HERE FOR YOU
par wisegirl2772
traduction de m13a
Chapitre 33
« Je n'arrive pas à y croire ! Ils ont réussi à se faire renvoyer ! » s'écria Molly, frappant le sol du pied. « Comment ont-ils pu me faire ça ? Faire ça à leur avenir ? »
« Molly, » commença Amy, s'avançant un peu hors de l'ombre. Charlie lui jeta un rapide regard avant de se détourner. « Les jumeaux ne gagnaient rien à être à Poudlard. Ombrage est la peste incarnée et elle a envahi toute l'école George et Fred ont eu de la chance de s'échapper à ce moment-là. Dumbledore est parti, et je suspecte qu'Ombrage ne va pas tarder à tomber sur les autres membres de l'Ordre. Les jumeaux étaient prêts à quitter l'école depuis un moment déjà. Et puis ils sont adultes, alors vous ne pouvez pas vraiment y faire grand-chose… »
La mâchoire de Molly sembla se décrocher, ses yeux s'écarquillaient, brillant de fureur. « Pas y faire grand-chose ? » s'exclama-t-elle, une main sur la poitrine. « Je suis leur mère ! » Amy serra les poings et se mordit l'intérieur de la lèvre.
« Et vous avez toujours deux autres enfants coincés à l'école sous la coupe d'Ombrage, sans parler de Harry et Hermione, » remarqua-t-elle, haussant les sourcils alors qu'elle se réajustait sur son siège, posant les mains sur la table. « C'est pour eux que vous devriez vous inquiéter. »
Molly lui adressa un regard mauvais, et les autres personnes présentes dans la pièce attendirent inconfortablement, tous conscients de la tension qui régnait entre les deux femmes. Les yeux de Charlie passaient sans cesse de sa mère à sa sorcière, le courage des Gryffondors lui faisant défaut face à la détermination qui se dégageait des deux femmes. Il s'autorisa à se renfoncer dans sa chaise, hors de vue des sorcières.
« Es-tu en train d'insinuer que je suis une mauvaise mère, parce que je m'inquiète à propos de mes enfants ? » siffla Molly, les yeux plissés. Amy n'aurait pas été surprise si Maman Weasley lui avait sauté au visage toutes griffes dehors.
« Pas du tout, je pense simplement qu'il est aujourd'hui plus important de se préoccuper du sort de vos enfants encore à Poudlard, plutôt que de celui de ceux qui en sont partis, » protesta Amy, la voix lourde de colère. Sa propre mère avait agi ainsi quand sa sœur Rose s'était enfuie pour se marier en cachette : elle avait tourné toute son attention sur l'aînée de ses enfants, et avait complétement ignoré les autres, qui à l'époque, étaient plus que vulnérables et mal dans leur peau. Amy savait ce que cela faisait de se sentir la moins aimée du lot, et elle détestait ça. Bien sûr, elle était plutôt très dramatique à l'adolescence, et sa réaction à l'époque avait été disproportionnée, mais personne ne voulait se sentir pas aimé. Elle était consciente maintenant que ses parents et ses frères et sœur l'aimaient sans conditions, mais lorsqu'elle était encore une sorcière ado à moitié rebelle, ils n'en avaient pas l'air. Et elle avait beau ne pas être mère, elle restait une sœur. Une sœur au sein de sa fratrie, et une sœur pour tous les élèves de Poudlard, les bons comme les mauvais, et elle ne voulait pas qu'un seul d'entre eux se dise qu'il n'était pas aimé, comme elle avait pu le faire plus jeune.
« Soit, mais tu n'es pas vraiment la mieux placée pour décider de ce qu'il y a de mieux à faire pour mes enfants, n'est-ce pas Amy ? » demanda Molly. « Après tout, tu as été renvoyée car tu ne savais pas ce qu'il y avait de mieux à faire pour tes élèves. » Elle avait un air si triomphant sur le visage qu'Amy fut incapable de bouger, ne s'attendant pas à ce que les mots de la sorcière en face d'elle la touchent autant. Elle se mordit à nouveau la lèvre, jusqu'à ce qu'elle sente le goût du sang sur sa langue. Amy fixa sévèrement Molly, puis se dégagea de la table de la cuisine, submergée par la colère et la tristesse. Elle n'adressa pas un regard à Charlie en quittant la pièce. Elle était sur les nerfs ces dernières semaines, animée par sa haine de la Directrice de Poudlard. Elle avait espéré que frapper le Crapaud et passer quelques jours en compagnie de Charlie l'aideraient à se calmer, mais elle était toujours aussi énervée que ce soir-là dans le couloir froid de l'école, et Molly n'avait fait qu'empirer la situation. La sorcière s'emportait contre tout le monde suite à la décision de Fred et George de quitter l'école, et la dispute qui avait eu lieu quelques instants plus tôt n'était pas la première à éclater entre les deux femmes. Cela va sans dire, Amy n'était pas vraiment au septième ciel.
