Bonjour à tous,
Et voici les derniers chapitres de cette histoire. Je poste 4 chapitres et la fin d'ici à ce soir. J'espère que ceux qui ont lu ont aimés, même si peu de commentaires ont été laissés.
J'ai pris plaisir à la republier et ainsi, finir les corrections que j'avais entamés il y a quelques mois.
Bonne fin de lecture.
Amicalement,
Essaidel
Cette histoire est dédiée à Julie et Nathanaël.
~Chapitre 31 : ~
Dunharrow.
Les évènements s'étaient enchaînés rapidement. Aucun d'entre eux ne s'y attendait sauf peut être Aragorn.
L'armée du Rohan avait été rassemblée et des émissaires envoyés à tous les recoins du pays à la recherche d'hommes. Depuis que les feux d'alarmes avaient été allumés, depuis que Théoden avait répondu à l'appel lancé par le peuple gondorien, tout s'était passé rapidement…
Gabrielle était à présent sur son cheval. A sa gauche chevauchait Haldir et à sa droite Elinë, devant eux Théoden en compagnie d'Aragorn et derrière, tout ce qu'Edoras avait pu compter comme hommes valides. Son regard se porta sur cette armée qui marchait vers son destin.
Et elle, que devait-elle faire ? Un léger soupir s'échappa de ses lèvres alors qu'une main se posa sur une des siennes. Relevant la tête, elle croisa le regard aimant d'Haldir qui lui offrit un sourire.
« Quoi que tu choisisses, je serai toujours près de toi. »
Cette phrase il le lui avait dite et redite depuis cette nuit où elle lui avait demandé juste du temps. Mais en avait-elle ? Cette fois, il n'était plus question d'elle seule mais de nombre de personnes l'accompagnant. Elle sentit le regard de son amie sur elle mais préféra ne pas détourner la tête. Tout était si confus dans son esprit.
La pression de la paume d'Haldir disparut, soudain, elle eut envie de s'évader, de galoper, de partir, de tout laisser derrière elle et de rejoindre les Havres-Gris et de se réfugier près de la petite cascade qui avait vu et entendu nombre de ses chagrins. Eperonnant sa monture, elle la fit partir au galop sous les regards interrogateurs d'Haldir mais aussi d'Aragorn et des autres qui étaient devant. Au moment où l'ancien capitaine des archers de la Lórien allait à son tour lancer sa monture, la voix d'Elinë l'arrêta dans son élan.
« Laissez-la Mellon, elle veut juste un peu de liberté. »
Haldir soupira et à contre cœur laissa Gabrielle filer.
Cette dernière, les cheveux au vent, galopait de plus belle, elle sentit les larmes lui monter aux yeux au fur et à mesure que les évènements de ces derniers jours lui revenaient à l'esprit. La voix de Gandalf sonnait comme un écho alors qu'elle se revoyait hurlant à l'encontre d'Haldir alors que sa mémoire lui renvoyait les échos de ses paroles :
« Tu es Gabrielle, fille de Aradan et Laurelin, fille d'un couple qui a combattu. Une elfine qui sait ce qu'elle veut et qui a réussi à ne pas basculer quand l'occasion le lui a été donnée. Comment vas-tu pouvoir vivre ? Mais comme avant tout simplement, en suivant tes convictions et ce que te dit ton cœur. »
Les larmes coulaient librement sur ses joues mais elle ne s'arrêta pas alors qu'une voix nouvelle jamais entendue raisonna à ses oreilles :
« Et toi Gabrielle ? Si j'ai choisi, si j'ai renoncé à mon immortalité, qu'est-ce que toi, tu choisis ? Ne le laisse pas détruire cette si belle partie de toi qui te rend si unique. »
Elle stoppa net sa monture qui sous la rapidité de l'action se cambra et manqua de la faire chuter. Elle était arrivée en haut d'une petite colline, en contre bas elle pouvait voir l'armée de Théoden avançant dans le jour qui en était à son milieu. Elle descendit de son cheval et regarda autour d'elle. De rage elle commença à s'énerver, donnant des coups de pieds dans les pierres au sol, frappant le vide comme si un ennemi invisible se dressait en face d'elle. Elle se mit alors à hurler :
« QUI ? QUI POURRAIT ME COMPRENDRE ? QUI POURRAIT PRETENDRE SAVOIR CE QUE JE RESSENS ? »
Elle tourna sur elle-même :
« A VOS YEUX J'AI PAS SUFFISAMENT SOUFFERT ? POURQUOI M'IMPOSER CELA ? QU'AI-JE FAIT ? C'EST INJUSTE ! J'AI RIEN DEMANDÉ ! RIEN ! QUI SAURAIT COMMENT FAIRE FACE A TOUT CECI ? JE NE LE PEUX… NON… »
De nouveau elle eut un mouvement de colère et frappa le vide, sa voix cependant se brisa :
« Je n'y arriverai pas… Il le sait… Je ne suis pas assez forte pour ça… Je voudrais que cela s'arrête… Ces rêves, ces visions… Tout… »
Gabrielle se laissa tomber à genoux au sol et sanglota. Elle poussa alors un cri déchirant qui se répercuta en écho au travers la vallée.
