Gays of thrones
Chapitre 75
L'invité surprise
L'Armée des Morts avait franchi le Mur. L'inconcevable s'était produit. Quand Bran annonça la nouvelle, ce fut la consternation générale.
« Mais… C'est impossible, dit Jon, le Mur était conçu pour arrêter les Morts… Comment cela s'est-il fait ? »
« Le plus naturellement du monde, répondit Bran, le dragon a soufflé sur le Mur, et celui-ci s'est effondré, comme la maison des trois petits cochons. »
A ces mots, Brandon jeta à Daenerys et Tyrion un regard des plus significatifs.
« Bon, ça arrive, les erreurs stratégiques… », marmonna Tyrion.
« Le problème, c'est que vous ne faites que ça depuis deux saisons ! », lui répondit sa reine.
« Le dragon au-delà du Mur, ce n'était pas mon idée ! »
« Ça n'est pas le moment de se renvoyer la balle ! », intervint Jon. « Nous devons nous organiser pour faire face. »
« Jon, place-moi dans le Bois Sacré, dit Bran, c'est encore là que je te serai le plus utile. »
« Tu vois mieux sous les barrals ? », demanda son frère.
« Je pense que c'est là que veut aller le Roi de la Nuit. »
« Pourquoi donc ? »
« Je pense qu'il vient pour me chercher… »
« Ah ? Il ne veut pas tous nous tuer ? », s'étonna Jaime.
« Je ne sais pas… », dit Jon.
« Ça, on s'en doutait, merci ! », râla Daenerys.
« Moi non plus, à vrai dire, fit Bran, c'est juste une impression… »
« Ben, on peut la vérifier, intervint Jaime, on n'a qu'à vous placer seul à l'extérieur des murailles, et si c'est bien vous que le Roi de la Nuit vient chercher, il n'aura qu'à vous cueillir et repartir ! »
Bran resta coi.
« On ne peut pas faire ça ! C'est notre frère ! », dit Jon.
« Pas vraiment… », marmonna Daenerys.
« Sauver votre frère, ou sauver le Nord, il va falloir choisir ! », répondit Jaime.
Allez, pour une fois que ce n'est pas moi qui me prends des dilemmes impossibles !
Bien sûr, les choses qu'on fait par amour prirent le dessus, et on décida de sacrifier des milliers de vies pour sauver Brandon Stark.
« Pffff, même moi, je ne l'aurais pas fait ! », persiffla Jaime.
« On n'est plus à ça près, lança Sansa, c'est ce qu'on fait depuis huit saisons ! »
Elle aurait fait n'importe quoi pour se débarrasser des armées de Daenerys qui dévoraient les réserves qu'elle s'était donné tant de mal à constituer. Crever de faim ou se faire tuer par des zombies, ça revenait au même, autant choisir le moyen le plus expéditif.
Pendant que l'on s'activait à Winterfell, la Garde de Nuit, alertée par corbeau, se mit en branle. Depuis qu'il était devenu Lord-Commandant, Eddison Tallett dépérissait. Bon, il déprimait depuis sa venue au monde, car Ed était un être extra-lucide qui avait compris, à peine sorti du ventre de sa mère, qu'il était voué à mourir. Le fait que sa nourrice ait oublié de lui donner le sein à deux ou trois reprises, ou qu'elle l'ait laissé tomber du haut d'une falaise du Val d'Arryn avait sûrement contribué à la vision pessimiste qu'Ed nourrissait de la vie. Par la suite, ayant compris qu'il était homosexuel, il avait demandé à son père de l'envoyer dans un lieu où il pourrait, potentiellement, faire des rencontres en rapport avec ses inclinations, à savoir la Garde de Nuit. Hélas, il s'y prit un râteau de Jon Snow. La seule chose qui maintenait Ed en vie, c'était la certitude que les Sept Enfers n'étaient pas plus attrayants que la vie terrestre. Bref, que du bonheur. Mais, pour une fois, l'ambiance à Winterfell était telle que l'arrivée d'Ed-la-Douleur fut saluée comme la venue du Messie.
« Alléluia ! », s'écria Jon en le serrant dans ses bras. « Voilà des bras utiles ! »
Sa sœur, en retrait, fit le calcul, et estima en son for intérieur que, vu leurs réserves, il allait falloir espérer que l'Armée des Morts ne traînât pas trop… Non que Sansa fût hostile au fait d'avoir plus d'hommes pour flanquer la pâtée à un adversaire, au contraire, c'était la seule chose qu'elle entendait à la stratégie militaire, mais là, c'était elle qui gérait l'intendance : s'ils étaient défaits à cause d'une famine, elle en serait responsable, et même si personne ne serait plus là pour le lui reprocher, cette idée ne passait pas.
