Chapitre 77 : Disclosure

— Je n'ai aucun compte à te rendre, Rafaël !

Mélissa était dans une rage noire. Elle se sentait humiliée de s'être fait surprendre par son ex-mari dans les bras d'un amant qu'elle ne connaissait finalement pas le moins du monde.

Après des mois à flirter innocemment avec le beau kiné, elle avait succombé à son charme et s'était offert, dans ses draps, une première nuit d'amour qu'elle ne pouvait que qualifier de parfaite.

Le réveil avait été brutal, la chute de son petit nuage de félicité, douloureux au possible. Son Paradis avait brûlé en Enfer.

Elle n'avait eu que le temps de se rhabiller en toute hâte avant de fuir l'appartement de ce fieffé menteur, son ex-mari sur les talons l'empêchant de faire le point, de réaliser pleinement dans quel bourbier elle s'était fourrée.

— Tu couches avec ce type ?

— Va te faire foutre !

Elle ne demandait pourtant pas grand-chose, si ? Elle avait juste besoin de retrouver sa dignité, qui s'était fait la malle, et reprendre ses esprits.

La matinée était un peu trop forte en émotion pour elle.

Scott avait beau l'avoir avertie que Rafaël était dans les parages, elle n'aurait jamais pu imaginer se faire surprendre au saut du lit par l'homme qui les avait quittés, son fils et elle, sans un seul regard en arrière.

Elle ne lui devait plus rien, depuis longtemps.

— Putain, Mélissa !

La main de l'agent fédéral s'abattit sur la portière de la voiture qu'elle n'avait fait qu'entrouvrir. Celle-ci claqua dans le silence du petit matin de mai comme un coup de fusil au milieu du parking désert de la résidence que l'hôpital avait acquis pour ses employés.

— Je sais que je t'ai fait souffrir, mais… Le moment est super mal choisi, je sais… Je t'aime encore, Mélissa… Je n'ai jamais cessé de t'aimer… Scott et toi. Je ferai tout pour que vous me pardonniez, que vous m'accordiez une nouvelle chance.

Elle ferma les yeux à ces mots qu'elle avait, à l'époque, tant rêvé d'entendre… mais c'était trop tard !

— Je devais partir… Tu le sais !

Elle pouvait sentir son souffle sur sa nuque, sa présence dans son dos et son cœur s'emballa. Il n'avait pas le droit… Non ! Pas après qu'elle ait lutté toutes ces années pour tenter de l'oublier, tirer un trait sur lui.

Lentement, elle se retourna pour lui faire face, ravalant ses larmes qu'elle se refusait de lui offrir à nouveau. Elle n'en avait déjà que trop versé en son nom.

Le souffle de l'homme s'écrasa sur la peau de son visage et elle ferma les yeux moins d'une seconde. Son haleine était fraîche, comme une brise au printemps. Elle ne se souvenait pas de la dernière fois qu'elle l'avait sentie si douce…

— J'ai arrêté de boire, avoua-t-il comme s'il lisait dans ses pensées.

Il s'éloigna visiblement à contrecœur en se rendant compte de leur proximité avant de frotter sa nuque avec nervosité.

— Écoute ! Je sais que j'ai perdu le droit de te demander quoi que ce soit, mais… Ce type est bizarre, non ? Je veux dire, son frère vient d'être arrêté et…

— Quoi ?

Mélissa s'adossa à sa voiture, les jambes tremblantes.

Paul, qui n'avait jamais évoqué la moindre famille en sa présence, s'avérait être oncle et père et fraîchement séparé d'une certaine Eléa, pour ce qu'elle en avait compris.

Si elle ne pouvait lui reprocher d'avoir un neveu, ni même une ex, Mélissa ne parvenait pas à avaler la pilule concernant l'existence de cette enfant dont elle n'avait jamais entendu parler…

Pour sa part, elle n'avait pas hésité à lui présenter Scott, soucieuse de construire quelque chose de sérieux et durable avec l'homme.

Il était évident à présent que leurs désirs différaient diamétralement.