oO§Oo
En contre bas, Haldir stoppa sa monture tout comme Elinë et Legolas. Un deuxième cri retentit et, cette fois il fit s'arrêter Aragorn ainsi que Théoden et le reste de l'armée qui les suivit au geste d'Eomer. Ce dernier chevaucha en direction de l'avant et stoppa au niveau de son oncle.
« Mais quel est ce cri ? »
Le regard de Théoden scruta tout autour de lui, Elinë se rapprocha du groupe et fit d'une voix triste :
« C'est le cri de mal être d'une elfine complètement perdue. »
Les hommes se regardèrent, Aragorn eut alors le réflexe de se tourner vers l'endroit où se tenait Haldir avec près de lui Legolas, tous deux descendus de leurs montures.
« Que pouvons-nous faire ? Interrogea Eomer.
- Rien Seigneur, il n'y a rien que nous puissions faire si ce n'est que la laisser. Et croyez-moi, cela me brise assez le cœur. »
Et en terminant sa phrase, Elinë éperonna sa monture et alla de l'avant. Bientôt, Théoden se remit en route suivit par ses hommes, Eomer eut un dernier regard vers le haut de la colline et soupira quand sa sœur vint près de lui.
« Il est malheureux de la savoir ainsi, je me sens impuissant.»
Le regard de la princesse lui en dit long sur ce qu'elle pensait. Ils reprirent à leur tour la route. Aragorn se dirigea vers les deux elfes et descendit de son cheval. S'approchant il se plaça à leur côté. Legolas finissait de parler :
« Ne faiblissez pas vous nous plus. Elle reviendra, ayez confiance en elle. »
Haldir avait la tête baissée, à son tour le rôdeur plaça une main sur son épaule :
« Gabrielle trouvera son chemin, elle n'a pas vécu jusqu'ici pour sombrer maintenant. Confiance Mellon. »
Relevant la tête, Haldir soupira :
« Elle s'éloigne, invariablement. J'ai confiance en elle, mais ce n'est pas son cas. Elle sombrera Aragorn, car personne sur cette Terre ne peut l'aider, contrairement à ce qu'on lui dit. C'est son combat, mais elle n'est en aucune façon prête. Il la détruira et je la perdrai.»
Legolas tourna ses iris bleus vers son ami et raffermit sa pression sur son épaule :
« Vous ne la perdrez pas Mellon ! Gabrielle a juste besoin de temps ! »
Haldir se détacha de la pression de ses deux amis et les regarda successivement :
« Mais du temps nous n'en avons plus ! Il la détruit chaque nuit un peu plus et même si son esprit le combat encore, elle faiblit ! Je le sais, je le sens, je suis avec elle à ces moments-là ! Et je ne peux rien faire si ce n'est la serrer contre moi et la voir s'éloigner ! Je ne peux rien faire contre cela et vous non plus ! Sans sa volonté, sans son courage, sans sa confiance elle ne peut rien.»
