Chapitre 36 :
Nue, allongée sur le corps de celle qu'elle avait tellement désirée quelques minutes plus tôt, Elsa se contentait d'être là, les yeux clos. Mak par habitude, avait posé la main de la blonde sur son sein alors que l'autre se perdait dans les cheveux bleus. Les corps avaient à présent battu en retraite et se détendaient peu à peu dans le silence de l'appartement. Elsa écoutait sa respiration si régulière qu'elle crut un instant qu'elle s'était assoupie.
Mais quand elle sentit une main un peu faiblarde caresser ses hanches puis le creux de ses reins, elle comprit immédiatement les intentions de l'adolescente. Alors elle attrapa délicatement la main baladeuse et l'éloigna avec regret de son corps. Mak fronça les sourcils en ne comprenant pas son refus silencieux et fut plus encore étonnée que son professeur se dégage de son corps pour se coucher près d'elle. L'adolescente se tourna vers Elsa. Leurs visages ne se retrouvèrent qu'à quelques centimètres l'un de l'autre et se toisèrent quelques secondes.
Elsa remarqua l'incompréhension dans les yeux de la jeune fille et hocha simplement de la tête de droite à gauche en souriant tristement. Mak comprit alors que malgré ce qu'Elsa venait de lui offrir, malgré le fait qu'encore une fois, elle venait de la faire sienne, leur relation n'avait absolument pas changé. Aucun mot n'était échangé, c'était inutile. L'éclat de mélancolie présent dans le regard d'Elsa était suffisant pour que Mak comprenne que ce qui venait d'arriver ne devait pas se reproduire. L'adolescente comprenait que visiblement, son professeur, malgré cet écart, n'avait pas eu encore eu assez de temps loin d'elle.
Alors, se résignant, Mak jeta un œil à sa montre et demanda :
- Il est 19h37, ça te va si je m'en vais à 19h40 ? Je préfère les nombres pairs.
C'était une excuse, une banale et minable excuse. Mais toutes les excuses du monde étaient bonnes pour rester près d'Elsa.
Elsa fut surprise par la question une seconde puis hocha la tête. Après tout, ce n'était que trois minutes, elle pouvait bien lui offrir ça. Mak eut un faible sourire et fut profondément soulagée de voir son professeur ouvrir ses bras. L'adolescente s'y logea sans argumenter davantage, enfouissant son visage dans le creux de son cou, se dopant à son parfum qui lui serait inaccessible jusqu'à elle ne savait quand. Trois minutes... c'était bien peu pour graver le souvenir d'Elsa, et pourtant quand sa montre afficha 19h40, elle déposa un baiser d'au revoir, elle l'espérait, pas d'adieu, sur la nuque d'Elsa et se redressa.
Elle passa une main dans ses cheveux et s'habilla sans un mot, bien vite imitée par son professeur. Elsa s'assit sur le canapé en l'observant attraper son sac, jurant que bientôt, ses jambes ne la porteraient plus. Mak se tourna alors face à elle et sourit tristement en regardant sa montre une dernière fois.
- 19h43, je suis déjà en retard, mais tu en as l'habitude, dit-elle comme si c'était une bonne plaisanterie, une plaisanterie qui fendit le cœur de l'enseignante. Merci pour aujourd'hui, Madame Lange, dit-elle enfin avant de s'enfuir en prenant sur elle pour ne pas se retourner.
Elsa la regarda partir, analysant ses moindres faits et gestes, s'imprégnant de l'image qu'elle lui renvoyait. Et quand elle entendit la porte de son appartement se fermer, elle respira enfin. Elle se laissa couler contre le dossier du canapé en soupirant bruyamment. Alors c'était à ça que se résumait leur relation à présent ? S'envoyer en l'air clandestinement dans son appartement sans mot doux ni déjeuner... c'était pathétique, mais d'un autre côté, que pouvait elle lui offrir de mieux ? Mise à part trois minuscules minutes de tendresse...elle se détestait.
