Thirty-First Letter

Lily en oublia même de se débattre. Elle devait avoir les yeux les plus ronds de l'humanité. De véritables soucoupes. Elle ne comprenait plus rien. Elle n'avait jamais compris le garçon qui la surplombait en cet instant mais la jolie rousse avait l'impression que ça n'allait pas en s'arrangeant. Non. Ce n'était pas qu'une impression, c'était définitivement pire qu'avant. Elle avait longtemps cru qu'il la haïssait, qu'il la méprisait parce qu'elle était tout ce qu'il n'était pas. Elle l'avait vu faire des efforts. Ça n'avait pas été parfait mais il y avait eu une amélioration qu'elle n'avait pas pu ignorer. Peut-être que le changement venait aussi d'elle. Ils s'étaient tous les deux remis en question et avaient rendu plus supportable leur cohabitation. Cette coopération presque pacifique avait conduit à un rapprochement physique. Elle avait essayé de ne pas se poser de questions et de simplement profiter de l'instant mais les réponses s'étaient présentées à elle malgré ses maigres tentatives de les éviter. Elle aurait pu agir au moment où elle avait compris qu'il était l'auteur des lettres mais elle s'était laissée aveugler par son désir pour le garçon évitant inconsciemment la confrontation tant redoutée. Elle n'avait pas voulu savoir "pourquoi". Elle avait eu peur qu'il ne se fût agi que d'un jeu ou d'un pari idiot. Lorsqu'elle l'avait entendu confirmer ses pires soupçons elle avait fomenté sa petite vengeance mesquine qui ne lui avait apporté qu'une satisfaction passagère bien éloignée de la paix qu'elle avait espéré trouver. Et voilà qu'il lui proposait...

– Sors avec moi Evans, répéta-t-il avec moins de colère, son ton ne laissant transparaitre qu'une détermination froide.

– C'est une blague ? balbutia-t-elle sans tenter de cacher son incrédulité face à la requête de son interlocuteur.

– J'ai l'air de plaisanter ? asséna-t-il, s'agaçant presque.

Le plan de Lily avait été parfait. En théorie. Elle ne comptait pas mentionner les lettres – peu confiante quant à sa capacité à en parler sans fondre en larmes – et se contenterait de traiter ce qui s'était passée entre eux comme une occurrence sans importance. Il n'aurait été qu'un garçon qu'elle se serait tapée. Pire, elle l'aurait repoussé en prétextant préférer Amos. Elle aurait fini par oublier ce qu'il lui faisait ressentir. Elle serait retournée à sa routine paisible. À défaut d'être palpitante, celle-ci était dénuée de souffrance. Elle pouvait encore sentir son cœur se serrer aux souvenirs frais et vivaces des mots crus du Gryffondor. Sa colère la détourna de ses résolutions précédentes. Elle lâcha tout sans le moindre filtre.

– Tu avais l'air quand tu expliquais à Sirius que tu m'avais convaincu de coucher avec toi grâce aux lettres !

Il imita à la perfection un saumon qu'un ours aurait attrapé au détour d'une rapide et en recherche d'air, alternant bouche fermée puis ouverte, puis fermée. Tout comme ses propres yeux un peu plus tôt, les lèvres du garçon formaient une parfaite soucoupe. Elle donna sans hésiter un coup entre les jambes du poursuiveur qui se plia en deux avant de tomber sur le tapis étendu près du canapé où il l'avait coincé. Elle se redressa, lissant sa jupe et son chemisier l'abandonnant sans un regard en arrière. Elle donna même un deuxième coup très léger dans sa jambe en passant. C'était gratuit mais néanmoins apprécié par sa colère sourde. Elle remonta dans sa chambre et claqua la porte, s'assurant de s'enfermer à double tour en entendant les pas du garçon dans l'escalier suivi de sa voix au travers de la porte.

– C'est pas ce que tu crois Evans.

– Oh si c'est pas ce que je crois ! s'exclama-t-elle sur le ton le plus sarcastique qu'elle avait en magasin, faisant semblant d'ouvrir la porte en abaissant la poignée avant de crier un magnifique "fou toi de ma gueule je te dirais rien !".

– J'ai dit ça à Sirius parce qu'il n'aime pas que les choses changent et je ne voulais pas qu'il le sache avant que toi et moi ça soit un peu moins... "abstrait". Il aurait essayé de tout gâcher.

– Tu y arrive très bien tout seul je vois pas pourquoi t'es inquiété, rétorqua-t-elle.

– J'aurais dû te dire pour les lettres...

– J'aurais préféré qu'elles ne soient pas de toi, admit-elle finalement, enroulant ses bras autour d'elle ayant soudainement froid à l'intérieur... probablement parce qu'elle devait faire face à ce qu'elle ressentait.

