Chapitre 70 : Attack

Isaac était ravi. Non pas qu'il se réjouisse que sa petite-amie soit grippée, mais il appréciait de ne pas se sentir totalement inutile en s'occupant d'elle. Le fait qu'elle accepte sa compagnie et son réconfort était pour le jeune homme un énorme cadeau que la banshee lui offrait. Elle qui n'était pas du genre à laisser quiconque voir ses fêlures le laissait, lui, l'approcher pendant un de ses rares moments de vulnérabilité.

La convaincre n'avait pas été facile, mais il avait tenu bon et ses efforts avaient payé !

La nuit venait de tomber sur Beacon Hills et Lydia dormait paisiblement depuis près d'une heure. Minuit était passé. Il était plus que temps de rentrer. Mélissa avait beau ne pas être regardante sur les horaires, il ne voulait pas non plus abuser de son hospitalité.

Il se sentait lui-même exténué et légèrement courbaturé, signe qu'il avait un peu trop abusé de son pouvoir de guérison.

Madame Martin avait bien failli le surprendre par deux fois durant la soirée tandis qu'elle venait vérifier comment sa fille se portait. Il avait été tellement focalisé sur la banshee qu'il s'était légèrement coupé du monde extérieur.

Finalement, il sauta au bas de la fenêtre de cette dernière sans heurt ni bruit, et se dirigea vers sa voiture, non sans un dernier regard en direction de la chambre qu'il venait de quitter.

Il ne remarqua pas tout de suite les deux silhouettes entièrement vêtues de noir qui l'observaient silencieusement.

L'astre céleste illuminait pourtant la nuit de sa lumière douce et argentée.

Le visage des deux personnes était entièrement plongé dans l'ombre, offrant un contraste saisissant avec leurs iris étincelants. Ce furent ces derniers qui attirèrent le regard du bêta dans leur direction. Il se figea un instant, le cœur battant à tout rompre tandis que l'adrénaline envahissait son système et scruta les deux paires d'yeux aux couleurs surnaturelles.

Bleu pour l'un, jaune fauve pour l'autre.

De quoi mettre à mal la devise des Everfool, car nul doute pour le louveteau qu'il s'agissait de deux d'entre eux.

Sans les quitter du regard et les muscles tendus prêts à l'action, il tendit l'oreille, soucieux de contrecarrer une possible embuscade. Il n'était pas sans ignorer l'existence d'un troisième loup renégat. Pourtant aucun autre battement de cœur ne s'élevait de la rue.

Sans perdre une seconde de plus, il poussa un hurlement tout en laissant la transformation opérer. Ses griffes s'allongèrent à l'instar de ses crocs avant qu'il ne s'élance vers les deux lycanthropes qui n'avaient pas bougé d'un poil.

Il aurait sûrement dû tenter de gagner du temps, essayer de parler avec eux pour connaître leur motivation, mais il était exténué et ils s'en étaient pris à ses proches en répandant le virus sur Beacon Hills ! L'heure n'était plus aux pourparlers ni aux ultimatums…

Il ne pouvait à présent plus qu'espérer que Scott ou Derek aient entendu son appel.

Juste avant que le combat ne s'engage, il remarqua que ses ennemis étaient de genres différents.

La transformation rendait toute identification humaine impossible si bien qu'il aurait très bien pu croiser l'un d'eux dans la rue, à l'épicerie ou même au lycée sans être en mesure de les reconnaître.

Pourtant, la physionomie des corps ne mentait pas. La louve offrait à son regard des courbes indubitablement féminines qui ne pouvaient le détromper tandis que l'homme arborait des épaules bien plus carrées et un buste plus massif.

Ils portaient des combinaisons de sport noir, près du corps et une capuche ample recouvrait une partie de leur visage et l'intégralité de leurs cheveux. Ils n'avaient aucun bijou ni tatouage… Tout pour se fondre dans la masse.

