Chapitre 71 : Trapness

Stiles avait fini par se lever, incapable de rester en place même terrassé par la maladie. Il ne pouvait simplement pas attendre des nouvelles d'Isaac et des autres. Ils étaient tous en danger et lui se sentait plus inutile que jamais.

Comment avaient-ils pu en arriver là ?

D'après Deaton, être plus assidus dans leurs rondes n'aurait rien changé. Alors quoi ?

Étaient-ils condamnés à subir les événements au bon vouloir de leurs ennemis ?

Ces derniers semblaient coutumiers de ce genre de… raid?

Alors pourquoi Stiles avait-il le sentiment que quelque chose d'important lui échappait ? Que quelque chose dans cette histoire ne collait pas ?

Il s'approcha de son tableau, sans vraiment le voir, incapable de, ne serait-ce que, se concentrer quelques secondes.

Les Everfool semblaient cultiver la haine de l'humain, mais pas au point de disséminer un virus hautement mortel heureusement. Ils combattaient aussi les meutes se dressant sur leur chemin, ce qui n'était pourtant pas leur cas.

Qu'est-ce qui avait mené ces loups à Beacon Hills ? Pourquoi s'en prenaient-ils à eux ?

Il y avait forcément une raison… un mobile dans le jargon policier !

S'il pouvait mettre le doigt sur leurs motivations, il était persuadé de parvenir à démêler le tas de nœuds que représentait cette enquête !

Et dire qu'il avait soupçonné Luna !

Avec un soupir désabusé, il décrocha la photo de la jeune fille qu'il avait dénichée sur le site internet du lycée. Il dépunaisa les fils qui la reliaient à l'enquête de Hill Valley avant de jeter le tout dans sa corbeille à papier.

Le fait que son père lui parle de ses soupçons sur Ian avait aiguillé son raisonnement dans la mauvaise direction.

Oh ! Bien sûr, Maxime était humain. Ce n'était plus à prouver, mais ça n'innocentait ni son père, ni sa sœur ni même encore son oncle.

Trois personnes…

Trois nouveaux arrivants à Beacon Hills !

Le nombre parfait pour cette famille quelque peu étrange !

Mais Luna était elle aussi humaine de toute évidence puisqu'elle était tombée malade comme tous les autres !

Ne lui restait plus que le désagréable sentiment d'avoir une fois de plus mis de côté la confiance qu'il avait envers Max…

Trop concentré dans sa réflexion, il ne vit pas l'écran de son cellulaire défectueux s'illuminer sur un appel silencieux !

oOo

— Allez, bon sang ! Stiles, décroche !

Derek s'acharnait inutilement sur son téléphone, enchaînant les appels qui n'aboutissaient pour aucun d'eux !

— Comment pouvez-vous être sûr que c'était une diversion, et encore plus qu'ils vont s'en prendre à Stiles ?

Isaac était perdu ! La conclusion à laquelle les deux autres hommes étaient parvenus lui semblait un peu capillotractée.

— Quand je suis arrivé, tu étais inconscient… La louve a fui dès qu'elle m'a vu, elle n'a pas cherché le combat, mais…

— Scott !

La frustration d'Isaac était à son comble tandis qu'il se redressait enfin en position assise, cramponné aux appuie-têtes pour garder une certaine stabilité en dépit de la conduite sportive de son alpha.

— C'était comme si elle s'assurait que tu allais bien… ça n'a aucune logique sauf si leur seul but était de se servir de toi comme appât ! Et tu dis qu'il y avait un deuxième loup qui a disparu avant qu'on arrive !

Le débit rapide de Scott était digne de Stiles si bien, qu'en temps normal, Isaac en aurait ri.

Pendant ce temps, Derek s'acharnait encore et toujours sur son téléphone. Le louveteau n'était pas convaincu.

— Et pourquoi Stiles ? Lydia était à portée d'attaque et ils ne lui ont rien fait… Et Allison ? Elle aussi elle est seule chez elle !

— Seule avec un père chasseur armé jusqu'aux dents ! contra Derek avant d'une nouvelle fois coller son portable contre son oreille.