Sur la route qui la menait chez elle qu'elle était forcée de parcourir à pieds, Mak repensa sans cesse à ce qui venait de se passer. Elsa ne l'avait jamais aimé comme ça, et elle, en pauvre adolescente inexpérimentée qu'elle était, n'avait jamais autant aimé être aimé de la sorte. L'enseignante avait réveillé en elle un désir brutal jusque-là insoupçonné. Mak s'était laissé avoir, encore, par cette nouvelle facette d'Elsa. Une facette qu'elle aurait aimé découvrir plus longuement, plus profondément. Son professeur venait de mettre une nouvelle corde à son arc.
Comme si je n'étais déjà pas assez dingue d'elle comme ça… pensa-t-elle avec regret en notant mentalement qu'il serait primordial pour la survie de son cœur écorché qu'elle fasse la liste des défauts d'Elsa.
- C'est une rabat-joie, dit-elle pour elle-même. Elle est colérique et égocentrique, se souvint-elle aussi. Elle n'aime pas les animaux, elle a une obsession inquiétante pour sa voiture. Elle boit un cocktail dégueulasse de boomer… grimaça-t-elle en se rappelant de ce cocktail abject à base de Whisky qu'Elsa semblait avoir apprécié à Annecy. Sérieusement, qui boit ça à part elle ? Se demanda-t-elle. Et en plus, elle ne sait même pas jouer aux jeux vidéo… enfin bon, elle est parfaite pour moi quoi… soupira-t-elle enfin en fourrant ses mains dans ses poches, l'air abattu, exactement comme Elsa l'avait trouvée.
Et c'est ainsi qu'une semaine inutile de révision passa. Mak n'avait eu aucun contact avec Elsa durant cette même semaine, malgré le fait qu'elle ait attendu avec appréhension un geste d'Elsa, ne serait-ce qu'une infime attention. Elle aurait même pu se contenter d'un message froid et sans vie de sa part pour lui rappeler que si elle ratait son bac elle en subirait les conséquences. Mais rien, absolument rien, aucun signe de vie d'Elsa. Cela l'avait déçu et ce fut donc en mode adolescente surdouée au cerveau matricé par la philo qu'elle s'était présentée aux rattrapages.
Les sujets, elle les connaissait tous sur le bout des doigts, Elsa y avait veillé. Et quand l'examinateur lui autorisa un temps de paroles, elle déblatéra comme un robot absolument tout ce qu'elle savait si bien que le prof se demanda comment une élève comme elle avait pu finir en rattrapage.
Puis, avec son insolence naturelle, l'adolescente avait haussé les épaules en déclarant que c'était tout ce qu'elle avait à dire.
L'examinateur lui avait alors posé tout un tas de question auxquelles elle avait répondu sans hésiter, presque sans réfléchir, faisant appel à sa mémoire, rien d'autre.
Et le prof avait semblé heureux de cet échange étant donné le gigantesque sourire qu'il lui avait offert au moment où elle avait quitté la salle.
Ce fut donc les mains dans les poches de son short enfilé par-dessus une paire de collants déchirés qu'elle avait quitté ce lycée inconnu en espérant ne jamais y revenir.
Elle avait marché d'un pas tranquille jusqu'à La Montagne du Nord, soulagée que le bac, réussit ou pas, soit enfin derrière elle. C'était au moins une chose de moins à penser.
Elle prit ce trajet comme une promenade, commençant doucement à s'habituer au fait d'être privée de vélo. En été, sa jambe était bien moins raide qu'en hivers et lui permettait davantage de longues marches sous un soleil brûlant.
Et qui dit soleil brûlant, dit glace pour se rafraîchir. Quand elle arriva au glacier, elle remarqua que la terrasse était déjà bondée en ce début d'après-midi. Elle se précipita à l'intérieur et balança son sac derrière le comptoir.
- Salut Chef, sourit-elle à Oaken en nouant rapidement son tablier gris anthracite à sa taille.
- Bonjour gamine, alors, ce bac ? Demanda l'homme en encaissant un client au comptoir.
- J'ai pas encore les résultats, répondit l'adolescente.
- Tu vas l'avoir, assura Oaken. Et puis même si tu l'as pas, le bac, ça sert à rien, grogna-t-il. Regarde, moi, je l'ai jamais eu et je m'en porte pas plus mal. Si tu cherches du boulot, t'en auras toujours chez moi, sourit-il.
