Gays of thrones

Chapitre 73

Ruptures

Pour candide qu'elle parût, Daenerys ne fut pas la seule à s'enterrer à Winterfell. Jaime Lannister était parvenu à traverser clandestinement les Sept Couronnes, sans se faire repérer, et à arriver dans la cour.

Il s'était disputé avec sa sœur, une fois de plus. Pour des tas de raisons, sans doute un cumul.

« Tu me dis que tu vas déclarer notre enfant comme le tien, et tu te fiances à Euron Greyjoy ! Tu as transformé Tommen et Myrcella en zombies sans état d'âme ! Et maintenant, tu t'engages à envoyer une armée dans le Nord pour lutter contre l'Armée des Morts, et tu te ravises sitôt tes ennemis partis ! »

« Exactement, Jaime, avait-elle répondu, impassible, ça s'appelle la stratégie : je laisse mes ennemis s'étriper, et je massacre ceux qui ont la mauvaise idée de rester en vie ! »

Et j'espère bien me réserver la blondasse et ma petite colombe ! Je vais forcer les dragons de Daenerys à allumer un bûcher pour faire griller la petite chienne de Nord, puis je la jette avec, je les regarde hurler, je fais abattre les lézards, et je remonte sur le Trône de Fer, histoire de bien rappeler à tout le monde qui dirige le game ! Si ça, ce n'est pas un beau projet de vie, je ne sais pas ce qu'il vous faut !

Et si c'est le Roi de la Nuit qui triomphe, ben… je l'épouse ! J'ai déjà deux enfants zombies, je peux bien avoir un mari d'Outre-tombe. C'est moins glamour comme projet, mais bon…

« Tu es machiavélique ! »

« Non, je suis juste la fille de mon père... »

« Oui, eh bien, tu es machiavélique, c'est bien ce que je dis ! »

Jaime était écœuré par la perfidie de sa sœur. Il posa les poings sur la table et, la regardant dans les yeux, lui dit : « J'ai fait la promesse d'aider le Nord. Je la tiendrai. »

« Chiche ! », siffla Cersei.

Ce mot était magique : il avait le pouvoir de faire régresser les jumeaux de trente ans.

« Tu m'crois pas cap' ? », s'écria Jaime, piqué au vif.

Derrière lui, Ser Gregor Clegane, le garde du corps de la reine, dégaina son épée, ce qui le ramena à la réalité : s'il partait, il serait considéré comme traître.

« Et moi, Jaime, tu me crois cap' ? »

« Je ne te crois pas. », répondit Jaime à sa sœur, ignorant superbement Clegane, comme il l'avait toujours fait (en même temps, être le type le plus fort du monde et se soumettre à des gens, faut quand même être un peu épais).

Mais alors qu'il s'éloignait, il entendit sa sœur crier : « Tu ne peux pas me faire ça, Jaime ! On est le seul couple de toute la série à ne pas être en carton ! Reviens ! »

Mais Jaime ne revint pas.

Le soir, dans le lit qu'il partageait avec Bronn, il pleura à chaudes larmes, en étreignant un oreiller, pendant que son amant lui tapotait le dos.

« Je n'en reviens pas d'avoir aimé une femme aussi vile... », avoua-t-il.

« C'est parce que vous ne regardez pas assez d'émissions de faits divers ! », répondit Bronn. « Moi, j'ai toujours su ce qu'elle valait, la Cersei ! »

« Hé ! C'est de ma sœur que tu parles ! »

« C'est bien la première fois que vous la traitez comme telle ! »

Lorsqu'il se réveilla, le lendemain matin, Bronn était seul dans leur lit.

« Bon, se dit-il, s'il ne revient pas ce soir, j'irai voir les pensionnaires de la Maison Baelish ! »

Littlefinger avait beau être décédé, ses affaires continuaient à tourner, et personne n'avait l'air de se demander qui était à la manœuvre. En ces temps troublés, les escrocs fleurissaient.

Bronn commençait à en avoir un peu marre des Lannister et de leurs embrouillaminis. Pour l'instant, ça ne lui avait pas rapporté tellement. Bronn avait beau aimer Jaime, il préférait ses intérêts, et ces derniers étaient franchement négligés.

Il se retrouva donc, le soir, entre trois nymphettes, prêt pour les galipettes, lorsque Qyburn apparut sans prévenir dans la chambre.

« Ouh là ! Mais d'où vous sortez, vous ? On croirait que vous avez popé ! »

« Il y a un peu de ça, répondit le Mestre. Je teste le transplanage. »

« Ben voyons ! Un cross-over avec Harry Potter, et puis quoi encore ? »

C'est quoi, la prochaine étape ? Je me tape Gilderoy ?

« Je viens vous proposer un marché. »

« A la bonne heure, mais pour le moment, je... »

« Vous ne faites rien d'autre que m'écouter, car votre ami Jaime vient de partir, et vous n'aurez plus personne pour vous protéger si vous veniez à bafouer la reine Cersei. »

« Comment ? »

Qyburn expliqua donc à Bronn que son bel amant avait filé, et que, oui, il était au courant depuis le début pour Jaime et lui, que Cersei soupçonnait quelque chose mais qu'il ne lui avait rien confirmé, parce qu'il pressentait que Bronn restait utile.

« Vous voulez toujours une seigneurie ? La reine vous offre Harrenhal si vous tuez ses frères. »

Bronn déglutit. Tuer les frères Lannister ? D'accord, il était une crapule, mais quand même… Tyrion l'avait élevé, Jaime l'avait largué…

Ouais, bon, entre un ex qui file sans prévenir et un palais à retaper, l'affaire était vite vue !

En plus, Qyburn fournissait le matériel : la magnifique arbalète de feu le roi Joffrey. Si ça, ce n'était pas la classe, quand même… Une fois son forfait accompli, il empocherait la récompense et revendrait l'arme aux enchères, ça allait lui faire un paquet de fric, cette histoire !

« Ok, Qyqy, tope-là ! »

Mais Qyburn garda les mains dans ses manches, et le fixa, restant de marbre face à ce valet débraillé.

« Quoi ? », fit Bronn. « Tu préfères que je te surnomme ma p'tite Burn ? »

« Ça ira, je prends note de votre accord. Vous pouvez vous rhabiller »

« Ok, ma couille ! », fit Bronn en enfilant ses chausses.

Mais lorsqu'il releva le nez, Qyburn s'était volatilisé.