Elle avait contemplé l'option de retourner à Chicago quelque temps, au moins pour rendre visite à ses parents, mais elle avait honte de devoir leur expliquer qu'elle s'était fait renvoyer. Même si ça n'était pas de sa faute et que ses parents auraient compris cela, sa fierté l'en empêchait. Ses parents n'arrêtaient pas de se vanter du fait qu'elle était professeure dans une des meilleures pensions du Royaume Uni, et elle n'avait pas le cœur de leur retirer ce plaisir, pas après tout ce temps passé loin les uns des autres durant toute son éducation. Elle ne pouvait même pas leur faire des démonstrations de ce qu'elle avait appris car ils étaient Modus, et elle ne pouvait pas balancer des sorts et des enchantements à tout va pour leurs beaux yeux. Ses parents étaient tellement importants pour elle qu'elle ne se voyait pas les décevoir comme cela. Elle soupira, tenta de reprendre sa respiration, consciente qu'elle avait parlé sans réfléchir. Elle s'appuya contre la rambarde de l'escalier, laissant la froideur du métal pénétrer sa peau et l'envelopper peu à peu.
Une porte qui se fermait et des pas sur le plancher indiquèrent à Amy que quelqu'un approchait. Elle ouvrit les yeux un chouilla avant de les refermer aussitôt.
« Ne t'embête pas, » murmura-t-elle faiblement. « Je sais, je sais. Je fais n'importe quoi et il faut que je me calme. »
« Juste un peu, » acquiesça Tonks, s'appuyant également contre l'escalier. « Mais c'est compréhensible. » Amy ricana, se demandant si elle pouvait disparaître plus loin dans le couloir sombre.
« Et puis, Molly n'est pas vraiment en colère contre toi, » insista Tonks, donnant un petit coup de coude à Amy. Elle ouvrit un œil pour regarder la sorcière aux cheveux colorés. « Elle est juste énervée parce qu'elle croit que les jumeaux ont gâché leur éducation. Tout le dur travail de leurs professeurs, pouf, envolé. » Amy soupira encore, ouvrant son autre œil alors qu'elle se passait une main dans les cheveux.
« Je sais bien, mais c'est juste qu'elle devrait leur faire confiance. Ils savent ce qu'ils font, ils sont plus intelligents que ce qu'ils laissent paraître, et il ne faut pas qu'elle oublie que même si les plus âgés n'en font qu'à leur tête, ça ne veut pas dire qu'il faut délaisser ses plus jeunes enfants. Fais-moi confiance sur ce point. »
Un silence s'installa entre les deux sorcières, qui se perdirent dans leurs pensées, entourées par l'étrange ambiance habituelle qui régnait au quartier général. Amy se sentait déjà plus calme, sa colère plus en retrait, plus aussi à vif. La tranquillité aurait pu durer longtemps, mais un craquement retentit dans la maison silencieuse, suivit de cris et de jurons en provenance de la cuisine. Amy et Tonks se regardèrent et sortirent leur baguette en même temps, se précipitant dans le couloir. Elle se préparaient au pire, Mangemorts, Ombrage, Voldemort…
Le duo s'engouffra par la porte, et les yeux d'Amy parcoururent la pièce bondée, remarquant Molly, une main sur le cœur, respirant bruyamment, le visage rouge puis passant sur Charlie, qui secouait la tête de frustration, lui aussi sa baguette en main. Deux nouvelles personnes se trouvaient dans la cuisine, mais rien d'aussi dramatique que ce que Tonks et Amy avaient imaginé.
Fred et George, les deux fouines, avaient transplané au milieu de la cuisine, deux sourires identiques et déments sur leurs visages parsemés de taches de rousseur. Amy râla, se laissant tomber contre la porte tandis que Tonks se contentait de sourire, un bref rire lui échappant alors que ses cheveux retrouvaient leur couleur rose.
