Chapitre 76 : Welcome Back
La sonnerie de son réveil fit presque sursauter l'adolescent tant il était endormi profondément. D'un geste rageur, il l'éteignit avant de se tourner sur le dos. Il passa une main sur son visage fatigué tout en tentant de s'extirper des limbes cotonneux du royaume des songes.
De la grippe, ne persistait qu'un nez rougi et une toux résiduelle. Son organisme était encore épuisé par le combat que son corps avait mené pour lutter contre le virus.
Il n'avait cependant pas vraiment le choix. Le lycée rouvrait ses portes aujourd'hui, aussi devait-il se préparer sans attendre, sans quoi, il se rendormirait certainement dans la minute.
Pourtant, l'idée même de retourner dans ce lieu qui avait été le théâtre des derniers événements avait quelque chose d'étrange. Comme un retour à la normale avec l'impression indélébile que plus rien ne sera jamais comme avant. Le sentiment de sécurité associé à l'école avait été anéanti par cette harde de soldats aussi nombreux que minuscule…
— Maxime !
Le jeune homme soupira en entendant son père l'appeler depuis le rez-de-chaussée.
Depuis qu'il était venu le chercher à la fin de la quarantaine, l'ambiance entre eux était glaciale.
Ian refusait de lui dire ce qu'il lui cachait.
Max lui en voulait autant qu'à sa sœur. Il n'était pas dupe et avait deviné que sa famille était responsable de la mystérieuse épidémie qui avait pris le lycée en otage.
Il souleva la couverture avant de se rendre jusqu'à la salle de bain tout en s'étirant en emportant avec lui qu'un simple boxer. Il s'habillerait en revenant dans sa chambre.
Il mit le verrou par habitude avant de se glisser sous la douche où il laissa le jet d'eau chaude détendre ses muscles perclus de sommeil.
Il ignorait encore que rien ne lui serait épargné ce jour-là et sursauta vivement quand quelqu'un s'acharna sur la poignée de la porte avant qu'une voix qui n'était définitivement pas celle de son père ne s'élève de l'autre côté du mur.
Le lycéen coupa l'eau par réflexe, pour mieux entendre malgré les battements de cœur qui résonnaient dans ses propres oreilles de façon assourdissante.
— FBI ! Ouvrez immédiatement cette porte où nous nous verrons dans l'obligation d'entrer en faisant usage de la force !
Une chape de plomb tomba sur l'estomac de l'adolescent qui s'extirpa à la hâte de la cabine avant d'enrouler une simple serviette sur ses hanches.
La peur courait dans ses veines comme un liquide glacé au milieu de son sang bouillant.
Frissonnant d'angoisse et honteux de sa tenue, il jeta un œil à son sous-vêtement avant d'ouvrir sans attendre quand de nouveaux coups firent trembler le panneau de bois. Il ne voulait pas prendre le risque de se retrouver les fesses à l'air si les fédéraux défonçaient la porte. Il n'avait certainement pas besoin de ça pour se sentir humilié davantage.
Deux hommes qui lui semblèrent vaguement familiers lui firent face avant que l'un d'eux, apparemment radouci par la vision du lycéen, ne l'invite à sortir de la pièce que son collègue avait déjà prise d'assaut afin de l'inspecter dans ses moindres recoins sans ménagement.
— Qu'est-ce que vous faites ? Qu'est-ce qui se passe ?
— Va t'habiller, gamin ! Je t'accompagne !
« T'accompagne » ?
Il n'avait pas besoin d'aide pour enfiler ses vêtements. Il aurait voulu avoir des réponses à ses questions, mais au fond, il savait pertinemment ce que ces hommes faisaient chez eux ! Il n'avait aucune envie de rester en serviette, la peau dégoulinante d'eau devant de parfaits inconnus, aussi, emboîta-t-il le pas à l'homme en costume sans rechigner.
Pourtant, lorsqu'il aperçut d'autres hommes occupés à fouiller chaque recoin de sa maison sur le chemin menant à sa chambre, son cœur se serra encore davantage. La chambre de son père était dans un parfait désordre et il découvrit que la sienne n'avait pas échappé à l'invasion. Il resta figé sur le seuil, les yeux ronds devant ses affaires éparpillées un peu partout sens dessus dessous !