— Et puis réfléchis. Ils ont propagé l'épidémie de grippe par son intermédiaire. Ils sont allés au loft ! Pas chez moi, ou ailleurs… Derek a dit que sa famille avait déjà eu affaire à eux ! Peut-être qu'ils veulent se venger de la raclée qu'ils ont prise à l'époque… Et quel meilleur moyen d'atteindre Derek que s'en prendre à Stiles ? Ils nous observent depuis des semaines à notre insu !

L'ancien alpha blêmit davantage aux mots du conducteur tandis qu'il tombait à nouveau sur la messagerie totalement grotesque de son petit-ami !

— J'ai du mal à croire que… non, même s'ils sont cinglés, on ne se venge pas sur le fils d'une de ses rivales plusieurs décennies plus tard. Ça n'a aucun sens !

Scott ne sut que répondre. Les arguments de son ami semblaient pertinents, mais quelle autre raison pourraient-ils avoir à s'en prendre à Stiles alors ?

La peur qui faisait battre son cœur bien trop fort ne le quittait pas. Il ressentait au plus profond de son être que son frère était en danger !

— T'as essayé le téléphone de son père ?

Sur cette question, Scott s'engagea avec un grand coup de volant sur la nationale qui les conduirait plus vite chez les Stilinski.

Pourquoi fallait-il que l'hyperactif habite de l'autre côté de la ville exactement ?

oOo

Noah sursauta lorsque la sonnerie de son téléphone retentit. Il s'était assoupi.

L'esprit ramolli par la fièvre, il ne sourcilla pas en découvrant le nom de son correspondant.

Peut-être que s'il avait été au plus haut de sa forme, se serait-il interrogé sur les raisons d'un appel de Scott au plein milieu de la nuit ?

Scott connaissait son numéro depuis sa plus tendre enfance tout comme son garnement connaissait celui de Mélissa. Les deux adultes avaient trouvé cette précaution rassurante puisque l'un et l'autre passaient le plus clair de leur temps ensemble !

— Scott ?

— Noah, c'est Derek…

Il n'eut même pas le temps de paniquer que le néant l'engouffra.

oOo

Stiles sursauta violemment. Il avait cru apercevoir sa porte bouger subtilement.

Le cœur frappant sa poitrine plus rapidement que jamais, il s'approcha, incertain, vers cette dernière.

— Papa ?

Le silence pesant et angoissant de la maison endormie lui répondit.

Derek n'avait-il pas dit que son père monterait la garde au salon durant son absence ?

Il soupira en frottant ses tempes douloureuses. De toute évidence, la fièvre lui donnait des hallucinations en plus de le rendre parano. En même temps, avec cette histoire d'épidémie qui lui aurait été inoculée à son insu, il y avait de quoi.

Comment pouvait-on contaminer quelqu'un sans qu'il ne s'en aperçoive, d'ailleurs ?

Poussé par sa curiosité, il alluma son ordinateur afin de résoudre ce mystère.

Il savait qu'on ne lui avait rien injecté, il se serait souvenu d'une piqûre, sans le moindre doute.

La clarté de l'écran s'ajouta à la lueur de l'astre nocturne qui régnait en maître sur le royaume céleste, éclairant sa chambre d'une lumière blafarde presque fantomatique.

Avec un geignement d'inconfort, il tenta de détendre ses muscles courbaturés avant de taper quelques mots-clés dans la barre de recherche.

Le claquement sonore de sa porte lui fit faire un bond magistral avant qu'une quinte de toux ne le secoue violemment.

Cette fois, il n'avait rien imaginé.

Son cœur s'emballa à l'instar de sa respiration sifflante tandis qu'il scrutait les quatre coins de la pièce plongés dans la semi-obscurité.

— OK, Stiles ! Pas de panique, c'était sûrement un courant d'air !

Il avisa sa fenêtre fermée, sceptique !

Son instinct lui hurlait de quitter sa chambre et, dans un élan, il prit les jambes à son cou jusqu'à la porte qu'il ouvrit à la volée, prêt à se précipiter au rez-de-chaussée où il espérait trouver son père.