- Merci Chef, rit Mak profondément touchée par les mots de son patron en se retenant de dire que ces mêmes mots, exaspéreraient sans doute une certaine prof de philo.
Et c'est ainsi que l'après-midi passa. Mak déambulait entre les tables, un plateau chargé de glace dans une main, un lecteur de carte bancaire dans l'autre, un bloc note dans la poche de son tablier. Elle n'arrêta pas une seule seconde si bien qu'elle manqua presque de sentir son portable vibrer dans sa poche alors qu'elle prenait la commande d'un client. Elle termina rapidement de noter tout ce que le client lui commandait et jeta un œil rapide à son écran.
Hou là, Elsa, qu'est-ce que j'ai encore fait…pensa-t-elle avant de décrocher, comme ça, au milieu de la terrasse, sous l'œil intrigué de ce même client.
- Allô… ? Répondit-elle, une appréhension au fond de la voix.
- Comment as-tu fait, Lichtenstenner ? Demanda immédiatement la voix d'Elsa et Mak ne sut y déceler quoi que ce soit.
- Comment j'ai fait quoi ? Demanda-t-elle en grimaçant, s'attendant déjà à une bonne brasse.
- Ce 4 à ta première épreuve de philo, c'était seulement pour me faire râler, pour que je fasse une crise cardiaque, je ne trouve pas d'autre explication mise à part une tentative de meurtre, accusa Elsa qui semblait profondément exaspérée.
- N-non, non pas du tout…commençait déjà à se défendre l'adolescente, perdant déjà pied dans cette conversation qu'elle n'attendait pas.
- Si Lichtenstenner, coupa Elsa, réduisant Mak au silence. Parce que tu avoueras que passer d'un 4 à un 20 en moins d'une semaine, c'est tout de même révoltant, annonça-t-elle alors qu'un rire trahissait sa voix ferme.
Mak cligna plusieurs fois des yeux alors que les connexions se faisaient lentement dans son cerveau.
- Un 20 ?! S'exclama-t-elle bien plus fort qu'elle ne le pensait. Genre, un 20, comme dans j'ai eu un 20 au rattrapage de philo ? Voulu-t-elle savoir, surexcitée alors que le client l'observait en souriant, comprenant l'échange sans le vouloir. Attends, mais ça veut dire que…
- Félicitation, Lichtenstenner, coupa Elsa.
- J'ai eu mon bac ?! Demanda stupidement l'adolescente alors que le sourire du client devant elle s'agrandissait.
- Pour quoi d'autre penses-tu que je te félicite, idiote ? Répliqua Elsa en haussant un sourcil amusé.
Et sans même répondre, Mak, le sourire aux lèvres, tourna la tête vers le comptoir et cria :
- Chef !
Oaken sortit immédiatement de la petite boutique.
- Qu'est-ce qui se passe, gamine ? Un problème avec un client ?
- J'ai mon bac ! Sourit l'adolescente.
Le visage d'Oaken s'illumina à cette nouvelle.
- Ah ! C'est bien, ma grande. Il y a moins de monde, je vais finir seule. Rentre vite fêter ça, autorisa-t-il.
L'adolescente le remercia d'un sourire encore plus grand si c'était possible et jeta rapidement son tablier sur le comptoir avant d'attraper son sac et de s'enfuir, son téléphone coincé entre sa joue et son épaule.
- Excuse-moi, souffla Mak en récupérant son téléphone dans le creux de sa paume. Merci de m'avoir appelé, sourit-elle sincèrement, toujours étonnée par cet appel.
- C'est normal, répondit Elsa en se retenant de lui dire qu'elle rêvait de fêter cette victoire avec elle. Je suis fière de toi, avoua-t-elle tout de même sans y penser, parce qu'elle ne parvenait pas à se mentir plus longtemps, Mak était sans doute, malgré la case rattrapage, l'élève dont elle était le plus fière.