— Laisse-nous deux minutes, Graham ! Le gamin va récupérer quelques effets personnels !
Le collègue de son escorte répliqua quelque chose que Maxime n'écouta que d'une oreille distraite son cerveau n'assimila rien si ce n'est que celui qui l'avait prit en charge se portait garant de lui… Garant de quoi ?
Finalement, non sans un regard noir, l'homme fouillant son espace privé sortit de la pièce, le laissant seul avec son « protecteur » auto proclamé.
— Allez, petit !
Il sursauta en émettant un hoquet de surprise lorsqu'il sentit la main de l'adulte sur son épaule encore humide.
Celui-ci lui offrit un triste sourire avant de le pousser jusqu'au lit pour qu'il s'y assoie, s'agenouillant presque devant lui pour rester à sa hauteur.
— Je me doute que tu dois être totalement perdu et… effrayé ? Je suis désolé que tu doives subir tout ça… Si mon fils devait être à ta place, je crois que je serais fou de rage, mais… Il faut que tu sois fort, d'accord petit ? Habille-toi et prends quelques affaires avec toi. Ta maison va être mise sous scellés le temps de l'enquête…
— L'enquête ?
Maxime réalisa qu'il pleurait lorsque sa voix brisée fendit l'air.
— Je ne peux rien te dire, mais nous devons interroger ton père. Tu as un endroit où aller ? Comme tu as dix-huit ans, nous n'avons pas prévenu les services sociaux, mais…
— Je vais me débrouiller !
Il passa une main fatiguée et lasse sur son visage humide de larmes.
Rien n'allait plus depuis quelques jours et cet événement n'était qu'une goutte de plus dans l'océan de sa détresse.
— Je vous connais, non ?
Ce n'était sûrement pas le moment, mais son cerveau semblait s'être mis en erreur système. Il n'arrivait plus à gérer le flux de questions qui assaillaient son esprit, la peur pour son père, pour lui, pour l'avenir… et la colère, pour Luna, pour ce connard qui lui servait d'oncle et encore une fois pour son père qui les avait mis dans cette situation.
— J'étais au lycée pendant la quarantaine… Tu connais peut-être mon fils qui étudie là-bas… C'est le capitaine de l'équipe de la crosse, Scott McCall.
Max releva des yeux hagards vers le brun devant lui qui semblait fier de son enfant. Il le dévisagea presque avec l'impression ignoble que tout ce qui lui arrivait n'était rien de plus qu'une vaste blague. Le père de Scott enquêtait sur le sien ? C'était ridicule !
L'agent lui offrit un autre sourire qui se voulait rassurant et tapota son épaule avant de se redresser.
Le contact de sa paume contre la peau de l'adolescent le sortit de sa torpeur et il reprit conscience de la réalité et de sa nudité drapée dans une simple serviette qui ne préservait que très peu sa dignité.
Sa vulnérabilité lui sauta presque au visage et il se leva vivement non sans resserrer le drap de bain autour de ses hanches. La fatigue avait totalement déserté son corps à présent.
McCall avait raison. Il devait être fort… il n'avait pas vraiment le choix.
— J'aimerais m'habiller, vous pouvez…
Il désigna simplement la porte d'un mouvement de menton déclenchant une grimace désolée chez son interlocuteur.
— Je peux déjà me mettre dos à toi, mais je ne peux pas te laisser seul. Tu seras aussi fouillé tout comme tout ce que tu prendras. Je préfère te prévenir.
Un souffle saccadé s'échappa des lèvres du lycéen avant qu'il ne secoue la tête pour chasser la nouvelle vague de panique et de tristesse qui l'envahissait.
L'adulte se retourna tandis qu'il s'habillait à toute hâte, le rouge aux joues, humilié comme jamais il ne l'avait été.
Se forçant à faire le vide dans sa tête pour ne pas s'effondrer, il fourra une pile de vêtements dans son sac de sport avant d'ajouter l'entièreté de ses livres de classe dans celui qu'il avait préparé pour l'école. Avec un dernier regard pour le chaos régnant dans la pièce, il emboîta le pas à l'agent fédéral qui l'escorta jusqu'à la sortie.
