Cette histoire est dédiée à Julie et Nathanaël.


~Chapitre 32 :

Le chemin des ténèbres.

Le jour se levait sur le campement, Gabrielle se tenait droite face à l'immensité de la plaine qui se dessinait à ses pieds. L'armée du Rohan, beaucoup moins nombreuse que ce que le Roi Théoden espérait. Soupirant, elle eut un frisson, elle ferma un instant les yeux et laissa le silence de l'aube l'envahir. Quand elle les rouvrit, une présence familière était à ses côtés.

« Nous allons partir en éclaireurs, l'armée et ses dirigeants nous rejoindront forcément en route. »

Tournant son regard, elle croisa les iris grises d'Haldir.

« Très bien, je vous suis, je suis prête. »

Il passa un bras au niveau de sa taille.

« Tu en es sûre ? Tu sembles encore fatiguée. Nous pouvons chevaucher avec eux aussi. »

Elle l'arrêta en posant un doigt sur ses lèvres.

« Je serai toujours fatiguée. »

Un de ses bras s'enroula à son tour autour de sa taille.

« Nous partirons en éclaireurs, c'est un bon choix. » Puis elle se laissa aller contre lui.

Haldir n'aurait su décrire ce qu'il ressentait. Alors qu'il la serrait contre son cœur, qu'elle était si proche, il la sentait pourtant s'éloigner de lui. Et cela il ne pouvait se l'expliquer. Les paroles de son Seigneur lui revinrent en mémoire :

« Si elle sombre, il te faudra être fort pour deux. »

A ce souvenir, il accentua son étreinte. Ils furent tirés de ce moment par Elinë.

« Si nous voulons partir, c'est maintenant. »

Ils se séparèrent à regret après avoir échangé un rapide baisé. Tout trois se dirigèrent vers leurs montures. En chemin, Gabrielle aperçut Eowyn qui se trouvait de dos. S'excusant un moment, elle se dirigea vers elle sous les regards de ses compagnons qui finirent par la laisser.

Arrivée à la hauteur de la princesse, Gabrielle posa une main sur son épaule. De surprise, Eowyn se retourna brusquement, faisant ainsi apparaître un visage ravagé par un chagrin muet, ses yeux n'exprimant plus rien. Voir la princesse ainsi serra le cœur de Gabrielle, elle leva une de ses mains sur une de ces joues.

« Rien n'arrive sans raison Eowyn. » Murmura-t-elle.

La princesse ferma les yeux.

« Quelque part un cœur pur t'attend. Regarde-moi. »

La Rohirrim rouvrit les yeux, Gabrielle posa alors ses mains sur ses épaules et plongea son regard dans le sien.

« Je ne suis pas en mesure de t'interdire quoi que ce soit, mais je veux que tu me fasses une promesse… »

Les yeux de la princesse s'agrandirent à ces mots, surpris des paroles tenues par Gabrielle.

« Je ne peux rien vous garantir… Souffla-t-elle.

- Eowyn… » Reprit Gabrielle. « … Promets-moi de ne rien faire d'irréfléchi. Des gens t'aiment et t'apprécient. Ne fais rien d'irraisonné. »

Les deux jeunes femmes s'affrontèrent du regard. Le silence s'installa et au bout de quelques minutes, la princesse articula :

« Je vais essayer… »

Sans attendre un autre mot, Gabrielle prit contre elle la princesse qui ne s'échappa pas à cette étreinte. Elles restèrent ainsi un moment avant que Gabrielle ne se détache.

« Je dois y aller. Mon cœur me dit que nous nous reverrons Eowyn. Alors ceci n'est pas un adieu. »

Elle embrassa le front d'Eowyn.

«… Prends soin de toi princesse. »

Cette dernière voulut répondre mais déjà Gabrielle avait disparu. Et c'est la mort dans l'âme, les larmes glissant sur ses joues, qu'elle s'éloigna.

Gabrielle rejoignit Haldir et Elinë qui étaient déjà en selle. Près de leurs montures se tenaient Eomer et Théoden. Elle s'approcha et ils se saluèrent mutuellement.

« Tout est en ordre, nous nous revoyons donc sur le chemin. » Fit Théoden.

Gabrielle hocha la tête, Eomer s'approcha d'elle et lui tendit une main.

« Faites attention et surtout ne perdez pas de vue votre lame. »

A cette remarque, elle eut un sourire et serra la main du Rohirrim. Puis ce fut le tour de Théoden.

« Il ne tiendrait qu'à moi, Demoiselle Gabrielle, que vous resteriez avec Eowyn. Mais je n'ai aucun pouvoir sur vous. Je suis rassuré sur un point, c'est que vous êtes bien entourée. »

Il eut alors à son encontre un geste paternel, il lui prit son visage en coupole et embrassa son front.