« Salut Maman ! » clamèrent les jumeaux à l'unisson, ignorant l'expression de fureur qui reprenait sa place sur le visage rouge de leur mère. Ils firent un signe de tête aux autres personnes présentes. « Charlie, Tonks. » Leurs regards s'arrêtèrent sur Amy. « Vous avez laissé un sacré bleu à Ombrage, Professeure ! Contents de savoir qu'on a pu déteindre un peu sur vous ! » Amy leur adressa un léger sourire et un signe de la main, se préparant à ce qui allait suivre.
« QU'EST-CE QUE VOUS CROYEZ FAIRE, AU JUSTE ? »
Les jumeaux grimacèrent, les épaules remontées jusqu'aux oreilles alors qu'ils se retournaient lentement pour faire face à leur mère. La lumière dansante du feu de cheminée dotait la sorcière d'une aura menaçante. Amy fut surprise que les jumeaux ne tiquent pas face à la tête que faisait Molly. Amy était presque tentée de disparaître à nouveau, mais elle se retint, la main accrochée à la poignée délabrée de la porte de la cuisine.
« Mais de quoi est-ce que tu parles, Maman ? » commença George, levant les paumes vers le ciel dans un geste de curiosité feinte. Fred l'imita de suite.
« On ne peut pas rendre visite à notre chère Maman de temps en temps ? » continua Fred, la voix légère et pleine d'espoir. Ils croyaient vraiment que leur petit manège allait suffire à les sauver de leur inévitable destin, mais…
« NON VOUS NE POUVEZ PAS. SURTOUT QUAND VOUS DEVRIEZ ÊTRE À L'ECOLE ! » tonna Molly, s'approchant des jumeaux la baguette pointée sur eux. « PLUTÔT QUE DE DEBOULER COMME CA AVEC VOTRE IDEE PUERILE DE BOUTIQUE DE FARCES ET ATTRAPPES ! »
Charlie tressaillit au son de la voix aiguë de sa mère, tournant un peu la tête pour moins l'entendre Tonks tentait quant à elle de s'intéresser aux objets posés sur le comptoir de la cuisine. Amy, elle, se concentra sur ses mains, admirant ses ongles courts et le vernis qui s'écaillait. Elle avait toujours détesté écouter quelqu'un se faire gronder, et cet instant n'échappait pas à la règle. C'était déjà assez gênant comme ça qu'elle-même se soit fait gronder par Molly quelques minutes plus tôt, mais alors maintenant que c'était au tour des deux garnements et que Molly semblait n'en avoir rien à faire d'avoir un public, la situation était gênante au plus haut point.
Les jumeaux se sentirent vite offensés, et bientôt ce fut à qui crierait le plus fort entre la mère et les fils. Des mots comme « pas encourageante », « irresponsables » et « décevants » furent lancés en l'air, les voix de chacun montant peu à peu en volume, jusqu'à ce que Sirius entre dans la cuisine. Ses cheveux étaient encore plus emmêlés que d'habitude, et ses yeux étaient cernés, comme s'il venait tout juste de se réveiller.
« OH ! » cria-t-il par-dessus la dispute en cours. Tout le monde dans la cuisine s'arrêta et se tourna vers lui. Personne avant n'avait osé interrompre l'engueulade depuis qu'elle avait commencé. « Fermez-là, merde ! Si je dois vivre ici, j'aime autant que ça soit dans le calme ! » Il fixait les Weasley, comme attendant de voir s'ils allaient critiquer son peu d'autorité. Quand il vit que personne ne disait rien, il traversa la pièce jusqu'au garde-manger, sortant une bouteille de bièraubeurre ou de whisky Pur Feu, Amy n'était pas sûre. Il se posta à table en face de Charlie, buvant une rasade de sa bouteille avant de se tourner à nouveau vers les trois Weasley qui n'avaient pas bougé.
« Bon alors, » proclama Sirius d'une voix qu'Amy pensa calme, « Qu'est-ce qui se passe ? » Le trio excité reprit de plus belle, mais Sirius leva un doigt en l'air. « Nan, nan, nan. Chacun son tour, et sans crier. Vous allez réveiller la maison. » Il désigna Molly du doigt.
« Ces deux-là, » énonça rageusement Molly en montrant les jumeaux, « se sont fait renvoyer ! Ils croient pouvoir vivre de leurs blagues et de leurs tours de passe-passe, mais il faut qu'ils se décident à grandir ! » Elle se tourna vers les garçons. « Faire des blagues, ça ne vous mènera nulle part dans la vie ! Vous comprenez au moins ça, non ? Vous êtes des garçons intelligents, alors pourquoi est-ce que vous gâchez votre futur comme ça ? » Elle le regardait, implorante, les suppliant d'admettre qu'elle avait raison. Sirius prit une autre gorgée à même sa bouteille, puis se tourna vers les jumeaux.