Puis sans un autre mot il se dirigea vers sa monture, remonta en selle, lui donna un coup et partit en direction de l'armée du Rohan. Legolas soupira et le rejoignit, seul Aragorn resta là. Il leva la tête et regarda en haut de cette colline.
« Ne t'éloigne pas, je t'en prie, ne t'en va pas par-là, ne prends pas ce chemin où aucun de nous ne peut te suivre.»
Il ferma les yeux un bref instant avant de remonter à son tour sur sa monture et de l'éperonner, rejoignant ainsi ses amis.
oO§Oo
En haut de cette colline, Gabrielle s'était recroquevillée sur elle, ses jambes repliées contre son torse, les yeux clos mais d'où s'échappaient des larmes. Ses sanglots étaient encore présents et elle ne se calma pas immédiatement. Les minutes passèrent et au fur et à mesure le silence s'installait de nouveau laissant une Gabrielle au sol, perdue au-delà de ce que l'on pouvait imaginer.
Elle dut finir par sombrer car elle n'entendit pas les bruits des sabots sur le sol de pierre. De même, qu'elle ne discerna pas les bruits de conversations de plusieurs hommes. Ces derniers descendirent de leurs montures, s'approchèrent d'elle tout en parlant à voix basse :
« Elle est dans un état lamentable… Fit une première voix.
- J'aurai dû intervenir plutôt ! Répliqua la seconde.
- Cela n'aurait rien changé mon ami, soulevez-la, réchauffez-la, elle est frigorifiée. »
En effet tout en parlant, le premier homme s'était penché sur Gabrielle et avait vérifié son état. L'autre homme se baissa à son tour et s'assit au niveau du torse de l'elfine que le premier souleva doucement et déposa contre le deuxième.
« Prenez-la contre vous, votre propre chaleur la réchauffera un peu, je vais chercher du bois pour un feu et mes herbes. »
Le premier homme se releva et ôta sa propre cape qu'il déposa sur Gabrielle. Il s'éloigna un peu mais il fut arrêter par la voix de son compagnon :
« Je ne me le pardonnerai jamais Elrond si elle ne s'en remet pas. »
Le Seigneur d'Imladris se retourna et observa son vis à vis :
« Celeborn, elle s'en remettra, ne doutez pas ce n'est pas le moment ! »
Ce dernier baissa la tête et se mit à caresser la sombre chevelure de Gabrielle. Les yeux clos, la respiration rapide, Gabrielle était perdue dans son propre esprit.
*Tout se bousculait, des images de toute sorte défilaient, de l'arbre brûlant sur cette place à cet œil qui la scrutait sans relâche. De cette femme qui s'effondrait à Aragorn couronné Roi, de la blanche cité en fête à la ruine totale de Méduseld… Et ce rire toujours là, cette voix qui lui murmurait d'une façon sournoise :
« Inutile de combattre, tu n'y parviendras pas… Je suis ton passé, ton présent et… »
L'image d'Haldir baignant dans son sang refit surface.
« … Ceci est ton futur ! »*
Dans les bras de Celeborn, Gabrielle se tendit et commença à se débattre :
« Elrond ! Venez vite ! »
Le guérisseur se rapprocha rapidement, s'agenouillant près des deux corps, il prit une des mains de Gabrielle qui lui parut gelée dans la sienne.
« Elle est en plein songe ! »
Tournant la tête rapidement, il donna des ordres à l'un des quatre gardes qui les accompagnaient pour qu'il lui apporte l'une de ces sacoches quand à l'un des autres il lui demanda de lui apporter l'une des gourdes d'eau et un linge.
Une fois ces objets en sa possession, il humidifia le linge et se pencha sur Gabrielle, la souleva de l'étreinte de Celeborn pour la rapprocher de lui.
« Hidril, des branches pour faire du feu ! »
L'un des gardes s'exécuta, Elrond passa quant à lui le linge sur le visage de Gabrielle tout en lui murmurant :
« Ne lâche pas prise mon enfant. »
La respiration de Gabrielle s'accéléra, dans sa tête la douleur de cette vision.