« Prenez garde à vous jeune Gabrielle. »

Elle offrit à ce roi un magnifique sourire. Il l'aida à grimper sur sa monture puis il les salua tous.

« Je ne vous dis pas adieu mais juste au revoir. Soyez tous trois prudents, nous nous verrons sur la route. »

Haldir éperonna sa monture, suivi d'Elinë. Gabrielle lui jeta un dernier regard et lui fit un signe de la main. Pourquoi cette drôle de sensation l'envahit-elle tout d'un coup ? Un pressentiment qu'elle ne le reverrait pas… Secouant la tête, elle éperonna à son tour son cheval et partit au galop, à la suite de ses compagnons.

Théoden les regarda s'éloigner, lui aussi pris d'une soudaine hésitation.

oO§Oo

Ils ne voulurent pas perdre de temps. Une fois le campement de l'armée dépassé, Haldir fit halte et s'exprima d'une façon très autoritaire. Ce qui avait fait manquer d'éclater de rire les deux femmes elfes.

« Nous chevaucherons le plus rapidement possible ! Nos montures étant elfiques, il sera très facile de mettre suffisamment de distance afin de mieux leur ouvrir le passage. Nous ne ferons pas de halte avant la tombée de la nuit ! »

Gabrielle le regarda avec surprise avant de lui dire :

« Dis-moi, c'est ainsi que tu parlais à tes hommes ? »

Elinë comprit où son amie voulait en venir et se mordit la lèvre pour ne pas rire. Un instant déstabilisé, Haldir répondit :

« Et bien, oui pourquoi ? »

Haussant les épaules, Gabrielle répondit laconiquement :

« Je comprends alors cette réputation que tu avais mon cher Gardien ! »

Le ton de la voix de l'elfine était clairement ironique, Elinë ne put se retenir plus longtemps et éclata de rire, suivie de près par Gabrielle. Haldir fut décontenancé avant de se joindre à elle.

« Bon d'accord, je ne parlerai plus façon capitaine à ses hommes ! Lâcha-t-il.

- Je crois que cela est préférable, mon cher Haldir » Répliqua Elinë.

Gabrielle se calma et les regarda successivement. Leur faisant un clin d'œil, elle éperonna sa monture et passa devant eux. Haldir se permit alors de parler franchement à Elinë :

« Son comportement est étrange, non ? »

Cette dernière fut surprise de cette remarque, ils refirent partir leurs montures.

« Comment étrange ? Une chose vous gêne ? »

Le sentiment que ressentait Haldir était encore bien présent, bien ancré en lui. Devant eux Gabrielle galopait.

« Je ne saurais vous dire quoi, mais oui… Une chose me gêne. »

Elinë tourna son regard sur l'elfe et put voir ses iris voilés d'inquiétude.

« Vous a-t-elle parlé cette nuit ? »

Ce dernier hocha négativement la tête.

« Elle m'a juste dit qu'elle avait vu Varda. Qu'elle le combattrait car elle savait à présent que je serais toujours près d'elle, mais… »

Elinë continua :

« Mais une chose vous inquiète, vous n'arrivez pas à vous sortir de l'esprit les paroles du Seigneur Celeborn, n'est-ce pas ? »

Haldir tourna la tête :

« Comment le savez-vous ?

- Parce qu'elles me hantent moi aussi. Rejoignons-la. Après tout, vous avez dit qu'il fallait ne pas traîner. »

Elinë éperonna sa monture et après un soupir Haldir en fit de même. Ils furent rapidement à la hauteur de Gabrielle et ensemble ils chevauchèrent durant tout le reste de la journée.

oO§Oo

Les premières ombres de la nuit se dessinaient dans le ciel quand ils stoppèrent. L'endroit était visiblement calme. Descendant de son cheval, Gabrielle regarda autour d'elle et frissonna. Elle se sentait étrange, de toute la journée aucune vision ne lui était apparue. Alors qu'Elinë se mit à la recherche de bois, Haldir s'approcha d'elle.

« Tout va bien ? »

Gabrielle se réfugia dans les bras qu'il avait ouverts.

« Je crois oui, j'en ai pas eues de la journée alors je me sens un peu bizarre. »

Il ne rajouta rien et la serra contre lui.

« Dans combien de temps arriverons-nous à la Cité Blanche ? » Questionna-t-elle doucement.

Haldir se mit à lui caresser les cheveux.