Pourquoi fallait-il qu'elle découvre tout ça après avoir succombé à ses avances la nuit même ?

Elle réalisait soudainement qu'elle ne connaissait rien de cet homme beau comme un ange.

Ce qui était certain à présent, c'est qu'il s'était joué de ses sentiments pour la mettre dans son lit, car si ses intentions avaient été correctes, il lui aurait parlé de Luna !

Elle s'était fait embobiner comme une bleue et le pire dans tout ça, c'est qu'elle y avait vraiment cru.

Un frère en prison n'était même plus étonnant à ce stade.

Combien d'autres secrets lui cachait-il encore ?

— Il n'est que suspect pour l'instant, mais s'il te plaît… Je serais rassuré que tu arrêtes de le fréquenter au moins le temps de l'enquête !

Vu sa récente déclaration, il était évident que l'agent fédéral espérait qu'elle coupe définitivement les ponts avec lui, mais elle n'était pas assez mesquine pour le lui faire remarquer, et puis… Elle n'avait pas besoin qu'il le demande pour accéder à sa requête.

Paul lui avait menti, l'avait trahi, se moquant d'elle et de ses sentiments.

Elle ne voulait plus rien avoir à faire avec ce type ! Déjà, l'idée de le croiser dans les couloirs de l'hôpital lui donnait la nausée.

Elle hocha la tête simplement pour acquiescer, incapable de parler tant tout ce qu'elle vivait ressemblait à un cauchemar.

— Et… Et peut-être que… peut-être qu'après on pourrait…

— Le moment est très mal choisi, Rafaël !

Il expira douloureusement conscient qu'elle avait raison.

Finalement, elle releva les yeux vers lui et son souffle se coupa lorsque leurs regards se soudèrent l'un à l'autre. Un frisson la parcourut sans qu'elle ne parvienne à savoir s'il était agréable ou désagréable. Le temps autour d'eux s'était arrêté.

Aucun d'eux n'aurait pu deviner dans quelle situation délicate ils avaient abandonné Maxime.

La porte avait claqué derrière l'infirmière, résonnant aux oreilles du lycéen comme un glas funeste que la lueur assassine dans le regard de son oncle n'avait fait que confirmer.

— Je vais le répéter une dernière fois, Maxime ! Qu'est-ce que tu fiches ici ?

La peur primaire de l'adolescent se réveilla instantanément à mesure que l'oméga avançait dans sa direction. Il ne pouvait rien faire d'autre que reculer d'autant de pas que le loup faisait vers lui. Il se sentait incapable de le lâcher du regard, comme par crainte que le prédateur ne bondisse sur lui s'il baissait sa garde ne serait-ce qu'une seconde.

Il avait la désagréable impression que son cœur cherchait à s'extirper de sa poitrine.

La peur montait en lui comme un liquide gluant qui le paralysait peu à peu, coupant son souffle, tétanisant ses muscles.

Il avait cru tout ça derrière lui après la mort d'Eléa et leur arrivée à Beacon Hills, mais en un simple regard, Paul se rappelait à son bon souvenir.

— Tu n'as pas l'air de bien te rendre compte de la situation dans laquelle tu me mets.

Sans autre raison apparente ni signe annonciateur, le lycan balaya l'adolescent d'un geste vif et violent du bras. Maxime, qui n'avait même pas pu anticiper le choc, fut projeté au sol, confus et étourdi, le nez ensanglanté et la pommette douloureuse.

Il n'avait pas repris ses esprits que la main de son ancien bourreau se refermait sur sa gorge, le forçant à rencontrer ses iris bleu surnaturel qui l'avaient toujours fait frissonner.

Le monde tournait encore autour de lui et la voix de son oncle lui semblait lointaine et étouffée comme s'il avait la tête sous l'eau.

— Elle ne devait pas apprendre l'existence de Luna… Elle ne me fera plus confiance maintenant. Et en plus de ça, tu ramènes ce flic chez moi ? J'aurais dû te tuer à la naissance comme c'était prévu ! Ça m'aurait épargné de t'avoir dans les pattes sans arrêt.