Au début, il pensa être en mesure de les dominer sans problème malgré leur avantage numérique, malheureusement, il avait usé trop d'énergie à soulager Lydia de sa douleur et bien vite, l'homme eut le dessus sur lui.

Il était le plus acharné des deux, rien d'étonnant en considération de ses yeux bleus acier…

Pour sa part, la jeune femme parait ses coups sans les lui rendre, restant volontairement en retrait… Peut-être était-elle là pour apprendre ?

Une sorte de padawan lycan apprenant les méthodes de combat de son maître jedi !

Il fallait vraiment qu'il arrête de fréquenter Stiles ! L'humain de la meute avait une mauvaise influence sur lui.

Chaque coup du loup aux iris bleus était porté dans le but de blesser. Isaac ne comptait déjà plus le nombre d'entailles zébrant sa peau.

Un poing dans le ventre, un méchant uppercut, un ultime croche-pied et il se retrouva à terre, gémissant, la respiration coupée et quelque peu sonné.

Il n'eut pas le temps de reprendre ses esprits qu'une main puissante pourvue de griffes se refermait sur sa gorge. Les deux prunelles brillantes de haine de son adversaire percutèrent les siennes. Le bras de l'homme se leva, prêt à porter l'estocade finale.

Le jeune bêta cherchait son souffle qu'il était incapable de reprendre tant sa trachée était comprimée par la poigne de son assaillant.

Il ne put que penser à Lydia.

Lydia qu'il ne verrait plus jamais. À son sourire, à ses yeux magnifiques et à sa chevelure de feu. À ses courbes parfaites, son rire aérien, ses mimiques malicieuses. Au son de sa voix, à sa personnalité affirmée qu'il aimait tant, à son charisme et son intelligence…

Il ferma les yeux comme pour mieux la visualiser dans son esprit, soucieux d'emporter avec lui cette dernière image dans l'au-delà. Il était vaincu et plus rien ne pourrait le sauver à présent.

Pourtant, au lieu du coup final redouté, un rugissement de terreur lui fit rouvrir brusquement les paupières.

Il mit quelques secondes avant de réaliser que ce cri animal ne lui était pas connu. À l'instar de son bourreau. Surpris, il tourna le visage vers la louve qui détourna un regard chancelant et… clignotant.

Il n'avait jamais vu un regard surnaturel grésiller ainsi, à l'image d'une ampoule sur le point de s'éteindre !

L'homme se reprit avant lui. Il n'eut, cette fois, pas le temps d'anticiper le coup.

Lors d'un orage, on entraperçoit l'éclat lumineux de l'éclair avant d'en entendre la foudre… La lumière ayant une vitesse de propagation plus rapide que celle du son !

Lui entendit d'abord l'os de sa jambe se briser avant qu'une vague de douleur pure ne le frappe de plein fouet, lui faisant lâcher un hurlement inhumain !

Il sentit à peine la prise sur sa gorge se desserrer avant qu'un coup au visage ne referme la nuit sur lui.

Inconscient, il ne saurait jamais la teneur de la conversation qu'auraient ses deux agresseurs ni ce qui précéderait son réveil.

— Qu'est-ce qui te prend ?

Le grognement animal de son père provoqua un mouvement de recul instinctif à la jeune fille qui peu à peu perdait le contrôle sur sa transformation, recouvrant son visage humain au fil des secondes. Une telle chose ne lui était jamais arrivée.

— Je suis encore affaibli à cause de ton plan pourri avec le gui, répliqua-t-elle avec énergie, bouleversée par la vision du corps vaincu d'Isaac gisant aux pieds de son géniteur.

— Je ne parle pas de ça !

Les yeux bleus du loup-garou étincelaient d'une lueur assassine non feinte et le temps d'un battement de cœur, l'adolescente eut peur pour sa vie avant de se souvenir que l'homme face à elle ne lui ferait jamais de mal !

Elle s'avança à pas lent jusqu'à s'agenouiller devant le garçon qui faisait encore battre douloureusement son cœur et posa une main tremblante sur sa jambe brisée qui ne guérissait pas.

