Chapitre 32
Gray
Moi qui suis presque insensible au froid, j'ai l'impression que la température extérieure a chuté de dix degrés depuis que je suis entré dans Bristol House. Je marche vers ma voiture d'un pas rapide tandis qu'une bourrasque glaciale me fouette le visage et les oreilles.
Bon sang ! C'est pour ça que je ne voulais personne dans ma vie. J'aurais dû être content ce soir, après la branlée qu'on a mise à Harvard, mais au lieu de ça, je suis agacé, frustré et triste. Natsu a raison... on ne fait que s'amuser, comme je m'amusais avec Cana, ou le mec d'avant, ou la personne – peu importe qui – encore avant ça. Ça ne m'a fait ni chaud ni froid de mettre fin à ces relations-là. Pourquoi je suis aussi déprimé, cette fois-ci ?
Ce qui est sûr, c'est que j'ai bien fait de partir, parce que j'étais à deux doigts de me ridiculiser en disant des choses que j'aurais regretté. Je crois que j'étais sur le point de le supplier, merde.
Je suis presque arrivé à ma Jeep lorsque j'entends Natsu crier mon nom.
Ma poitrine se contracte et je me retourne. Il est encore en pyjama, un pantalon à carreaux rouge et noir et un simple t-shirt blanc à manches courtes, et il sort de l'immeuble en courant.
Je suis tenté de continuer à marcher, mais je ne supporte pas de le voir comme ça.
- Putain, Natsu, tu vas choper la crève.
- C'est une légende, ça, rétorque-t-il. On n'attrape pas un rhume parce qu'on a froid, explique-t-il en claquant des dents.
Il croise les bras pour se réchauffer et je me dépêche d'enlever mon blouson pour le lui donner.
- Tiens.
- Merci, dit-il, mais il a l'air aussi énervé que moi. C'est quoi ton problème, Gray ? Tu ne peux pas partir alors qu'on est en plein milieu d'une discussion sérieuse !
- Il n'y avait plus rien à dire.
- N'importe quoi ! Tu ne m'as même pas laissé parler !
- Bien sûr que si. Crois-moi, tu as dit tout ce que j'avais besoin d'entendre.
- Mais je me souviens à peine de ce que j'ai dit ! Et tu sais pourquoi ? Parce que tu m'as pris au dépourvu et que tu ne m'as pas laissé une seconde pour réfléchir.
- Pourquoi tu as besoin de réfléchir ? Je te plais ou je ne te plais pas, c'est aussi simple que ça !
- Tu vois, t'es injuste ! grogne-t-il. Ce n'est pas parce que tout à coup, toi tu décides que tu veux une relation sérieuse que je vais sauter de joie comme une de tes groupies ! Tu as clairement eu le temps d'y réfléchir et de prendre ta décision, et moi tu ne m'as pas laissé une seconde de répit. Tu as débarqué avec tes accusations et puis tu es reparti. Merde.
Il n'a pas tort et je m'en veux. Je savais déjà ce que j'attendais de lui en venant.
- Écoute, je suis désolé de ne pas t'avoir parlé du rencard avec Sting. Mais je ne vais pas m'excuser d'avoir besoin de cinq secondes pour envisager l'idée que peut-être toi et moi nous formions un couple.
- Je suis désolé d'être parti comme ça. Mais je ne suis pas désolé de vouloir être avec toi.
Ses magnifiques yeux verts étudient mon visage.
- C'est toujours ce que tu veux ? demande-t-il.
Je hoche la tête et je ravale ma salive.
- Et toi ? je demande.
- Ça dépend, dit-il en penchant la tête sur le côté. On sera exclusifs ?
- Bien sûr que oui !
L'idée qu'il voit qui que ce soit d'autre me file la gerbe.
- Et... tu es d'accord pour qu'on prenne notre temps ? Parce que le spectacle de fin d'année, les vacances, les exams, et tous tes matchs... on sera bientôt sous l'eau et je ne peux pas promettre d'être avec toi vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept.
- On se verra quand on se verra, je réponds simplement.
Je suis surpris de parler de façon aussi calme alors qu'une vague d'euphorie me traverse. Wow. Je suis sur le point de compliquer ma vie en y invitant un petit ami, et je suis calme !
- Alors d'accord, dit Natsu. Soyons officiellement ensemble.
- Et Sting ?
- Quoi, Sting ?
- Tu lui as dit que tu dînerais avec lui.
- J'ai annulé le rencard avant de te courir après.
- C'est vrai ?
Il hoche la tête.
- Alors, il ne t'excite plus ?
- C'est toi qui m'excites, Gray. Toi, et seulement toi, dit-il avec un regard pétillant.
Mon angoisse disparaît aussitôt et je souris jusqu'aux oreilles.
- Ah, tu as retrouvé la raison !
Il lève les yeux au ciel et frotte sa joue glacée contre mon menton.
- Est-ce qu'on peut rentrer ? Je ne veux pas mourir congelé et j'aimerais que mon dérameur me réchauffe.
- Je te demande pardon ?
- Oh, pardon, j'ai dit dérameur ? demande-t-il en si souriant si fort que tout son visage s'illumine. Je voulais dire mon petit ami.
Jamais je n'ai entendu de paroles plus douces.