Si Potter n'avait pas été son correspondant secret, elle aurait eu quelqu'un vers qui se tourner en cet instant. Elle ne pouvait nier qu'il lui faisait ressentir un milliard de choses lorsqu'il la touchait mais il lui avait offert bien plus au travers de ses mots. Il avait été là pour elle lorsqu'elle s'était sentie seule. Il l'avait conseillée, encouragée, couverte de cadeau. Elle s'était sentie aimée. Elle ne venait pas simplement de perdre le garçon qui lui faisait tourner la tête. Elle avait perdu un ami. Elle avait voulu ne plus jamais ressentir cela et voilà que son pire cauchemar venait de se réaliser pour la seconde fois.

– Elles ne sont pas complètement de moi... admit-il après un silence qui dura tant et si bien qu'elle avait cru qu'il était parti.

– Quoi ?

Cette fois-ci, aucune réponse ne lui parvint et après de longues minutes elle déverrouilla sa porte. Elle l'entrouvrit, ayant tout juste le temps de le voir disparaitre dans sa propre chambre pour en ressortir avec une boite. Elle le regarda poser celle-ci sur la table basse. Il leva les yeux vers elle et elle s'avança, posant une main sur la rambarde de l'escalier sans faire mine de descendre.

– T'es pas la seule à avoir reçu une lettre cet été Evans, soupira-t-il en poussant le couvercle de la boite, laissant apparaitre sans surprises un joli tas de missives.

Il en attrapa une et se mit à la lire à haute voix. Elle ressemblait à s'y méprendre à celle qu'elle avait elle-même reçu, à la différence qu'au lieu de "chère Lily", celle de Potter commençait avec une insulte qu'elle trouva justifiée, méritée. La fin était du même genre, à la différence que la personne qui prétendait être "du futur" était... Elle sentait qu'elle allait finir avec une migraine. Le garçon avait reçu une lettre de sa version future. Le Potter du futur lui disait qu'il fonçait dans le mur. Que s'il continuait sur sa lancée, il allait perdre la fille qui lui plaisait depuis toujours.

– Au début je pensais que c'était une blague de Sirius. Qu'il essayait de me faire avouer que tu me plaisais pour se foutre de moi. Sauf qu'il avait une info sur moi, quelque chose que personne d'autre ne savait, pas même Sirius.

– Qu'est-ce que c'était ? s'enquit-elle la curiosité lui faisant desserrer les dents.

– Cet été, ma mère a découvert un miroir.

– Un miroir, répéta-t-elle sans trop savoir où il allait comme ça.

– C'est un miroir qui montre à la personne qui se regarde dedans, son désir le plus cher. Sirius passait la semaine chez Remus lorsqu'elle l'a ramené. Et même si elle m'a interdit de m'approcher... Evans, c'était toi. T'étais à côté de moi et tu me regardais comme... Comme tu me regardes en cet instant.

Lily ne savait pas quoi faire de cette information. Elle la réceptionna sans parvenir à la traiter. Son cerveau refusait de fonctionner. Probablement parce qu'elle savait pertinemment de quel miroir il s'agissait et il n'y avait aucune espèce de chance que Potter l'ait vu dans celui-ci. Premièrement, parce que ce miroir avait disparu depuis bien longtemps et qu'elle ne voyait pas bien comment la mère de Potter, aussi incroyable soit-elle...

– Elle est Auror. Ma mère, précisa le garçon comme s'il avait lu dans ses pensées.

Bon, peut être que Dorea Potter avait pu mettre la main sur un artefact rare au cours de l'une de ses missions. Il n'empêche que Potter ne pouvait pas l'y avoir vu parce que cela voudrait dire qu'il...

– Je suis amoureux de toi Evans.

Elle l'écouta lui dire qu'il était désolé. Qu'il ferait les choses bien cette fois-ci. Que si elle acceptait de lui donner une seconde chance il assumerait devant Sirius. Devant tout le monde. Il le crierait sur tous les toits. Elle n'écoutait pas vraiment, encore bloquée sur ces quelques mots qu'il avait prononcé comme s'il ne s'était pas agi d'une tornade qui avait balayé son cœur. Elle savait qu'elle devait avoir l'air stupide avec sa bouche béante de stupeur, ses paupières qui clignaient beaucoup trop rapidement et souvent et la raideur de la totalité de sa personne mais elle ne pouvait rien y faire. C'était comme si on lui avait lancé un "Pétrificus Totalus" et que la seule chose qui pouvait encore se mouvoir était son cœur. Organe vital qui pourtant menaçait de lâcher sous les dératés provoqués par le garçon.

– Evans ? lâcha-t-il probablement inquiet de son silence ou peut-être qu'il s'était rendu compte qu'elle ne l'écoutait pas du tout.

Elle continua de ne rien dire. Qu'est-ce qu'elle était censée répondre au juste ? C'était trop. Elle avait demandé des feux d'artifices, pas des montagnes russes. Elle était passée de l'euphorie à la haine, en passant par la tristesse pour finir sur le cul. C'était cru. Pourtant, c'était la seule expression qui traduisait parfaitement son état. Il fallait qu'elle réussisse à mettre un peu de clarté dans son esprit.