*« Ne fais pas l'enfant ! Aller, rejoins-moi et je cesse tout ceci ! »
Mais une voix claire retentit alors, faisant écho à celle de Sauron pour bientôt totalement la recouvrir :
Puisse, une étoile du soir
Faire descendre sa lumière sur toi,
Puisse, lorsque l'obscurité tombe,
Ton cœur devenir vrai
Tu marches sur une route isolée
Oh ! Quelle longue distance te sépare de chez toi…
Les images se stabilisèrent, elle se retrouva sur une plage, face à elle un couple assis regardait un enfant jouer avec le sable.
L'obscurité est venue
Crois et tu trouveras ton chemin
L'obscurité est tombée
Une promesse vit maintenant en toi
L'effigie bougea, une cour pavée de marbre blanc. Un homme faisait tourner autour de lui une femme aux longs cheveux sombres. Non loin, un arbre en fleur les inondait de ses pétales.
Puisse le chant des Ombres
S'envoler au loin
Puisse ton voyage continuer
Pour éclairer le jour
Quand la nuit sera vaincue
Tu pourras t'élever afin de trouver la lumière.
Trois personnes debout face à elle, une d'entre elles ouvrit les bras, ils étaient sur une sorte de ponton, un enfant passa devant, blond comme les blés et son rire se répercuta alors que la voix finissait :
L'obscurité est venue
Crois et tu trouveras ton chemin
L'obscurité est tombée
Une promesse vit maintenant en toi
Une promesse vit maintenant en toi…
Tout bougea une nouvelle fois et Gabrielle se retrouva face à une personne. Elle était belle, c'était une femme elfe visiblement. Sa robe était d'un bleu pâle et ses cheveux aussi sombres qu'une nuit sans étoile. Elle fit un pas vers elle et sa voix raisonna comme une douce mélodie aux oreilles de l'elfine :
« Bonjour Gabrielle, fille de Laurelin et d'Aradan… »
Craintive Gabrielle recula d'un pas alors que la femme continuait à avancer :
« Tu n'as pas à me craindre, je ne te ferai aucun mal. Je me nomme Varda, tu me connais ou du moins tu connais ma légende… Je suis envoyée par les Valars. »
Gabrielle dévisagea de nouveau cette femme et fit doucement :
« Vous allez faire comme lui ? Vous allez vouloir me manipuler aussi ?
- Non… Nous n'employons pas les mêmes artifices que Sauron, je dois juste te transmettre un message : va où ton cœur te guide, va où ton esprit t'apaise, cherche en toi cette flamme qui a éclos le jour où tu as refait confiance. Ne la laisse pas s'éteindre, accorde-toi ce que tu as donné et apprends par toi-même qui tu es.
- Qui je suis ? »
La femme était à présent proche d'elle, elle leva une main et effleura la joue de Gabrielle avant de la poser sur son cœur.
« Tu es Gabrielle, fille d'Aradan et de Laurelin, héritière d'un destin que tu n'as pas choisi, dotée d'une grande force morale qui ne demande qu'à s'éclore. Crois et tu trouveras ton chemin… »
L'image de la femme disparut mais la voix fit un écho :
« Une promesse vit maintenant en toi… »
Et là Gabrielle vit en face d'elle son propre corps étendu dans les bras d'Haldir qui lui murmurait :
« Je serai toujours près de toi… Je t'aime Gabrielle. »*
Un feu crépitait, elle avait regagné les bras de Celeborn et reposait contre son torse, une couverture avait remplacé la cape d'Elrond. Ce dernier se tenait debout un peu plus loin, songeur. Le soleil se couchait à l'horizon, peignant sur la voûte du ciel ses couleurs de feu.
Gabrielle bougea, légèrement d'abord, si bien que Celeborn crut avoir rêvé mais quand le mouvement se réitéra un peu plus prononcé, il baissa les yeux sur le corps de sa nièce et appela doucement Elrond. Ce dernier se retourna et observa la scène alors que les yeux de Gabrielle papillonnaient. D'instinct, elle porta une de ses mains à ses yeux qu'elle frotta. Elle eut un frisson et Celeborn remonta sur elle la couverture.
