Chapitre 75 : Answers

— Qu'est-ce qu'il t'a pris ?

La nuit était toujours totale et l'obscurité régnait en maître dans l'espèce de hangar qui leur servait de maison, loin du logement officiel qui avait permis notamment à Luna de s'inscrire au lycée.

En entendant la voix de son père pourtant, elle avait fait volte-face et s'était résolue à revêtir ses yeux de louve afin de pouvoir distinguer les traits de son géniteur dans la pénombre environnante.

Elle n'oubliait pas ce qui s'était passé un peu plus tôt dans la soirée. Ni la fureur de son père ni les menaces qu'il lui avait faites. Jamais avant il ne lui avait inspiré de la peur, mais ce soir, elle avait pour la première fois vu le tueur en lui.

— Qu'est-ce qu'il m'a pris ? Tu as failli le tuer ! C'est pas du tout ce qui était prévu !

Un rire froid et sinistre lui répondit et la jeune fille ne put que tressaillir tandis qu'elle se laissait tomber sur son lit, encore affaibli par l'ingestion de gui qui l'avait rendu malade. Absorber la douleur d'Isaac n'avait fait qu'aggraver son état.

— Tu n'as vraiment pas les épaules pour devenir une alpha si tu ne te sens pas capable de faire quelques sacrifices en chemin !

Avant d'arriver à Beacon Hills, elle n'avait jamais douté de sa légitimité en tant que future cheffe de meute, mais aujourd'hui… Aujourd'hui, elle trouvait le prix à payer bien trop grand.

Il n'y avait pas qu'Isaac. Il y avait aussi Allison qui l'avait accueilli comme une sœur, une amie… Scott qui l'avait réconforté à la fin de la quarantaine… S'il savait !

— Luna !

La voix n'était même plus humaine… C'était un grognement animal vibrant de dégoût et de réprobations.

Elle se sentait oppressée comme si ses poumons étaient prisonniers d'un étau… non, pas d'un étau ! Plutôt un de ces pièges à ours pourvu d'une mâchoire acérée aussi mortelle qu'impitoyable.

Elle releva ses yeux fauves pour croiser ceux bleu assassin de son père.

— Tu ne dois pas t'attacher à eux ! Au mieux, tu les dirigeras… les autres ne représentent aucun intérêt !

Elle savait tout ça… Alors pourquoi se sentait-elle si mal ?

Elle sursauta en sentant le souffle de l'adulte sur sa peau et s'immobilisa, terrorisée.

— Tu empestes la peur ! C'est écœurant !

Elle fit son possible pour maîtriser son souffle et sa peine, fermant les yeux pour se donner un peu plus de courage.

Il était préférable de changer de sujet.

— Et Stiles ? J'espère que tu ne l'as pas trop amoché. Tu sais qu'on a encore besoin de lui.

Elle ne côtoyait pas Stiles plus que ça, surtout parce que le garçon ne semblait pas l'apprécier outre mesure. Rien d'étonnant après qu'elle ait découvert la relation qui l'unissait à son frère !

S'il arrivait quelque chose à Stiles, Maxime ne lui pardonnerait jamais… Mais, même au-delà de ça, pourrait-elle se le pardonner ? Jusqu'à maintenant, ôter une vie n'avait rien eu de concret… elle avait tant entendu son père lui en parler qu'elle avait grandi avec la pensée qu'il s'agissait de quelque chose d'instinctif, de naturel… ça ne l'était pas ! Mais peut-être que ça l'était pour lui… Il avait été le bras droit de sa mère si longtemps — son exécuteur — qu'il ne devait même plus tenir le compte du nombre de vies qu'il avait ôtées.

Une boule désagréable montait et descendait au rythme de ses déglutitions dans sa gorge ! Et si c'était eux qui se trompaient ? On ne se sent pas si mal quand on est légitime dans ses actions, non ?

L'homme s'installa à ses côtés sur le matelas et la toisa de son regard dur.

— Pourquoi ? Tu t'inquiètes aussi pour ce petit humain misérable ? Je ne comprends même pas comment ils ont pu l'accepter dans leur meute sans le mordre ! Il est si chétif, si… pitoyable !

Le dernier mot avait été craché comme une insulte.

— Tu as pourtant été humain toi aussi. Je ne comprends pas comment tu peux les mépriser à ce point !

Elle sut qu'elle était allée trop loin quand elle sentit les crocs contre son cou !

La mâchoire la maintint un moment prisonnière sans pour autant la blesser ! C'était un acte de domination purement animal face auquel elle aurait dû se rebeller… Elle ne fit que hoqueter de détresse, avant de se relâcher, forçant ses muscles à se détendre pour offrir un peu plus son cou en signe de soumission !