Mak sentit son corps se détendre à la prononciation de ces mots, ces mots qu'elle avait tant attendu et qu'elle savourait à présent. Elle mesurait d'ailleurs leur poids, se souvenant qu'Elsa n'avait pas été forcée de l'appeler. Qu'en temps normal, les élèves normaux recevaient un mail de leur lycée pour leur annoncer les résultats de leur examen. Mais elle non, Elsa avait pris le temps de regarder ses résultats, de l'appeler, de lui annoncer la nouvelle. Et encore, elle ne parlait même pas du temps qu'elle avait pris sur ses vacances pour l'aider à réviser. Enfin, réviser, est-ce véritablement le mot le plus approprié pour décrire cette après-midi… ? Tout ce qu'elle retenait de tout ça, c'est qu'elle aimait penser qu'elle n'était pas une élève comme les autres pour Elsa, que son professeur lui réservait tout de même quelques douces attentions.
- Merci…pour tout, déclara l'adolescente en souriant au micro de son téléphone Je n'y serais pas arrivé sans toi.
- Bien sûr que si Lichtenstenner, contredit Elsa, persuadée que, même sans elle, Mak et son petit esprit survolté irait loin.
Mak ne répliqua pas même si elle n'en pensait pas moins. Elle ressentait l'envie de lui dire que sans elle, elle en serait toujours au même point. Sans elle, elle ne serait jamais parvenue à parler de son père, à reconstruire une relation avec sa mère, à accepter la laideur de sa jambe blessée, à prendre le volant d'une voiture. Elle avait envie de lui dire tellement de choses et pourtant, aucun son ne sortit de sa bouche parce qu'elle savait qu'Elsa n'accepterait pas un remerciement de plus.
- Tu seras au bal du lycée ? Demanda l'adolescente, désirant changer de sujet et garder son professeur encore quelques minutes au téléphone.
- Ce n'est pas comme si j'avais le choix… soupira Elsa.
- Ne soit pas si défaitiste, peut-être que ça va t'amuser, essaya Mak en tentant de se retenir de trop taquiner son professeur, de se souvenir qu'elle n'était plus en droit de lui parler n'importe comment.
Passer une soirée à te regarder sans pouvoir te toucher… ça va m'amuser bien sûr…pensa amèrement l'enseignante.
- J'imagine que j'y survivrai… soupira-t-elle. On se verra là-bas, bonne soirée, Lichtenstenner, déclara-t-elle avant de raccrocher.
- Elsa ? Appela Mak. Elsa… ? Essaya-t-elle encore minablement en jetant un œil à son téléphone. Ah ouais d'accord, tu me raccroches au nez, maintenant ? Demanda-t-elle sans arrêter sa marche en roulant des yeux. Tu fais chier… soupira-t-elle en fourrant son téléphone dans sa poche, jurant qu'elle avait vraiment hâte que ce foutu bal passe.
Et trop lentement, une semaine passa. Le soir des résultats du bac, Kuzco avait immédiatement appelé Mak et, après avoir compris qu'elle l'avait enfin en poche, il lui avait imposé une soirée blackjack. La jeune fille n'avait pu refuser. Elle était alors rapidement rentrée chez elle, avait annoncé la nouvelle à sa mère qui l'avait soulevé du sol tant sa joie était grande. Elle avait annoncé à sa mère qu'elle avait potentiellement quelque chose de prévu ce soir.
Devait-elle y aller… ? Pff, en avait-elle-même le courage après ce qu'Elsa venait de lui faire ? Blackjack, vraiment ? Elle allait encore tous les plumer, comme toujours. Ce jeu l'ennuyait, pour la simple et bonne raison que depuis qu'elle l'avait découvert, enfin, que Kuzco lui avait fait découvrir, elle avait vite compris que pour gagner à ce jeu, il suffisait de compter les cartes. Et elle avait encore plus vite compris que son cerveau en était capable. Ça, Kuzco ne le savait pas et ne le saurait sans doute jamais à moins qu'elle veuille qu'on lui enlève le droit de jouer…
Après tout, une soirée blackjack, pourquoi pas ? Cela regonflerait un peu son égo et effacerait un tant soit peu le fait qu'Elsa lui ait vulgairement raccroché au nez…
L'adolescente était alors arrivée chez Kuzco aux alentours de 20h. Tous l'avaient accueilli en applaudissant.
- Félicitation Micmak ! Avait crié Kuzco alors qu'elle n'avait pas eu le temps de pénétrer son appartement.
