Chapitre 68 : Quarantine

— Isaac !

— Quoi ?

Scott secoua la tête de gauche à droite. Il fallait qu'il reste calme et surtout qu'il n'éveille pas les soupçons de son père.

— Isaac… Je devais parler à Isaac !

Même s'il n'utilisait pas à cet instant précis son ouïe surnaturelle, Scott espérait que l'usage de son prénom attire l'attention de son bêta !

— Ça devra attendre, Scott ! J'ai l'impression que tu ne réalises pas à quel point ce qui se passe ici est grave !

— Ne me parle pas sur ce ton ! Tu as perdu le droit de me gronder comme un gosse quand tu es parti de la maison sans un mot !

Les bras croisés d'impatience de son père tombèrent le long de ses flancs et un éclair de douleur traversa son regard chocolat. Malgré sa rancune, Scott s'en voulut. Il n'était pas ce genre de personne. Être méchant gratuitement ne lui ressemblait pas…

— Écoute… Je suis désolé ! La nuit a été dure et…

— C'est rien !

La main de l'homme sur son épaule l'apaisa plus qu'il ne l'aurait cru, pourtant, au même instant, la voix de son bêta, sur laquelle il s'était concentré, le fit sursauter.

Scott? Où es-tu ? Oh, c'est pas vrai, ils vont me prendre pour un taré à parler tout seul !

Se méprenant sur sa réaction, son père laissa à nouveau retomber sa main que l'adolescent rattrapa avant de planter ses iris dans ceux de l'adulte. Il lui offrit un sourire à la fois triste, mais bienveillant que son géniteur lui rendit.

— Alors… Pourquoi cherches-tu à corroborer la version de Noah ? Tu ne lui fais pas confiance ?

OK! Reçu cinq sur cinq. J'étais encore au vestiaire, je suis dessus !

Le rire de l'homme résonna à ses oreilles… il ne l'avait plus entendu depuis des années et quelque part au fond quelque chose se brisa. Pire que le divorce de ses parents, ce qui l'avait blessé avait été l'abandon de son père. Il était parti sans un mot, sans un adieu… sans une explication !

— Corroborer, hein ?

— Remercie Stiles pour mon vocabulaire !

Son ton froid surprit Rafaël qui recouvra aussitôt son sérieux !

— Écoute ! J'aurais préféré qu'on se revoie dans d'autres circonstances… Je suis amené à rester un moment dans les parages avec l'enquête à… Enfin, quoi qu'il en soit ! J'aimerais vraiment qu'on passe du temps tous les deux quand tout ça sera fini… Si tu es d'accord ?

Non… Bien sûr que non, il n'était pas d'accord ! Il l'avait laissé sans lui donner la moindre nouvelle pendant plus de quatre ans et maintenant, il revenait… et quoi ? Scott était censé l'accueillir les bras ouverts comme si rien n'était jamais arrivé ? Non ! Il ne s'en sentait pas la force !

Putain, mec, je le trouve pas!

Était-il vraiment prêt à un tel sacrifice ?

— Ouais… enfin, si tu veux ! Faut que j'en parle à maman…

— Super !

Le sourire ravi de son père accompagné d'une main qui se voulait amicale sur son épaule calma légèrement le goût âpre de ce qu'il venait de dire. Il n'avait jamais aimé manipuler les gens qu'il fréquentait. Ce n'était pas dans sa nature, mais aujourd'hui, il devait mettre toutes les chances de son côté et faire en sorte que son père soit dans de bonnes dispositions en faisait partie.

— Au fait… Je me disais ! Comment va-t-il ? Noah, je veux dire ! Je ne l'ai pas vu dans ma salle. Son cas est à ce point critique ?

Rafaël l'assigna d'un regard suspicieux pendant quelques secondes, avant de finalement sembler décider que l'information ne présentait aucun risque.

— Pour son confort, on a préféré lui épargner de devoir cohabiter avec une ribambelle d'adolescents malades ! Il occupe sa propre salle juste à côté de la vôtre et le personnel prend très bien soin de lui. Je lui dirais que tu as demandé de ses nouvelles, ça lui fera sûrement plaisir !

T'es en train de me dire que je déambule dans tout le bahut depuis dix minutes alors qu'il est depuis le début dans la pièce d'à côté ? Et je fais comment pour me débarrasser des gardes, moi ?

— Improvise !

— Quoi ?

Scott se sentit blanchir d'avoir réagi aux plaintes du louveteau si instinctivement.

— Euh…

Bravo, Scott, bien joué ! Très pertinent comme réponse !

Le regard de Rafaël passa de bienveillant à énervé !

— OK, je vois. Tu essaies de gagner du temps pour ne pas avoir à répondre à ma question ! Pourquoi couvres-tu Stiles, hein ?

— Je ne le couvre pas, tu te fais des idées !

— Bien sûr, alors tu ne verras aucune objection à me dire ce que je veux savoir ?

