Harry vrilla son regard dans celui de son parrain, le cœur battant à tout rompre sans réussir à déterminer s'il était excité ou terrifié. Au choix.

Tu vas m'apprendre l'occlumancie ? répéta-t-il d'une voix éteinte. Genre… toi.

Sirius laissa échapper un éclat de rire en croisant les bras sur sa poitrine devant l'air effaré de son filleul.

– Tu as l'air choqué. Je vais me vexer. C'est vexant. Pourquoi as-tu l'air aussi choqué ?

Harry leva un sourcil sceptique.

– T'es incapable de mentir à Remus quand tu manges la fin des pizzas dans son dos et tu me dis que tu es un… Comment on dit, d'ailleurs ? Occlumancien ?

Sirius explosa à nouveau de rire en se laissant tomber dans le canapé miteux de la cabane hurlante. Un nuage de poussière se souleva aussitôt autour de lui et il fronça les sourcils.

– Par Merlin, il faut vraiment qu'on nettoie cet endroit, grogna-t-il en époussetant sa veste dans un geste maniéré.

Face à lui, Harry lui fit les gros yeux, l'air de dire « Tu vois ? T'es l'homme le plus expressif de la terre ! » et Sirius reporta son attention sur son filleul qui dansait d'un pied sur l'autre, mal-à-l'aise.

– Je te signale que je suis l'un des meilleurs occlumens répertoriés, lâcha Sirius, un sourire amusé sur le visage, traquant la plus petite expression dans le regard de Harry.

Ce dernier s'assit à côté de son parrain en soupirant théâtralement, l'air vaincu.

– D'accord, murmura-t-il d'une petite voix. D'accord… Donc tu vas, quoi ? Essayer de rentrer dans ma tête comme Rogue jusqu'à ce que j'arrive à te repousser ?

Le regard affable de Sirius se fit froid.

– Rogue n'aurait jamais dû t'enseigner l'occlumancie, siffla-t-il avec une haine qu'il ne chercha pas à cacher. En fait, non. Je rectifie. Pour une fois, cet idiot n'est même pas en tort. Dumbledore n'aurait jamais dû demander à Rogue de te l'enseigner.

– Dumbledore ne m'adresse même pas un regard depuis le début de l'année, répliqua hargneusement Harry, refusant de regarder son parrain dans les yeux.

– Dumbledore est un imbécile.

Le ton sans appel de Sirius lui fit finalement lever la tête et Harry le regarda se lever prestement et s'accroupir devant lui. Sirius avait toujours gardé cette manie face à lui, même maintenant alors qu'il faisait pratiquement sa taille et qu'il n'avait plus besoin de se pencher pour être à sa hauteur.

– Dumbledore, répéta Sirius, est peut-être un grand sorcier mais il lui manque quelques notions basiquement humaines. C'est pour ça qu'il est un imbécile.

Harry ne put s'empêcher de rire légèrement. N'importe qui ne pouvait pas se targuer d'insulter l'un des plus grands sorciers de tous les temps. Le regard de son parrain s'adoucit considérablement.

– Et non, je ne vais pas rentrer dans ta tête en espérant que tu me repousses sans même avoir une idée de comment faire, ajouta-t-il en secouant la tête.

Il fit comme si le soupir de soulagement de Harry ne résonna pas bruyamment à travers la cabane hurlante et lui prit la main pour le mettre debout, doucement mais fermement.

– Ok, murmura Harry comme pour se convaincre que tout irait bien. Ok. Donc, tu es un occlumens réputé. D'accord. On en apprend tous les jours…

Sirius explosa de rire en regardant son filleul inspirer profondément en essayant de se détendre.

– J'ai appris l'occlumancie à l'âge de douze ans, tu sais ? Donne-moi un minimum de crédit !

Le regard ahuri de Harry aurait pu le faire rire si les souvenirs des leçons de sa mère ne lui revenaient pas en mémoire. Il frissonna. Il avait tenté d'expliquer à son filleul à quel point les Black étaient pourris jusqu'à la moelle mais Harry n'avait jamais trop compris cette notion. Pour lui, les Black ne pouvaient qu'être à l'image de son parrain. Rieurs, aimants, malicieux. Harry ne pouvait sans doute même pas imaginer un Sirius froid et hautain. Après tout, il avait passé les quinze dernières années à faire bien attention de ne jamais laisser entrevoir cette facette de sa personnalité en sa présence.

Pas étonnant que Harry se montrait aussi sceptique.

Sirius secoua la tête, remettant ses idées en place.

– Très bien, commença-t-il en se raclant la gorge. Donc. L'occlumancie. Il existe deux manières de se protéger contre une évasion dans ton esprit. Soit faire le vide…

Harry grimaça immédiatement.

– Jamais réussi avec Rogue.

Sirius sentit à nouveau une vague de colère le traverser à l'idée que Harry ait passé du temps seul avec lui.