« Doucement… »murmura-t-il « … Eveille-toi doucement, mon enfant. »
Elle bougea encore un peu alors que Celeborn raffermit son étreinte autour d'elle.
« Haldir ? » interrogea-t-elle d'une petite voix encore ensommeillée.
Elrond eut un léger sourire et Celeborn de même.
« Désolé mais non, tu risques d'être terriblement déçue… »
Elle se frotta de nouveau les yeux et rencontra le regard bleu de son grand-père.
« Il a les yeux gris, donc vous n'êtes pas lui…
- Brillante déduction… »
Sa vision se stabilisa et elle reconnut enfin son grand-père.
« Que faites-vous ici ? »
Elle essaya de se redresser mais il l'en empêcha
« Reste près de moi ainsi tu auras plus chaud. Je suis venu voir ma petite-fille afin de pouvoir lui parler. Je pense qu'elle doit se poser beaucoup de questions et la connaissant cela doit la rendre fragile.
- Votre petite-fille doit avoir des raisons de se poser des questions, non ?
- Je ne dis pas le contraire… Mais, je suis là pour tenter d'essayer de lui répondre du mieux que je pourrai et je ne suis pas seul… Un de ses cousins m'accompagne. »
A ces mots, Elrond se rapprocha et s'assit en face d'eux. Il croisa le regard de Gabrielle qui lui demanda :
« Comment va Rionna ?
- Fidèle à elle même Gabrielle, elle est retournée en Lórien. »
Le silence s'installa sur le petit campement, les deux hommes ne voulaient pas la forcer. Gabrielle avait refermé les yeux. Ils la crurent rendormie si bien qu'ils furent surpris quand elle fit :
« Il guette mes pas, me hante, m'assaille de visons d'horreur. La dernière en date, Haldir baignant dans son sang. Mais, j'ai aussi eu le droit de voir vos cités détruites et vos corps mutilés. »
Elle soupira et Celeborn raffermit son étreinte.
« Je l'ai vu, lui, tel qu'il aurait dû être et depuis… Il se matérialise même en pleine journée. J'ai le droit à son histoire, à son mépris par rapport à vous. Je le combats, je le refuse mais il revient toujours et encore… »
Un frisson la parcourut :
« Il connaît mes faiblesses, ma faiblesse est cette peur des hommes qui resurgit quand je ne connais pas mes interlocuteurs. Cette haine que j'ai au plus profond de moi envers le peuple qui ma refusé de l'aide et qui a fait de ma vie un calvaire. »
Elrond se leva et se rapprocha de Gabrielle à qui il prit la main, il lui murmura :
« Ceci est ton épreuve, ton choix, ton chemin. Personne ne peut t'aider à prendre cette décision qui consiste à le battre sur son propre terrain. Oui tu es jeune, oui tu as souffert et tu n'as pas encore réussi à faire de ces peurs, une force. Nous savons que tu le combats et chaque jour est une victoire pour toi-même si tu sembles penser le contraire. »
Celeborn reprit :
« Ton père à lui aussi eut beaucoup de mal, ce fut sans doute moindre que toi car Sauron n'était plus ce qu'il est redevenu. Nous ne pouvons faire ce choix à ta place mais il est sûr que si tu avais voulu le rejoindre, tu ne serais déjà plus là. Le fait qu'il en soit encore à essayer de te pervertir, montre bien qu'il n'a pas plus d'ascendance sur toi que cela. Il manipule tes pensées mais ceci tu peux le combattre…
- Elinë ? »
Elrond hocha la tête et se releva :
« Ton amie possède la même faculté qu'avaient ses aïeuls. Elle peut t'aider à t'en protéger, t'aider à le combattre.
- C'est la théorie du mur. C'est ainsi qu'elle le nomme. Construire dans ton esprit un mur qui te protègera de lui. Mais il faut que tu le veuilles, que tu le désires, que tu en sois certaine. Reprit Celeborn.
