Sakura

La séance d'hier et de ce matin n'ont rien donné. Daisuke est perplexe et même s'il ne dit rien je sais qu'il a remarqué que je n'étais pas motivée. Mes forces m'ont abandonnées. Je n'arrive plus à supporter mon propre corps. Cela m'attriste de voir dans le regard de mes soignants qu'ils ont de la peine pour moi. Je n'aime pas que l'on ait pitié de moi. Je déteste cela mais je n'arrive pas à trouver l'enthousiasme des premiers jours.

Écoute Sakura. Je sais que tu es découragée mais ne t'en fais pas ! Nous prendrons le temps qu'il faudra. La vie n'est pas en ligne droite, tu le sais bien. Shizune m'a dit que tu avais retrouvé toute ta mémoire. Ça fait beaucoup à encaisser ma belle !

Je suis désolée Daisuke ! Tu te démènes pour moi et je suis incapable de faire ce que tu me dis !

Sakura ! Arrête de dire des bêtises pareilles ! Je suis peut-être exigeant avec toi mais parce que je crois en toi ! Allez. Demain ça ira mieux. Et si demain c'est pareil, nous persévérons encore !

Je suis touchée par tant de sollicitude. Mais je ne peux m'empêcher de me sentir coupable de les inquiéter.
J'attends Yuki qui doit me conduire à mon prochain entretien. Je me demande qui est cette personne qui doit m'aider. Shizune est pourtant l'une des meilleures psychiatres du pays.

Me voilà ma petite Sakura ! Shizune m'a demandée de te conduire dans la salle d'observation pour ton prochain rendez-vous.

Tu sais qui est la personne qui doit me rencontrer ?

J'aimerai bien te répondre mais Shizune maintient ça secret ! Ça serait essentiel pour toi ma jolie fleur !

Hmm... je suis un peu angoissée. Je n'aime pas de ne pas savoir où je vais et avec qui ...

Je sais ma belle. Mais ce sont peut-être tes anciennes collègues du club ?!

Ah oui. Je n'y avais pas pensé mais les filles sont elles encore toutes là bas. J'ignore qu'elle est la durée moyenne d'une angel's avant qu'elle ne change de voie.

Je m'interroge aussi pourquoi je vais dans la salle d'observation. L'autre jour aussi, ma séance avec Shizune avait eu lieu là bas. Je sais que cette salle possède une vitre sans teint et qu'elle est reliée à une autre salle qui sert justement d'observation. On l'utilise beaucoup avec les enfants pour étudier leur comportement.

Malgré ce détail, cette salle est magnifique et très agréable. Elle donne vue sur une partie du domaine et le jardin est une source d'apaisement. Yuki me dépose face à la baie vitrée et dos à la porte.

Tu peux te lever bien entendu, mais Daisuke m'a prévenu que tu étais un peu fatiguée ces derniers jours. Ne va pas te casser une jambe ! Me dit l'infirmière en un clin d'œil.

Je ricane ! C'est une évidence. Je ne vais pas être imprudente et me retrouver de nouveau dans le plâtre !
Je laisse mon regard voguer vers le jardin. J'essaye de faire le vide dans mon esprit, chassant mes angoisses. Mais depuis que j'ai retrouvé toute ma mémoire et depuis que j'ai relu mes pages de journal, je n'arrive de nouveau plus à m'ôter son visage de mon esprit.

Je ne peux pas dire que je l'aime encore. L'ai-je aimé comme je le prétends ? L'ai-je vraiment cerné ?

Je soupire. De lassitude. De frustration. De curiosité vaine.

J'aurai aimé apprendre à le connaître. S'il m'avait laissée faire, j'aurai aimé mieux le connaître que de me contenter de ses émotions à travers ses pupilles.

Au final que sais-je de lui ? Rien.

Je sursaute alors quand je sens une main se poser doucement sur mon épaule.

Bonjour Sakura.

Cette voix.

Impossible : lit-il dans mes pensées maintenant ?!

Je tremble de peur. Je ne veux pas me retourner.

Je ne veux pas le voir. Je...


Sasuke

Je fais les 100 pas dans mon salon. Attendant l'heure de ma première rencontre officielle avec Sakura.

Sasuke ! Tu peux arrêter de faire ça ! J'ai le tournis ! Quelle galère ! Me lance le Nara en soufflant.

Désolé mec. Mais j'ai tellement peur de sa réaction ! J'ai imaginé tout un tas de possibilités mais aucune ne se réalisera ! Je...

Oooh Sasuke ! Respire. Ça se trouve ça va très bien se passer et dis toi que c'est pour l'aider que tu fais ça ! Si c'est ta priorité, elle s'en rendra compte !

Hn.

Je suis content d'avoir appelé les gars. Bon, seul Shikamaru a pu venir ce matin mais je sais que les autres me soutiennent ! Naruto m'a envoyé un message depuis la station balnéaire où il est avec son épouse. Il aurait pu s'abstenir de prendre sa photo alors qu'il était sur sa table de massage mais ça a eu le mérite de me faire sourire !

Tu veux que je te dépose ?!

Non c'est bon. Merci Shika pour ...

C'est bon ! N'en dis pas plus Sasuke. Je sais ! Dit il en se grattant l'arrière de la tête par gêne.

On se tape dans la main en sortant de la maison et je monte dans ma voiture : direction le centre. Sakura me voilà.

Hinae, la dame de l'accueil est moins froide avec moi. A croire qu'elle commence à saisir que je tiens sincèrement à la rose et sa convalescence.

Bonjour Mr Uchiha. Le docteur Shizune vous attend dans la salle à côté de la salle d'observation.