Sans pouvoir retenir son geste, ses doigts se refermèrent sur la manche du costume de l'homme, le stoppant dans son élan.
— Je… Est-ce que je peux le voir ? Juste… Juste deux minutes ! S'il vous plaît !
Rafaël se gratta le sourcil droit en expirant tristement avant de plonger son regard chocolat dans celui du jeune adulte ne pouvant s'empêcher d'y voir son fils à sa place avec ce sentiment profond d'injustice qui lui broyait le cœur. Ce gamin n'avait rien demandé. Qu'il vive de telles choses était cruel, mais la procédure était ainsi faite…
Il hocha la tête tout en sachant qu'il faisait une entorse au protocole et le traîna jusqu'à la cuisine envahie d'homme en costume.
Son père était installé à table devant le petit-déjeuner qu'il avait préparé pour eux et qu'ils n'auraient jamais l'occasion de prendre, les poignets menottés dans son dos.
Leurs regards se croisèrent et cette fois Maxime ne put retenir les torrents de larmes qui dévalèrent ses joues tandis qu'il se précipitait dans les bras de Ian.
Il vit à peine McCall empêcher un de ses collègues de les retenir avant de se fondre contre le torse de sa dernière famille qui ne pouvait même pas l'étreindre.
Son père aussi pleurait.
C'était la première fois que l'adolescent le voyait ainsi et il ne put rien faire qu'écouter les paroles rassurantes qu'il lui chuchota à l'oreille.
Puis, bien trop rapidement aux goûts des deux Carter, un homme les sépara avant d'entraîner le prisonnier à l'arrière d'une camionnette blindée.
Vidé de toute énergie, Maxime se laissa tomber sur le trottoir devant chez lui, laissant le temps filer autour de lui sans qu'il ne puisse en saisir la texture, comme si le film de sa vie avait été mis en vitesse accélérée, mais qu'il n'en était plus l'acteur principal.
Mis sur pause. Immobile. Vide. Perdu.
Il entendit parfois des hommes discuter entre eux.
Ian Carter était le coupable idéal.
Son récent déménagement de l'Arizona à la Californie ne semblait motivé par aucune raison pertinente.
Il habitait la ville où avait été disséminé le virus et travaillait dans les laboratoires cambriolés.
Même s'il n'avait pas été présent la semaine des faits, les fédéraux le suspectaient d'être le cerveau d'un groupuscule malintentionné, rendant son alibi d'autant plus suspect.
Et le pire dans tout ça… C'est que Maxime ne pouvait que douter lui-même de l'implication de son père. Il était bien plus simple d'en vouloir à son oncle et Luna, mais… Ian avait avoué les avoir aidés contre son gré.
Finalement, au fil des minutes, les hommes désertèrent sa maison avant d'y apposer un scellé.
Rafaël s'accroupit face à lui comme il l'avait fait un peu plus tôt dans sa chambre et son regard triste rencontra à nouveau celui du garçon.
— Tu veux que je te dépose quelque part ?
oOo
— Attends ! Fais demi-tour, Maxime vient de m'envoyer un SMS pour me prévenir de ne pas venir le chercher !
Derek fronça les sourcils avant de rebrousser chemin au volant de la jeep du jeune homme à ses côtés.
— Tu lui as dit que je jouais les chauffeurs ?
— Même pas, répliqua Stiles.
Son cœur battait un peu trop vite aussi Derek ne fut pas surpris de le voir porter l'ongle de son pouce à ses lèvres. Il s'inquiétait pour son ami, c'était évident.
Avant qu'il n'ait pu penser son geste, la main de l'ancien alpha recouvrit celle de son compagnon, l'obligeant à cesser de martyriser ainsi sa propre chaire. Leurs doigts s'entrelacèrent naturellement, faisant sourire l'humain qui s'apaisa aussitôt.
Rapidement, ils arrivèrent au lycée qui retrouvait son effervescence après s'être transformé en bâtiment fantôme durant quelques jours.