« Je dirais trois journées si nous chevauchons comme aujourd'hui. Il se peut que nous arrivions avant l'armée. Dans ce cas-là, il faudra l'attendre car seul nous n'avons aucune chance. »

Elinë revint avec du bois et alluma un bon feu.

« Gabrielle ? »

Cette dernière rouvrit les yeux à l'intonation de la voix d'Haldir. Elle se détacha de lui et plongea son regard dans le sien.

« Oui ? »

Ce dernier prit son visage dans ses mains et demanda doucement :

« Tu me le dirais, n'est-ce pas ? »

Surprise, Gabrielle fronça les yeux.

« De quoi donc ? »

Il lui caressa une de ses joues.

« Si quelque chose n'allait pas, tu me le dirais, n'est ce pas ? »

Pour toute réponse elle se blottit contre lui, il referma sur elle ses bras.

« Tu serais le premier à le savoir. » Souffla-t-elle, la tête enfouie dans sa tunique.

Ils se séparèrent et finirent par rejoindre Elinë qui s'était assise près du feu. Tout deux en firent de même et Haldir prit Gabrielle contre lui, ne la lâchant pas. La soirée passa, ils se restaurèrent et dans les bras de son cher gardien, l'elfine sombra rapidement. Elinë prit le premier tour de garde et s'éloigna, les laissant seuls. Il se mit alors à caresser avec tendresse les cheveux de sa belle endormie en chantonnant une douce mélodie.

oO§Oo

Les deux jours qui suivirent furent semblables, ils chevauchaient rapidement et de ce fait, ils avaient fait une grande partie du chemin. Les deux elfes passaient beaucoup de temps à surveiller Gabrielle qui adoptait un comportement étrange depuis leur départ du premier camp. Ils s'arrêtèrent le soir du deuxième jour à l'orée d'une petite forêt.

« Nous pouvons attendre l'armée ici, si nous continuons notre allure, demain nous sommes à la Cité. » Déclara Haldir.

Elinë opina et descendit de sa monture, Gabrielle en fit de même et s'éloigna en direction de la forêt.

« Petite elfe ? »

Gabrielle tressaillit, comme tirée de ses pensées. Elinë s'approcha d'elle alors qu'Haldir venait de stopper tout mouvement.

« Est-ce que tout va bien ? »

Elinë se tenait à présent face à Gabrielle, leurs yeux se rencontrèrent mais ceux de Gabrielle fuirent le regard inquisiteur de son amie. Elle ne dit rien et s'éloigna, laissant son amie inquiète rejointe par Haldir.

« Elle s'éloigne. Fit-il sombrement.

- Je ne comprends pas. Elle n'a pas eu de vision depuis trois jours, je le sais, elle passe des nuits sereines et ses journées ne semblent pas perturbées. Pourquoi cet éloignement ? Que se passe-t-il ? »

Le capitaine baissa la tête, ils restèrent ainsi avant de se diriger vers leurs chevaux afin de préparer le camp.

oO§Oo

A Imladris, Glorfindel attendait le retour de son Seigneur. Il savait que ce dernier devait faire une halte par la Lórien avant de revenir, donc il ne l'attendait pas avant une huitaine de jours où plus selon l'allure. Il se tenait debout face à la vallée qui abritait la Dernière Maison simple, il savait que non loin, dans une des chambres, veillée par Erestor, la Princesse Arwen de plus en plus faible, était allongée. Le dernier bilan qu'il avait eu n'était guère encourageant. Ce fut la voix de l'un de ces gardes qui le tira de ses sombres pensées.

« Seigneur Glorfindel ? »

Ce dernier se retourna pour faire face à Eressëa dont les traits étaient tirés, il l'invita d'un geste à passer dans la pièce à côté.

« Votre visage ne me dit rien de bon mon ami. Quelles sont les nouvelles ? »

Eressëa soupira :

« Elles ne sont pas bonnes mon Seigneur. »

Glorfindel ferma les yeux et la voix de son garde perça le silence de la pièce :

« Le groupe qui amenait la petite Rionna en Lórien a fait face à une attaque au niveau des Monts Brumeux. »

Le visage de Glorfindel se crispa alors qu'Eressëa ponctuait :

« … Mon Seigneur, il n'y a aucun survivant… Deux chevaux sont revenus et c'est ainsi que nous avons su… »

L'elfe put voir son Seigneur se retourner et se laisser tomber sur un fauteuil.

« Rionna ? »

Eressëa se rapprocha et répondit.

« Nous l'avons déposée sur un lit dans les maisons de guérisons ainsi que… »

Mais il s'arrêta quand il vit son Seigneur se prendre la tête dans ses mains. Il se sentit soudain lui aussi las et fatigué.