— Le plan est de ne tuer personne sauf l'alpha.

Toute cette histoire ne lui plaisait pas… Ne lui plaisait plus. Elle sentit sa mâchoire se crisper et ses yeux la brûler.

— On devrait tout arrêter. On devrait abandonner et…

Sa respiration se coupa. Elle mit quelques secondes à comprendre ce qui se passait. La main enserrant sa gorge, la douleur derrière son crâne, son hébétude suite au choc. Le corps tendu au-dessus d'elle, le souffle contre son cou, les crocs luisants de salive…

Son cœur manqua un battement et elle haleta de stupeur, de peur et d'incompréhension.

Elle ferma les yeux lorsque le visage s'enfouit un peu plus dans son cou, sentant les pointes acérées des dents du loup érafler sa peau fine et sensible, incapable de bouger ou de parler tant la pression sur sa gorge était puissante.

Enfin, le visage toujours animal de son père se releva et son regard de tueur croisa le sien avec le dégoût.

— Tu es amoureuse de ce garçon !

Ce n'était pas une question, mais bel et bien une accusation.

Un son étranglé s'échappa de ses lèvres. Sans air, elle n'était capable de rien de plus. Elle bataillait des cils pour chasser les larmes brûlantes qui jaillissaient de ses yeux, se sentant partir un peu plus chaque nouvelle seconde.

— Ta mère aurait honte de toi !

Les quelques mots chuchotés meurtrirent plus que de raison le cœur de l'adolescente qui se sentit sangloter lorsque la pression sur sa trachée disparut. Elle toussota en reprenant son souffle.

Qu'en avait-elle à faire de cette femme qui avait été si horrible avec son frère tout en lui mentant toute sa vie ? Pourtant, des images de cette même femme s'imposèrent à son esprit. Les baisers sur son front pour lui souhaiter une bonne nuit. Les sourires qui faisaient briller ses jolis yeux bleus, les caresses dans ses cheveux, les soirées à papoter pendant des heures…

— Le plan continuera Luna ! Si tu renonces maintenant, je tuerais ce garçon devant tes yeux.

La voix était bien trop calme, bien trop sereine pour ne pas lui sembler pleinement menaçant. Sans un mot ni un regard de plus, il s'éloigna en courant. Ils avaient perdu assez de temps… Elle savait que les autres ne tarderaient pas, pourtant, la brune ne put contenir son besoin d'enlacer Isaac. Emprisonnant son corps de ses bras, vérifiant sa blessure à la tête qui l'avait envoyé au pays de Morphée, et cette jambe dont l'os ressortait et qui saignait abondamment.

— Guéris Isaac ! Guéris…

Elle grogna sous l'effort que lui coûta de soulager la souffrance du lycéen, grimaçant, haletant sous la douleur qui étreignait son corps encore affaibli par les effets du gui.

— Guéris… Si ce n'est pas pour moi, guéris pour elle…

Entendant un crissement de pneu au loin, elle se força à amorcer une nouvelle transformation qui la laissa pantelante. Elle se leva difficilement, étendant délicatement Isaac sur le sol, prenant garde de ne pas le blesser davantage.

Lorsqu'elle releva le regard, elle croisa celui de Scott et sans attendre qu'il ne se transforme s'enfuit en priant pour qu'il s'occupe d'Isaac qui avait clairement besoin d'aide, au lieu de s'élancer à sa poursuite.

Une oreille aux aguets tandis qu'elle s'éloignait, elle entendit un deuxième véhicule approcher. Un dernier regard en arrière pour apercevoir la Jeep de Stiles et elle disparut définitivement dans la nuit.

— Isaac !

L'appel de Scott resta sans réponse tandis que Derek se jetait au sol à ses côtés, attrapant aussitôt la main de son louveteau pour lui prendre sa douleur.

— J'arrive trop tard ?

Au loin, le bruit d'un moteur troubla la quiétude relative de la nuit.

— Nous en parlerons plus tard, l'urgence est de partir d'ici !