C'était un message rempli d'espoir. Comme s'ils criaient au monde que la vie reprenait toujours ses droits quelles que soient les épreuves et pourtant… pourtant Stiles avait encore le cœur galopant à l'idée de quitter l'habitacle rassurant de son véhicule, à l'idée de devoir quitter son ange, le gardien de son cœur et de sa vie.
— Tu es nerveux ?
Derek semblait sincèrement surpris.
Leurs prunelles se croisèrent et sans attendre, l'adolescent lui offrit un de ses sourires qu'il voulait rassurant même quand il allait mal.
— C'est juste… Non, laisse tomber !
— Dis-moi, insista le loup les sourcils froncés.
Il tendit la main pour cueillir la joue du lycéen qui s'y lova comme un chat, les yeux clos au plus grand plaisir de l'adulte.
Le souffle du garçon tremblota hors de ses lèvres avant qu'il ne les martyrise de ses dents et n'ouvre à nouveau les paupières.
— J'ai pas envie de te quitter !
Le filet de sa voix était tellement ténu, tellement bas qu'il ressemblait à un mirage, un écho du propre ressentiment du bêta à l'idée de devoir confier la sécurité de son humain à d'autres que lui.
À la place, il effleura le châle qui ornait le cou de son bien-aimé et planta ses iris verts dans ceux ambrés du jeune homme.
— C'est mignon !
Il ne parlait pas de l'écharpe, mais de sa confidence.
Son intonation s'était voulue un brin moqueuse, malheureusement le couinement qui lui avait échappé était plus niais qu'autre chose.
Aimer à en avoir mal dans la poitrine… C'était quelque chose qu'il n'aurait jamais cru possible.
— La journée va me sembler longue aussi, avoua-t-il alors plus franchement.
— Tu vas travailler sur les plans du manoir ?
— Ouais… J'aimerais vraiment mettre ce dossier le plus rapidement possible derrière moi et… être fixé quant à mon futur hypothétique chez Grey's Enterprise ! Maintenant, arrête de chercher des excuses. Sors de cette fichue voiture…
— Eh ! Je t'interdis d'insulter ma jeep !
— … et embrasse-moi !
L'indignation de Stiles s'évapora sur les derniers mots de son loup. Son cœur répondit pour lui, sprintant dans sa poitrine comme désireux de hurler à son amant tout l'amour qu'il éprouvait à son égard. Le bêta ne put que sourire à cet aveu silencieux tandis qu'il se penchait déjà pour cueillir les lèvres de son humain.
— La ferme !
Stiles se recula vivement pour le dévisager. Leur bulle hors du temps avait éclaté.
— Quoi ?
Derek ferma les yeux en soupirant avant de jeter un regard froid en direction du lycée.
Le fils du shérif se tourna dans la même direction pour découvrir Scott et sa meute, plus précisément l'air goguenard d'Isaac malgré la distance. Scott bouscula d'ailleurs son bêta, tandis que la lumière s'allumait dans son esprit.
Avec un rire enfantin, il se jeta au cou de l'adulte avant de l'embrasser bien moins chastement qu'il l'aurait fait habituellement pour un simple au revoir.
— J'espère qu'il nous regarde et qu'il râle, avoua Stiles tout contre la bouche de son compagnon, faisant se mêler leurs souffles et se percuter leurs iris.
— Crois-moi, il le fait, sourit Derek avant de l'embrasser à nouveau.
Bien trop vite au goût des deux hommes, le baiser prit fin.
Front contre front, partageant leur oxygène, frissonnant presque sous les caresses chastes des mains de l'autre sur leurs joues.
C'était si anodin et tellement intense à la fois. Un simple baiser. Un univers entre leurs lèvres.
— Je dois y aller.
— Je sais…
Ils se quittèrent à contrecœur.
Le lycéen s'extirpa du véhicule avant d'ajuster les bretelles de son sac sur ses épaules. Il s'autorisa un dernier regard pour se donner du courage avant de s'élancer vers ses amis.
Aussitôt, presque naturellement, un sourire plus sincère reprit place sur ses lèvres tandis qu'il les saluait tour à tour, réellement heureux de les retrouver dans cette routine rassurante.
Isaac le félicita pour le choix de son écharpe. Dans un éclat de rire, le fils du shérif le remercia de la lui avoir prêtée avant de se tourner vers Lydia.