- Je ne suis certaine de rien.
- Et, là est tout le problème Gabrielle.» Ponctua Elrond.
Celeborn ferma un instant les yeux et continua :
« Fais confiance à ton cœur, à ton esprit, à toi-même et ce jour-là, tu sauras… »
Elle ne répondit rien, sans le savoir, le fait que les deux elfes soient là, l'apaisait. Le silence s'installa et fut coupé quelques temps plus tard par Elrond :
« Nous devons rejoindre Dunharrow, je dirai juste une dernière chose Gabrielle, si Arwen a choisi une vie mortelle, si elle a été capable de faire ce cruel choix, c'est que ce monde mérite encore que l'on se batte pour lui, même si ces paroles, que je prononce, me déchirent le cœur. »
Celeborn serra contre lui sa petite-fille. Il la redressa et se releva. Donnant des ordres aux gardes, ces derniers préparèrent les chevaux, Elrond ramassa les affaires et Gabrielle put voir, accroché à la scelle, une grande épée au long fourreau. Celeborn l'aida à se relever.
« Je te place devant moi, tu feras le trajet sur ma monture. »
Elle ne refusa pas, encore un peu fatiguée. Elrond l'aida, ainsi que Celeborn, à se hisser. Une fois cela fait, ce dernier grimpa à son tour et l'enveloppa de sa cape. Elrond fit la même chose sur son cheval et prit les rênes de celui de Gabrielle et tous les trois prirent le chemin de Dunharrow. Ils mirent deux bonnes heures à atteindre le campement de l'armée du Rohan. Les feux l'éclairaient et ils montèrent en direction du campement du Roi qui était plus en hauteur. Leurs chevaux stoppèrent à un endroit calme et c'est Eomer qui sortait de la tente de son oncle qui les vit. La première chose qu'il reconnut ce fut la sombre chevelure de Gabrielle qui était maintenue par Celeborn. Il alla à leur rencontre alors qu'Elrond aidait Gabrielle à descendre. S'inclinant face au Seigneur d'Imladris, Eomer fit :
« Demoiselle ! Vous nous avez fait peur ! Je connais un capitaine qui va pouvoir se rassurer. »
Il prit une des mains de l'elfine qu'il serra. Cette dernière fit un petit sourire et répondit :
« Je n'en doute pas. Eomer, laissez-moi vous présenter le Seigneur Elrond d'Imladris et mon grand-père le Seigneur Celeborn de Lórien.
- Je suis plus qu'honoré de pouvoir vous rencontrer. Mon peuple doit beaucoup au vôtre. »
Celeborn hocha la tête et Elrond profita pour défaire de sa selle ce long fourreau.
« Seigneur Eomer, en amenant Gabrielle là où elle devrait être, pouvez-vous me conduire, je vous prie à la tente de votre Roi ?
- Bien volontiers, suivez-moi. »
Eomer laissa passer devant lui Celeborn et Gabrielle, il resta aux côtés d'Elrond. Ils avancèrent dans le campement et Eomer désigna alors une des tentes.
« Voici celle de mon oncle, voulez-vous que je vous annonce ? »
Mais la voix de Théoden retentit derrière lui :
« Cela ne sera pas nécessaire Eomer, conduis plutôt la demoiselle Gabrielle à la tente du Seigneur Haldir. Ensuite va t'occuper de tes hommes. »
Eomer s'inclina devant son oncle et invita Celeborn et Gabrielle à les suivre. Elrond regarda l'elfine s'éloigner. Une voix retentit alors dans l'esprit de Gabrielle :
« Tu le trouveras parce que ton cœur est pur et vrai. »
Elle se retourna mais déjà Elrond n'était plus là. Ils furent conduits à une tente. Là, Eomer appela Haldir qui sortit, le regard complètement vague. Quand il vit son Seigneur il s'inclina et en relevant la tête il croisa le regard émeraude qu'il aimait tant. Un immense soulagement put se lire sur son visage alors qu'il la prenait contre lui en la serrant de toutes ses forces.
« Ne me fais plus jamais cela.»