Glorfindel allait devoir prévenir la Lórien et son Seigneur et amèrement, il songea qu'il allait devoir mener le convoi avec la dépouille. Rionna… Il se rappela de cette petite, de son sourire, de cet air triste qu'elle avait eu au départ de Gabrielle, des paroles d'Elrond la concernant. Maudits orcs, maudite guerre qui faisait des victimes innocentes.

oO§Oo

Dans cette petite forêt, Gabrielle avait trouvé refuge près d'un petit coin d'eau. Assise, elle se passa un peu de ce liquide frais sur le visage.

« Pourquoi je me sens aussi étrange ? »

Elle soupira et observa son reflet dans le miroir d'eau.

« Je suis distante avec eux et pourtant j'ai besoin de leur présence. Mais pourquoi je me sens aussi bizarre ? »

Elle ferma les yeux et poussa un autre soupir. Elle se redressa avec pour objectif de s'excuser de son comportement. Elle fit un pas mais s'arrêta brusquement portant la main à ses tempes.

*Un corps…*

Elle s'appuya à un arbre.

*Une voix qui criait…

L'image d'Elrond qui répondait à sa question :

« Comment va Rionna ?

- Fidèle à elle-même Gabrielle, elle est retournée en Lórien. »*

Sous le poids de sa vision, Gabrielle dut fermer les yeux et se laisser glisser au sol. Et là, toute l'horreur des images la frappa, alors.

*Un groupe d'elfes avec en son centre une petite tête blonde. Cette dernière souriait alors que l'un d'entre eux lui parlait. Mais soudain, des orques sortirent de nulle part, tout se passa rapidement, les elfes se défendirent mais ils n'étaient pas assez nombreux… Certains orques succombaient, mais cela ne suffisait pas… Les bruits des corps transpercés, les cris et cette image qui s'imposa nette, limpide : le corps de Rionna perforé de coups d'épée, tombant au sol, le sang s'écoulant et formant une auréole autour d'elle. Ces yeux étaient grands ouverts et la terreur se lisait sur son visage…

« Il t'a menti… »

Cette voix raisonna au plus profond de son esprit, elle n'était pas comme les autres fois, plus profonde, plus attrayante, plus… Compatissante.

« Non… » Se défendit-elle, mais sa voix tremblait.

De nouveau, le corps de Rionna se dessina dans son esprit.

« Elle est morte ! Il t'a menti ! Il te disait qu'elle était en Lórien mais cela était faux ! Ouvre les yeux ! »

Gabrielle sentit son esprit faiblir, au fond d'elle-même son cœur semblait lui souffler que cette vision était réelle.

« Pas elle… » S'entendit-elle gémir.

Elle sembla s'éveiller mais se sentit étrange, elle se releva et commença à marcher, face à elle se matérialisa cette silhouette tant crainte, celle de Sauron tel qu'il aurait dû être. Ce dernier tendit une main vers elle.

« Rejoins-moi et tu ne souffriras plus, viens… »

Elle fit un pas vers lui mais soudain se retourna, elle vit alors que son propre corps était à présent étendu au sol, plus pâle que jamais. Elle ne voulait plus souffrir, elle ne voulait plus voir ceux qu'elle aimait partir…

« Viens vers moi et ensemble nous vivrons… »

Cette voix… Elle détacha son regard de son propre corps et le porta sur Sauron qui tendait encore sa main.

« Aie confiance, je ne désire pas te faire de mal… Je suis ta seule famille… Je ne t'ai jamais menti…Moi ! »

Son esprit ne voulait plus lutter, elle ferma les yeux et oublia tout… Quand elle les rouvrit, elle s'avança un peu plus vers lui, un sourire se dessina sur les lèvres du Seigneur Noir.

« Oui… Viens… »

Elle était à quelques centimètres de lui, il s'approcha et elle put sentir sa main sur son bras.

« Tu ne leur dois rien, ils t'ont menti ! »

Cette voix, ce visage si attirant…

« Tu as été manipulée comme ton père et ton grand père ! Partons, tu n'as rien à faire avec eux… »

Sans un mot et sans un regard, elle le suivit, le cœur brisé… Elle ne sentit plus rien, que le noir et le vide alors qu'elle s'enfonçait dans l'ombre irrémédiablement, suivant cette voix…*

Près du feu qu'il venait d'allumer, Haldir s'afférait à la préparation d'un maigre repas. Soudain, il se releva brusquement.

« Haldir ? » Interrogea Elinë « Tout va bien ? »

Ce dernier fronça les yeux et porta une main à son cœur. Le regard de Elinë se porta alors sur lui, elle le dévisagea un instant et il souffla :

« C'est comme si une âme venait de s'éteindre… Je l'ai sentie partir… »

Elinë se releva et se rapprocha, l'ancien capitaine regarda autour de lui, prit soudain de panique.

