Chapitre 73 : Avowals
Malheureusement, l'état de santé de Stiles ne s'étant pas miraculeusement arrangé en compensation de l'attaque qu'il avait subie, ce fut un nouveau cauchemar qui sortit les deux hommes du sommeil tandis que le soleil honorait de sa lumière et de sa chaleur les premières heures de la matinée.
— Bonjour !
— Bonjour, Fluffy !
Les voix s'étaient élevées pas plus hautes qu'un doux murmure comme s'ils étaient tous deux soucieux de ne pas troubler la quiétude du moment. Un sourire para leurs lèvres, un léger soupir souleva leurs torses nus et leurs cœurs s'emballèrent quelque peu.
La nuit avait semblé interminable si bien qu'ils avaient l'impression de se retrouver après une longue absence.
Stiles avait retrouvé son entrain et son humeur pétillante qui le caractérisaient si bien, emplissant de ce simple fait le cœur de son amant de joie sans que le concerné ne le réalise.
Ils restèrent un long moment silencieux, front contre front, sourire pour sourire, ne se quittant pas du regard comme par crainte que l'autre ne s'évapore brutalement.
— J'ai réfléchi, chuchota Stiles après de longues minutes.
Derek lui offrit un mouvement de sourcils interrogateur en réponse.
— La cérémonie de revendication… Je suis prêt !
L'ancien alpha se crispa légèrement. En d'autres circonstances, il aurait été le plus heureux des hommes — ou plutôt, des loups — en entendant ces mots, mais il savait ce que cachait cette décision.
— Stiles ! Je ne pense pas que ce soit une bonne…
— Je suis prêt, répéta l'adolescent avec plus d'aplomb.
Il se redressa tant bien que mal dans son lit tout en tentant de faire abstraction des taches de sang ornant les draps. Il grimaça dans le mouvement, posant une main hésitante sur le pansement sur son cou avant de soupirer.
— Je sais que tu penses que c'est à cause de l'attaque, mais… C'est vrai, je n'aurais peut-être pas pris ma décision si rapidement sans ça, mais…
À nouveau, le jeune homme semblait fébrile, ses mains gigotaient nerveusement et il ne semblait pas en mesure de fixer son attention sur quoi que ce soit.
— J'étais prêt avant et je le suis toujours ! Ce qu'il y a, c'est…
Il passa une main lasse dans ses cheveux désordonnés avant de se lever pour faire les cent pas. Derek s'installa plus confortablement. Il savait que Stiles avait ce besoin d'évacuer son stress et sa nervosité en bougeant, il n'avait jamais rien trouvé à y redire. Au contraire, il aimait cette énergie qui semblait l'animer en permanence.
Finalement, l'adolescent sembla remarquer sa tenue et se pencha pour ramasser son t-shirt de la veille sans remarquer qu'il l'enfilait à l'envers et qu'il était couvert de sang.
Puis, avec un nouveau soupir lourd, il se tourna vers l'homme dans son lit.
— Tu savais que les adultes souffrant de trouble du déficit de l'attention avaient deux fois plus de risque de divorcer que les autres ? C'est… je sais ce que je suis… Je sais que je peux être hyper agaçant et… je sais aussi que je t'aime tellement fort que ça me fait peur parce que je sais qu'un jour…
Il prit une profonde inspiration pour se calmer et tendit la main pour intimer à Derek de ne pas se lever.
— Je sais qu'un jour tu te lasseras de moi ! C'est presque une fatalité, tu sais… Et moi… Je suis quelqu'un de passionné et d'obsessionnel et... Je t'aimerai… toujours ! Alors, non. J'ai jamais eu peur de t'appartenir. Si j'ai peur de quelque chose, c'est que tu te réveilles un matin et que je te sois devenu tellement invivable que tu décides de faire tes bagages pour quitter la ville !
L'adolescent planta son regard miel dans les prunelles couleur printemps de son compagnon et ses lèvres se soulevèrent d'un nouveau sourire et ce, en dépit de l'éclat triste de ses iris.
— J'ai… J'ai cette petite voix au fond de moi qui me répète sans arrêt que je ne mérite pas d'être…
Un soupir, plus las celui-là, coupa à nouveau ses mots.