Satisfait, le lycanthrope la relâcha.

Jour après jour, semaine après semaine depuis la mort d'Elea, il devenait un peu plus sauvage, contrôlant de moins en moins bien son loup.

Elle savait qu'il luttait pour ne pas succomber à sa tristesse.

Elle savait que seule la stabilité d'une meute pourrait le sauver…

— Je pense avoir fait ce qu'il fallait pour qu'ils passent à l'action. Laissons-les mijoter, s'épuiser à être sur le qui-vive… L'étau se resserre sans même qu'ils ne s'en rendent compte !

L'estomac de la brune se contracta douloureusement.

oOo

Un silence suivit l'affirmation de Derek.

Stiles pouvait sentir résonner dans son corps, le rythme cardiaque du loup qui s'était emballé en réponse aux stimuli que son cerveau en effervescence avait provoqués. Il ne résista pas quand il le poussa gentiment pour s'extirper du canapé, mieux placé que quiconque pour comprendre son besoin de bouger pour endiguer le flux un peu trop fort d'énergie qui venait d'envahir son corps.

— Comment ça ?

Isaac avait été le premier à craquer, ne comprenant pas la conclusion de son mentor et nécessiteux d'obtenir plus d'information.

L'ancien alpha passa une main impatiente dans ses cheveux avant d'expirer profondément.

Finalement, il se tourna vers Scott comme si s'adresser à un seul interlocuteur l'aidait à organiser sa pensée.

— Tu te souviens de l'oméga ? Celui qu'on a croisé après que Lydia se soit fait mordre par Peter ?

Scott hocha la tête, ses sourcils froncés trahissaient sa concentration et l'horreur qui était encore assimilée à ce souvenir.

— Il était… plus sauvage… Il se nourrissait d'organes humain !

— Exactement !

Il ferma les yeux quelques instants tandis que le reste de son auditoire grimaçait face à l'information, Noah plus que quiconque.

— Sans meute, on est non seulement plus faible, mais la lune a aussi plus d'emprise sur nous, bonne comme mauvaise. On est plus fort en groupe, mais on ressent aussi moins les effets de la pleine lune.

— C'est une bonne chose, non ?

Il suffisait de voir l'état de fatigue qu'Isaac et Scott ressentaient encore à devoir en combattre les effets pour en être soulagé.

— C'est un avantage quand on veut rester en symbiose avec notre côté animal sans pour autant se faire submerger par lui. Cependant… On perd aussi le bénéfice de la pleine lune. Les omégas y sont entièrement réceptifs eux, et donc sont plus puissants à ce moment précis du mois, contrairement à nous.

Il marqua une faible pause durant laquelle son regard passa sur chacun des hommes présents dans la pièce.

— Nous ne sommes pas affaibli non plus, mais ils sont assez malins pour se servir de leur seul avantage.

— Donc s'ils ne passent à l'action qu'à la pleine lune, ce sont des omégas, conclut Noah comme pour montrer qu'il avait suivis l'argumentation de Derek.

Le loup de naissance hocha la tête.

— Deaton avait émis l'hypothèse avant qu'on sache qu'ils étaient des Everfool, se souvint Stiles. Il pensait qu'il pouvait s'agir de loups bannis après avoir affronté leur alpha et avoir échoué.

— Ce qui ne colle pas sans quoi ils n'utiliseraient pas le nom de leur ancienne alpha !

Isaac avait raison.

— OK ! Le mieux à faire dans ce genre de situation c'est de refaire le point.

On pouvait reconnaître à Noah son organisation méticuleuse.

— On sait que ce sont des omégas, mais qu'ils semblent fidèles à la meute des Everfool, commença Scott.

— On ne sait pas ce qu'ils font ici, ni ce qu'ils veulent, ni pourquoi ils seraient fidèles à une alpha sans faire partie de sa meute ! continua Isaac.

Stiles releva la tête comme s'il venait de comprendre quelque chose. Ses yeux balayèrent le mur devant lui sans qu'il ne semble le remarquer et son pouls s'emballa, attirant l'attention des trois lycanthropes.

— Stiles ?

Attiré par la voix de Derek, il sortit de sa stupeur et observa chaque personne avant de se lever précautionneusement afin de faire les cent pas.

— Que se passe-t-il quand un alpha meurt ?… Deaton a parlé d'un coup d'État manqué et d'un bannissement, mais… S'il n'avait pas échoué ?