« Gabrielle ? Où est Gabrielle ?

- Dans la forêt, elle a dû partir se rafraîchir… Mais que… »

Elle n'eut pas le temps de répondre qu'Haldir s'engouffrait dans les bois. Elle se mit à lui courir derrière en l'entendant crier son prénom. Il la devança rapidement si bien qu'elle le perdit de vue. S'arrêtant pour essayer de deviner la direction prise, elle fut alertée par un cri :

« NONNNNNNNNNNNNNN ! »

Se remettant rapidement en route, elle parvint enfin à l'apercevoir mais stoppa net. Un poids tomba sur son cœur alors que ses yeux lui offraient un spectacle qu'elle n'aurait jamais souhaité voir. Elle reprit sa marche rapide et la vision s'agrandissait… Elle se mit à secouer la tête.

« Pas ça… »

Elle arriva près d'Haldir qui berçait le corps inanimé de Gabrielle dans ses bras. Des larmes coulaient le long de ses joues alors qu'il enfouissait son visage dans ses cheveux. Elinë se laissa tomber au sol les yeux rivés sur le corps inerte de son amie. Elle leva une main qui vint prendre une de celles de Gabrielle, elle constata la froideur de ce membre. Rapidement elle vérifia si elle était toujours en vie et constata qu'elle respirait encore mais si faiblement… Face à elle, Haldir la regardait, comme s'il espérait quelque chose… Alors Elinë tenta de pénétrer l'esprit de la jeune elfe, mais là, elle ne rencontra que le vide et le néant.

Rouvrant les yeux, elle croisa les iris gris et noyés de larmes d'Haldir. Ce dernier n'eut guère besoin de plus de parole, il serra un peu plus le corps de la femme qu'il aimait.

« Pas ce chemin… » Murmura-t-il.

Elinë sentit les larmes lui monter aux yeux devant ce spectacle.

« Ne pars pas par là, ne va pas là, où je ne peux te suivre… »

Il se mit à lui caresser une de ses joues exsangues.

« Je t'en prie, ne me laisse pas ici… Sois plus forte… Gabrielle ne me laisse pas… »

Une larme vint s'écraser sur les cheveux de Gabrielle alors qu'Haldir la berçait toujours. Elinë se redressa, l'air perdu, hagard. Elle regarda encore ces deux personnes et remarqua alors qu'au cou d'Haldir, le pendentif de son amie avait terni.

Elle se détourna de ce spectacle et s'appuya à un tronc d'arbre :

« J'ai échoué… Je n'ai pas pu… Pardonnez-moi… Gabrielle… »

Elle posa sa tête contre le tronc et laissa libre court à ses larmes…

Le jour déclinait, le soleil se couchait et une ombre planait…

oO§Oo

En Lórien, Galadriel fut soudain prise d'un malaise, elle ne dut le fait de ne pas s'effondrer qu'à la vigilance de ses suivantes. La souveraine fut allongée, Celeborn qui était en compagnie d'Elrond qui venait de revenir fut mandé rapidement et fut au chevet de son épouse en moins de temps qu'il n'en fallut. Quand elle croisa le regard de son époux, elle murmura :

« Elle a sombré. »

Ce dernier pâlit et serra la main de sa femme. Près d'eux, Elrond ferma les yeux, sentant le poids des années sur ces épaules.

oO§Oo

Aux Havres-Gris, Cirdan leva les yeux vers le ciel qui s'obscurcissait, du balcon de son bureau, lui aussi avait senti cet envol. Il serra les mains sur la rambarde de son balcon et ferma les yeux.

« Ne va pas sur le chemin des ténèbres… Ce n'est pas ta voie Gabrielle… »

oO§Oo

*L'étendue était noire. Tout autour d'elle n'était que ténèbres… Il avait disparu et elle marchait à présent seule, ses pieds foulait un chemin de cendre et sa robe était aussi noire que son environnement, mais elle avançait, le cœur lourd mais l'esprit enfin léger…*

Haldir n'avait pas bougé, Elinë fit un énorme effort et alla chercher les chevaux et les affaires. Elle les ramena à l'endroit où le drame s'était produit. Là, elle prit une couverture et la déposa sur le corps de son amie, elle refit du feu afin de la réchauffer même si elle savait que cela était inutile.

Le capitaine, lui, fixait ce corps dans ses bras, la serrant encore un peu plus.

« Reviens-moi… »

Silencieusement, Elinë se mit à prier les Valars.