« Vous vous êtes fait renvoyer ? » demanda-t-il, un sourcil haussé. Les deux échangèrent un regard entre eux, puis firent face à l'ex-prisonnier, acquiesçant lentement. Un large sourire traversa le visage de Sirius. « Ha, bien joué ! Il était temps que quelqu'un tienne tête à ce vieux Crapaud ! »
Les sourires déments reprirent leur place sur la tête des jumeaux. « Oui, enfin, si on en croit le bleu sur la face d'Ombrage - » se lança George, « - c'est plutôt Professeure Wyman qui lui a tenu tête, » termina Fred, en faisant un signe de tête vers Amy. Sirius se tourna vers elle, sa curiosité évidente.
« Je ne vous savais pas capable de cela, Wyman. » admit-il, levant sa bouteille en sa direction comme pour lui porter un toast. Amy haussa les épaules en lâchant un soupir.
« Ça n'est que la pointe de l'iceberg. Il y a plein de choses que vous ne savez pas sur moi, Black. » l'informa Amy. Ses yeux furetèrent vers Charlie une fraction de seconde, un doux sourire jouant sur ses lèvres, presque identique à celui que lui arborait. Elle reprit son observation de Sirius, qui semblait n'avoir rien remarqué de ce qui venait de se passer. Il étudiait le fond de sa bouteille, fermant un œil pour voir s'il ne restait pas un peu d'alcool. Il haussa les épaules, renversa la bouteille au-dessus de sa bouche et la secoua pour attraper les dernières gouttes.
Apparemment Molly estima qu'il était temps pour elle de revenir dans la conversation.
« Sirius, et si ça avait été Harry qui s'était fait renvoyer de Poudlard ? Ça ne t'aurait fait ni chaud ni froid ? » demanda-t-elle, les mains sur les hanches, visiblement déterminée à ce que quelqu'un soit de son côté.
Sirius ne prit même pas la peine de la regarder. « Harry s'est déjà fait renvoyer, Molly. » lui rappela l'homme barbu, se frottant le front de fatigue. Molly marmonna quelques paroles inintelligibles avant de se faire à nouveau interrompre par Sirius. « S'il avait été majeur et qu'il avait décidé que Poudlard ne pouvait plus rien lui apprendre, alors pourquoi rester ? Ils sont peut-être jeunes, Molly, mais ça ne veut pas dire qu'ils ne sont pas intelligents ou qu'ils ne savent pas ce qu'il y a de mieux pour eux. »
« Mais c'est exactement ce que je veux dire ! » protesta Molly, gesticulant en direction de ses fils. « Ils ne savent pas ce qu'il y a de mieux pour eux ! Ce sont peut-être légalement des adultes, il n'empêche que leur maturité, même combinées, fait d'eux des enfants de huit ans ! »
Ce fut au tour des jumeaux de bafouiller d'indignation.
« Tu nous transperces le cœur, Mère ! » s'écria Fred, la main sur le cœur comme s'il souffrait vraiment.
« Pourquoi tant de cruauté ? » enchaîna George, sa main à lui sur son front, feignant de s'évanouir.
« Je vous connais comme si je vous avais faits, » leur rappela Molly. « Je suis au courant de toutes vos techniques alors n'essayez même pas de vous en sortir comme ça. Vous allez retourner à Poudlard, que ça vous plaise ou non ! »
« Ça m'étonnerait que ce soit possible, » intervint Amy pour la première fois. « Si ça ne tenait qu'à moi, je les aurais sûrement bannis du château, mais connaissant Ombrage, ils ne devraient probablement même pas se trouver en Angleterre en ce moment. »
Molly rumina désespérément durant de longues secondes, cherchant une idée. « Dans ce cas – dans ce cas vous vous trouverez un travail au Ministère, » fulmina-t-elle, sa voix pleine de frustration face au manque de soutien qui l'accablait.
« Je ne crois pas que ça va fonctionner non plus, Maman, » déclara George à sa mère en pétards.
« On a déjà acheté une boutique sur le Chemin de Traverse, » continua Fred, s'adossant au mur, un air de satisfaction sur le visage.
« Ce qui veut aussi dire, » fit George d'une voix traînante, se postant lui aussi contre le mur.