Bien. Merci Hinae. En lui adressant un sourire sincère. Oops. Il doit être un peu trop séducteur car je la vois rougir. Pourtant je n'ai pas eu d'arrières pensées en la remerciant. Je ne pourrai pas empêcher les gens et les femmes de me trouver séduisant, même si maintenant ce n'est plus une priorité pour moi.

Je me dirige alors vers la salle en question où le médecin ainsi qu'un homme d'un certain âge sont déjà là.

Mr Uchiha. Bonjour. Je vous présente Daisuke, le kinésithérapeute personnel de Sakura. Nous vous observerons depuis cette salle. Sakura sait qu'elle existe donc elle devrait se douter que je suis là. Vous sentez-vous prêt ?

Je salue d'un mouvement de tête les deux individus : Prêt à tout pour lui redonner confiance en elle et en la vie.

Bien. Vous n'êtes pas trop nerveux ? ça va ? me demande l'homme avec une pointe d'inquiétude dans la voix.

Evidemment que je suis nerveux. Mais je sais très bien contrôler mes émotions. Depuis trop longtemps je pratique un contrôle parfait de moi-même. Mais je dois admettre que maintenant que je suis là, à quelques minutes de relever ce défi qui m'est offert, je sens gagner en moi un certain inconfort à ne pas maîtriser ce qui va se produire de l'autre côté. Mais je garde en tête l'objectif premier.

Qui est ? demande le médecin

Que Sakura se rende compte qu'elle est une femme merveilleuse et que sa place n'est pas dans ce centre en tant que patiente mais en tant que soignante. Et qu'elle doit vivre, non pas pour les autres mais pour elle-même.

Tout en parlant, nous voyons la rose entrer en compagnie de son infirmière. Elle semble fatiguée. Je n'aime pas ça et j'espère qu'elle n'est pas déjà en train de sombrer à nouveau dans ses noires pensées. Je fronce les sourcils en l'observant discuter avec l'infirmière qui ne tarde pas à la laisser seule. Sakura se positionne devant la baie vitrée où elle noie son regard dans la végétation du parc s'étalant devant elle.

J'inspire profondément et me dirige alors vers l'autre salle. Chance pour moi, la porte n'a pas été enclenchée et du coup, Sakura ne m'entend pas rentrer. Je m'approche lentement d'elle et finis par poser une main sur son épaule. Le geste la fait sursauter.

Bonjour Sakura. dis-je d'une voix neutre pour ne pas l'effrayer. Je sens alors tout son corps se tendre et se raidir. Impossible qu'elle ne m'est pas reconnu. Je dégage ma main de son épaule et me saisis des poignées du fauteuil afin de la faire se tourner vers moi. Lorsque je contourne le siège et me place devant elle, m'accroupissant pour être à sa hauteur, mon coeur se serre de voir l'expression de douleur qui s'affiche sur son si beau visage. Elle ferme les yeux, comme pour se convaincre que je ne suis pas là.

Je savais que ça ne serait pas facile. Je ne dois pas flancher, même si j'ai très envie de la secouer pour la forcer à ouvrir les yeux. Je ne dois pas la brusquer et surtout pas me comporter comme un idiot. Cette expérience va m'apprendre la patience je le crains.

Je pose alors le plus délicatement ma main sur les siennes qu'elle tient crispées sur sa jupe qu'elle est en train de froisser tant elle est angoissée. Le contact de nos peaux électrifient nos corps et lui fait ouvrir les yeux brutalement. Je suis horrifié par ce que je lis dans son regard : elle est tétanisée, apeurée comme si j'allais lui faire du mal. Elle retire brutalement ses mains des miennes et attrapent les roues de son fauteuil pour s'éloigner de moi. Je me relève et la suis du regard. Sakura se plante devant la vitre sans teint : elle sait pertinemment qu'elle est observée.

SHIZUNE ! Ne me faites pas ça ! Ne me laissez pas avec lui ! Je vous en supplie ! Je veux retourner dans ma chambre ! sanglote-t-elle, la voix brisée.

Mon coeur est serré dans ma poitrine. Le pire scénario envisagé se produit sous mes yeux et je me sens impuissant. Je sais qu'avant j'aurai baissé les bras et tourné les talons. Mais plus maintenant. Pas pour elle. Elle est en train de frapper mollement la vitre, espérant que les personnes de l'autre côté viennent la sortir de ce cauchemar que j'imagine qu'elle estime vivre injustement.

Je prends une grande inspiration et je me rapproche d'elle, la tournant de nouveau vers moi. Elle me fuit du regard. Je ne m'en offusque pas. Je vais pour lui reprendre la main afin qu'elle se décide à me regarder pour qu'elle m'écoute, mais elle évite encore une fois le contact et me surprend à se lever. Par réflexe, je me recule et lui laisse un peu d'espace pour se dégager du fauteuil. Elle fait quelques pas en direction de la porte pour m'échapper mais je remarque qu'elle chancelle et je comprends qu'elle n'a pas assez de force pour rester longtemps debout. Je me déplace rapidement et avant qu'elle ne s'écroule au sol dans un cri, je la rattrape en la serrant tout contre moi.

Sakura, je t'en prie. Ecoute-moi.

Elle sanglote contre ma chemise et hoche négativement de la tête. Je suis désespéré, mais je serre les dents. Je n'abandonnerai pas. Je ne l'abandonnerai pas à ce désespoir. La position n'est pas des plus confortables et j'arrive à la soulever et à la porter jusqu'au canapé présent dans la salle afin de l'installer. Elle se recroqueville sur elle-même, les jambes contre son torse mais étrangement, sa tête est toujours posée contre mon torse. Je passe mes bras autour de ses épaules afin de lui apporter un peu de chaleur. Je ne dis rien. Elle non plus. Je pense qu'il vaut mieux laisser passer ce moment avant de parler.

A suivre