Gays of thrones
Chapitre 74
The place to be
Une transition entre deux saisons suffit à Jaime Lannister pour gagner Winterfell. Il était parvenu à traverser tout Westeros du Sud au Nord, sans faire de mauvaise rencontre, ni être démasqué. Il y avait de multiples raisons à cela : la première était que les trois quarts de ses ennemis étant décédés, plus personne ne pouvait l'identifier la seconde était qu'il avait judicieusement caché sa main dorée sous un gant la troisième était qu'il avait vieilli.
En dépit de toutes ces astuces, il en fut un pour le reconnaître au premier coup d'œil : à peine Jaime Lannister était-il descendu de son cheval dans la basse-cour de Winterfell que son regard croisa celui de Brandon Stark.
Les deux hommes se reconnurent tout de suite, bien que Jaime fût devenu un vieil homme assagi, et Bran un adolescent longiligne.
Jaime se fit donc promptement arrêter et mettre sous les verrous. Voilà qui valait le coup d'avoir traversé un continent !
Son procès se tint dans la grande salle de Winterfell. Il était présidé par la Reine des Sept Couronnes, du moins celle que le Nord reconnaissait, Daenerys Targaryen, la fille du Roi Fou.
« Pardonnez-moi, fit Jaime, mais quand on veut rendre justice, on évite des magistrats qui sont à la fois juges et partie ! »
« Suffit ! », fit Daenerys, « je vous juge pour le meurtre de mon père, Aerys Targaryen, que vous aviez juré de servir… »
« … Et pour m'avoir balancé de la tour de mon château ! », intervint Bran.
« Et puis quoi encore ? », demanda Jaime. « Votre père était un fou, fit-il à Daenerys, le vôtre un idiot, fit-il à Bran, nous étions en guerre, j'avais des enfants à protéger, je ne ferai pas d'excuses ! »
« En même temps, excuses ou pas, je vous cramerai…. », commença Daenerys.
« Attendez, pas si vite ! », intervint une voix.
Et tous de voir arriver, telle un Deus ex machina, Brienne de Torth au secours du Régicide.
« Sansa ! », cria-t-elle, avant de se reprendre : « Euh… Lady Stark ! Si je vous ai ramenée saine et sauve à Winterfell, c'était pour honorer la promesse faite par Ser Jaime à votre mère, Lady Catelyn ! »
Alors celle-là…
« Vous m'aviez caché ça ? », s'étonna Sansa, les larmes aux yeux. « Mais… pourquoi ? »
Mais oui, Brienne, enfin ! Moi qui te prenais pour une héroïne, je découvre que tu es un larbin !
« Parce qu'on est apparenté, pardi ! », railla Jaime. « C'est une casse-couille et elle a des cheveux blonds, comme tous les Lannister ! »
Pour toute réponse, Brienne lui envoya une claque.
« Arrête, toi ! Ce n'est pas le moment de blaguer ! »
« Vous n'êtes pas apparentés, répondit Bran, j'ai remonté toute votre généalogie… »
« Tssss, aucun humour, lui ! »
« Avez-vous déjà ri aux blagues d'un type qui a tenté de vous tuer ? », demanda stoïquement Bran.
« Euh… non. », concéda Jaime.
Sansa, de son côté, était terriblement déçue par Brienne. Daenerys lui glissa alors : « Elle vous a menti… Vous voulez qu'on les brûle ensemble ? »
Sansa rougit, et regarda Daenerys : elle la fixait avec un regard de prédatrice.
« Mauvaise idée », déclara Jon Snow, qui se tenait entre elles deux, « on a besoin de tous les hommes possibles pour vaincre l'Armée des Morts. »
L'argument de la mort qui tue.
Daenerys fusilla son fiancé du regard : ce Jon alors, toujours là pour casser l'ambiance !
« Je tente de m'entendre avec ta sœur, et il faut que tu gâches tout ! », râla-t-elle.
Ce n'est pas ma sœur, Tatie, eut envie de répondre Jon, mais il se retint : ça n'était pas le moment de dire la vérité à Daenerys.
Sansa décida de se ranger à l'avis de son frère, bien qu'en réalité elle écoutât son cœur, de pardonner à Brienne et de faire grâce à Jaime.
