Musique : Hook – There you are Peter.

Ou

Musique : Puisque tu pars · Jean-Jacques Goldman

Chapitre 2

La porte massive donnait dans les sombres couloirs cachots de Poudlard. Sa main effleura doucement le bois, humide mais massif, comme une caresse nostalgique. En pleine période de vacances d'avril, il n'y avait pas cours. Pourtant quelque chose lui disait que la salle de classe n'était pas vide et que l'acharné du travail devait l'arpenter, comme il le faisait depuis si longtemps.
Contre toute attente, c'était quelque chose qui allait lui manquer. Pas seulement ses lieux étouffants, tantôt du froid des sous-terrains, tantôt de la chaleur des feux sous les chaudrons… tantôt de la présence qui l'habite. Oui, le sombre professeur, la Chauve-Souris des Cachots, le « Vampire » de Poudlard, allait lui manquer. Il était austère. Il était acariâtre, méfiant, difficile. Renfermé, agressif. Il était d'une intelligence qui frôlait le génie. Il avait les yeux, noirs et intenses, du néant dans lequel on se laisse sombrer, volontairement. Il avait les gestes fluides, élégants, si agiles. C'était un protecteur de l'ombre, tiraillée entre son ambition de connaissances, de perfections, combattant obstiné et son cœur d'enfant déçu et mal-aimé.

Quatre coups furent toqués, résonnant dans le couloir, mais la main poussa la porte sans attendre de réponse. Puis la porte fut refermée, dans un grondement sec.

- Qu'est-ce que… fit Severus Snape, contrarié par cette intrusion inappropriée, des bocaux encore sur les bras.

- Je suis là pour voir voir, tonna l'élément perturbateur.
- Qui vous a autorisé à entrer ? Gronda-t-il.
- Moi-même.
- Vous ne manquez pas de toupet ! Qu'est-ce que vous voulez ?! Il gueulait, à présent.
- Passer la journée avec vous.
- Pardon ? Mi étonné mi coléreux, manquant de faire tomber son paquetage qu'il posa sur une table quelconque. Qu'est-ce que vous…

- J'aimerais passer ma dernière journée avec vous, Maître Severus Tobias Snape-Prince.

Il ouvrit la bouche mais une réplique mourut dans sa gorge. Rares étaient ceux qui osaient appeler par son nom entier et très, très rares étaient ceux qui le connaissaient. Il n'aurait pas dû être étonné, vu l'énergumène qui envahissait son espace. Il devait l'envoyer paître, son habituel mauvais caractère lui crachant sa mauvaise humeur.
Sauf qu'il ne l'était pas, de mauvaise humeur, en cet instant. Ni en colère, ni agacé, ni mauvais. Il était curieux. Il planta ses orbes ténébreuses dans les yeux de son homologue et sa curiosité fut vite satisfaite. Et il ne se sentit pas bien en y lisant ces émotions et cette détermination là. Une décision sans retour, fatalement extrême. Comme si aucune autre possibilité n'existait. Oui, il se sentait mal de contempler un tel regard, chez une telle personne.

- Dernière journée ? Répéta-t-il de sa voix grave si profonde, très sérieusement.
- Oui.

- Avec moi ? Hésita-t-il.
- Avec vous.
- Pourquoi ?

Un silence pesa, quelques minutes. L'incompréhension l'envahi et gagnait même ses traits, habituellement si impassibles et froids. Pourquoi ? Et pourquoi le choisir, lui ?
De légers pas avancèrent, lentement, vers lui, et s'arrêtèrent à quelques centimètres. Il devrait lui attraper le bras et l'envoyer dehors, lui hurler dessus peut-être. Mais il n'y arrivait pas. Il y a avait quelque chose d'horriblement grave dans cette scène…

- Parce que c'est ce que je veux. Je veux passer mon précieux ultime passage ici, avec vous. Sans statut, sans passé, sans à-priori. Juste vous et moi, comme le jour le plus naturel et le plus agréable du monde. Simplement.

… Et quelque chose de terriblement touchant. S'il n'avait pas été un excellent Occlumens, peut-être ses yeux auraient brillé. C'était sûrement le cas, en fait, étant donné le sourire doux qui lui était offert alors. Une douceur et une sincérité qu'il n'avait pas connu depuis des décennies, qui lui picotait les veines.

- Quand devez-vous… partir ?

- Demain.
- Vous voulez ma compagnie jusque là ? Il fronça les sourcils, douteux.
- Je resterais avec vous jusqu'à ce que vous ne supportiez plus ma présence.

Il ne savait quoi dire, ni quoi faire. Devrait-il appeler quelqu'un ? Ou pouvait-il se permettre d'être égoïste ? Il voulait la paix. Il fallait refuser.

- Aidez-moi d'abord à ranger les nouveaux ingrédients, s'entendit-il dire à voix haute malgré lui, sans même réfléchir. Alors j'en aurais finis ici et nous pourrons aller dans mes appartements.

Il vit sa silhouette reconnaissable entre toutes déposer ses affaires près du bureau professoral et s'atteler au petit rangement, un sourire détendu sur son visage. Il avait l'intuition que les prochaines heures serraient marquées en lui jusqu'à la fin de sa vie. Il aurait pu être gêné, outré, ou indifférent Pourtant il était touché que quelqu'un vienne enfin le voir. Non pas le professeur détestable ou le Mangemort effrayant. Non, juste Severus Snape, le Maître Potionniste, l'homme.
Il rangea les derniers éléments et ouvrit la porte du raccourcit menant à ses lieux privés et son laboratoire personnel, laissant le passage comme un hôte honorable.

- J'ai… quelque chose qui pourrait vous intéresser, hésita-t-il.
- Hmm ?
- J'ai obtenu par le plus grand des hasards…

Un petit bruit de fausse toux l'aurait presque fait sourire. Comme s'il avait l'habitude d'agir par hasard.