Avant même qu'il ne réalise comment, il se sentit tirer en arrière. Le panneau de bois claqua quelques secondes avant que son visage ne se retrouve écrasé contre celui-ci tandis qu'entre ses lèvres, le mot « papa » à demi-hurlé mourrait dans une plainte de douleur.

La respiration courte de panique, il sentit une main ferme pourvue de griffes se refermer durement sur sa nuque pour le maintenir en place.

Un rire rauque lui glaça le sang lorsqu'il tenta en vain de se débattre.

Puis un souffle lui frappa l'oreille et il ferma les yeux d'impuissance et de frayeur.

Il se savait misérable et pathétique, mais était incapable de plus de courage tout en se sachant à la merci d'un monstre sanguinaire cultivant la haine de l'humain à la façon des Malefoy envers les moldus !

Il n'y avait bien que lui pour penser à Harry Potter dans un moment pareil. En temps normal, il aurait soupiré face à sa propre bêtise, mais la peur le paralysait complètement !

— Deuxième avertissement !

Le grognement bien plus animal qu'humain recouvrit sa peau d'une sueur froide qui lui dévala littéralement l'échine. Ce n'était rien comparé à ce qui l'attendait encore.

La douleur le terrassa avec une vivacité infernale qu'il n'aurait pas même souhaitée à son pire ennemi !

Les crocs puissants du lycan s'étaient refermés férocement sur sa chair, à la jonction de son épaule et de son cou, lui arrachant un cri de douleur tel le souffle de vie qui semblait lui échapper.

En vain, il se débattit plus fort, jusqu'à sentir ses forces le quitter, faisant s'éteindre l'expression de sa souffrance, engourdissant son être comme son corps, ne laissant dans son sillage que le froid qui prenait possession de lui en contraste avec l'incendie de son cou qui l'élançait de manière ignoble.

Il mit plusieurs secondes — minutes peut-être bien — avant de réaliser que son agresseur l'avait abandonné à son triste sort.

Prostré sur le parquet de sa chambre sur lequel il ne souvenait pas avoir échoué, il se demanda s'il n'avait pas perdu connaissance. Sa main se plaqua naturellement sur la blessure poisseuse d'un sang collant, épais et chaud.

Une nausée lui retourna l'estomac, lui faisant rendre sans sommation son maigre contenu sur le sol déjà souillé de rouge.

Il fit son possible pour ne pas y prêter attention.

Sa tête tournoyante l'empêchait de se concentrer sur quoi que ce soit, jusqu'à ce qu'une pensée unique et terrifiante ne s'empare de son esprit, le maintenant à flots dans cette réalité bien trop sombre qu'il aurait fuie avec délice pour le royaume édulcoré des rêves.

— Papa !

La panique le terrassa et, non sans mal, il parvint à se hisser sur ses jambes.

Se soutenant au mur pour ne pas chanceler, il traça son chemin à la couleur de son hémoglobine sur le papier peint du palier avant de se jeter sur la main courante de l'escalier.

— Papa !

Cette fois, un sanglot lui échappa et les larmes affluèrent, l'aveuglant encore davantage.

Et s'il était…

Il rejeta cette pensée horrible et força ses pieds nus à le pousser en avant.

Titubant, il ne manqua, par chance, que la dernière marche. Il tomba dans un bruit mat sur le carrelage du rez-de-chaussée, un peu plus engourdi par la douleur chaque nouvelle seconde.

Son souffle se faisait de plus en plus court tandis qu'il luttait contre les ténèbres qui tentaient de l'étreindre. Repoussant le vertige cotonneux, il rampa vers la forme immobile et inerte qu'il apercevait dans le salon. Il l'atteignit enfin au prix d'un effort surhumain, consumant les derniers vestiges de son énergie.

Il eut juste le temps de constater la présence d'une fréquence respiratoire avant d'être englouti dans un monde de noirceur abyssale.

oOo

— Plus vite Scott !

— Je suis à fond !

La tension dans le véhicule était palpable, d'autant plus depuis que la communication avec Noah avait été coupée, les confortant dans leurs suppositions terrifiantes.