- Putain mais tu ne vas jamais tomber en rade de surnom à la con ? Avait demandé Mak en grimaçant.
- Jamais ! Avait rit le colombien en la tirant à l'intérieur.
Et c'est ainsi qu'elle se retrouva là, entourée de ses amis souriants qui ne se lassaient pas de la taquiner à coup de, toi t'es la plus intelligente d'entre nous, et tu trouves le moyen d'être la seule à finir en rattrapage.
- Au fait, ils en ont pensé quoi du projet d'Art qui nous a valu de la taule ? Demanda Alice, les yeux brillants.
- Le prof a carrément kiffé, répondit Mak en savourant une gorgée de bière tandis que Kuzco préparait le jeu.
- De la taule ? T'abuse pas un peu là ? Se moqua Ralph.
- Tu rigoles ? Ces connards nous ont passé les menottes ! S'enflammait déjà Esméralda.
- Ouais, et Litchi a fini la gueule sur le capot ! Rit Kuzco. T'aurais vu la tête de Lange à ce moment-là, j'ai cru qu'elle allait faire une attaque.
- Peut-être mais heureusement qu'elle et Rider sont venues vous chercher, renchérit Ralph.
- C'est clair que des profs comme elles, on n'en aura plus jamais, soupira Alice.
- De ouf… répondit tristement Mak en observant davantage sa bière que ses amis.
Esméralda plissa les yeux en remarquant l'éclat de mélancolie qui passait dans son regard. Etait-elles toujours séparées ? Que s'était-il réellement passé entre elles ? Elle n'oserait jamais lui poser une telle question.
- Bon ! Balance les cartes ! Déclara Mak à l'attention de Kuzco en revenant à elle.
- On pari quoi ? Demanda Ralph.
- Alors, étant donné que j'en ai marre de finir à la rue à chaque fois que je joue contre Litchi, on pari pas de fric aujourd'hui, annonça Kuzco.
- Non mais ça va, toi ? Tu changes les règles comme tu veux ? Rit Alice.
- Grave, c'est pas ma faute si tu sais pas jouer, sourit malicieusement Mak en croisant les bras.
- Eh ! Si j'avais pas d'appart, vous feriez votre nouvel an le cul dans la neige, alors si vous voulez continuer à taper des soirées ici, on met un peu de piments dans le jeu et on change les règles, sourit Kuzco que ce jeu amusait.
Les copains se toisèrent un instant, mais Mak, à l'égo souvent trop grand, plissa les yeux, puis déclara :
- Ok, c'est quoi tes règles ?
- On pari des vérités, et on joue en équipe, annonça malicieusement le colombien, fier de sa petite combine.
- Je veux être dans l'équipe de Mak ! Intervint rapidement Alice en levant la main alors que Ralph ouvrait la bouche pour demander la même chose.
Mak sourit et passa un bras autour des épaules de la blonde, sachant pertinemment qu'elle était loin d'être une bonne joueuse.
- Et on peut savoir ce que tu veux comme « vérité » ? Demanda Mak en mimant de guillemets avec ses doigts.
- Si Ralph et moi gagnons, je veux savoir un truc sur ton crush. Sérieux je suis ton meilleur ami depuis des années et je ne connais même pas son prénom, déclara Kuzco en plissant les yeux.
Mak imita ce geste en serrant les dents alors qu'Esméralda relevait les yeux de son verre.
Un silence passa dans la pièce, un silence pesant.
- Ok, deal, affirma Mak en claquant la main du colombien.
- Moi je ne joue pas à votre truc, affirma Esméralda. Je ne connais même pas les règles.
- Parfait ! Tu feras le croupier, décida Kuzco. Tout ce que tu as à faire, c'est tirer une carte quand le joueur te le demande.
- Ok, et c'est quoi le but ?
- Pour faire au plus simple, il faut que le joueur atteigne 21 points. S'il dépasse, il a perdu. Le joueur qui a le nombre qui s'approche le plus de 21 a gagné, expliqua Kuzco en mélangeant les cartes.
- C'est bon, passe les cartes, commanda Esméralda en se positionnant en face des quatre autres joueurs. Vous êtes prêts ? Demanda-t-elle en posant le tas face fermée devant elle.