— … que je ne te mérite pas. Mais c'est pas grave, parce que… quand je suis avec toi, elle se tait alors… j'ai envie d'y croire. De croire en nous. Si j'ai hésité, Derek, c'est pas de me lier à toi… c'est… juste l'idée de tes crocs dans ma chaire et puis… Tu vois, finalement, je sais que je n'aurai jamais aussi mal que cette nuit alors, même ça, ça me semble surmontable parce que je sais que tu feras tout pour que souffre le moins possible. J'ai conscience que ça peut sembler aberrant, mais j'ai besoin que tu le fasses. Ça n'effacera pas sa marque, mais au moins j'aurais la tienne. J'en ai vraiment besoin et je sais que toi aussi alors… ne me dis pas non, Sexywolf !
Un fin sourire retroussa la commissure des lèvres de l'adulte. Quand il esquissa un geste pour se lever, cette fois, l'adolescent ne l'en empêcha pas, se contentant de croiser les bras sur son torse tout en se rongeant l'ongle du pouce nerveusement en trépignant d'un pied sur l'autre.
Il avait l'air tellement vulnérable à cet instant précis dans son t-shirt taché de sang aux coutures visibles.
Il ne résista pas au besoin de l'entourer de ses bras avant de déposer un baiser chaste sur le dessus de sa tête. Finalement, il lui souleva le menton de deux doigts pour établir un nouveau contact visuel. Les mots que son jeune amant lui avait confiés étaient bien trop intenses pour qu'il n'y réponde pas. Encore fallait-il qu'il trouve comment formuler tout ça convenablement.
— Pour commencer, je ne me lasserai jamais de toi. Tu peux penser que tous les couples se promettent l'amour éternel avant de se séparer, mais je suis un loup et, je te l'ai déjà dit, on aime qu'une seule fois, pour toute la vie. Quand je t'ai rencontré, j'avoue que ton énergie intarissable heurtait mon asociabilité. Tu me fais du bien… vraiment ! Il me semble qu'on dit que les contraires s'attirent, non ? J'ai l'impression que ça nous définit plutôt bien.
Un nouveau sourire avant que leurs lèvres ne se frôlent et que leurs souffles ne se mêlent jusqu'à ce que l'ancien alpha ne reprenne d'un ton plus sérieux.
— Et puis, concernant cette voix, on va essayer de la museler, d'accord ? La nouvelle lune est dans deux semaines, si tu n'as pas changé d'avis d'ici là, alors on le fera ! Je te promets que tu n'auras pas mal plus d'une demi-seconde… Pour ce qui est de mon futur tatouage, essaie de ne pas voir trop grand. Le chalumeau n'est vraiment pas une partie de plaisir.
Stiles grimaça, pas ravi de savoir que sa décision fera souffrir son compagnon.
— J'ai déjà choisi…
Les sourcils de Derek se soulevèrent avec amusement devant cette confession et le rire de son amant fit exploser une bulle de bonheur dans son cœur, répandant dans son âme une vague de chaleur bienfaitrice. Bon sang, qu'il adorait ce rire !
— J'adore ton langage sourcilien !
Derek entreprit de faire disparaître le sourire moqueur du lycéen en l'embrassant avec plus de fougue.
— Je vais chercher un petit-déjeuner et tes médicaments. Ton père est réveillé, tu crois qu'il apprécierait un café ?
— Noir avec deux sucres… mais un seul suffira, pense à sa glycémie…
La remarque fit sourire le lycan.
— Je vais le voir en t'attendant, précisa finalement le jeune homme avant de se moucher bruyamment.
Ils se séparèrent sur le palier avec un dernier baiser, puis Derek rejoignit la cuisine où les trois autres étaient déjà réveillés. L'horloge digitale du four affichait neuf heures passées. La nuit avait été courte et riche en émotions.
Autour de la table de la salle à manger, café et pancakes étaient étalés devant les mines chiffonnées !
Il ne put s'empêcher d'arborer une moue moqueuse qui s'agrandit en avisant son louveteau puis les pancakes qui étaient sa spécialité.
— J'avais besoin de m'occuper ! répliqua celui-ci dans un bâillement sonore.
— Tu peux venir t'occuper à la maison quand tu veux !
Seule Mélissa semblait fraîche et dispose, sûrement grâce à l'habitude des gardes de nuit et son expression gourmande et appréciatrice embellissait encore davantage les traits déjà doux de son visage.
Avec un sourire vers la mère de famille, Derek versa du café dans deux mugs et disposa sur le plateau un grand verre de jus d'orange et quelques pancakes avant d'y ajouter le traitement pour la fièvre que les deux malades devaient continuer à prendre. Après avoir déposé un premier sucre dans le café de Noah, le loup se figea. Les mots de Stiles se rappelèrent à lui et il hésita, la main au-dessus de la tasse.
