note: Coucou merci à ceux qui lisent et qui commentent ! Ce chapitre est divisé en plusieurs points de vue, parce qu'il se passe des trucs importants pour beaucoup de personnages !
Bonne lecture,
Chapitre 38:
***Joy
-Vive Arya Stark ! L'Épée de l'hiver ! s'écrièrent des voix tout autour d'elle. Joy joignit la sienne au concert peu mélodieux mais très enthousiaste qu'elles formaient.
L'indigo du ciel de cette matinée lui rappela sa petite enfance estivale dans l'ouest, et les quelques nuages blancs et cotonneux qui encombraient le ciel semblaient aussi inoffensifs qu'un troupeau de moutons au pâturage.
Joy se tenait au bas de l'estrade, bouillonnant d'impatience, alors que le grand sac de noms du tirage au sort était apporté.
Elle y avait glissé le sien la veille, l'activité consistait à prendre, l'espace d'une journée, la place d'un autre membre de la communauté dans sa vie quotidienne. Cela permettait ainsi aux gens de mieux se comprendre et ensuite, ils se rencontraient pour se faire des suggestions. Joy avait hâte de voir ce que serait sa fonction du jour, mais elle se demandait si quelqu'un prendrait sa vie au château, et comment la personne le vivrait. Elle jeta furtivement un regard à Bran, qui se tenait sur l'estrade avec les autres Stark. Se faisait-elle des illusions ou grandissait-il vraiment si vite ? En effet, Jon, debout près de lui, semblait plus massif et plus musclé, mais Bran le dépassait déjà un peu en hauteur bien qu'il ne soit pas encore très solide sur ses jambes. Joy observa avec amusement alors que, selon la coutume que lui avait expliqué Sansa, un tout petit garçon se issait sur l'estrade pour présenter à Arya, un cœur argenté forgé dans de l'acier Valyrien poli.
Le cœur de l'hiver.
Celui qu'on donnait au héros, ou à l'héroïne de celui-ci; Arya le prit délicatement avec un sourire fin et énigmatique au petit et à sa sœur, comme si elle acceptait avec indulgence de se plier au caprice d'un enfant sage.
-Je le ferai incruster dans le manche de mon épée, assura-t-elle à voix haute, pour me rappeler l'honneur que vous m'avez tous fait, et pour que mes ennemis se souviennent que l'hiver vient.
Il y avait quelque chose de légèrement sinistre dans la voix de la jeune femme, quelque chose qui estompa quelque peu la vibration festive de l'air ambiant.
-Je propose que nous passions au tirage au sort des noms pour ceux d'entre vous qui souhaitez participer au changement de la matinée, proposa doctement Mestre Nathan, en montant sur l'estrade pour orchestrer le tirage au sort. Les autres descendaient à présent et Joy se précipita naturellement à leur rencontre pour aider Bran avec les deux grandes marches qui permettaient de regagner la terre ferme.
Elle se stoppa dans son élan cependant, lorsqu'elle remarqua que Meera Reed le soutenait déjà, tous deux arboraient un sourire doux et quelque peu gêné. L'adolescente se demanda si Bran s'était déjà déclaré comme Hivernal, puis elle se réprimanda en tentant de s'assurer à elle-même que ce n'était pas ses affaires. Meera avait déjà enfilé la tenue qu'elle porterait au banquet de ce soir, n'éprouvant pas comme les autres jeunes femmes le besoin de surprendre ou comme Joy la peur de salir ses beaux habits dans les activités de la journées. Merra n'avait personne à surprendre et il semblait peu probable qu'elle se salisse dans la salle du conseil, certes elle s'entraînait aussi au combat, mais d'une manière si agile et aérienne que Joy ne l'avait jamais vu rouler dans la poussière. Joy ne l'avait jamais vu porter autre chose que du gris non plus, et le lilas printanier de sa robe renforçait sa beauté discrète. Joy savait que pour l'heure Meera n'envisageait pas les choses sous un angle romantique avec Bran, sans doute que Bran non plus, il était plus jeune qu'elle tout de même. Mais Joy ne pouvait s'empêcher d'y penser. Elle se remua, elle n'était pas faite pour l'amertume. À l'instant, elle ne désirait qu'une chose, être insouciante et s'amuser comme l'aurait fait n'importe quelle fille de quatorze ans en une telle occasion et peut-être même plus. Joy se joignit à la file qui attendait la désignation des nouvelles activités pour la journée et se rendit compte que ce n'était pas exactement un tirage au sort impartial, d'où la supervision de Mestre Nathan, lorsque la vieille cuisinière de Winterfell tira un papier qui lui commandait de partir avec les chasseurs du village, Mestre Nathan intervint et lui fit piocher à nouveau un morceau de papier qui lui indiquait de se rendre à la taverne de la ville d'hiver. Joy s'approcha à son tour, avec un peu d'hésitation, Nathan lui tendit directement une affectation.