Ed, quant à lui, s'attarda longuement dans les bras de Jon, qui par charité le laissa faire, même si, au bout d'un moment, il fallut bien qu'il retournât à ses affaires. Il plaça ses hommes, leur donna ses instructions : « Soldats, mangez vos victuailles avec appétit, car nous dînerons en Enfer ce soir ! ».
« Pas vraiment, fit une voix derrière lui, l'Enfer est plutôt ce qui nous attend ici-bas ! »
Ed sursauta, et se retourna : il reconnut Samwell Tarly. Sam avait grossi depuis qu'il avait quitté Château-Noir, apparemment ça nourrissait bien la Citadelle, mais peu importe : oubliées, les jalousies, Ed le prit dans ses bras, Samwell en jouit et s'en réjouit (c'était gratuit).
« Bon, fit Ed en faisant le tour de ses hommes disposés le long des remparts, c'est donc là que devrait arriver l'Armée des Morts ? »
« En effet, répondit Samwell. Heureux que vous ne les ayez pas rencontrés en chemin ! »
« Mouais… »
Ed restait circonspect.
« Sam… la plaine est plongée dans l'obscurité. Comment on fait pour savoir si l'ennemi arrive ? »
« On ne sait pas, répondit Sam. C'est Jon qui est aux commandes… »
« Je vois… On est foutus, en fait ! »
« En l'occurrence, foutu ne s'applique pas à ton cas ! », lâcha Samwell.
Ed le regarda. Sam rit, puis, voyant que sa blague ne faisait rire que lui, vu que dans cette fanfic, Jon n'était pas avec lui pour se moquer, rougit, et fit son petit sourire niais pour essayer d'amadouer Ed.
« Oh, ça va, dis quelque chose ! », le supplia-t-il.
« Va te faire foutre ! », grogna Ed.
« Je veux bien, mais par qui ? »
« Ah tiens, les affaires ne vont pas mieux de ton côté en fait ? »
Sam commença alors à raconter à Ed qu'après sa rupture avec Jon, il s'était langui à la Citadelle, où il n'y avait que des vieux, avant de rencontrer Jorah Mormont, qui avait préféré servir la reine qui avait tué son père et son frère.
« Ah ouais… C'est du lourd ! », concéda Ed. « Un peu comme toi ! »
« Oh non ! La grossophobie, c'est passé de mode ! »
« Pas l'humour noir de la Garde de Nuit… »
Ed réfléchit un instant, puis dit : « Et si on envoyait tout paître et qu'on se mettait ensemble ? »
« Pardon ? »
Sam ne s'était pas attendu à celle-là.
« Songes-y, Sam : on a des vies pourries, personne ne nous aime, on va crever salement, alors si on pouvait se faire une dernière nuit, allons-y ! »
« Ma foi… »
« Ouais, enfin, songe pas trop longtemps, non plus ! On a un temps limité… »
« J'agrée cette idée ! »
« Euh… ça veut dire quoi, déjà, agréer ? »
« C'est d'accord ! »
« Ah ! »
« Je l'ai lu dans… »
« Je sais. »
« … un dictionnaire. »
« Je ne sais pas ce que c'est. »
« Un livre qui recense tous les mots qui existent. »
« Ah ? On a du parchemin à gaspiller pour ça ? »
« C'est très utile d'avoir du vocabulaire. La preuve : on peut agréer un plan cul. »
Sam lança à son compagnon un regard lourd de sens, mais ce dernier était un peu épais.
Ils restèrent un instant, silencieux, sur le chemin de ronde.
« Bon, demanda Ed, on s'encule ou on s'encule ? »
« Comment ça ? », sursauta Sam.
« C'est une expression ! », soupira Ed, « et celle-là, tu ne la trouveras dans aucun livre ! Je te demande juste si on va dans la guérite ou si on attend la Mort comme deux empotés ? »
« C'est vrai que la guérite, c'est un peu plus intime que le chemin de ronde ! », concéda Sam en lui emboîtant le pas.
Arrivés dans le petit abri à l'angle du chemin de ronde, les deux hommes se firent face. Ils se regardèrent un instant, indécis, puis Sam prit l'initiative d'enlever ses propres vêtements. Ed l'imita.
« Euh… à toi l'honneur ! », fit Ed en se grattant ce qui lui restait de cheveux.
Sam commença à le caresser, à l'embrasser, mais, constatant qu'Ed n'était pas très réactif, lui demanda si tout allait bien.
