CHAPITRE 3
Harry, dans les limbes du sommeil, grogna légèrement en réponse aux petites secousses qu'il ressentait sur sa joue gauche. Voyant que ces derniers ne cessèrent guère, il ouvrit un œil et vit une boule de poils noire lui tapoter la joue de ses minuscules coussinets. Le jeune sorcier referma les yeux, bailla et s'étira avant de se redresser et de caresser délicatement son chaton. Ses souvenirs remontèrent et il se rappela s'être sans doute endormi sur le tapis de la salle commune avec ses deux meilleurs amis, qui eux, dormaient encore à poings fermés. L'Élu du monde sorcier n'avait pas aussi bien dormi depuis des mois, voir des années. Il remarqua ensuite que le Trio était recouvert d'un plaid aux couleurs de Gryffondor et Harry était certain qu'ils n'avaient été à aucun moment en possession d'un tel édredon.
Le Survivant observa ce qui l'entourait et c'est ainsi qu'il se rendit compte de toutes les personnes endormies qui peuplaient la salle. Il écarquilla les yeux lorsqu'il comprit que les vingt-six élèves de sa promotion -sans se compter lui-même évidement- avaient passé la nuit tous ensemble. Il vit les deux canapés être occupés respectivement par Dean et Seamus, un Poufsouffle du nom de Wayne Hopkins être avachi dans l'un des fauteuils et d'autres comme Li Su, Turpin Lisa et MacDougal Morag -trois filles de Serdaigle- ou encore le groupe entier des six Serpentard dormir ensemble à même le sol, non loin d'eux. Chacun avait apporté avec lui un coussin et une couverture. Et le jeune Potter comprit la triste réalité d'un tableau pareil.
Aucun ici n'avait pu tomber dans les bras de Morphée seul.
Harry soupira doucement, l'année allait être douloureuse. Il s'était souvent demandé pourquoi ils avaient tous choisi de revenir dans ce château qui avait vu tellement de morts en mai dernier et, à cet instant, il eut la certitude que cela avait été nécessaire. Pour avancer et faire le deuil de leurs proches qui avaient péris lors de cette nuit fatidique. Et, inconsciemment, pour apprendre ensemble à revivre.
Le jeune Potter secoua la tête et inspira un grand coup pour se reconnecter au présent. D'un geste négligent de la main, il lança d'un informulé, et sans baguette, le sortilège tempus. La magie sans baguette était une magie qui n'était pas simple pour un sorcier lambda mais Harry Potter n'était pas un sorcier lambda et durant la guerre, il n'eut d'autre choix que d'apprendre à se défendre sans baguette. Le sorcier ne pouvait pas prétendre être maître dans la matière mais il se débrouillait pas mal, au contraire des informulés où Harry se débrouillait plus que bien.
Le noiraud vit alors les chiffres "08:12" apparaître et l'information mit quelques secondes à arriver jusque son cerveau. Il se leva d'un sursaut en laissant échapper un cri peu viril et commença à paniquer.
- Les gars, Les gars, dit-il fortement en se secouant ses deux amis.
Hermione fut la première à ouvrir les yeux, vite suivie d'un Ron grincheux.
- Merlin Harry! grogna ce dernier. Laisse moi dormir.
- Eh te rendors pas! On est dans la merde, annonça-t-il précipitamment en se levant, il est huit heure douze.
Les deux sorciers s'immobilisèrent et le fixèrent, ne comprenant pas où leur ami voulait en venir. Puis soudainement, ils réalisèrent. Hermione sursauta et commença à s'activer en vociférant sur "les idiots incapables de mettre un réveil", réveillant par la même occasion ses autres camarades.
Lorsque tous prirent conscience de la situation, tous commencèrent à s'agiter dans tous les sens en un brouhaha où l'on pouvait distinguer des « Par le string de Morgane, où est passé ma chemise?! » ou encore des « Oh Merlin faites qu'on ne commence pas avec Rogue! ». Rare furent les personnes qui eurent la possibilité de prendre une douche express, le reste des jeunes adultes se contentèrent d'un rapide sortilège de nettoyage qui devrait faire l'affaire pour cette journée de cours.
C'est un groupe désordonné, aux chemises mal boutonnées et aux cravates emmêlées qui franchirent bruyamment les portes de la Grande Salle quatre minutes avant la première sonnerie. Seul la directrice, quelques professeurs et les derniers élèves étaient encore présent. L'ancienne enseignante de métamorphose se leva de son siège à leur arrivée et toisa les élèves de huitième année de son regard strict. Ces derniers s'étaient stoppés à l'entrée de la pièce dans un même mouvement, chacun se bataillant avec ses propres habits. Mcgonagall se racla la gorge pour attirer leur attention, ce qui fonctionna.
- Pourrais-je savoir la raison de votre retard?
Les retardataires s'échangèrent regards sur regards jusqu'à qu'un Serdaigle du nom de Terry Boot se décide de prendre la parole.
- Euh... Panne de réveil... général? répondit-il hésitant.
Le professeur soupira mais acquiesça d'un signe de tête avant de leur demander de s'installer à une même table pour qu'elle puisse leur expliquer comment aller se dérouler cette huitième année. D'un accord commun, ils s'attablèrent en bout de table des Poufsouffle et petit-déjeunèrent. La directrice ainsi que la nouvelle enseignante de divination, Mme Tourtante, s'avancèrent dans leur direction. Mme Tourtante se contenta de leur distribuer les emplois du temps tandis que Mcgonagall entama les explications.