Il lui fallut quelques secondes pour finalement ajouter le second. Mieux valait bien s'entendre avec son beau-père…
— Comment va-t-il ?
En relevant le regard, il croisa celui de Mélissa et malgré le mug placé devant ses lèvres, il ne put manquer son sourire presque moqueur. Avait-elle suivi son petit manège ?
Scott et son bêta, qui avaient commencé à se chamailler comme deux louveteaux, cessèrent aussitôt et relevèrent un regard attentif vers l'homme, lui permettant de se concentrer sur la question.
— Bien… Aussi bien que possible vu ce qu'il a vécu en tout cas !
— Je passerais le voir avant de partir pour vérifier son pansement. Je réquisitionne la salle de bain !
Elle se leva pour ponctuer son annonce, avant de s'étirer et consulter la montre à son poignet.
— J'ai rendez-vous avec Paul à midi avant de prendre mon poste, mais s'il y a quoi que ce soit, je reste disponible sur mon portable !
Elle lança un regard appuyé vers son fils qui lui répondit d'un sourire en hochant la tête.
— OK, on va en profiter pour récupérer la moto et la jeep… Tu veux qu'on récupère ta camaro au lycée ? demanda celui-ci en se tournant cette fois vers le loup de naissance.
Derek lui lança son trousseau de clés que le lycéen réceptionna sans mal.
— Si tu lui fais la moindre rayure, alpha ou non, tu mettras des semaines à t'en remettre !
Son protégé ne put contenir un rire face à la menace qu'il savait infondée. Scott lui offrit un coup de coude dans les côtes avant de se tourner à nouveau vers Derek.
En quelques mots, il lui expliqua qu'ils profiteraient de leur sortie pour faire un crochet chez Lydia et Allison après être allés se doucher chez lui.
C'était une façon plutôt informelle de lui expliquer que la sécurité de la maison et des trois humains s'y trouvant lui était dès lors attribuée. L'ancien alpha hocha la tête, peu loquace comme à son habitude et c'est ainsi qu'ils se quittèrent.
Devant la porte de la chambre du shérif, le loup hésita.
Depuis la salle de bain, il entendait encore clairement le bruit du jet d'eau, signe que Mélissa occupait toujours la douche.
S'il avait déjà entraperçu l'intérieur de la pièce lorsqu'il avait averti Noah de son départ, la veille, mettre les pieds sur le territoire du quadragénaire le mettait mal à l'aise.
En tant que loup, il était sensible à ce genre de chose.
La chambre de l'homme était, en quelque sorte, sa tanière, sa zone privée et intime, un lieu dans lequel il ne pouvait pas entrer sans autorisation.
Le shérif était un peu l'alpha de la famille Stilinski. Au fond de lui, Derek ressentait qu'en sortant avec le fils de l'homme, il s'était placé sous son autorité, aussi… comme avec Scott, il lui vouait un respect sans bornes.
Il toqua contre le panneau de bois et attendit sans un mot ni un geste.
À grand fracas, ce fut Stiles qui vint lui ouvrir la porte avec un immense sourire.
Il semblait aller beaucoup mieux, même si son teint plus pâle qu'à l'ordinaire et ses cernes violacés lui donnaient toujours une mine maladive.
Comme Noah, il avait les yeux brillants de fièvre, le nez rougi à force de trop se moucher et sa respiration était sifflante à force de tousser.
Aucun d'eux ne se plaignait de leurs courbatures ni de leur fatigue excessive pourtant symptomatique de la grippe.
Stiles et son père étaient vraiment agréables à vivre, même dans ce genre de moment… même après une attaque nocturne dans laquelle leurs vies avaient été mises en danger.
— Entre, Fluffy !
Pour donner plus de poids à son invitation, Stiles le tira par la manche, comme un enfant trop pressé, avant de sauter sur le lit de son père qui grogna légèrement.
— Je ne voudrais pas déranger ton p…
Le regard sévère que lui lança l'homme le convainquit de ne pas terminer sa phrase, aussi, il posa le plateau précautionneusement sur le lit, avant de s'emparer de sa tasse afin de siroter son café à distance, adossé à un mur.
Pour la première fois depuis quelques jours, Stiles mangea avec appétit, comme si la perte de sang avait donné le signal à son organisme de reprendre des forces. Il avala ses médicaments avec le grand verre de jus d'orange que son compagnon lui avait préparé avant de se laisser tomber mollement sur les oreillers.