- T'es sûre de toi ? Chuchota Alice à l'oreille de Mak, se souvenant du temps qu'il avait fallu à son amie pour lui donner ne serait-ce que le prénom de cette fameuse fille.
- T'en fais pas, ma jolie, on va les défoncer, sourit Mak avant de s'offrir une gorgée de bière. Envoie, réclama-t-elle à Esméralda.
Et c'est ainsi que la partie commença. Mak observait les cartes défiler et retenait chaque chiffre et, par conséquent, en déduisait ce qu'il restait dans le tas de cartes toujours présent devant la parisienne. Elle laissait passer quelques tours, puis, quand son nombre de points approchait dangereusement de 21, elle calculait sans effort les probabilités pour qu'une carte qui pourrait lui offrir le score parfait sorte de la manche d'Esméralda.
Ainsi, quand son score fut à 19, qu'elle réclama une carte et reçut un 2 sous les yeux ébahis d'Alice, et dégouttés de Kuzco, elle sourit fièrement et déclara :
- Et du coup, si moi je gagne, je peux te demander une vérité ?
- C'est ça l'idée, ouais… soupira Kuzco, n'en revenant pas de la rapidité à laquelle son amie l'avait battu.
- J'ai, moi aussi, le droit de demander une vérité sur ton crush, alors ? Demanda-t-elle, bien décidée à remettre son ami et ses petits jeux dangereux à sa place.
- Oui, si je veux rester fairplay, j'imagine que tu as le droit, soupira toujours plus Kuzco alors qu'Esméralda se tordait de rire silencieusement.
- Tu ne nieras donc pas que tout le monde ici a parler à ton crush au moins une fois ? Demanda Mak en haussant un sourcil insolent.
- Non, je ne le nierai pas, soupira le jeune homme. Putain, ce que t'es chiante ! Grogna-t-il alors que leurs amis se posaient déjà un maximum de question.
- T'as voulu jouer, t'assumes, taquina Mak en attrapant un shooter de tequila.
- Ouais, ouais, ça va… râla Kuzco. Envoie, demanda-t-il a Esméralda.
Une deuxième partie commença, et Mak plissa les yeux en analysant la table, puis le jeu d'Alice. Celle-ci en était à 18 points, et toutes les cartes en dessous de 4 étaient déjà sortie. Au contraire, Ralph et Kuzco avait un score qui approchait les 14 points, autrement dit, ils avaient beaucoup plus de chances de les battre.
Merde… pensa-t-elle en remarquant que les chances étaient beaucoup trop minces pour qu'elle sorte gagnante de cette partie. Tant pis, elle se rattraperait sur la prochaine, car, quand Kuzco lui avait rapidement apprit à jouer sans savoir qu'elle avait déjà tout comprit, il lui avait répété une chose mainte et mainte fois : Dans ce jeu, il faut savoir se coucher. Et là, elle n'avait pas d'autre choix.
- Je me couche, annonça-t-elle. Toi, tu fais pareil, glissa-t-elle à l'oreille d'Alice.
La blonde hocha la tête et retourna son jeu, signe qu'elle abandonnait.
- Une défaite par abandon ? Tu faiblis, ça me déçoit, se moqua Kuzco.
- Pose ta question, soupira Mak en roulant des yeux alors qu'Esméralda s'était figée en voyant que son amie avait perdu.
- Ton crush, on la connait ? Demanda Kuzco, les yeux impatients.
Mak le toisa une seconde, regrettant déjà sa défaite, mais en bonne perdante qu'elle était et parce que Kuzco avait joué le jeu, elle répondit :
- Oui, vous la connaissez.
Alice fronça les sourcils en se souvenant qu'elle jurait pourtant qu'elle ne connaissait personne du nom d'Elsa.
- Je savais qu'on la connaissait ! S'exclama le jeune homme. Bon alors, c'est qui ?
- Tu as gagné une manche, tu as posé une question et j'ai répondu. Si tu veux une autre réponse, il va falloir gagner la troisième, rétorqua Mak.
Kuzco, en bon gagnant qu'il était, hocha la tête et déclara :
- Envoie.