Enfin, l'alpha tourna dans la rue du shérif où il se gara dans un crissement de pneu assourdissant.

En d'autres circonstances, Isaac, qui était à présent totalement remis, aurait charrié son ami sur ses capacités digne d'un pilote de courses, mais l'heure n'était pas à la rigolade.

Les trois lycans s'extirpèrent en urgence de la voiture avant de se figer brutalement sur le trottoir.

Même les deux plus jeunes loups, encore novice, ne purent ignorer la forte odeur de sang qui leur frappa les narines à travers la porte d'entrée laissée entrouverte.

Une boule d'angoisse bloquée dans le ventre et la trachée, ils s'élancèrent à l'intérieur. Aucun d'eux ne manqua les traînées d'hémoglobine maculant le sol depuis l'escalier jusqu'au salon où deux corps inconscients gisaient.

La scène était macabre, la fragrance métallique emplissait l'air, s'ajoutant à l'horreur visuelle. Un cauchemar. Aucun autre mot n'aurait pu décrire mieux ce qu'ils vivaient.

— Non, non, non, non, non… Stiles ! Stiles !

Les mains tremblantes de Derek parcouraient le corps inerte de son compagnon à la recherche de blessures.

Isaac était tétanisé tandis qu'il observait ses deux mentors s'occuper des blessés, il ne pouvait que se sentir responsable. S'il n'avait pas appelé à l'aide…

La voix de Scott, incroyablement calme malgré la panique qu'il pouvait lire sur son visage le sortit de son immobilisme. Qui venait-il d'appeler ? Une ambulance peut-être ?

Il détourna le regard avant de s'approcher de Stiles. Derek avait trouvé une blessure au niveau du cou et la comprimait de sa main pour faire cesser l'hémorragie.

Un rire nerveux s'échappa des lèvres de son ancien alpha à travers ses larmes, soulagé de sentir un pouls sous ses doigts.

— Stiles, ouvre les yeux…

La voix de Derek était tellement faible tant son cœur battait de façon assourdissante à ses propres oreilles. Il entendit à peine le grognement plaintif que Noah émit en sortant de l'inconscience.

Aussitôt, le shérif tenta de se relever, soucieux pour son fils avant de l'être pour lui, mais Scott parvint à le calmer et à le convaincre de rester allongé. Ils échangèrent quelques mots qu'Isaac ne comprit pas. Il ne parvenait pas à sortir du coton de son hébétude, son cerveau semblait s'être mis en sécurité pour lui permettre de gérer les événements, il n'était plus qu'un simple spectateur de sa propre vie.

Pourtant, en apercevant les veines noircies de Derek, ce fut comme un électrochoc. Il reprit conscience du temps qui continuait de s'écouler inéluctablement en dépit des circonstances.

Il se jeta à côté de son ancien alpha et posa sa main sur celle de l'hyperactif toujours inconscient bien décidé d'aider Derek à le soulager.

— Non !

La voix du loup de naissance fut comme un coup de feu dans le silence de la pièce.

Son regard vert pâle reflétant son inquiétude n'était pourtant pas sévère.

— Tu es encore affaibli par l'attaque, il faut que tu te remettes. On ne peut pas se permettre d'être vulnérable maintenant !

Il semblait tellement las, épuisé, anéanti. Pourtant, la santé de son protégé restait une priorité pour lui. Au lieu de l'apaiser, sa sollicitude ne faisait qu'accroître le sentiment de culpabilité et d'impuissance du louveteau. Stiles et Noah s'étaient fait attaquer par sa faute ! Il se laissa tomber sur les fesses tandis que des larmes silencieuses s'échappaient de ses cils.

Ce fut ce tableau irréel que découvrit Mélissa lorsqu'elle arriva quelques minutes plus tard, une mallette à la main et un masque en papier sur la bouche. Isaac en aurait presque oublié la grippe dans tout ça !

Elle avait un air déterminé sur le visage tandis qu'elle ouvrait son sac et enfilait des gants.

Ce fut ce moment précis que choisit Stiles pour reprendre connaissance.