Noah avala une première gorgée de sa boisson chaude avant de relever un visage appréciateur et d'en boire une deuxième.
— Stiles m'a fait le point sur ce qui se passe. Entre l'épidémie de grippe, le fait qu'il soit le premier à en souffrir, l'enquête à Hill Valley et ce que vous m'avez raconté lundi soir, j'avais évidemment déduit que vous étiez mêlé à tout ça…
Derek hocha la tête. Quand Stiles avait demandé à son père d'héberger l'ancien alpha, le shérif avait accepté non sans leur faire subir un interrogatoire en bonne et due forme !
Il avait alors senti la peine de son compagnon à l'idée de mentir une fois de plus à son père aussi, il avait pris les devants et s'était montré le plus sincère possible. Malheureusement, à ce moment précis, à part la récente découverte du nom de leurs visiteurs, ils ne savaient que très peu de choses sur eux.
— Maintenant que nos affaires sont liées, je veux que vous me teniez informé de tout ce qui concerne ces Everfool de près ou de loin ! Dès que je pourrai sortir de chez moi sans me faire agresser par l'équipe sanitaire, je lancerai une recherche sur eux. Avec un peu de chance, je récolterai des informations utiles !
Noah observait Derek avec un air concentré, de toute évidence, il avait hâte de reprendre le travail. Rester inactif et alité n'était pas dans sa nature.
— Je veux aussi que Scott et toi parliez de la sécurité des vôtres. Lydia et Allison sont vulnérables elles aussi et ils savent profiter de vos faiblesses si j'en crois la mésaventure d'Isaac. Mélissa doit aussi être protégée. C'est une partie d'échecs… vous devez vous montrer plus malin qu'eux et anticiper chacun de leurs coups.
Stiles regardait son père, un énorme sourire sur les lèvres et les yeux pétillants, non plus de fièvre, mais d'intérêt. Il était clair que Noah était son modèle, son héros, même encore aujourd'hui.
— J'en parlerai à Scott dès son retour, promit l'ancien alpha en hochant la tête.
Le shérif sembla satisfait et hocha la tête à son tour avant de se tourner vers son fils, lui offrant un regard empli d'amour parental si bien que le lycan n'aurait pas été surpris si le quadragénaire avait caressé la joue de son marmot.
Au lieu de quoi, le père de famille remarqua la langueur de l'adolescent et l'invita à rejoindre son propre lit avant de s'endormir dans le sien.
Stiles ne se fit pas prier et s'extirpa du matelas avec bien moins d'énergie qu'il n'y avait sauté. Il se dirigea ensuite vers son espace personnel, Derek sur les talons.
Ce dernier récupéra le plateau désormais vide et entreprit de le déposer dans la cuisine avant de monter rejoindre Stiles qui s'était finalement déjà endormi.
Mélissa passa une première fois avant de chuchoter qu'elle repasserait lorsqu'elle remarqua que son patient s'était assoupi. Elle s'isola dans le salon duquel Derek entendit un début de conversation téléphonique. Lorsque la communication se fit trop personnelle et romantique, il se força à mettre son ouïe surnaturelle sur pause et se concentra sur son âme sœur.
Il pouvait encore ressentir dans ses veines la peur horrifiante qui l'avait envahi sur le chemin menant à la maison des Stilinski. Peur qui n'avait fait que s'accroître en le découvrant, inconscient et couvert de sang.
Il avait été si paniqué qu'il n'avait pu se concentrer sur les battements de cœur qui résonnaient dans la pièce, se retrouvant totalement incapable de déterminer si Stiles, ou même son père, était toujours vivant… jusqu'à ce qu'il ne sente son pouls sous ses doigts !
Il aimait Stiles comme jamais il n'avait aimé auparavant.
Au fond de lui, la peur était toujours présente, celle-là même qui l'avait poussé à prendre ses distances avec l'humain, mais aujourd'hui il devait y faire face. Il avait compris dans la douleur que succomber aux sentiments l'exposait au risque de souffrir à nouveau.
Pourtant, au lieu de refuser d'aimer — s'en sachant incapable à présent qu'il avait pu goûter à ce bonheur sans nom — il avait choisi d'accepter l'inéluctable.
S'il devait perdre Stiles, il n'y survivrait pas comme ces oiseaux dont on disait qu'ils se laissaient mourir quand ils perdaient leur compagnon.
Stiles gigota et geignit dans son sommeil, le sortant de ses pensées déprimantes.