À nouveau, il croisa les bras sur son torse, dans une attitude revêche et fermée. Le flic était de retour !

Il ne put que déglutir difficilement, une oreille distraite écoutait le raffut qu'Isaac faisait de son côté. Apparemment, il avait opté pour une diversion peu discrète, mais qu'importe !

— C'est vraiment dommage, Scott !

Jamais il n'avait entendu autant de déception dans la voix d'un de ses parents !

Monsieur Stilinski!

— Graham ! Prépare une descente chez les Stilinski, je te fais suivre l'adresse.

Scott est avec

Rafaël, je me doute…

Une quinte de toux secoua le shérif… Si seulement, il avait pu le retrouver comme il était capable de le faire avec Allison, ils auraient gagné un temps précieux !

— Papa, ne fais pas ça ! C'est ridicule…

— Ce qui est ridicule, Scott, c'est que tu refuses de me dire quelque chose d'aussi simple !

À nouveau, son père se tourna vers son collègue dont le regard ne quittait pas l'adolescent avec une sorte de fascination curieuse de découvrir le fils d'un de ses coéquipiers.

— Attends, je vais te le dire !

Je lui ai dit que Stiles avait séché les cours pour aller voir un Match des Mets à New York avec Derek… J'ai juste un peu anticipé les choses !

Quoi, c'est tout ?

Scott ne prêta pas plus attention à la réaction de son bêta et secoua la tête pour se concentrer sur le lieu et l'instant présent. Son père n'avait même pas daigné se tourner vers lui, continuant d'organiser la descente chez son frère de cœur.

— Ce qu'il y a c'est qu'il est parti… Avec son petit ami. Je ne voulais pas qu'il ait des ennuis d'avoir séché les cours, à cause de moi !

Cette fois, Rafaël releva ses iris chocolat étincelant d'intelligence pour les poser sur lui.

Il jeta un rapide coup d'œil à son collègue avant de faire deux pas vers son fils.

— Partis où ?

Le jeune alpha répéta les informations en sa possession en tentant d'avoir l'air le plus crédible et piteux possible, s'efforçant de donner l'illusion qu'il n'était pas fier de trahir ainsi son ami.

Après qu'un léger silence se soit installé durant lequel Rafaël toisa le lycéen, l'agent fédéral baissa la tête dans un soupir et tenta de se gratter la nuque avant de rencontrer à nouveau sa combinaison hermétique.

— Annule l'ordre, Graham !

Celui-ci hocha la tête avant de partir, laissant le jeune homme seul avec son père.

— Et… euh… et toi… tu as un petit-ami ?

Scott se sentit rougir des pieds à la tête !

— Papa ! J'ai une petite-amie… Elle s'appelle Allison et si tu permets, je vais retourner la voir !

Sans attendre de réponse, il tourna les talons pour rejoindre ses amis, non sans entendre le claquement des chaussures de l'adulte qui l'escortait jusqu'à sa destination sans tenter de relancer la conversation.

Avant de disparaître dans ce qui était à la base sa classe de littérature, Scott ne manqua pas le désordre qui régnait là. Quelqu'un — qu'il savait être Isaac — avait ramené jusqu'ici un des chariots à plateaux du self pour le renverser !

— Que s'est-il passé ici ?

Il ne put s'empêcher de rire devant la colère évidente de son père.

Il n'hésita pas avant d'accoler son poing à celui que son bêta lui tendait, puis ils se dirigèrent vers les deux filles installées côte à côte.

Comme la veille, une équipe passa entre les lits afin de servir un petit-déjeuner que la plupart des malades ne toucheraient pas par manque d'appétit.

— Messieurs… Lahey et McCall ?

Les deux loups relevèrent un visage incertain sur la femme en combinaison avant d'échanger un regard inquiet.

Ils furent invités à la suivre jusqu'à une autre salle aménagée en laboratoire.

— On m'a rapporté que vous aviez tous les deux contracté une fièvre légère hier dans la journée. Vous semblez être en parfaite santé aujourd'hui.

— C'était sûrement que de la fatigue !

Scott tentait d'avoir l'air enjoué et optimiste malgré la boule d'inquiétude qui montait et descendait dans sa gorge au rythme de ses déglutitions. Cet entretien n'augurait rien de bon pour eux.

— Je pense au contraire que votre métabolisme a su se défendre contre cette souche de virus… Je me doute que vous devez vous inquiéter pour vos camarades, mais… j'ai une bonne nouvelle pour vous, vous pouvez les aider. Il vous suffit de me laisser vous prélever un peu de sang. Vos anticorps pourraient permettre la synthèse d'un sérum. Il s'agit peut-être du seul espoir que nous ayons !

Son sourire un peu trop lumineux ne rencontra qu'un mur d'hébétude.

