Quand les Asgardiens assiègent enfin Utgard, Farbauti a cet affreux pressentiment qu'elle ne survivra pas à la toute fin de cette guerre. Qu'elle meure sous les coups d'un soldat ou dans le lit d'accouchement, elle n'en mourra pas moins.

Elle ne le formule pas à voix haute. Elle ne veut pas inciter encore davantage l'ignoble destin à se concrétiser. Elle ne veut pas que ça revienne aux oreilles de Laufey.

Laufey, son prince si désespérément stupide, qui a probablement condamné les sujets d'Ymir par son avidité et son désir de gloire.

Laufey, qui est trop grand, qui s'empêtre la langue chaque fois qu'elle le critique, qui s'enrobe dans sa fierté comme dans une cuirasse mal ajustée.

Laufey, qui a décidé de ramener dans son palais une avortonne négligée en dépit du bon sens et lui a fait deux enfants, bientôt trois.

Laufey, qu'elle se surprend à aimer.

C'est stupide, vraiment. Pourquoi maintenant ? Alors que les mâchoires toujours béantes, toujours voraces du Néant les menacent tous, pourquoi donc s'amouracher de ce nigaud ? Elle n'est même pas officiellement sa Reine, juste un membre haut placé de la court.

À tous les coups, il la remplacera même pas deux lunaisons après sa mort. C'est la chose logique à faire.

Farbauti n'a jamais été profondément logique, alors cette perspective la fait juste pleurer.