Pires que la gifle qu'il venait de recevoir, les mots de son beau-père l'atteignirent comme un uppercut dans l'estomac, un coup de poignard en plein cœur.

— Qu-Quoi ?

— Oh ! Tu m'as bien entendu.

Comme pour ponctuer sa phrase, le loup-garou repoussa durement la tête de son neveu qui percuta à nouveau le sol dans un bruit mat.

Puis, comme si la situation n'avait rien d'anormal, il se releva et s'éloigna du lycéen en se frottant les paumes contre son jean comme pour les nettoyer du contact avilissant qu'il avait eu avec l'humain.

Maxime se redressa maladroitement sur ses avant-bras avant d'entreprendre de se remettre sur ses pieds. D'un geste impatient de la main, il essuya le sang souillant son visage tout en se retenant au mur de l'autre pour ne pas trébucher tant il était pris de vertige.

— Tu… voulais me tuer à la naissance ?

Le rire froid de son oncle répondit à ses balbutiements.

— Qu'est-ce que tu crois ? Tu étais une honte pour notre meute, pour ta mère… et pour moi.

Maxime aurait dû être révolté, mais il n'y avait rien de nouveau. Ces mots, il les avait entendus une centaine de fois déjà…

— Si Eléa ne s'y était pas opposée, je t'aurais broyé sans aucun remords entre mes paumes.

Paul mimait l'acte sans le lâcher de son regard de sadique, un sourire provocant sur les lèvres.

Un frisson, qui n'avait pourtant rien avoir avec la menace sous-jacente qu'il percevait dans la posture du loup, traversa le jeune homme.

— Elle s'y est opposée ?

Jusqu'à présent, il avait toujours pensé que sa génitrice n'avait rien fait pour lui aussi était-il surpris par cette nouvelle. Évidemment, ça ne rachetait en rien les actions de cette femme qui n'avait jamais su l'aimer.

— Qu'est-ce que tu fais là, Maxime ?

Paul semblait radouci comme si le simple fait de parler de son ancienne compagne avait suffi à le calmer un tant soit peu.

— Papa s'est fait arrêter ce matin. Je sais que c'est de ta faute. Je veux savoir pourquoi ! Pourquoi t'a-t-il obéi une fois de plus ? Qu'est-ce qu'il me cache ?

— Pourquoi je te le dirais ?

— Je veux juste que mon père sorte de prison ! Même toi, tu peux comprendre ça, non ?

Maxime ne se connaissait pas cette hargne ni ce courage qu'il était pourtant loin de ressentir.

Paul souffla un rire, visiblement étonné lui aussi tandis que ses sourcils se soulevaient de surprise.

— Il n'a rien à se reprocher. Ils auront tôt fait de le relâcher. Tu n'as vraiment pas à t'en faire pour lui… Non ! Tu ferais mieux de t'en faire pour ta vie…

Maxime se força à ne pas reculer lorsque l'oméga s'approcha à nouveau. Il releva la tête avec défi quand il pénétra dans son espace personnel, plantant ses iris chocolat dans ceux marron aux nuances plus claires presque vertes.

— Tu ne me feras pas de mal, affirma-t-il.

— Ah non ? s'amusa Paul. Et qui va m'en empêcher ? Toi ? Je peux te tuer, là, maintenant… Personne ne s'en souciera !

Le lycéen savait très bien que son cœur trahissait sa panique tout comme l'odeur de sa peau, pourtant il s'obligea à ne pas bouger.

— Tu crois ? J'ai amené un flic chez toi, tu te souviens ? Où penses-tu qu'ils vont chercher quand le lycée signalera ma disparition ? Et après, quoi ? Mon père l'apprendra et que penses-tu qu'il fera ? Et Luna… Elle te détestera à jamais si tu fais ça !

Le lycan crispa la mâchoire et les poings. Sa respiration se fit plus lourde tandis qu'il perdait patience. Ses yeux clignotèrent, oscillant entre le bleu acier et cette couleur si particulière qui les caractérisait.

Ce n'était vraiment pas rassurant pour Maxime. La colère de son oncle était aussi terrifiante que dangereuse.