Il vérifia son front à nouveau brûlant. Les pics de fièvre continuaient à l'accabler à intervalles réguliers.
Il lui caressa le front avec douceur tout en lui susurrant des paroles qui se voulaient rassurantes.
C'est ce moment précis que choisit Mélissa pour apparaître dans l'embrasure de la porte.
La matinée avait bien avancé et onze heures approchaient.
Avec une moue désolée, elle entra dans la pièce avant de poser une main hésitante sur l'épaule du loup.
— Je vais devoir l'ausculter. C'est… encore le cauchemar de la baignoire ?
L'ancien alpha redressa le visage d'étonnement et, une fois encore, le sourire maternel de la femme lui répondit, tandis qu'elle caressait d'un geste délicat, les mèches du malade, collées à son front.
— Il revient à chaque grosse fièvre… Tu sais, Noah et moi… Notre statut de parents célibataires nous a rapprochés et on a toujours beaucoup échangé sur nos soucis, nos questions, nos doutes. On s'est soutenu dans les moments difficiles et on a partagé nos moments de bonheur aussi. D'ailleurs, fut un temps où Scott et Stiles ont comploté dans le but de nous mettre ensemble. Ils voulaient devenir de véritables frères !
Elle lâcha un rire à ce souvenir, sans jamais quitter le fils du shérif des yeux.
Elle ne pouvait le deviner, mais le changement dans la respiration du garçon ainsi que dans son rythme cardiaque trahit, à l'oreille du loup, que celui-ci ne dormait plus. Il garda le secret et continua d'écouter le récit de l'infirmière, sans un mot.
— Quoi qu'il en soit, Noah et moi, ce ne sera jamais rien de plus qu'une belle amitié. Ça ne m'empêche pas de considérer Stiles comme un deuxième fils !
Elle soupira en réalisant qu'elle s'était perdue dans ces explications.
— La maladie de Claudia… Ce que Stiles a vécu… Ce n'est pas quelque chose qui s'oublie. Il en portera toujours la cicatrice juste ici.
Elle ponctua sa phrase en posant son index sur le cœur du garçon prétendument endormi.
— Il nous endort avec ses sourires et sa joie de vivre pourtant il n'est rien d'autre qu'un gosse paumé qui a perdu sa mère bien trop jeune et qui — d'une façon totalement injuste — porte les stigmates d'un enfant maltraité.
Elle marqua une pause et affronta Derek d'un regard bien plus sombre et sérieux.
— Claudia a tenté de le tuer, plusieurs fois ! Elle lui a dit des choses horribles et, même s'il ne le montre pas, ça l'a transformé. J'avais conseillé à Noah de prendre rendez-vous avec un psy pour l'aider à surmonter ça, mais… tu connais Stiles !
Un éclat de rire transforma son visage jusque-là fermé par ses sombres confidences.
— Quand on veut qu'il se taise, il nous assomme de mots et quand on lui demande de se confier, il se ferme comme une huître !
Derek ne put que répondre à son rire par un sourire.
— Je suis heureuse qu'il ait trouvé quelqu'un pour prendre soin de lui ! conclut-elle en posant sa main sur l'avant-bras de l'homme.
Elle se redressa et un soupir de contentement lui échappa.
— Merci de veiller sur lui mieux qu'il ne le fera jamais lui-même. Il fera toujours passer les autres avant lui, ne se plaindra jamais de ce qui lui arrive, car sa mère lui a mis dans le crâne qu'il ne méritait ni le bonheur ni d'être aimé. Je sais aussi que Noah et Stiles ne t'en parleront alors… je voulais juste que tu saches à quoi t'en tenir.
Derek hocha la tête tristement, les mots de l'infirmière faisaient écho à ceux que le lycéen avait eus dans la matinée… Et cette petite voix dans sa tête avait peut-être finalement des origines bien réelles et des intonations féminines.
Il avait déjà deviné de quel bois était fait son amant, en avoir confirmation restait malgré tout dur à encaisser !
— Je vais vérifier son pansement, ajouta Mélissa en reprenant une expression professionnelle.
De ses doigts habiles, elle souleva un coin de l'imposant bandage et vérifia les points de suture avant de le refermer avec un sourire.
— Il faudra que tu vérifies tous les jours que la plaie n'est ni rouge, ni enflée et qu'aucun écoulement trouble ne s'en échappe. S'il y a quoi que ce soit, contacte-moi. J'ai demandé à Scott de t'envoyer mon numéro par SMS.