Esméralda, prenant son rôle à cœur, distribua ainsi les cartes aux différents joueurs. Cette fois encore, Mak comprit qu'il n'allait pas être évident de gagner. Son score était à 20, tout comme celui d'Alice. Elle savait aussi que dans le jeu que cachait la main d'Esméralda, il ne restait qu'un as et deux 1. Autrement dit, gagner relèverait du miraculeux.
- Envoie, déclara-t-elle.
Esméralda posa un 4 devant elle. Son score s'élevait maintenant à 24, elle avait perdu.
Elle grimaça.
- Tu veux que j'abandonne ? Demanda Alice en un chuchotement.
Mak jeta un œil aux jeux des différents joueurs, puis se pencha à son oreille et déclara :
- Demande une carte.
- T'es dingue, si je ne tombe ni sur un as, ni sur un 1, je suis finie, rétorqua la blonde.
- Je ne veux pas devoir encore balancer une info sur Elsa, fit savoir Mak encore plus bas. Il reste l'as de cœur, le un de pique et de trèfle dans le jeu. On peut encore gagner, expliqua-t-elle. Demande une carte.
- Attends…imposa Alice en écarquillant les yeux. Depuis qu'on joue à ce truc, tu comptes les cartes ? Genre, tu comptes les cartes depuis 3 ans ? Là, tu sais exactement ce qu'il y a dans le jeu ?
- Pas exactement, mais à peu près ouais, avoua Mak. Tu me remercieras quand j'aurais gagné. Demande une carte.
- Bordel, mais t'es Rain Man ! S'exclama Alice. T'es un putain de super héro !
- Ouais, bah je pourrais sauver ton cul seulement si tu fais ce que je te dis, grogna Mak. Alors tu emportes ce secret dans la tombe si tu veux pas qu'on nous accuse de tricher et tu demandes cette putain de carte !
Alice se reconcentra après ces mots, se racla la gorge, fixa Esméralda et déclara :
- Envoie.
- …t'es sûre ? Demanda la parisienne.
- Oui, elle est sûre… soupira Mak en roulant des yeux, ne supportant plus cette infernale attente.
- Je prépare déjà ma prochaine question, sourit Kuzco.
Mak le foudroya d'un regard noir et fourra un shooter de tequila dans sa bouche. Et tandis que l'alcool lui brulait les gencives, Esméralda retourna la première carte du paquet et la déposa devant Alice.
Un silence frappa à leur table. Alice écarquilla davantage les yeux si c'était encore possible et Mak avala la tequila avant de lancer un sourire de dents lustrées vers Kuzco.
Ralph se frotta les yeux, n'en revenant pas tandis qu'Esméralda respirait enfin.
- Un as, précisa Mak d'un air suffisait. Si mes calculs sont bons, nous avons là un blackjack 21, se moqua-t-elle en passant un bras autour des épaules d'Alice. Et j'ai déjà préparé ma prochaine question.
- Non mais c'est pas possible d'avoir autant de chance aux jeux…soupira Ralph, heureux de ne pas avoir parier d'argent ce soir.
- Je ne jouerai plus jamais avec toi ! S'exclama Kuzco.
- Tu dis toujours ça, soupira Mak. A croire que tu ne te lasses pas de perdre.
- La ramène pas, grogna le colombien. Je t'écoute.
Mak pressa légèrement l'épaule d'Alice d'une main. La blonde surprise, tourna la tête vers elle. La fille aux cheveux bleus lui lança un regard. Un regard d'une demie seconde qui pourtant, Alice le devina, n'était destiné qu'à elle.
- Ton crush, blonde ou brune ?
Kuzco croisa les bras sur la table, et enfouit son visage dedans.
- Blonde, entendirent les autres d'une voix étouffée.
Mak sourit, et profita de l'éclat de rire des autres pour faire signe à Alice de la suivre.
- Bon, sur cette victoire écrasante, l'équipe gagnante va se retirer dans ses quartiers pour vous laisser apprécier votre défaite, se moqua-t-elle encore en se levant, se dirigeant vers le balcon, une cigarette entre les lèvres, suivit de près par son amie.
Les deux adolescentes profitèrent de l'air chaud de juillet et refermèrent la porte vitrée derrière elles.