Lâchée de tous côtés, Daenerys attendit le soir pour enguirlander son vassal et fiancé, seuls dans leur chambre.
« Jon, tu as osé me désavouer devant tous mes sujets ! J'ai tué pour moins que ça ! »
« C'est bon, détends-toi Tatie… euh, Dany ! De toute façon tu ne vas pas me tuer devant mes sujets alors que le Roi de la Nuit nous menace… »
« Arrête d'être obsédé par le Roi de la Nuit, Jon ! Je devrais te châtier comme il se doit… Tu es privé d'étreinte, ce soir ! »
Jon la regarda, mal à l'aise.
« Justement, à ce propos, il faut que je te dise un truc… »
Une fois que Daenerys eut compris que sa sanction à l'encontre de Jon Snow serait définitive, elle crut que le sol allait se dérober sous ses pas.
« Je… je ne comprends pas… », murmura-t-elle, plus blême que jamais (déjà qu'en temps normal elle n'est pas bien bronzée, malgré toutes ces années passées sur Essos…).
« Je suis ton neveu. », articula Jon, dans un souffle rauque.
« Non… Ce n'est pas vrai ! C'est impossible ! »
« Lis dans ton cœur, tu sauras que c'est vrai. »
« Noooooon ! »
Daenerys manqua de s'arracher les cheveux.
« Allons, Tatie Dany, courage ! Il te reste Jorah et Missandei ! »
« Rien à battre de mes laquais ! Je lis dans mon cœur, Jon, et tout ce que je vois, c'est qu'en vérité, tu ne m'as jamais aimée, et que tu cherches juste un prétexte pour me fuir ! »
« J'aimerais qu'il en fût ainsi, dit Jon, mais ce n'est pas le cas : moi aussi, je lis dans mon cœur, et je sais au fond de moi que c'est la vérité ! »
Je sais aussi que j'aurais aimé être hétéro, car de toi à moi, nous allons vraiment bien ensemble, mais, je ne sais pas pourquoi, je ne suis pas comme ça.
« Non, Jon, ce que tu lis dans ton cœur, ça s'appelle la convoitise : en te faisant passer pour le fils de Rhaegar, tu vises à t'emparer du Trône de Fer, comme ton frère Robb avant toi ! »
« Tatie Dany… Comment expliques-tu que Rhaegal m'apprécie ? C'est parce que je suis un Targaryen, et qu'il est la réincarnation de mon père ! »
« Je t'interdis de m'appeler comme ça ! »
Daenerys, furieuse, passa le reste de la nuit à pleurer, seule dans la chambre, ce qui ne lui était pas arrivé depuis bien des saisons. Jon, pour sa part, s'en fut piteusement à l'écurie, où il se retrouva nez à nez avec Tormund.
« Tormund ? Mais… Qu'est-ce que tu fais là ? »
« A ton avis, Jony ? J'essaie toujours de m'enfiler un cheval, mais aucun ne veut de moi ! Les bêtes chez vous ne savent pas aimer ! »
« Oh, Tormund ! Ces pauvres bêtes ne servent pas à ça ! »
« Ben pourtant vous passez votre vie dessus… Vous les fréquentez plus que vos femmes ! »
Voyant que Jon était pâle, Tormund s'inquiéta : « Hey ! ça va ? »
« Non… », avoua Jon.
Jon Snow s'avachit dans une motte de paille et avoua alors à son ami ce qu'il avait sur le cœur. Tormund, l'ouverture d'esprit faite homme, s'installa à côté de lui et médita.
« Je ne comprends pas, dit-il, en quoi le fait que ça soit la sœur de ton père t'empêche de te la faire ? »
« Mais… parce que ça ne se fait pas ! »
« Hum… Vous avez le même totem ? », demanda Tormund.
« Euh… C'est un dragon, et moi un loup, si c'est ce que tu veux dire… »
« Donc ça ne pose pas de problème, dit Tormund, à partir du moment où vos totems ne sont pas les mêmes, vous n'avez pas les mêmes ancêtres, donc, même si c'est la sœur de ton géniteur, tu peux te la faire ! »
« Hein ? Mais d'où tu sors une théorie pareille ? »
« De mes cours d'ethnologie. Je suis un primitif, moi, dit Tormund, je raisonne avec des totems, c'est comme ça qu'on fait ! »
« Euh… Mais nous, on ne fait pas comme ça… », expliqua Jon.