Elle se leva après s'être désinfecté les mains à l'aide d'un flacon de gel hydroalcoolique et se dirigea vers la sortie.
Elle mettait tout en œuvre pour ne pas être contaminée par le virus de la grippe, mais n'avait pas remis son masque en papier depuis la veille.
— Assure-toi qu'il boive beaucoup d'eau pour compenser la perte de sang. Il peut ressentir des sensations de migraines et une fatigue générale, mais… ça ne va pas le changer beaucoup de la grippe !
— C'est tout ?
La soignante releva un regard interrogateur vers le lycan.
— Il n'a pas besoin… je ne sais pas… de manger de viande rouge ou… recevoir une transfusion ?
Cette fois, ce fut le rire de la femme qui lui répondit.
— Les plaies au visage et au cou sont toujours impressionnantes. Je te rassure, même quand il y a beaucoup de sang et que plusieurs points de suture sont nécessaires, on ne s'amuse pas à faire de transfusion…
— Mais il a perdu connaissance…
Derek se sentait un peu idiot devant le sourire que lui offrit la mère de son alpha. Il ne pouvait pourtant pas faire taire son besoin de tout mettre en œuvre pour soigner et protéger son compagnon.
— Oui, il s'est fait attaquer sauvagement. Il a eu peur pour son père. Il a peut-être aussi subi une baisse de tension à cause de la perte de sang et courir jusqu'au salon n'était évidemment pas une bonne idée. Quand l'adrénaline est redescendue… avec la fatigue de la grippe… Je pense que le tout combiné était un peu trop à supporter. Et puis Stiles n'aime vraiment pas la vue du sang ! Tu ne devrais pas t'en faire. Je t'assure.
Elle lui offrit un nouveau sourire qui semblait… appréciateur ? comme une mère, donnant sa bénédiction au petit-ami de son enfant, satisfait de le voir si soucieux de son bien-être.
Finalement, elle recouvra son sérieux et son air professionnel avant de donner de nouvelles instructions.
— S'il arrive à manger quelque chose, choisis des aliments énergétiques, mais pas trop difficiles à digérer. Il faudra enlever le pansement dans trois jours quand la cicatrisation aura commencé. Il est préférable de laisser la plaie à l'air pour qu'elle reste bien sèche. J'enlèverai les fils dans une semaine…
Elle se tut et son regard balaya le sol devant elle comme si elle réfléchissait à ce qu'elle aurait pu oublier, puis finalement releva la tête et offrit à l'homme un dernier sourire.
Derek le lui rendit avec un hochement de tête tandis qu'elle quittait la pièce et la demeure des Stilinski non sans un dernier crochet par la chambre de Noah pour lui assigner du repos, lui assurant qu'à part une méchante bosse, il n'aurait aucune séquelle de l'agression.
— Tu peux ouvrir les yeux. Elle est partie.
Stiles s'exécuta avec une moue à la fois penaude et gênée. Lui qui n'aimait pas parler de lui ne devait pas être ravi que Mélissa ait ainsi dévoilé les secrets de son passé au lycan.
— Tu savais que j'étais réveillé ?
L'homme sourit avant de lui replacer une mèche s'étant égarée sur son front.
Un léger silence s'installa sans que Stiles n'esquisse le moindre mouvement. Il semblait perdu dans ses pensées, un air un peu trop sérieux griffonné sur ses traits d'habitude plus joyeux.
— Ce… Ce qu'a dit Mélissa… Elle… Elle n'aurait pas dû te dire ces choses… Je vais bien ! Vraiment !
Il avait l'air si convaincant que Derek ne put qu'acquiescer avec un sourire. Il n'était pourtant pas dupe… lui aussi avait commencé à voir au-delà de la joie de vivre qui caractérisait l'adolescent.
Celui-ci sembla rassuré par sa réponse silencieuse et arbora un sourire plus franc qui se fana tout aussi vite lorsque l'ancien alpha reprit la parole, le faisant grimacer.
— Je crois qu'un nouveau bain va être nécessaire !
Son t-shirt à l'envers couvert de sang séché, tout comme ses draps étaient criants de vérité.
Qui plus est, la peau du garçon était toujours chargée de l'odeur métallique de l'hémoglobine, de la peur et de son agresseur… Autant de fragrances qui étaient insupportables pour l'ancien alpha.
Il ouvrait la bouche pour convaincre son amant quand ce dernier le prit de court.
— Uniquement si tu le prends avec moi.
Était-ce la fièvre ou la malice qui faisait briller son regard ?