Son rire glacial éclata comme un orage au milieu de l'été, aussi imprévisible que saisissant.

Maxime avait sursauté. Il lui fallut quelques secondes avant de réaliser que la menace s'était éloignée de lui au rythme des pas du loup.

Le fou rire, lui, n'avait pas disparu, au contraire. Il ne faisait que monter crescendo au fil des minutes, provoquant des frissons de terreur à l'adolescent.

— Tu sais ce qui m'amuse ? s'enquit l'homme, les larmes au bord des cils.

Il se passa la langue sur les lèvres avant de s'esclaffer à nouveau tandis qu'il essuyait du pouce les perles salées qui s'étaient évadées de ses paupières.

— Ce qui me fait rire, c'est que tu n'es pas aussi idiot que tu en as l'air.

Son hilarité cessa aussi soudainement qu'elle avait commencé tandis que son visage arborait une expression dure, froide et cruelle.

L'oméga mordilla sa lèvre de ses canines tout sauf humaines, faisant s'écouler une unique goutte carmin qu'il lécha avant que sa chaire ne cicatrise tout aussi vite.

— Enfin… Tu n'es pas non plus très malin ! Je te connais plus que tu ne le penses… Un seul mot de moi et j'aurai le plaisir de te voir effondré en larmes à mes pieds !

L'estomac du garçon se contracta douloureusement, mais il refusait d'offrir une telle satisfaction à cet homme. Il ne se laisserait plus détruire par lui. Jamais.

— Ça fait bien longtemps que tes mots ne m'atteignent plus.

— Tu crois ?

Comme un prédateur étudiant sa proie, Paul pencha la tête sur son épaule. Ses cils se soulevèrent un peu plus tandis qu'il ancrait son regard dans celui de son neveu.

— J'ai toujours beaucoup aimé la biologie. J'ai même hésité à devenir médecin avant de me lancer dans la psychiatrie. J'ai pris énormément de plaisir quand j'ai repris mes études dans un domaine plus physique d'ailleurs...

Cette entrée en la matière n'avait aucune logique. Maxime fronça ses sourcils, incapable de quitter son hôte des yeux tandis que celui-ci se laissait tomber nonchalamment dans le canapé.

— Le génome humain offre des particularités fascinantes : l'ADN, les allèles qui le composent, les gènes dominants et récessifs ainsi que leurs milliards de combinaisons possibles s'exprimant différemment d'un individu à l'autre dans des domaines aussi insignifiants que la pigmentation des cheveux ou des yeux… Tu sais ce qui détermine la couleur des iris d'un humain, Maxime ?

— Qu'est-ce que ça peut me foutre ?!

Le lycéen avait étudié tout ça en cours, mais il ne voyait pas du tout où voulait en venir son oncle.

— Langage !

Paul souffla un nouveau rire. Il semblait s'amuser follement de la situation et cette simple constatation affola le rythme cardiaque de l'adolescent.

— Il va falloir que mon frère revoie ton éducation.

Il soupira de façon presque théâtrale avant de se reprendre.

— Ta mère avait de magnifiques yeux bleus. Tu t'en souviens ? Moi, oui ! Je ne pourrai jamais oublier la première fois où mon regard a croisé le sien. Je l'ai aimé dès cet instant.

Il expira douloureusement, toute joie semblant l'avoir quitté tandis qu'il replongeait dans ses souvenirs.

— On s'est rencontré lors de notre première année d'université, expliqua-t-il comme si ça intéressait son neveu. Nous étions dans la même promotion et le même petit groupe d'amis. Ian en faisait partie aussi. Il venait de commencer sa dernière année d'étude, mais ses tendances asociales l'avaient fait passer à côté de tout ce qu'il y a de mieux… Enfin, ce n'est pas le sujet !

Il secoua la tête comme pour retrouver le fil de ses pensées. Maxime était tétanisé et ne pouvait rien faire de plus qu'écouter l'étrange récit qui lui était conté.