- Durant cette guerre et principalement lors de la bataille finale, vous avez perdu un bon nombre de vos camarades, commença-t-elle doucement. Votre promotion s'est considérablement amoindrie au point où vous n'êtes plus que vingt-sept élèves de toutes maisons confondues. Nous avons donc pris la décision de ne faire qu'une unique classe pour la huitième année, vous aurez donc cours tous ensemble, déclara-t-elle.
Le rappel de la disparition de nos camarades eut l'effet d'une douche froide. C'était toujours aussi douloureux, surtout dans cet endroit qui les a vu périr les uns après les autres.
- Mais nous sommes quand même beaucoup plus nombreux qu'une classe de nos années précédentes, fit remarquer Tracey Davis.
- Effectivement Miss Davis, affirma Mcgonagall, mais j'ai pris en compte également votre âge. Vous êtes assez grand pour que le professeur puisse donner son cours sans devoir surveiller chacun de vos gestes comme pour les premiers années, expliqua-t-elle calmement. Bien, passons aux options. Comme vous l'aviez remarqué, dans vos lettres de rentrée s'était ajouté un parchemin vous enjoignant à choisir de nouveau vos options pour cette année. J'ai préféré vous redonner le choix de vous réorienter vers d'autres choix d'avenir. Après tout, une guerre change les esprits.
Un silence suivit sa tirade. Ce qu'elle disait était vrai. Cette guerre, et surtout cette dernière bataille, avait modifié la façon de voir le monde de chacun, rien qu'un peu. Harry, lui, ne voulait plus devenir Auror. Il y a deux ans, il aurait choisi de devenir Auror pour faire cesser la guerre et maintenir par la suite la paix. Mais la guerre était finie et il avait tué le mage noir. Il avait tué un homme. Il avait eu du mal à digérer l'information et même s'il s'avait que c'était pour le bien de tous, un homme mauvais restait un homme. En vérité, il ne l'avait toujours pas accepter et il ne l'accepterait sûrement jamais, ce sang sur ses mains. Mais Harry pouvait vivre avec ce meurtre sur la conscience. Le jeune Potter avait donc vite abandonné l'idée d'un métier où il passerait sa vie à traquer des mages noirs et où il devrait vivre dans les batailles. Le sorcier n'avait pas encore décidé son avenir professionnel mais il s'était intéressé aux livres de runes d'Hermione durant sa quête des horcruxes et avait choisi l'option d'étude des runes ainsi que l'arithmancie et Soins des Créatures Magiques, autrement dit SCM.
- Pour finir, Hagrid n'étant pas encore revenu, le cours optionnel des Soins des Créatures Magiques est annulé pour les deux semaines à venir, conclut la directrice en nous laissant à nos petits-déjeuners.
Ce cours était bien celui qu'ils étaient sensés avoir en première heure. Des soupirs de soulagement se firent entendre à la pensée d'une véritable douche qui les attendait à leur retour aux dortoirs.
Une quarantaine de minutes plus tard, propre et correctement habillé, Harry Potter poussa les portes de la bibliothèque et se dirigea vers un rayon quelconque. Après avoir fouillé différents rayonnages de bouquins une dizaine de minutes, il ressortit avec quatre gros livres et s'installa à une table libre. Les deux premiers parlaient des familles de sang-pur actuelles ou alors des familles qui l'étaient encore deux siècles auparavant, le troisième traitait des traditions sorcières et le dernier avait pour nom "Les différents contrats sorciers: peut-on en rompre un?".
Il commença par feuilleter rapidement l'épais livre où était rédigé diverses contrats, leur utilité, si on pouvait en échapper une fois ceux-ci conclut et surtout, comment en échapper. Cependant comme il l'avait penser, ce bouquin ne lui apporterai rien de nouveau. Harry savait qu'il ne pouvait casser ce contrat vu la méthode employé pour le construire mais ça ne l'empêchait pas d'avoir de faux-espoirs par moment. Le jeune homme aux yeux émeraudes ferma l'ouvrage dans un soupir. Il aurait préféré continuer ses recherches dans ses coffres de Gringrotts, au moins là-bas, il était sûr de découvrir quelque chose de concluant.
Le nouvellement Lord Potter-Black repartit à la recherche d'information lorsqu'il se fit interrompre par l'apparition d'une personne qui s'installa face à lui. Il remarqua rapidement l'emblème de Serdaigle sur sa poitrine, contrairement à son nom qui mit quelques secondes à lui revenir: Kevin Entwhistle. Ils se jaugèrent du regard un instant avant que le rouge et or prononce enfin un mot.
- Oui? dit-il un sourcil haussé, interrogatif.
- Je sais que tu ne t'en souviens sûrement pas et que tu ne veux peut-être pas de remerciement mais je tenais à le faire alors, merci Potter. Sans toi, ma petite sœur serait morte sous la torture des frères Lestrange ce jour là.
Et le Serdaigle avait raison, Harry ne se souvenait plus vraiment de la Bataille Finale. Il se souvenait d'avoir aidé le maximum de personnes sur le chemin le menant à Voldemort, il se souvenait de sa mort "mort" face à Voldemort et il souvenait du combat final contre Voldemort mais les détails demeuraient flous.
- Appelles moi Harry, lui répondit-il simplement avec un simple sourire.
Le bleu et bronze lui rendit son sourire et ils parlèrent durant l'heure restante de tous sujets, apprenant à faire connaissance sous un regard marron partagé entre tendresse et jalousie.
Et ce fut la première amitié inter-maison qui se créa dans la promotion des huitièmes années.