- De rien, annonça Mak en allumant sa cigarette, les coudes appuyés sur la rambarde, regardant les passants qui persistaient encore dans les rues d'Arendelle.
- Quoi ? Demanda Alice sans comprendre.
Mak rit.
- T'as pas du tout compris ce qui vient de se passer, c'est ça ?
- Si, tu as gagné en trichant, répondit Alice en haussant un sourcil amusé.
- Je ne te parle pas de la partie, soupira Mak en offrant sa cigarette à la blonde.
- Mais tu parles de quoi alors ? Demanda Alice en s'envoyant une bouffée de nicotine dans les poumons.
- Putain, moi qui croyais que Kuzco était le plus aveugle de vous deux.
- Eh, j'ai bu, alors explique-toi, Rain Man.
- D'un, plus jamais tu m'appelles comme ça si tu veux que je continu à te faire gagner à ce jeu, et de deux, le fait que Kuzco crush sur une blonde ne te perturbe pas plus que ça ?
- Bah on ne parle jamais de nos crush avec Kuzco… répondit tristement Alice.
Mak soupira bruyament en reprenant sa cigarette.
- Ok, alors étant donné que Kuzco est mon meilleur ami et que je n'ai rien le droit de dire, je vais seulement attendre patiemment et quelque chose me dit que tu vas comprendre avant que je finisse ma clope, parce que dans le cas contraire, je ne peux plus rien pour toi, ma jolie, expliqua Mak en flinguant Alice des yeux.
L'adolescente détourna alors le regard et se contenta d'être là, en silence, en se disant que sa cigarette prendrait environs une quarantaine de secondes avant de se consumer entièrement.
Alice ne bougea pas, continuant d'observer son amie un long moment, puis quand il ne restait qu'une taffe à tirer, elle écarquilla soudainement les yeux, et lâcha :
- Oh putain !
- Ça y est, t'as percuté ? Sourit Mak en écrasant sa cigarette dans le cendrier du balcon.
- Putain Litchi, il est amoureux de moi ?!
- J'ai rien dit, t'as comprit toute seule, affirma Mak en souriant tout de même.
- Merci ! S'exclama Alice en se jetant au cou de la jeune fille.
- Maintenant tu sais, alors fonce, ordonna presque l'adolescente qui ne supportait plus le cinéma de ces deux imbéciles.
Alice hocha vivement la tête, notant qu'il fallait qu'elle tente quelque chose le soir du bal.
- Je peux te poser une question ? Demanda la blonde, soudain plus sérieuse.
- Après tout, t'as gagné la manche, alors j'imagine que je peux au moins d'accorder ça.
- Cette… Elsa. Tu m'as avoué ton secret pour la protéger, tu l'aimes si fort ?
- Ouais, répondit Mak sans réfléchir.
- Et tu nous as assuré qu'on la connaissait, c'est vrai ?
- Ça fait déjà deux questions, mais ouais, c'est vrai.
- Mais comment je peux ne pas savoir qui elle est alors ? Demanda précipitamment la blonde.
- On a gagné deux manches ensemble, tu m'as posé deux questions auxquelles j'ai répondu, alors ça suffit, sourit Mak en haussant un sourcil.
- D'accord… abdiqua Alice, déçue.
- Et puis… on est séparées de toute manière, alors c'est pas important, sourit tristement Mak en voyant l'air abattu de son amie.
- Oh… je suis désolée, répondit Alice faiblement, honteuse d'être peut-être allé un peu loin.
Pour seule réponse, Mak sourit encore. Ce sourire qu'Alice détestait. Ce sourire qui signifiait que rien de plus ne serait dit et que les sentiments de sa meilleure amie, encore une fois, lui échapperaient.
- Allé viens, on rentre, déclara Mak après avoir déposé un rapide baiser sur la tête blonde.
Alice soupira intérieurement.
Elle ne savait pas qui était cette nana, cette Elsa, mais si elle l'avait devant elle, elle lui dirait de reprendre son amie. Elle lui dirait que Mak avait beaucoup de défauts, certes, mais que de toute évidence ce petit Litchi peinait bien à vivre sans elle.