— Quoi qu'il en soit… Eléa — elle portait un autre prénom à l'époque — l'a toujours aimé, lui ! Cet idiot ne voyait rien et ça m'arrangeait, pour tout te dire ! Et puis un jour, elle a disparu. Elle n'a jamais vraiment voulu m'expliquer ce qui s'était passé pendant son absence, mais une chose est sûre, quand elle est revenue, elle était différente. Elle nous a offert la morsure comme un cadeau et s'est résignée à me prendre comme compagnon puisque Ian ne répondait pas à ses avances.

— Il a fini par y répondre de toute évidence, répliqua Maxime juste pour le plaisir de voir son oncle souffrir.

Il entendait cette histoire pour la première fois, mais savoir que Paul avait peiné en amour grâce à son père était une satisfaction qu'il était déterminé à savourer.

Pourtant, au lieu de grimacer, Paul sourit à son commentaire. Il se passa ensuite une main dans les cheveux avant de se remettre sur ses pieds.

— Revenons-en à nos allèles. Tu as remarqué comme les yeux de Luna sont céruléens ? J'en suis ravi, car tu vois, les miens ne le sont pas, mais… grâce à la magie de la génétique, elle a hérité de mon allèle bleu. Normalement, il est récessif, mais chez moi, il s'exprime légèrement.

Maxime avait toujours cru que son oncle avait des yeux marron-vert, mais maintenant qu'il en parlait, Luna n'aurait jamais pu avoir les iris bleus si ça avait été le cas.

— Je ne vois vraiment pas en quoi ça me concerne !

Il en avait assez de cette discussion qui ne menait à rien. Tout ce qu'il voulait, c'était avoir des réponses à ses questions, pas qu'on lui donne un cours de biologie.

— Mais ça te concerne justement. Regarde tes yeux. Ils sont entièrement chocolat, malgré le bleu de ceux de ta mère. Comme je te l'ai expliqué, la couleur marron est dominante donc, ça n'a rien d'extraordinaire.

Le sourire de Paul fit froid dans le dos au lycéen. Ces mots nouèrent ses entrailles sans raison apparente. Son cœur s'emballa davantage et il sentit une sueur glacée recouvrir son épiderme.

— Qui a bien pu te léguer ce gène marron ? Ian a de grands yeux bleus, lui aussi !

À nouveau, la tête de Paul bascula sur son épaule tandis qu'il observait chacune des réactions de son interlocuteur.

Il perçut l'exact moment où ses mots frappèrent l'adolescent comme une flèche en plein cœur. Son sourire s'élargit méchamment.

— Ian et Eléa n'ont jamais été ensemble… C'est à moi que tu dois la couleur de tes yeux, Maxime !

La langue du loup claqua contre son palais, ravi de l'effet qu'il avait sur le lycéen qui peinait à respirer à présent.

— Je voulais te tuer… Me débarrasser de toi, de ce fils humain que je n'ai jamais désiré, mais Ian a accepté de s'occuper de toi comme si tu étais le sien et Eléa lui a cédé parce que ça lui permettait de le garder sous son contrôle. Sans toi, il aurait pu quitter la meute, reprendre sa vie d'avant ! Tu m'accuses d'être responsable de ses maux, mais tout ce qu'il a enduré ces dix-huit dernières années, il ne le doit qu'à toi ! À croire que tu n'es capable que de gâcher la vie des autres !

— Tu mens ! T'es pas… Tu ne peux pas être mon père !

Il aurait aimé ne pas offrir ses larmes à son bourreau. Il aurait voulu être assez fort pour ne rien laisser paraître de ses émotions, mais même s'il se refusait d'y croire, une part de lui l'avait toujours su !

Il avait l'impression que son cœur se disloquait. Son thorax était comprimé dans un étau qui l'empêchait de respirer. Plus rien n'existait plus que le sourire sadique de Paul qui l'observait de haut en se délectant de sa souffrance.

De l'air, il avait juste besoin d'un peu d'air.

Tant bien que mal, il tituba jusqu'à l'extérieur, trébuchant dans les escaliers de l'immeuble jusqu'à ce que le rire résonnant dans ses tympans disparaisse.