« Qu'on déménage ! »
Amy grimaça. Elle aurait largement préféré que les jumeaux attendent un autre jour pour larguer cette bombe. Cela n'allait arranger la santé de personne, et surtout pas la leur. Elle n'osait pas imaginer leur état quand Molly en aurait fini avec eux.
Les larmes et les bafouillements arrivèrent en premier, suivis par les cris, puis les supplications, et ensuite les insultes, pour finir sur encore quelques cris. Amy tressaillit alors que la dispute repartait de plus belle, priant pour que Molly s'évanouisse faute de respirer ou bien pour qu'elle se prenne un Stupéfix de la part d'une des personnes présentes dans la cuisine (c'était un peu plus humain de cette façon).
Les élucubrations de Molly ne furent interrompues que par l'arrivée fracassante d'une chouette qui déboula dans la cuisine dans un amas de plumes désordonné. L'oiseau était apparemment passé par une fenêtre fermée, à en croire les brisures de verres dans son plumage. L'assemblée présente dans la cuisine suivit du regard la chouette, qui vint poser une lettre sur la table en bois avant de s'envoler hors de la cuisine vers les escaliers, tentant de retrouver son chemin vers la sortie. Sirius regarda à peine la lettre avant de se lever pour attraper une autre bouteille dans le garde-manger.
« C'est pour vous, Wyman, » annonça-t-il en décapsulant sa bouteille. Il tendit une seconde bouteille à Amy avant de se rasseoir à table pour regarder la mère et ses fils qui se disputaient encore. C'était probablement l'événement le plus divertissant auquel il assistait depuis des jours, alors Amy ne lui prêta pas attention. Elle traversa la petite pièce à l'ambiance toujours aussi tendue pour récupérer sa lettre.
Elle souleva la lettre, presque déjà perdue au milieu de la paperasse qui recouvrait la table, et se servit d'un doigt pour décoller l'enveloppe. Doucement, veillant à ne pas renverser sa bièraubeurre, Amy déplia le papier jusqu'à ce qu'elle puisse lire l'écriture large et déliée qui s'y trouvait.
Amy-Boo,
La sorcière s'étonna de voir ce surnom d'enfance, mais elle ne put s'empêcher de sourire en coin. 'Oh Georgie, qu'est-ce que tu me réserve cette fois-ci ?' s'amusa Amy, buvant une gorgée de sa bière.
Je suis au regret de t'informer que je t'en veux, ma belle ! Pourquoi est-ce que tu n'es pas rentrée à Noël ? On a une tradition, et tu l'as complétement ignorée ! Qu'est-ce qui t'as pris ? Bon, je sais. J'ai quelques mois de retard, mais… euuuh… tu me connais…
La lettre partait dans tous les sens après ça, et Amy aurait pu en rire, si elle n'avait pas lu la ligne suivante.
J'espère que le mec pour qui tu nous as lâchées était mignon.
Elle manqua de s'étouffer sur sa bière, ses yeux croisant ceux de Charlie par-dessus sa lettre. Il souleva un sourcil curieux, mais elle se contenta de tousser, tentant de s'éclaircir la gorge. Sirius finit par lui tapoter le dos deux-trois coups.
« Chut ! Je regarde le spectacle. » fit-il, ses yeux ne quittant pas la bataille des Weasley. Tonks ricana depuis son coin de la pièce.
« T'es bizarre Sirius, » conclut-elle, ses cheveux passant de leur rose vif habituel à un noir rappelant Sirius. L'homme en question répondit à peine d'un haussement d'épaules. Amy s'excusa en silence avant de se reconcentrer sur sa lettre. Ses amies en étaient restées au baiser de cet été, et ne savait rien de ce qu'il s'était passé depuis.
Je rigole, ma belle. Je sais que tu n'abandonnerais jamais ta meilleure amie et Katherine et Michelle pour un mec. On sait toutes que tu termineras au milieu de nulle part, en vieille fille folle entourée de chats, à parler de magie, de poudre d'escampette et de plumes de poulets à n'importe qui. En parlant de poulets, on a décidé (« on » étant moi la meilleure de toutes les amies, Kathy et MichMich) de t'acheter une poule. Je te préviens direct, on va trouver la plus folle possible spécialement pour toi. Vous devriez bien vous entendre, non ?
Amy secoua la tête, repoussant derrière son oreille une mèche qui s'était échappée. Ses amies savaient bien qu'elle détestait les poules ! Elle en était absolument terrifiée. Sérieusement, la moitié de ses cauchemars tournait autour des poules. C'était une peur totalement irrationnelle, elle en était consciente, mais ces becs… La sorcière frissonna malgré la chaleur qui régnait dans la pièce, puis se pencha à nouveau sur le papier.