« Ah ? Et vous faites comment ? »
« C'est compliqué… »
Tormund allongea Jon sur la paille, et lui dit : « Allons, si tu ne peux pas expliquer, tu peux me montrer ! »
« Tormund…, » commença Jon, qui comprenait enfin où le Sauvageon comptait en venir.
« Quoi ? Tu es le Roi dans le Nord, tu ne vas pas passer une soirée à pleurer sur ta vieille tante aux cheveux blancs alors que tu peux te faire un beau sauvage fringuant comme moi ! »
« Je ne suis plus roi, j'ai plié le genou… », protesta Jon, tout en laissant Tormund lui défaire sa ceinture.
« T'as raison, tiens ! On peut faire plein de choses, avec des genoux pliés ! », rétorqua son amant en le retournant sur le ventre, le nez dans la paille.
Ainsi, à défaut de se monter un cheval, Tormund s'offrit un saut d'obstacle avec son roi aux genoux pliés, sous les yeux blasés des chevaux, dans les écuries de Winterfell.
Pendant ce temps, Jaime Lannister passait sa soirée au froid, sous le barral du bois sacré de Winterfell, en compagnie de Brandon Stark - comme quoi, il y en a qui n'ont rien compris à la précarité de la vie…
« Je ne suis plus l'homme que j'étais… », lui disait Jaime.
« Vous êtes exactement là où vous devez être. », répondait Bran.
« Vous ne comprenez pas ! Je m'en veux de vous avoir poussé du haut de la tour ! »
« C'était le destin… », fit Bran, en haussant les épaules.
« Si je n'avais pas fait ça… », insistait Jaime.
« … J'aurai péri dans un énième combat, ou autrement, durant la cinquième saison de cette série ! », soupira Bran, qui commençait à perdre patience.
« Tiens, au fait, vous étiez où durant la cinquième saison ? », lui demanda Jaime.
« Je passais mon bac. »
« Vraiment ? »
« Presque : je me suis fait toute l'histoire des Sept Royaumes hors champ. »
Tant d'efforts, et aucun n'a été retenu au montage ! Snif ! Je me suis fait manipuler par les show-runners !
« Oh ! C'était bien, vous étiez en planque, alors… »
Bran lui jeta un regard noir : « Toute l'histoire des Sept Royaumes… », insista-t-il.
« Ah ? Oui, d'accord, ça devait être horrible ! », concéda Jaime, qui à cet âge esquivait ses leçons pour aller plonger du haut des falaises, avant de revenir à la charge : « Mais… vous comprenez, maintenant que vous êtes un homme… »
« Je ne suis pas un homme, je suis la Corneille à trois yeux. »
Jaime regarda Bran, dubitatif. Un corbeau croassa.
Bran était devenu un homme, à présent. Et comme tout homme qui se respecte, il avait pris pour modèle son père : ne pas parler, ne rien expliquer, on croit qu'on a la classe alors qu'en fait personne ne comprend où vous allez.
Mais peu importe ! Jaime avait besoin de s'épancher, de se faire absoudre : « Je devais protéger ma sœur et nos enfants ! »
« Les choses qu'on fait par amour… », murmura Bran, qui au fond de lui, n'aimait plus personne.
« Les choses qu'on fait par amour… », répéta Jaime, tandis que la neige commençait à tomber autour d'eux.
« Mais nous n'allons pas épiloguer plus longtemps », déclara soudain Bran, qui se disait qu'il lui faudrait mettre un terme à cet entretien, vu que le Lannister n'avait pas l'air prêt à débarrasser le plancher. « Ça n'en a pas l'air comme ça, mais si on se met à parler de votre sœur entre hommes, cette série va finir au test de Bechdel transgenré ! »
« J'imagine que ça sera toujours moins grave qu'affronter l'Armée des Morts… », dit Jaime.
Et un point pour Jaime !
Bran soupira. Il pouvait voyager en fermant les yeux, mais il ne pouvait pas déplacer son fauteuil tout seul.
Alors, il se retrouva à écouter Jaime lui parler de sa sœur. Cela dura un épisode entier.