Il s'effondra sur le parking sans même avoir réalisé qu'il était sorti du bâtiment. Les paumes à plat sur l'asphalte, il chercha son souffle qui se refusait à lui.

Le monde n'avait de cesse de tourner. Il sentait les ténèbres l'engloutir et ne lutta même pas contre elles.

Une fois de plus, sa vie était balayée d'un revers de main… n'en restait que des miettes !

oOo

— Vous saviez que le virus de la grippe pouvait survivre de huit à quarante-huit heures sur une surface inerte ! Ça dépend de la porosité entre autres. Moi qui pensais qu'il fallait une arme chimique ultra élaborée pour propager une épidémie, en fait, il suffit d'en répandre à des endroits stratégiques comme les poignées de porte.

La journée venait de s'achever au lycée et Maxime n'avait pas montré un seul signe de vie. Il ne répondait pas à leurs appels ni à leurs messages et personne ne savait où il avait pu disparaître. À son silence radio s'ajoutait celui de Deaton qui restait injoignable depuis près d'une semaine maintenant. Chaque membre de la meute craignait qu'il soit arrivé quelque chose de grave à leur émissaire. Rester dans l'ignorance était presque pire que tout.

Stiles était plus inquiet que jamais et comme chaque fois qu'il était nerveux, il ne pouvait s'empêcher de parler à tort et à travers.

— D'ailleurs, c'est vraiment injuste que j'aie été le seul à souffrir de nausée. J'ai lu que seules les personnes fragiles subissaient ce genre de symptôme. Les jeunes enfants ou au contraire les personnes âgées ! Fragiles ! Je suis juste dégoûté !

Ses amis l'écoutaient sans rechigner.

Tous sauf, Luna qui s'excusa avant de courir jusqu'à sa voiture. Elle devait être au moins aussi inquiète que Stiles pour son frère et il ne faisait aucun doute qu'elle allait se rendre chez lui pour avoir de ses nouvelles. Danny l'imita d'ailleurs, sans un mot de plus.

Stiles aurait aimé les imiter, mais il avait promis de ne pas s'éloigner de la meute et se devait donc d'attendre son chauffeur et petit-ami avant d'espérer faire quoi que ce soit.

— J'ai toujours su que t'étais une demoiselle en détresse, se moqua Isaac pour détendre l'atmosphère.

Le cœur n'y était pourtant pas et sa tentative de provocation tomba à l'eau.

Avec un soupir de soulagement, le fils du shérif repéra Derek garer sa jeep un peu plus loin.

— Je vous contacte si j'ai des nouvelles.

Le petit groupe acquiesça et Scott tenta de rassurer son meilleur ami.

Ils s'inquiétaient peut-être tous pour rien. Maxime n'était peut-être pas totalement remis et reviendrait au lycée le lendemain.

— Stiles… Attends !

Le jeune homme fut surpris qu'Allison le coupe dans son élan.

— Je voulais t'en parler aujourd'hui, mais avec l'absence de Maxime, je n'ai pas trouvé le bon moment... Quoi qu'il en soit, Scott m'a dit que vous aviez dû annuler votre week-end, Derek et toi !

— Ouais, soupira Stiles avant de lui offrir un sourire.

Il haussa les épaules d'un air prétendument décontracté.

— On aura d'autres occasions.

— C'est certain ! D'ailleurs…

Elle lui tendit une clé que Stiles attrapa avec un froncement de sourcils interrogateur.

— Il y a trop d'oreilles indiscrètes ici, mais je t'envoie un message pour tout t'expliquer, d'accord ?

Avec un clin d'œil et un sourire lumineux, la chasseuse s'en retourna vers son petit-ami, laissant derrière elle un Stiles perdu et incrédule.

— Qu'est-ce qui se passe ?

L'hyperactif sursauta en entendant la voix de Derek dans son dos.

Il se retourna le cœur battant avant que la réalité de la journée ne se rappelle douloureusement à lui.

— Maxime a disparu… Et je suis le dernier à avoir eu de ses nouvelles.