Celeborn eut un sourire alors que Gabrielle répondit :
« Je ne peux te le garantir mais j'essaierai.»
D'un geste, il invita son Seigneur à entrer dans la tente, il remercia Eomer qui repartit et pénétra à son tour sous la toile.
« Haldir, allongez-la elle doit être épuisée. »
Ce dernier s'exécuta, enlevant la cape qui recouvrait ses épaules, il dirigea vers le lit Gabrielle qui s'y allongea.
« Je ne serai pas toujours si docile, tu sais ! »
Il s'agenouilla face à son visage et l'embrassa délicatement :
« Le contraire m'aurait grandement étonné…
- Haldir ? »
Il lui prit une de ses mains.
« Oui ? »
Elle murmura :
« J'ai vu Varda… Dis-moi, tu le seras toujours, n'est-ce pas ? »
Il porta à sa bouche la main et questionna :
« De quoi donc ?
- Près de moi… Tu le seras toujours n'est-ce pas ? »
D'un geste, il caressa les cheveux de sa douce.
« Pour toujours et à jamais près de toi. Oui Gabrielle, je le serai toujours. »
Elle ramena contre elle la main d'Haldir et fit en fermant les yeux :
« Alors d'accord, je le combattrai…
- Repose-toi, très cher cœur. »
Il attendit quelques instants avant de libérer sa main et de se relever, il rencontra le regard attachant de son souverain. D'un geste, ce dernier désigna la sortie et tous deux se retrouvèrent à parler dehors.
« Quelles sont les nouvelles de la cité ? »
Celeborn devint plus grave.
« Les attaques se multiplient aux quatre frontières, la situation est difficile. Nous avons reçu de l'aide de nos frères sylvains mais Thranduil doit aussi faire face à l'invasion de ses Terres. Mais vos frères vont bien, Ealron tient à tenir sa promesse qu'il vous a faite. Ils sont sous ses ordres et cela ne changera pas. Et vous? Comment vivez-vous tout ceci ? »
Haldir haussa les épaules.
« C'est difficile mais je serai près d'elle quel que soit son choix. Je tiens beaucoup trop à elle pour l'abandonner ainsi.
- C'est ce qui a motivé votre choix. Je ne peux que vous féliciter mais aussi vous mettre en garde Haldir. Elle n'est pas à l'abri de sombrer. Loin de là, et ce jour là s'il arrive, vous devrez vous montrer fort pour deux.
- Mais, pourquoi parlez-vous ainsi ? »
Celeborn posa une main sur l'épaule de son fidèle lieutenant :
« Parce qu'il est des choses, Haldir, que l'on ne peut combattre… Même elle… »
Derrière eux une voix retentit :
« Vous aussi vous l'avez ressenti ? »
Celeborn se retourna et fit face à Elinël qui tenait Legolas par la main.
« Non Elinël, mais Galadriel l'a vu. »
Un silence de plomb tomba sur le petit groupe d'elfes. Legolas put sentir la pression plus vive de la main d'Elinël dans la sienne, il osa alors poser un bras autour de ses épaules.
oO§Oo
Un peu plus tard, Haldir somnolait, couché contre le corps de Gabrielle, Elrond repartait non sans avoir vu une dernière fois l'elfine. Elinël faisait ses adieux à Legolas en le gratifiant d'un baiser qui fit monter le rouge à la pointe des oreilles de l'elfe sylvain. Aragorn après une entrevue difficile pour lui mais aussi pour Eowyn brisa les derniers espoirs de la jeune princesse.
Alors qu'il entreprit son départ, il fut stoppé par ses deux fidèles alliés et après des discussions qui s'avérèrent vaines, tous les trois partirent en direction du Chemin des Morts sous les appels des hommes du Rohan.
Debout en bout de camp, Elinël les vit s'éloigner, le cœur lourd. Une main se posa sur son épaule et quand elle se retourna elle croisa le regard d'Haldir.
«Nous les reverrons. Vous le reverrez… »
Elle sentit ses joues rosir.
