le café destiné à Eren avant de le lui tendre. Il dut lire la peur dans les yeux du jeune allemand, car il ne tarda pas à lui attraper le menton du bout des doigts.
- Quelque chose, ne va pas ?
Il est trop intelligent, songea Eren. Il voit tout, il est sensible au moindre changement de mon attitude.
Alors, il eut un déclic. Il comprit qu'il ne pourrait pas essayer de régler la situation de son côté. Ce n'était que le début : Christa allait lui faire du chantage, allait probablement exiger de lui des choses odieuses – comme elle l'avait sous-entendu – et cela ne s'arrêterait pas tant qu'elle aurait un moyen de pression sur lui. Il devait la priver de cette arme, et empêcher que leur secret ne lui explosât à la figure, tôt ou tard.
- On ne parlait pas du concours, avoua-t-il d'une voix blanche. Levi, il faut que je te dise quelque chose.
Il se sentit nauséeux, et cela dut aussitôt apparaitre sur sa figure.
- D'accord, répondit Levi d'un ton apaisant. On va parler, mais assieds-toi. Tu es très pâle, Eren. Tu as mal quelque part ?
Il saisit les poignets du jeune allemand et les frictionna, l'air inquiet.
- Arrête d'être gentil, s'il te plait, se lamenta ce dernier.
A ces mots, Levi dut comprendre qu'il allait souffrir de ce qu'Eren avait à lui annoncer. Il relâcha ses bras et afficha immédiatement son maudit masque du type que rien ne pouvait atteindre.
- C'est comme enlever un pansement. Tire dessus un bon coup.
Eren acquiesça.
- Pendant que nous étions séparés, j'ai couché avec Christa. Et là, elle m'a menacé de tout te raconter si je ne faisais pas ce qu'elle voulait.
Puis, ne résistant pas à la tentation de défendre son cas, il ajouta dans la foulée :
- Ce n'est arrivé qu'une seule fois. J'étais au fond du gouffre et persuadé que tu filais le parfait amour avec Nanaba. Je voulais juste me sentir moins seul, et… elle était là. Ça n'allait pas plus loin que ça pour moi, je te le jure. Mais je crois que Christa voyait les choses autrement et je ne m'en suis pas aperçu. J'ai été stupide.
- D'accord, répondit Levi avec le ton le plus indéchiffrable qu'Eren avait jamais entendu sortir de sa bouche.
Il n'ajouta rien de plus. Son expression demeurait vierge et il avait le regard presque distrait, comme s'il réfléchissait à autre chose. Eren compta jusqu'à cinq, puis tendit le bras pour lui agripper le genou.
- Je t'en supplie, dis-moi quelque chose.
Avant que le petit brun n'eût le temps d'ouvrir la bouche, Petra déboula dans la pièce comme une furie et se précipita vers eux. Elle tenait son téléphone à bout de bras, et pleurait à chaudes larmes. Elle avait visiblement couru pour les rejoindre, et semblait essoufflée. Lorsqu'elle arriva à leur niveau, Eren avisa ton teint blafard et comprit que quelque chose de grave s'était produit.
- Que se passe-t-il ? demanda Levi en se levant d'un bon.
- Elle m'a appelée, elle m'appelée, hoqueta la jeune fille d'une voix secouée de sanglots. C'est horrible, il faut le v-voir, vite… !
- Petra, calme-toi, je ne comprends rien. Qui a appelé ?
Elle sembla vouloir répondre à sa question, mais aucun mot de sortit de sa gorge. Finalement, elle fondit de nouveau en larmes.
- Levi, j'ai peur !
Les deux garçons échangèrent un coup d'œil préoccupé. Eren s'approchait de Petra lorsque les jambes de la jeune fille se dérobèrent brusquement sous elle. Il la rattrapa avant que sa tête ne heurtât le sol, et l'allongea doucement par terre.
- Petra ! l'appela Levi, mais elle ne répondit pas.
Trop surmenée émotivement, elle s'était évanouie.
Alors qu'Eren retirait sa veste pour l'enrouler et la placer sous sa tête, Levi récupéra le téléphone de son amie et lut les derniers messages échangés. Puis se précipita sur son sac.
- Reste là et occupe-toi d'elle, ordonna-t-il en enfilant son blouson.
Sans attendre, il courut jusqu'à la porte.
- Levi ! appela Eren, paniqué.
Son petit ami s'arrêta brièvement, et lui lança un regard compréhensif. Il semblait étrangement calme.
- On parlera plus tard. Je dois absolument partir.
Avant de quitter la pièce, il ajouta :
- Je crois qu'Auruo a fait une très grosse bêtise. »
XXX
Voilà pour ce soir ! Alors, ça vous a plu ?
Qu'avez-vous pensé de la réconciliation d'Eren-Mikasa-Levi dans ce chapitre ? Et de Carla et de son intervention ? Et Nanaba ? Je sais qu'elle ne fait pas l'unanimité… D'ailleurs qu'avez-vous pensé de tout le passage sur les aveux de Nanaba, la vérité qui éclate à Trost et la réconciliation générale des deux groupes ? Vous imaginiez ça comment ? Qu'avez-vous pensé d'Armin ? De l'idée pour le concours ? De Christa et son chantage ? Comment anticipez-vous ce qu'en pense Levi ? Et que se passe-t-il selon vous avec Petra et Auruo ?
Je vous dis à très bientôt pour la suite !