Ils hissèrent Isaac dans son propre véhicule et le mentor de l'adolescent prit d'office place avec lui sur la banquette arrière. Scott prit le temps de s'assurer de l'état de santé de la banshee avant de revenir précipitamment vers le SUV et s'installer derrière le volant pour s'élancer chez lui, abandonnant derrière eux, la jeep de son ami et sa moto.

— Il ne guérit pas !

Tout alpha qu'il était, Scott semblait totalement paniqué.

— Il est épuisé…

Avec toute la détermination dont il était capable, Derek plaça ses mains de part et d'autre de la fracture de l'adolescent et d'un geste vif et puissant, rassembla les deux morceaux qui avaient transpercé la peau.

Un spasme secoua le garçon inconscient signe que la douleur l'atteignait malgré sa perte de connaissance.

— Scott, il faut que tu l'appelles ! Tu es l'alpha, il suivra ta voix !

À travers le rétroviseur, leur regard s'affrontèrent, puis Scott exhala difficilement avant de déglutir. Enfin, il prit une profonde inspiration avant de hurler à la manière des loups, le nom de son bêta. Son aura inonda le véhicule, frappant violemment les deux hommes, faisant trembler Derek de cette manifestation de domination brute dont l'adolescent ne se servait habituellement jamais.

Isaac papillonna des yeux. Plus que le mot, il prit conscience qu'il connaissait cette voix. Elle lui était familière, importante et, en dépit de son trouble, il s'y accrocha avec la force du désespoir.

Puis la douleur s'immisça sournoisement dans son être, se réveillant à mesure que l'écho de son prénom l'aidait à reprendre vie… jusqu'à l'envahir totalement, le submerger, l'aveugler… le noyer !

Ce fut son hurlement de douleur qui eut raison de son inconscience recouvrant la voix inquiète de l'homme à ses côtés.

— C'est bien, c'est bien ! C'est presque fini, Isaac. Tiens bon !

Il eut vaguement conscience d'être en mouvement avant de comprendre qu'il était installé à l'arrière d'une voiture.

Puis, comme elle était venue le faucher, la douleur se retira, doucement, comme une vague qui balaye la plage, ne laissant derrière elle qu'un doux tapis d'écume.

— Lydia !

Derek l'empêcha de se redresser sur la banquette arrière, avant d'inspecter les derniers vestiges de ses blessures qui commençaient à disparaître peu à peu.

— Elle va bien, Scott s'en est assuré. Que s'est-il passé ?

Tant bien que mal, l'adolescent raconta l'attaque, laissant les deux lycans dans un mutisme effrayant.

— Tu dis qu'ils étaient deux ?

Scott semblait surpris par cette information.

— Oui, vous ne les avez pas vus ? Je pensais que vous les aviez empêchés de m'achever…

Isaac ne termina pas sa phrase, sourcils froncés en se rappelant l'étrange comportement de la louve comme si… elle avait voulu le protéger ? Plongé dans ses souvenirs, il mit quelques secondes à réaliser le trouble des deux autres lycans.

À travers le rétroviseur, il capta l'échange sceptique de regards entre son alpha et son mentor, le ramenant à l'instant présent.

— Quoi ?

Le juron que grogna Derek accompagna le brusque changement de direction qui secoua le louveteau.

— Dépêche-toi !

— Je peux pas aller plus vite ! répliqua Scott, la voix tremblante d'une émotion qu'Isaac eut du mal à interpréter.

De la peur…

Il parvint à se redresser sans que Derek ne l'en empêche cette fois, le regard hanté par la même expression que celle qui avait fait trembler la voix du conducteur.

Le loup de naissance extirpa son téléphone de sa poche et composa un numéro, grognant lorsque le message vocal du répondeur s'enclencha.

— Qu'est-ce qui se passe ?!

La question lui brûla les lèvres tant il en redoutait la réponse !

— C'était un piège !

— Une diversion, précisa Scott après un nouveau virage serré.

— Ils vont s'en prendre à Stiles !