– Les lettres n'étaient pas de toi alors.

– Si ! Mais c'est le James du futur qui m'a dit de te les envoyer. Le contenu était de moi. L'initiative un peu moins. Je me suis dit que tout comme moi, tu ne serais pas du genre à écouter quelqu'un d'autre que toi-même alors je me suis fait passer pour toi.

– Tu savais des choses sur moi...

– Il me donnait des informations sur toi, admit-il. Ce que tu aimais lire, ce que tu aimais manger. Des choses que j'aurais voulu te demander si tu m'avais laissé approcher.

– Comment il peut en savoir autant sur moi ?

– Je ne sais pas.

Il mentait. Elle pinça ses lèvres et le fixa lui puis la boite de lettres. Il sembla remarquer son regard et grimaça. La réponse était dans ces lettres. Elle le savait et il le savait aussi. Il sembla peser le pour et le contre avant de finalement tout avouer. Là encore, ça ressemblait à un mensonge. Non pas que le garçon ait eu l'air de mentir. Au contraire, elle était certaine qu'il disait la vérité. Ou tout du moins, qu'il pensait dire la vérité. C'était plutôt l'absurdité de ses propos qui lui faisait douter de ceux-ci.

– Mariés, répéta-t-elle.

– Oui.

– Toi et moi ?

– Oui.

– Dans le futur.

– Oui.

– Arrête de dire oui ! s'emporta-t-elle en sachant pertinemment qu'elle basculait dans la colère uniquement pour ne pas avoir à faire face à la situation.

– Je te répète juste ce qu'il m'a dit !

– C'est ce que tu dis ! Toi et lui vous êtes la même personne !

– Evans, soupira-t-il voyant clair dans son jeu.

Elle ne put s'empêcher de rougir de s'être fait attrapée. Elle descendit d'une marche, puis d'une seconde avant de tout descendre un peu précipitamment. Elle s'arrêta. Sa main toujours sur la rambarde. Les iris mordorées du garçon ne l'avaient pas lâché une seule seconde. Elle avait envie d'aller vers lui. De lui sauter au cou. Il l'aimait. Il avait été un imbécile certes, mais dans le cas du garçon, ce n'était pas vraiment une surprise. La relation entre Potter et Black était particulière. Fusionnelle. Peut-être un peu trop. L'amour que lui portait le Gryffondor aurait surement bousculé l'équilibre de leur groupe. Elle se souvenait de la réaction de Sirius lorsqu'il l'avait trouvé dans les cuisines.

– Oh mon dieu, s'exclama-t-elle en se souvenant d'une autre colère de Sirius.

– Quoi ?

– Vous êtes les maraudeurs !

– Non.

Encore un mensonge. Il mentait si mal. Elle ne put s'empêcher de sourire et il sembla prendre cela pour un encouragement et fit un pas vers elle. Inconsciemment, elle remonta d'une marche et il s'arrêta. Elle avait probablement l'air d'une biche effarouchée par un prédateur.

– Tu m'as donné la solution pour la volière. C'est pour ça que Sirius était en colère contre moi.

Elle se parlait plus à elle-même qu'à lui, marmonnant une suite de paroles incohérentes contrairement à ses pensées qui semblaient s'ordonner peu à peu pour parvenir à une ultime conclusion. Potter n'était pas un prédateur. Potter était probablement plus près de la biche que du lion. Ça expliquerait que McGonagall le laisse rejoindre Remus les nuit de pleine lune. Si elle ne se trompait pas alors...

– Et tu es un animagus.

– Non.

C'était le dernier mensonge qu'elle le laisserait prononcer aujourd'hui. Elle redescendit d'une marche et avança vers lui d'un pas aussi décidé que sa personne. Elle enroula ses bras autour de son cou et pressa ses lèvres contre celle du garçon. Il n'était pas surpris. La connaissait-il suffisamment pour prévoir ses réactions ? Avait-il eu l'information de sa version futur ? Ou était-il tout simplement son âme sœur, réagissant instinctivement à elle ? Elle aurait tout le temps de le savoir dans le futur. Pour le moment, elle voulait ne penser à rien d'autre que ses mains qui enserraient sa taille. Son corps brûlant de passion pour elle, pressé contre elle, existant pour elle. Elle lâcha un rire lorsqu'il la souleva avec aisance tandis qu'elle enroulait ses jambes autour de sa taille pour lui permettre de monter plus aisément les escaliers menant à sa chambre. Il lui montra de milles manières son amour ce jour-là et peut-être quelques trois mots lui avaient malencontreusement échappé. Peut-être que c'était complètement volontaire ? Peut-être qu'elle aimait Potter. Peut-être qu'il n'y avait pas de peut-être à la phrase précédente.