« Je le sais. »
Dans sa tente, couchée sous les couvertures chaudes, Gabrielle dormait. Son rêve fut pour la première fois depuis son départ de la Lórien, clair et limpide :
*Aragorn pénétra dans la tente royale, la même où fut amené Elrond. Là, Théoden parla :
« Je vais vous laisser. »
Et après un dernier regard envers Aragorn qui n'en comprit pas la signification, il sortit. Là, le rôdeur releva la tête et vit une personne assise. Cette dernière se leva et Aragorn s'inclina :
« Seigneur Elrond. »
La voix du seigneur d'Imladris se fit grave :
« Je viens de la part d'une personne que j'adore. »
Aragorn le regarda surpris.
« Arwen est mourante. »
Le visage du rôdeur se décomposa.
« Elle ne survivra pas longtemps au mal qui se répand du Mordor. »
Le regard d'Elrond descendit sur l'Undomiel.
« La lumière de l'Etoile du Soir s'éteint, ses forces diminuent d'autant que grandissent les forces de Sauron. La vie d'Arwen est désormais liée au destin de l'Anneau. L'Ombre est sur nous Aragorn, la fin est proche.»
Le visage d'Aragorn refléta soudain une sorte de colère :
« Ce ne sera pas notre fin, mais celle de Sauron ! »
Le visage d'Elrond refléta soudain une sorte de lassitude :
« La guerre vous attend mais pas la victoire. »
Il soupira.
« Les armées de Sauron marchent sur Minas Tirith. Ça vous le savez. Mais en secret, il envoie d'autres forces qui attaqueront par le fleuve. Une flotte de bateaux pirates vient tout droit du Sud, ils seront dans la cité dans deux jours ! Vous n'êtes pas assez nombreux. Vous avez grand besoin d'Hommes… »
Aragorn secoua la tête :
« Il n'y en a pas ! »
Les traits du seigneur elfe se tendirent et il fit :
« Il y a ceux qui demeurent dans la Montagne… »
Un courant d'air se leva, le visage d'Aragorn refléta soudain une sorte de crainte mais aussi de rancœur :
« Des meurtriers… Des traîtres… Vous les enrôleriez pour se battre ? Ils ne croient en rien, n'obéissent à personne !
- Ils obéiront au Roi du Gondor ! »
Elrond sortit de sous sa cape un fourreau qu'il présenta au rôdeur, ce dernier eut un regard envers Elrond :
« Anduril, la flamme de l'ouest forgée avec les fragments de Narsil… »
Il la présenta à Aragorn qui tendit les mains vers elle, il hésita un instant et s'en saisit, la dégainant dans toute sa splendeur :
« Sauron n'aura pas oublié l'épée d'Elendil ! »
Il leva son regard sur la lame :
« L'épée qui fut brisée, doit retourner à Minas Tirith… »
Face à lui Elrond reprit :
« L'Homme qui peut exercer le pouvoir sur cette épée, peut rassembler une armée plus meurtrière que celles qui ont foulé cette terre ! Oubliez le rôdeur et devenez celui que vous auriez dû être, prenez la route de Dimholt… »
Aragorn soupira et rangea l'épée, la voix d'Elrond retentit alors :
« Mar amin estel edain »
- ù –chedin estel amin… »*
Gabrielle ouvrit les yeux et se redressa, son regard se porta autour d'elle et précipitamment elle se leva et sortit de la tente. Ses pieds nus frôlèrent le sol et elle se plaça dans la direction prise par Aragorn quelques heures plutôt. Elle ferma les yeux et dans son esprit, la vision d'Aragorn couronné, se dessina. Un sourire effleura ses lèvres alors que deux bras l'enserrèrent. Elle posa sa tête contre ce torse offert et souffla :
« Je sais où aller.
- Je te suivrai quoi que tu fasses. »
Elle se retourna et se blottit contre Haldir.
« Nous allons au Gondor. »
L'ancien capitaine hocha la tête :
« Je te suis. »
Relevant la tête, elle lui offrit un doux sourire. Non loin d'eux, Elinël faisait affûter son épée.
