Oikawa regarda le stade olympique. Aujourd'hui, l'Argentine jouait contre le Japon. Et il ne faisait pas partie de la dernière équipe. Il savait que tous les yeux seraient rivés sur lui. Chibi-chan avait certainement laissé échapper le fait qu'il était maintenant à l'autre bout du monde. Il n'aurait pas pu le cacher plus longtemps, de toute façon.
«- Tu vas voir ton ami bientôt ! lui dit un de ses coéquipiers, arrêtant son train de pensées. Le petit que nous avons vu au Brésil, le roux ! C'était quoi son nom déjà ?
- Hinata. Hinata Shouyou.
- Tu dois être plutôt impatient !»
C'était vrai. Il était vraiment content de revoir l'ancien corbeau. Mais, d'un autre côté, il était terrifié de voir tous les autres. Bien sûr, il appréciait Hinata, mais le ninja n'était rien comparé à ses… amis ? Coéquipiers ? Rivaux ? Ceux qu'il avait laissés sans dire un mot, il y a de nombreuses années. Aujourd'hui, il ne pouvait les qualifier que d'anciennes connaissances, des parties de sa vie auxquelles il avait renoncé pour arriver là où il était maintenant.
Iwa-chan était probablement celui qu'il regrettait le plus d'avoir blessé. Il ne pouvait qu'imaginer si à la place de lui-même, c'était Hajime qui était parti soudainement sans explication, ses parents étant interdits de dire quoi que ce soit sur où il était et ce qu'il faisait. Cela avait dû être une douleur indescriptible qu'il avait ressentie. Et à en juger par la rage pure inscrite sur son visage, cela avait vraiment été le cas.
«- Oikawa.» grogna l'homme après avoir repris ses esprits.
La porte des toilettes des hommes se referma derrière son dos dans un bruit sourd. Tooru n'avait pas l'intention de tressaillir, mais, eh bien, il le fit.
«- Iwa-chan ! essaya-t-il de sonner détendu et de sourire, mais il échoua lamentablement.
- Ne m'appelle pas comme ça. Tu as perdu ce privilège lorsque tu es parti il y a neuf ans. aboya l'entraîneur sportif, faisant un pas en avant lorsque l'autre recula.
- Mérité… marmonna ce dernier, évitant le contact visuel ostensiblement.
- C'est donc là que tu es allé. Caché en Argentine, hein ? se moqua l'homme aux cheveux noirs, la voix pleine de mépris.
- Je ne me cachais pas. répliqua le joueur argentin, les sourcils froncés.
- Oh s'il te plaît. Tu savais que tous tes rivaux deviendraient pro et tu t'es rendu compte qu'il n'y avait pas de place pour toi. Alors tu t'es enfui. C'est pathétique mais compréhensible.
- Je ne me suis pas-
- Tu t'es enfui ! C'est ce que t'as fait, n'essaie même pas de le nier ! Tu n'as rien laissé ! Pas même un texto, une lettre ou- ou- !»
Hajime se tut, serrant les poings et la mâchoire. Il regardait son ex-meilleur ami avec toute la haine qu'il avait, et c'était beaucoup. Ses yeux étaient sombres, pleins de mépris. Il expira un souffle tremblant, ses paupières se fermant pendant une seconde.
«- Tu sais quoi ? C'est bon. Tu n'as pas d'importance. Aucun de nous n'a eu besoin de toi dans sa vie. Pour moi, pour Mattsun, pour Makki, pour tous nos anciens coéquipiers, même pour Kageyama et Ushijima, tu étais et es toujours un perdant. Le match d'aujourd'hui ne sera qu'une autre preuve de ta médiocrité et de ton manque de talent.»
Il ne cligna même pas des yeux lorsque les larmes commencèrent à couler sur les joues de l'autre homme. Iwaizumi lui tourna simplement le dos et sortit. Oikawa s'effondra au sol, se recroquevillant sur lui-même. Quel idiot il avait été de seulement penser qu'il les avait blessés en partant. Ils étaient simplement soulagés. Il ne signifiait rien pour eux.
Alors que Tooru se tenait du côté du terrain de l'équipe argentine, plusieurs heures plus tard, il observa chacun de ses adversaires. Certains d'entre eux étaient encore surpris, même s'il avait la confirmation que Hinata leur avait dit. Hajime était sur le banc, le regardant avec la même détermination. Il avait vu Hanamaki et Matsukawa dans les gradins juste avant le premier coup de sifflet, avec quelques autres. Il ferait de son mieux, pour ses vrais coéquipiers qui l'appréciaient et l'aimaient pour ce qu'il était vraiment, et surtout pour sa propre fierté et dignité. Il allait leur montrer.
Le sentiment de gagner un match olympique valait tellement la peine d'attendre des années, de ne jamais aller aux championnats nationaux au lycée, de laisser derrière lui tout ce qu'il avait aimé. Alors que la balle tombait de l'autre côté du terrain, juste entre Yaku et Hinata, Oikawa sentit les larmes lui monter à nouveau. Le coup de sifflet final résonna dans le stade, submergé par les cris de joie ou de tristesse des supporters. Le Grand Roi regarda tous ses rivaux tomber au sol un à un, hurlant de frustration, pleurant, vaincus.
Certains de ses propres coéquipiers coururent vers lui, désireux de célébrer avec lui, mais il dit juste «je reviens tout de suite» et se dirigea vers le banc.
Il contourna tous les joueurs japonais, ne prenant même pas la peine de les regarder de haut. Il sourit faiblement à Hinata, le seule qu'il estimait encore. Son visage redevint neutre lorsqu'il confronta l'entraîneur sportif de l'équipe. Hajime se leva, lui retournant son regard pour la dernière fois.
«- Ceci, c'est ce pour quoi je vous ai tous quittés. Aucun de vous n'aurait pu m'apporter la victoire, et encore moins toi. Je n'ai pas besoin de vous. Ça n'a jamais été le cas. Tu n'étais qu'un fardeau pour moi, Iwaizumi.»
I-w-a-i-z-u-m-i.
Ouch.
Ça faisait mal.