Ils ne pouvaient se permettre de laisser un échantillon de leur sang à une biologiste qui aurait tôt fait de remarquer les mutations génétiques qu'ils avaient subies en raison de leur lycanthropie…

Scott sentit la main d'Isaac serrer sa cuisse sous la table dans un geste qui semblait désespéré.

— Ne me dites pas que deux grands gaillards comme vous, avez peur des piqûres ?

Voilà qu'elle tentait l'humour…

— Non, c'est juste que…

Scott se gratta la nuque nerveusement tout en se demandant comment sortir de ce guêpier !

— Qu'est-ce que… Qu'est-ce que vos analyses ont révélé ? J'ai… j'ai cru entendre parler de grippe, mais… enfin, ça semble peu probable, n'est-ce pas ?

Scott ne put qu'attraper la main de son bêta pour la lui serrer en signe de remerciements et de félicitations d'avoir su trouver un moyen de gagner un peu de temps…

La femme en face d'eux se renfrogna de toutes évidences pas ravie qu'une telle information ait fuité. Elle les avisa d'un regard intense comme pour déterminer si elle pouvait se permettre de leur révéler quoi que ce soit !

Elle sembla décider que la franchise serait un argument supplémentaire pour les convaincre aussi entreprit-elle de répondre à leurs interrogations.

— Nous attendons encore les résultats, mais nous devrions en prendre connaissance d'ici peu… Les garçons… Ce que je vais vous dire ne doit surtout pas s'ébruiter auprès des autres, personne ne veut d'un mouvement de panique, n'est-ce pas ?

Ils hochèrent la tête le plus sérieusement du monde quand un véritable charivari s'éleva depuis le couloir.

— Vous n'avez pas le droit ! Vous m'entendez ? C'est un coup monté ! Un sabotage ! Lâchez-moi !

Les hurlements attirèrent la biologiste à l'extérieur et ils la suivirent avec incertitude.

— Lâchez-moi, je vous dis ! Vous ne pouvez pas fermer le lycée ! Il y a entraînement ce soir ! Oh McCall ! Lahey ! Vous voyez ? Vous voyez ? Ils vont bien, on peut encore faire le match demain ! Lâchez-moi ! C'est l'équipe adverse qui a fait le coup !

Voir leur entraîneur se faire maîtriser par toute une équipe de gros bras avait quelque chose d'incroyablement terrifiant.

Finstock avait un regard fou de bêtes traquées, mais la sueur sur son front trahissait son état.

Il ne les lâcha pas des yeux tandis qu'il était immobilisé au sol, renforçant le désarroi de ses deux étudiants.

Bientôt, la biologiste sortit de sa poche deux seringues qu'elle lui injecta sans hésitation tandis que le coach leur répétait comme une litanie qu'ils ne devaient pas être en retard à l'entraînement de ce soir.

Sédaté, il fut finalement hissé sur un brancard avant d'être emmené vers une autre des salles du lycée.

— Vérifiez ses constantes, sa température et veillez à ce qu'il soit réhydraté !

La femme qui les avait reçus semblait être la responsable de l'équipe de soignants, dispensant ses conseils et ses consignes à un de ses hommes qui hocha la tête avant de suivre son patient.

Elle se tourna vers eux avec ce même sourire lumineux et maternel qu'elle leur avait offert un peu plus tôt.

— Je me doute que cette scène a dû vous paraître terrifiante et extrême, mais vous pouvez être rassuré. Nous faisons notre possible pour prendre soin de votre professeur.

Elle les fit à nouveau entrer dans le laboratoire improvisé et, sans leur demander leur accord, commença à préparer le matériel nécessaire aux prélèvements !

— J'ai un plan, chuchota Isaac pour que seul son alpha l'entende.

Scott était tellement désespéré de se sortir de ce mauvais pas qu'il aurait fait n'importe quoi.

— On se barre en courant !

Bon peut-être pas n'importe quoi !

— Et comment penses-tu pouvoir justifier ça ? On va se retrouver avec les fédéraux au cul pour avoir fui une zone de quarantaine !

— T'as une meilleure idée !

Leurs chuchotements de plus en plus énergiques eurent tôt fait d'attirer l'attention de la soignante.

— Qui veut commencer !

Comme un seul homme, ils pointèrent l'autre du doigt !

— Je ne dois quand même pas vous promettre une sucette ou une glace pour vous récompenser ? se moqua-t-elle doucement sur un ton maternel.

Les épaules de Scott s'affaissèrent dans une expiration résignée avant qu'il ne se lève pour s'asseoir sur la table d'examen.

Avec un regard de désespoir pour le bouclé, il tendit son bras que la biologiste désinfecta avant de se mettre à la recherche d'une veine. Ses gants ne l'aidèrent pas à ressentir les vaisseaux sanguins sous la pulpe de ses doigts, inconsciente que l'attente était un vrai supplice pour son patient.

— Ah, je l'ai ! OK. Scott, c'est ça ? Inspire quand je te le dirai…