– Ça ne m'étonne même pas que Servilus préfère cette option-là, tu vois. (Il inspira profondément). Si tu n'arrives pas à faire le vide, tu peux aussi te concentrer sur une seule et même image. Personnellement c'est mon cas.

Cette fois-ci, Harry eut l'air intéressé.

– C'est-à-dire ?

– C'est-à-dire qu'au lieu de te concentrer sur le vide, tu te concentres sur un tout. Alors bien sûr, il faut de la pratique pour détecter à quel moment ton esprit est envahi et comment repousser l'envahisseur. Et c'est vrai que tu offres plus de prises à ton adversaire si tu lui montres une partie de ce qui te protège.

Le sourire de Sirius se fit mutin.

– Il faut juste choisir son image intelligemment…

Harry hocha lentement la tête, essayant de procéder mentalement à toutes ces nouvelles informations.

– J'en ai appris plus en dix minutes sur l'occlumancie qu'en deux heures avec Rogue, marmonna-t-il en grimaçant.

– Je sais, je suis un génie, chantonna Sirius et Harry leva les yeux au ciel, amusé.

Il n'avait plus l'air stressé, à présent, et Sirius le prit comme une victoire personnelle.

– Tu veux voir ce que ça fait ? demanda-t-il innocemment et Harry fronça les sourcils.

– … Tu veux que… je… Heu…

Sirius lui offrit un sourire torve.

– Je t'ai dit que je n'allais pas essayer de rentrer dans ta tête. Je n'ai pas dit que toi, tu n'allais pas le faire.

Harry le dévisagea, estomaqué.

– Fou à lier, murmura-t-il en secouant la tête. Tu es complètement malade…

– Et j'en suis fort aise, ricana Sirius en se positionnant devant son filleul. Je suppose qu'après deux heures avec Rogue, tu connais la formule ?

Harry soupira en levant sa baguette d'un geste incertain.

– Ok, souffla-t-il dans un filet de voix alors que Sirius souriait sereinement face à lui, sans une once de peur dans les yeux.

Harry inspira profondément, ancrant son regard vert dans celui de son parrain, terrifié à l'idée de le blesser.

Legilimens !

Il sentit plus qu'il ne vit l'esprit de Sirius accepter son intrusion dans un battement de cil. Les images se bousculèrent à toute vitesse sous ses yeux, des cris, des rires, trop rapidement pour qu'il puisse en saisir une et comprendre ce qu'il se passait.

Puis, une lueur argentée brilla dans le noir, prenant le pas sur tout le reste et les souvenirs disparurent dans un souffle alors que Harry sentait sa bouche s'ouvrir en un « o » parfait.

– Patmol, murmura-t-il, les yeux écarquillés, alors que le chien brillait de mille feux dans le noir de l'esprit de Sirius, occultant tout le reste. Ton patronus…

Face à lui, Sirius sourit. Un battement de cil plus tard, Harry était éjecté hors de son esprit et il se retrouva à genoux sur le sol de la cabane hurlante, pantelant.

– Oui, Patmol, murmura Sirius en s'accroupissant face à lui pour lui donner un carreau de chocolat que Harry accepta avec gratitude.

– Tu crois que... commença Harry en hésitant et Sirius l'encouragea d'un signe de tête. Tu crois que j'en serais capable, moi aussi ? De faire un patronus et de me protéger de Voldemort avec ?

Le regard que Sirius lui lança le fit frissonner. Comme si, pour la première fois de sa vie, son parrain le regardait mais que ce n'était pas réellement lui, Harry, qu'il voyait.

– Oui, répondit Sirius, une expression illisible sur le visage. Oui, je pense que tu en serais tout à fait capable.

.

– HARRY ! PREND TES AMIS ET FOUTEZ LE CAMP D'ICI ! hurla James en se baissant pour éviter le sort d'un mangemort.

Avec une rage dévastatrice, il envoya l'homme voler à travers le ministère et se fracasser contre le mur opposé. Il sentit sa magie fuser et crépiter méchamment au bout de sa baguette. Les mangemorts n'avaient aucune chance face à lui, ils n'auraient jamais dû s'en prendre à son fils.

Harry le regarda, le visage tordu en une expression horrifiée, au bord des larmes.

– Laisse-moi vous aider ! cria-t-il en parant un éclair bleu d'une torsion de baguette. C'est ma… ma faute… Laisse-moi…

Sa voix se brisa alors que la culpabilité prenait ses droits. Il avait mené Ron, Hermione, Ginny, Neville et Luna au-devant d'une mort certaine, et maintenant ses parents, Sirius, Remus et les membres de l'Ordre du Phénix… Merlin, s'il leur arrivait quoi que ce soit, il s'en voudrait à jamais, parce que ce serait de sa faute.

