Les Asgardiens marchent sur Utgard la Mineure.
S'il fallait encore une preuve que c'est un génocide qu'ils veulent, la voilà. Farbauti se demande ce qu'ils peuvent bien avoir dans le carafon : ne savent-ils pas que détruire entièrement l'un des mondes sur lesquels repose Yggdrasil risque d'endommager la structure même de l'arbre cosmique, au point que tout voyage entre les Neuf deviendrait impossible ? Au point que les Neuf pourraient très bien plonger dans l'abîme ?
La perspective de la bêtise des Asgardiens se retournant contre eux via la destruction de leur précieux Royaume d'Or la fait rire jaune – si seulement la destruction de sa propre planète n'était pas obligatoire pour ce faire, elle applaudirait l'initiative des deux mains.
Puis elle rumine sa propre situation et sent monter l'envie de pleurer. Contrairement à ses rejetons (emportés en sécurité par les prêtres et des gardes spécialement choisis depuis plusieurs semaines déjà, chacun de leur côté), elle ne peut pas quitter la ville. Elle est trop malade pour cela, et le stress montant et persistant n'arrange rien.
Farbauti essaie de chasser la sinistre prémonition qui lui ronge insidieusement les pensées avec de plus en plus de vitriol alors que le temps continue à filer – elle doit vivre. Il faut qu'elle vive. Elle a trop à faire pour mourir, elle est le Mimir, elle aura besoin de former son enfant à naître, elle doit s'assurer que Laufey ne va pas ruiner Jotunheim sans elle pour lui botter les fesses quand il en a besoin…
Elle a trop à faire, trop à découvrir encore, elle est trop jeune, trop petite pour rejoindre déjà le Néant. Audhumla peut bien lui accorder cette faveur, non ?