Enfin bref, il faudrait peut-être que j'arrête de retarder le moment fatidique. Je t'écris cette lettre pour une raison précise, pas seulement pour te crier dessus. Il faut juste que… que tu ne flippes pas trop, ok ? Ça fait quoi, vingt ans qu'on se connaît ? Je sais que tu vas vouloir sauter dans ton slip et rentrer en courant mais, je t'en prie, écoute-moi juste pour cette fois, même si ce n'est pas dans tes habitudes.
Amy plissa des paupières, curieuse. Elle relut le paragraphe plus attentivement. 'Qu'est-ce que tu me prépares, Georgie ?'
Bon, allez, c'est parti.
Ton père est à l'hôpital.
Son cœur manqua de s'arrêter, et elle sentit son sang quitter son visage brutalement. Il faisait froid, tout à coup. Elle avait comme des fourmis dans les bras qui lui remontaient dans le cou jusqu'au visage, imprimant dans sa peau une sensation de brûlure glacée. Elle comprit à peine les lignes qui suivirent.
« …visite…ambulance…cœur…ta mère…t'inquiéter… »
La bouteille en verre glissa de la main d'Amy, elle ne se préoccupa même pas de savoir ce qu'il allait en advenir, elle la laissa s'écraser sur le plancher vermoulu de la cuisine, explosant en mille morceaux minuscules. Le silence se fit dans la cuisine, les personnes présentes se tournant vers la sorcière plus pâle qu'un fantôme. Ses mains tremblaient légèrement, la page qu'elle tenait aussi, sa respiration était saccadée.
Ses yeux affolés parcouraient inutilement la lettre, ne remarquant pas le liquide qui s'infiltrait lentement dans le tissu de ses Converses usées, tentant de rassembler ses pensées. Les autres dans la pièce continuaient de l'observer, mais elle ne leur prêtait aucune attention.
« Amy ? » demanda Molly, brisant finalement le silence. Elle jeta un dernier regard à ses fils avant de se pencher sur la jeune sorcière au teint grisâtre. « Amy, qu'est-ce qu'il y a ? » Elle releva enfin la tête, réalisant que tous les yeux étaient posés sur elle. Elle ouvrit la bouche plusieurs fois, mais aucun son n'en émergea. Elle regarda à nouveau la lettre sur la table, maudissant son contenu, avant de se lever soudainement.
« Il faut que j'y aille, » murmura-t-elle d'une voix livide et lourde, avant de sortir en vitesse de la pièce. Tonks tenta de la suivre, mais un craquement retentissant les informa qu'elle avait Transplané. Charlie fixait la porte grande ouverte de la cuisine, l'inquiétude s'installant dans son estomac, et il se força à réfléchir.
Il n'entendit pas ce que sa mère dit aux autres, mais il la vit pointer sa baguette vers le sol souillé, le reste de bièraubeurre disparaissant magiquement un instant plus tard.
« Ne croyez-pas que j'en ai fini avec vous deux, » assena Molly aux jumeaux, qui avaient l'air de vouloir profiter du départ d'Amy pour s'évader. « Vous allez voir quand votre père va rentrer ! Il va - »
« Maman ! » la coupa Charlie, se détachant de la porte de la cuisine. « Je viens de me rappeler que je devais te dire un truc plus tôt, mais avec tout ce qui s'est passé… Bref, je dois faire un tour en Roumanie pour quelques jours, on a quelques choses à voir avec mon chef. Juste de la paperasse et tout ça, tu vois ? »
Il se leva de son siège, attrapa son manteau sur le dossier de sa chaise, embrassa la joue de sa mère sans lui laisser le temps de répondre. « Je t'envoie un hibou dans quelques jours, d'accord ? » promit-il en traversant la pièce, prenant le temps de décoiffer les jumeaux au passage.
Il avait disparu à l'instant où il mit pied dans le couloir.
Bonne année ! Que 2021 soit plus clémente pour nous tous :)
Que demander de plus : des jumeaux, du Sirius, du Charlie, du Molly tout craché, des amies déjantées et une Amy déchaînée… J'espère que ce chapitre rythmé vous aura plu, malgré la mauvaise nouvelle finale, next time on reste focus sur Amy et Charlie tout du long, ça va vous plaire.
A bientôt !
Emma