-… Le Grimoire 444.

Les pas s'arrêtèrent de façon si brutale au milieu de son salon qu'il faillit lui rentrer dedans. Il grommela vaguement puis, le visage impassible, il scruta les réactions de son homolgue… pleins de fascination et de gravité. Il était content, de cette réaction intense. Il n'en attendait pas autant et se dit que des échanges vraiment intéressants l'attendait.

- Mon Dieu, montrez-moi !

Il sourit. Peut-être pourrait-il faire en sorte que ce ne soit pas sa « Dernière journée »…


La belle porte décorée donnait sur une rue calme et verdoyante. Des fleurs fraîchement plantées se se partageaient la pousse avec des plants plus anciens et plus robustes. C'était un quartier familial agréable, dans une ville de campagne, loin du tumulte et du stress des grandes villes bruyantes et polluées. La maison était dans un quartier moldu mais comme plusieurs voisins sorciers discrets, alliait parfaitement magie et technologie.

Une petite brise fit onduler ses mèches et effacer son soupir. Il tendit sa main et vint appuyer sur la petite sonnette. Il entendit le carillon de l'autre côté de la porte puis quelqu'un qui vint l'ouvrir tranquillement.
L'hôte fatiguée fut heureuse de le prendre dans ses bras et de le faire entrer. Ils allèrent jusqu'au salon et s'installèrent autour d'un thé encore fumant.

- Comment vas-tu ? As-tu mangé ? Demanda-t-elle avec légèreté.
- Je n'ai pas encore mangé, non.

- Tu as des nouvelles des Weasley ? Ils font un dîner de famille demain midi et nous sommes invités, pourras-tu te libérer ?

- Andromeda, l'interpella-t-il.

Elle se tendit. Il était déjà rare qu'il emploie ce ton dans les situations les plus critiques, il ne l'avait utilisé envers sa famille. Jamais. Que pouvait-il bien se passer pour que sa voix soit si dure ? Elle posa sa tasse sur le dessous de tasse en porcelaine dans un petit bruit aiguë et leva vers lui un regard pleins d'appréhensions, espérant trouver sur son visage ou sa posture des indices quelconues.

- Que se passe-t-il ? Tu me fais peur…

- J'aimerais passer la journée avec vous, dit-il de sa voix masculine calme mais décidée.

- Comment cela ?

- Demain… Je vais devoir m'en aller et j'aimerais profiter de cette journée et nuit avec vous, avant mon départ.

Ses sourcils se froncèrent. C'était une étrange demande, cela ne se passait pas ainsi quand il venait, d'habitude. Elle scruta ses yeux et ce qu'elle y vit ne lui plaisait pas. Vraiment pas du tout. Partait-il pour son travail ? Pour une mission ? Il avait déjà demandé à partager un moment sur le pouce mais celui-ci ne semblait pas normal. Elle avait l'étouffante impression qu'il ne reviendrait pas avant longtemps. Ou même…

- Merlin… murmura-t-elle. Quand vas-tu revenir ?

Il posa sur elle un regard songeur. Il ne pouvait la duper. Et même si c'était possible, il ne le ferait pas, il n'en avait pas le droit ni l'envie. Elle était une femme forte fatiguée, certes, mais suffisamment intelligente pour comprendre. Il avait déjà surpris certaines de ses expressions, qu'elle avait en le regardant. De la tristesse. De la compassion. De la pitié.

- Je ne sais pas.

- Pourquoi tu pars, demain ?
- Je dois partir, Andromeda. Il le faut… et tu le sais. Je ne peux pas continuer comme ça.

Une larme perla sur sa joue claire et subtilement ridée. Oui, il devait partir. Elle avait bien remarqué, ses dernières semaines, ses derniers mois, comment il avait changé. Elle n'avait qu'un seul argument pour le retenir mais avec tout ce qu'elle avait déjà vécu dans sa vie, elle savait que cette fois cela ne suffirait pas. C'était même pour le bien de cet argument, qu'il décidait de partir. Il ne supportait plus qu'on le voit dépérir et elle savait que certaines choses ne pouvaient pas être surmontées simplement avec le temps. Ils avaient vu trop d'horreurs pendant la Guerre et chaque recoin, personnalité, ou même discussion pouvait leur rappeler des souvenirs douloureux. Elle était heureuse que la plupart d'entre-eux tourne la page. Mais elle savait que certaines choses pouvaient vous faire changer à jamais.
Elle ne pourrait rien faire pour lui et cela lui faisait mal. Elle posa sa main sur son cœur et ferma ses paupières, retenant un hoquet de pleurs. Quelques minutes passèrent lui permettant de se reprendre. Elle afficha le sourire le plus convainquant qu'elle était capable et finit sa tasse de thé. Elle prit cette grande main entre ses frêles doigts osseux et la serra dans un élan de réconfort. Il répondit, rassuré et résigné. Elle se leva et s'arrêta dans un couloir de la jolie petite maison entretenue.

- Teddy ! Teddy chéri, viens voir grand-mère !
- Mamie ? Dit l'enfant aux cheveux changeants.
- On a de la visite, tu vas être content ! Et on va passer la journée à s'amuser, tu viens mon petit ?
- J'arrive !

Le petit garçon débarqua un sourire merveilleux et illuminé, ses cheveux prenant la teinte d'un beau blond cendré, et se jeta dans les bras de leur invité encore assit sur le canapé. Les bras forts étreignirent le petit corps juvénile et ils rirent.

Andromeda fut prise par l'émotion. Il fallait qu'il oublie et malgré elle, elle savait comment il y parviendrait. Peut-être pourrait-elle faire en sorte que ce ne soit pas sa « Dernière journée »…