Les mots de l'hyperactif flottèrent un moment dans l'air sans qu'aucun ne semble en comprendre la mesure forçant l'adolescent à expliquer le fond de sa pensée.

— Et si l'alpha des Everfool avait été victime d'une vendetta par les membres de sa propre meute ? Que seraient devenus ceux qui lui étaient fidèles ? Peut-être qu'ils ont été bannis. Ils savent très bien qu'ils sont plus faibles en tant qu'omega… Ils ne sont pas entrés en contact avec nous pour rejoindre la meute de Scott, mais… ils nous ont attaqués… pourquoi ?

Stiles vit l'exact moment où la lumière se fit dans l'esprit de son auditoire tandis qu'il apportait lui même la réponse à sa propre question.

— Ils veulent les pouvoirs de l'alpha et récupérer sa meute… c'est pour ça qu'ils n'ont encore tué personne.

Tous les regards se focalisèrent sur Scott qui tressaillit légèrement avant d'afficher un air assuré et déterminé qui lui ressemblait davantage.

— Ça n'arrivera pas. Et puis, je vous vois mal m'oublier et leur lécher les bottes s'ils me trucident… Sans compter que, je suis un véritable alpha, seul mon premier bêta peut récupérer mes pouvoirs et comme je n'ai encore mordu personne…

— Scott…

Face au ton penaud de Stiles, l'attention passa à nouveau sur lui.

— Ils veulent le pouvoir de l'alpha c'est vrai, mais… Je crois…

Il inspira profondément comme désolé de ce qu'il devait dire.

— Toutes leurs attaques étaient ciblées sur une seule personne…

— Moi ! souffla Derek.

Stiles hocha la tête positivement.

— Tu as dit que leur meute avait déjà affronté celle de ta mère. Ils connaissent la meute de Beacon Hills, la meute des Hale…

— Ils pensent que je suis l'alpha.

Un nouveau silence suivit les mots du loup de naissance.

— Ça ne change rien, non ?

Isaac ne semblait pas comprendre l'importance qu'accordait l'hyperactif à ce détail.

— Ça change tout au contraire, répliqua Noah avec un large sourire. « Ça », mon garçon, c'est ce qu'on appelle un coup d'avance. Vous savez quelque chose qu'ils ignorent. Vous avez pour vous l'effet de surprise et maintenant vous savez ce qu'ils veulent ! Ça ne veut pas dire que vous les avez mis échec et mat, mais au moins, vous êtes de nouveau dans la partie !

Le shérif finit par se rasseoir et Derek l'imita peu de temps après.

Ils discutèrent encore un long moment, expliquant au quadragénaire tout ce qu'il voulait savoir sur le monde surnaturel et bientôt la soirée les surprit par son avancement.

— Vous restez manger ? Proposa le shérif malgré son air fatigué.

— Je vais plutôt rejoindre Lydia. Je ne l'ai laissée seule que trop longtemps déjà !

Sur ces mots, le jeune bêta se leva pour prendre congé.

Scott lui emboîta le pas, il avait promis à sa mère de lui apporter son déjeuner avant de rejoindre à son tour sa petite-amie.

— Si notre hypothèse s'avère exacte, ça veut dire que plus que quiconque, tu es en danger. Ils nous ont sûrement observés depuis des semaines. Ils savent que tu es…

— Mec, si tu dis « faible », je te fais bouffer tes crocs !

Scott souffla un rire avant de souder son regard à celui de son meilleur ami.

— J'allais dire que tu étais la personne la plus importante aux yeux de Derek ! Je ne veux juste pas que tu te retrouves seul pour une raison ou une autre.

— Je reste avec lui !

Noah tapota l'épaule des deux loups-garous, rassuré que les deux garçons veillent ainsi sur son fils.

— Tu l'escorteras au lycée ? Une fois là-bas, Isaac et moi prendrons la relève.

— OK ! J'ai beau être malade, je ne suis pas sourd ! Arrêtez de parler de moi comme d'un gosse à baby-sitter !

Scott fit son possible pour tenter de réfréner son sourire avant de quitter la demeure.

— C'est pourtant ce que tu es, répliqua l'ancien alpha.

Il captura son amant dans son étreinte possessive, le serrant aussi fort qu'il le pouvait sans le blesser avant de perdre son visage dans le cou du garçon.

— Un insupportable sale gosse !

Stiles frémit en sentant son souffle chaud sur sa nuque sensible. Il ferma les yeux tout en se laissant aller contre le torse dans son dos.

— Tu dis ça, mais tu y tiens à ton sale gosse !

— Tu n'as même pas idée !