« Euh… Oui. »
« Ça te plaît ? »
« Oui… »
« Ça ne se sent pas, du coup j'ai des doutes... »
Ed rougit, baissa le nez, puis avoua la vérité : faute d'avoir eu de la chance dans sa vie, il n'avait jamais eu d'amant. VDM, quand tu nous tiens…
« Oh ! », fit Sam. « C'est ta première fois ? »
« Et la dernière, à mon avis… »
« Mais… C'est très émouvant ! »
« Ah oui ? Je suis Lord-Commandant de la Garde de Nuit et je suis puceau, ça te touche ? Moi, je trouve ça ridicule… »
Mais Sam, qui était un garçon fort sage, n'écouta pas davantage les jérémiades d'Ed, autrement il l'aurait laissé en plan. Comme son cœur débordait d'amour et ses sacoches de semence, il entreprit d'astiquer la lame d'Ed : les jérémiades cédèrent la place à des gémissements. Alors que Sam suçait son saucisson, Eddison ne put s'empêcher de lui demander si le bruit qu'il faisait ne le dérangeait pas. Pour toute réponse, il se fit retourner et plaquer contre le mur de pierres froides.
« Là, tu vas pouvoir crier ! », murmura Sam.
Ce fut en effet une déflagration. Le bélier de Samwell lui défonça le tunnel, avant d'envoyer une avalanche qui serait la seule trace de chaleur humaine qu'Ed allait recevoir de sa vie. Malheureusement, Sam n'étant pas ce qu'on fait de plus doué, Ed se retrouvait écrasé contre le mur gelé, et son bélier à lui se retrouva coincé entre deux pierres. Ed n'avait jamais connu de femme, mais il vivait l'expérience unique de pilonner du mortier. Un peu irritant mais pas pire qu'une syphilis. Les coups de boutoir de Sam se répercutaient dans son corps et dans le mur, ce qui fit trembler la guérite, et soudain, sans crier gare, la tête d'Eddison tomba, inanimée, sur l'épaule de son amant.
Samwell reprit son souffle, et caressant le visage d'Ed, réalisa qu'il saignait.
« Mince ! Qu'est-ce que j'ai fait ? »
Ce que tu as fait ? Mais tu as assommé ton amant, Samwell, rien de moins ! Ce n'était en effet pas l'éther du septième ciel qui avait endormi Ed, mais un méchant coup de crâne sur le mur. Sam allongea le corps de son ami, entreprit de se rhabiller, puis lui remit ses vêtements - qu'il n'attrape pas froid, si tant est qu'il se réveille…
Une fois son forfait accompli, Samwell Tarly reprit son poste, l'air de rien, sur le chemin de ronde. Le calme ne dura pas : des flambeaux s'allumèrent soudain aux pieds des murailles, et il vit, non sans terreur, la masse sombre et silencieuse de l'Armée des Morts qui les guettait, sur la plaine de Winterfell.
Elle était arrivée, en silence, la Flamme qui venait du froid.
Stoïque et laconique, à son habitude, Melissandre d'Asshaï faisait avancer sa monture au pas, prenant le temps de contempler les hauts murs de Winterfell, l'antique cité des Stark.
« J'en aurais fait, du tourisme, dans ma vie, songea-t-elle, mais quand même, on ne s'en lasse pas… »
Elle baissa les yeux : Ver-Gris, le capitaine des Immaculés, la regardait de son habituel regard noir.
« Valar Morghulis. », lui dit Melissandre.
« Valar Dohaeris. », répondit Ver-Gris.
C'est sympa, comme façon de se saluer, quand on y pense : il y a des gens qui se disent "bonjour", « bonne journée », ou « salut », alias « bonne santé », d'autres qui disent « salam (aleykoum) », alias « la paix soit sur toi », eux, ils se disent : « Tu vas mourir. » « Oui, mais avant, je vais servir. » Non vraiment, rien à redire !
« Vous ici ! »
Ça, comme manière de saluer, ce n'est pas mal non plus, on se sent tout de suite la bienvenue… De fait, Melissandre savait qu'elle ne serait pas bienvenue à Winterfell, mais peu lui en chalait désormais. Ser Davos, puisque c'était lui qui l'abordait ainsi, ne l'impressionnait pas.
« Vous osez revenir ! »
« Oui, et je suis bien aise d'être à l'heure pour la grande bataille… »
« Ah ? Parce que vous comptez participer ? Voilà qui est nouveau ! »
« Je combattrai du côté des vivants, et ce n'est pas vous qui allez m'en empêcher. »
« Jon Snow vous a condamnée pour le meurtre de la princesse Shireen… »
« Allons, allons ! Jon Snow a besoin de tous les combattants disponibles. Quant à moi, inutile de vous tracassez, Ser Davos : je serai morte demain à l'aube ! »
Son aplomb laissa Davos sans voix. Mais Melissandre n'en avait pas terminé : saisissant la lame d'un Dothraki, elle murmura quelque formule rituelle, et aussitôt, toutes les lames de l'armée des Dothrakis s'illuminèrent.
« Voyez comme cela est beau, Davos, fit Melissandre, de vrais feux d'artifices ! »
Jamais expression n'eut tant sis à un personnage !
Davos tourna son regard vers la plaine : « Mouais, grogna-t-il, et si vous voulez mon avis, les animations ne font que commencer ! »