La banshee était aussi belle qu'à l'accoutumée, comme si la maladie n'avait eu aucune emprise sur elle tant son maquillage parfait en avait effacé les preuves.
— T'es sublime, souffla-t-il.
— Je sais !
Son faux air prétentieux les fit rire tous les deux avant qu'ils ne se serrent mutuellement dans leurs bras comme les meilleurs amis qu'ils étaient.
Ce fut la crispation dans les muscles de la blonde vénitienne qui fit comprendre à Stiles qu'il se passait quelque chose.
Il se redressa incertain avant de fixer le visage de la jeune fille.
Dans un froncement de sourcil, il suivit son regard pour mieux tomber dans celui de Luna.
La nouvelle venue arborait une expression penaude et incertaine tandis qu'elle se tenait devant le petit groupe, les mains fermement serrées autour de ses livres de cours et les joues rougies.
— Hey !
La salutation de Scott la fit presque sursauter, tout autant que sa main sur son épaule.
Allison lui offrit un grand sourire avant de la serrer dans ses bras, ravie qu'elle revienne vers eux après avoir coupé les ponts sans explications.
Sans un regard pour Isaac, la brune se dirigea à pas lent vers Lydia qui redressa la tête comme pour se donner plus de contenance ou plus d'autorité.
— Lydia…
Luna passa une main dans ses grandes mèches qu'elle rassembla d'un côté de son visage, gênée par le vent qui s'était levé ce matin-là.
— Je… J'avais pas compris pour Isaac et toi et… Je crois que je te dois des excuses pour mon comportement !
Contre toute attente, Isaac fut celui qui pâlit le plus, pas ravi de constater que ses amis avaient eu raison et qu'il n'avait rien vu des sentiments que la nouvelle élève du lycée nourrissait à son égard.
Lydia crispa la mâchoire avant de secouer la tête et d'offrir un sourire solaire à la jeune fille. Elle posa sa main fine aux ongles parfaitement manucurés sur l'avant-bras de son ancienne rivale.
— Le meilleur programme pour ce genre de situation, c'est une virée shopping suivie d'une soirée pyjama entre filles, énonça-t-elle. Allison ?
— J'en suis, assura la chasseuse avec un grand sourire.
Luna ouvrait la bouche pour acquiescer quand Danny les rejoignit, légèrement essoufflé. La sonnerie retentit au même instant tandis qu'il s'adressait à eux.
— Vous n'avez pas vu Maxime ?
Le cœur de Stiles manqua un battement.
oOo
Maxime n'avait pas décollé son menton de son poing, le front collé contre la vitre froide du véhicule, le cœur en peine et la gorge serrée.
Rafaël avait respecté son silence et n'avait pas cherché à faire la conversation.
Son passager n'était rien de plus qu'une victime collatérale. Il faisait partie du système pourtant et savait que pour résoudre l'enquête, certains sacrifices étaient nécessaires, mais ce gosse lui faisait réellement de la peine.
— C'est une bonne chose que tu aies de la famille ici. C'est la raison pour laquelle vous êtes venu vous installer à Beacon Hills avec ton père ?
Il pinça les lèvres. Il ne pouvait pas lutter contre son instinct et rassembler des informations était une déformation professionnelle sur laquelle il n'avait aucun contrôle.
— Pas vraiment, non ! souffla l'adolescent en se redressant sur son siège.
Il prit une profonde inspiration et Rafaël fut désolé de le voir si pâle, si fatigué. Il avait dû lui aussi subir les effets de la grippe s'il était scolarisé au lycée de la ville.
Jamais il n'avait eu une enquête plus insensée. Ian Carter était un laborantin… Il ne se serait jamais trompé de souche de virus. Quel était l'intérêt alors de disperser une épidémie de grippe saisonnière en plein mois de mai ? Dans un lycée où son fils lui-même était scolarisé ? Cette enquête n'avait vraiment aucun sens.
Maxime ne remarqua rien du trouble de l'agent fédéral. Il n'avait plus qu'une idée en tête, confronter son oncle.