James répliqua quelque chose que Harry fut bien incapable d'entendre, dans le chaos ambiant au milieu des cris et des sifflements de sortilèges qui fusaient autour de lui. Le cœur battant à tout rompre, il vit son père stupéfixer un énième mangemort en essayant de s'approcher de lui.

Un mouvement attira son attention et Harry leva brusquement sa baguette pour se défendre alors que son parrain apparaissait soudainement à ses côtés.

– Tu t'es admirablement conduis, répliqua Sirius en lui pressant gentiment l'épaule, un léger sourire sur les lèvres malgré la gravité de la situation. Laisse-nous prendre le relais, d'accord ? Tes amis ont besoin de toi.

Tu t'es conduis comme un imbécile, oui ! Tu aurais dû prévenir quelqu'un quand tu as cru qu'on se faisait torturer ! pensa rageusement Lily non loin d'eux avant de blêmir en voyant un éclair vert frôler la tête de Tonks.

Les yeux de Harry s'écarquillèrent et il hocha vigoureusement la tête avant de se précipiter dans les gradins quand Sirius le poussa hors du champ de bataille. Confusément, il se demanda si son parrain voulait lui donner l'impression d'être utile pour éradiquer la putain de culpabilité qui lui tordait les entrailles ou s'il avait juste saisit le premier prétexte à sa disposition pour l'éloigner des mangemorts.

Le rire aiguë de Bellatrix résonna à travers toute la salle et Harry se figea au milieu des gradins, le cœur battant à tout rompre.

– HARRY ! FOUS LE CAMP, MAINTENANT ! cria Lily à son fils qui hocha la tête, plus terrifié que jamais à l'idée qu'il leur arrive quelque chose.

Lily abattit sans état d'âme un mangemort face à elle, soupirant de soulagement en voyant du coin de l'œil Harry s'enfuir enfin de la salle. Quelques mètres plus loin, Sirius repoussait Malfoy avec rage et Remus se baissa à temps pour éviter son corps qui tomba derrière les gradins.

Quand il releva la tête, il sentit ses yeux s'agrandir d'effroi à la vision qui s'offrait à lui. Devant lui, Bellatrix haranguait son cousin en souriant avec un air de démente. Sirius se contenta d'exploser d'un rire froid, hystérique et le cœur de Remus rata un battement alors que la réalisation le frappa de plein fouet. Il savait. Il savait ce qui allait se passer… Sa baguette bougea dans sa main, lentement, trop lentement.

– AVADA KEDAVRA ! hurla-t-il avec l'énergie du désespoir.

Son sort toucha Bellatrix au moment où un éclair vert fusait de sa propre baguette. Le sort frôla Sirius qui arrêta immédiatement de rire. Son regard passa du visage horrifié de Remus à celui figé de stupeur de sa cousine, comme s'il peinait à admettre ce qu'il venait de se passer. Le corps de Bellatrix bascula avec lenteur derrière le piédestal et la foutue arche que les trois maraudeurs avaient reconnu avec horreur à l'instant même où ils avaient transplané à l'intérieur du ministère.

Les sortilèges s'arrêtèrent peu à peu quand seuls les membres de l'Ordre du Phénix restèrent debout. Remus se précipita vers Sirius, hors de lui.

– ESPÈCE DE CONNARD PRÉTENTIEUX ! rugit-il en frappant Sirius de toutes ses forces. TU NOUS AS FAIT PROMETTRE DE NE PAS MOURIR, ÇA VALAIT AUSSI POUR TOI, ENFOIRÉ !

Il secoua Sirius de toutes ses forces, les nerfs à fleur de peau. Ce dernier ne fit rien pour l'arrêter, le laissant décharger sa colère et son stress sans un mot.

– Je suis désolé, finit-il par murmurer en prenant Remus dans ses bras quand ce dernier se calma enfin au bout d'une éternité.

– T'as intérêt, répliqua Remus en laissant des larmes de soulagement couler sur ses joues. Putain…

James s'approcha d'eux et les trois maraudeurs échangèrent un regard hanté. La révélation de Harry plana entre eux alors qu'il se passait une main nerveuse dans les cheveux : « Elle a tué la dernière famille qu'il me restait ».


Bonjour à toutes et à tous !

Si vous saviez à quel point écrire un chapitre complètement axé sur la relation entre Sirius et Harry a été salvateur ! Bon sang, j'en rêvais… J'ai beaucoup aimé écrire un Sirius plus insouciant qui cache de son mieux les traits de caractères typiquement aristocratiques qu'il a hérité des Black à son filleul. Ce Harry là ne peut pas réellement comprendre que Sirius hait sa famille, pas de la même manière que l'autre Harry, mais les deux restent assez proches tout de même :)

(Et Remus sauve Sirius comme l'ange qu'il est, ah !)

Je vous dis à jeudi pour la suite !

Aech.