Il savait qu'il était celui qui tirait les ficelles, se servant de son propre frère comme d'un pantin. Quel chantage lui avait-il fait pour que Ian accepte de l'aider ? Il méritait des explications dignes de ce nom.
— Nous ne sommes pas vraiment en bon terme, mais…
L'adolescent ne termina pas sa phrase, secouant la tête avec lassitude. Le silence retomba doucement dans l'habitacle du véhicule. Il ne fallut que quelques minutes supplémentaires pour qu'ils atteignent l'adresse enregistrée sur le système de navigation du véhicule.
Maxime releva les yeux vers les immeubles et à son expression, le conducteur devina qu'il n'avait jamais mis les pieds ici.
C'est ce qui convainquit Rafaël de lui emboîter le pas à l'extérieur.
— Merci, je vais me débrouiller maintenant !
— Je préfère t'accompagner. On ne sait jamais, si ton oncle n'est pas là, tu auras besoin de moi pour te conduire… au lycée, par exemple !
Le ton paternel arracha une grimace mi-amusée mi-triste au châtain.
Sécher les cours en compagnie d'un membre du FBI n'était certainement pas la meilleure idée de sa vie, mais il n'en avait présentement rien à faire.
Sans se soucier plus du père de son ami, il avança avec plus d'assurance qu'il n'en ressentait réellement vers le hall de l'immeuble où habitait son oncle. Trop perdu de son angoisse et ses sombres pensées, il ne réalisa pas qu'il avait oublié ses sacs dans le véhicule de son chauffeur improvisé.
Un coup d'œil sur l'interphone lui permit de découvrir le numéro de l'appartement que ce dernier occupait sans qu'il ne parvienne à se résoudre à appuyer sur le bouton. C'était le seul logement devant lequel aucun nom ne figurait… évidemment !
Peut-être qu'être escorté par un homme armé n'était pas si mal après tout.
Le compagnon de sa mère n'avait jamais hésité à se défouler sur lui quand Eléa le lui demandait…
Il tremblait rien qu'à l'idée de se retrouver seul en sa compagnie.
D'un autre côté… Il avait peur de mettre le père de Scott en danger par sa faute !
Il n'eut pas le temps de se poser plus de questions qu'un homme dans la trentaine, l'oreille collée à son téléphone sortit du bâtiment.
Rafaël en profita pour bloquer la porte avant d'inviter, d'un geste de la main, l'adolescent à y pénétrer.
Avec une grande inspiration pour se donner du courage, le lycéen s'avança jusqu'à l'ascenseur, l'agent fédéral dans son sillage, avant d'appuyer sur le numéro quatre.
À mesure que la cabine montait les étages, le cœur de Maxime s'emballait, mais il était prêt à tout pour sortir son père de cette situation. Même affronter ses propres démons. Et ce n'était pas une métaphore.
Sur le palier, il hésita quelques instants avant de s'avancer d'un pas déterminé vers l'appartement qu'était censé occuper son oncle. Il savait qu'il ne l'occupait pas vraiment, que ce n'était rien de plus qu'un leurre, mais il ne connaissait pas sa véritable adresse, le lycan s'étant contenté de leur communiquer uniquement celle-ci si son père ou lui avaient besoin de le contacter.
Sentir l'homme dans son dos lui donna le courage suffisant pour frapper sans plus attendre et il fut rassuré d'entendre du bruit s'élever de l'autre côté de la porte. Son oncle était chez lui.
Il fallut néanmoins une minute supplémentaire pour que le panneau ne s'ouvre sur le maître des lieux, torse-nu et les cheveux débraillés. Son sourire lumineux s'effaça dès qu'il aperçut son neveu et sa mâchoire se crispa lorsqu'il releva un regard assassin vers l'homme derrière lui.
— Qu'est-ce que tu fais ici ?
Il n'eut pas le temps de répondre qu'une femme au regard pétillant rejoignit le quadragénaire, les cheveux tout autant en pagailles.
En moins d'une seconde, le monde s'effondra comme un château de cartes.
— Paul tu me… Rafaël ?
Même humain, Maxime sentit la tension alourdir l'air autour d'eux tandis que l'homme dans son dos ouvrait la bouche dans un hoquet de surprise.
— Mélissa ?