-Prends celui-ci Joy, ça devrait être intéressant pour toi, fit-il avec un sourire.
-C'est un peu de la triche, protesta-t-elle à demi.
-Ce n'est pas un examen mais un jeu et le but est que chacun en tire une expérience qui lui soit utile, répondit-il.
Joy baissa les yeux sur la feuille qui indiquait comme titre "savonnerie, parc de Winterfell, Ferme des Murray..
Elle sentit un frisson d'excitation la parcourir:
-Merci beaucoup mestre Nathan, lança-t-elle, avant de d'étaler
Joy demanda son chemin vers la ferme des murray et eut la chance de croiser quelqu'un qui lui indiqua directement la famille en question qui était venue assister au discours de Lady Sansa et du conseil restreint.
-Irièle qui travaille avec nous d'ordinaire a voulu participer à cette cérémonie du changement, expliqua une grande femme portant un manteau blanc de laine de mouton.
-Comment t'appelles-tu ? interrogea son mari à l'adresse de Joy.
-Joy, Joy Lannister, répondit machinalement la fillette.
Le couple eut un mouvement involontaire de surprise:
-Ho Mlle, on ne savait pas que vous étiez une Lady, s'excusa l'homme.
-Cela n'a pas d'importance balaya-t-elle d'un revers de main, je suis ici pour être Irièle, aujourd'hui, et pour vous aider.
La femme lui sourit et l'entraîna vers la route qui menait à la ville mais ils tournèrent avant d'avoir vraiment quitté le terrain du château. Un champ s'étalait à l'arrière d'une ferme de pierre blanche, et une bergerie se dressait non loin de là.
-Irièle est-elle votre fille ? s'enquit Joy, curieusement.
-Non, la nôtre s'est mariée il y a quelques mois, Irièle c'est une petite du village qui voudrait bien reprendre la boutique un jour pour nous, puisqu'on a pas de fils.
-Que vais-je devoir faire ? demanda-t-elle, est-ce très difficile de faire du savon ?
-Ho' c'est un peu comme cuisiner mais en plus précis, sourit la femme, son mari s'était éloigné vers la bergerie pour traire les chèvres que Joy pouvait entendre d'ici bêler.
-Tiens, assieds-toi ici et broie la soude avec le pilon, proposa la femme, lorsqu'elles furent dans la pièce principale.
Joy se mit tout de suite au travail, transformant les dites feuille en une bouillie verdâtre peu ragoûtante.
Des effluves douces-amers s'échappaient de lourds chaudrons en cuivre. Elle grimaça:
-C'est comme ça qu'on fait du savon demanda-t-elle, que faut-il d'autre ?
-Oui, dans le Nord, nous n'avons que peu de choix, nous utilisons les feuilles de soude que l'on trouve dans les marécages de chez Lord Reed, du lait de chèvre, de l'eau bouillie, un brin de sauge, et quand c'est pour les plus riches parfois, des extraits de fleurs ou de fruits. Le temps de fabrication n'est pas si long, par rapport à celui qu'il nous faut pour récolter tous leS produits.
Joy écrasa les feuilles, les arrosa de lait de chèvre, résistant à l'envie de goûter le liquide sucré. La dame l'autorisa à utiliser un extrait de senteur de son choix.
-Merci, mais je ne veux pas vous faire perdre une journée de production, protesta Joy.
-Ho ne te soucie pas de cela, malheureusement, je produis plus que je ne vends, les gens du village m'achètent bien sûr des morceaux de savon, mais on exporte rien.
La jeune fille se dit qu'il devait forcément y avoir un moyen d'élargir les horizons des petits savons des Murray.
Joy demeura pensive alors que Madame Murray lui faisait sentir différentes fioles. La plupart exhalait des senteurs sucrés et douces, du genre qu'elle aurait pu utiliser elle-même, mais soudain son odorat fut attiré par quelque chose de moins élaboré et de plus complexe à la fois.
Innexplicablement, cela lui rappela Bran, c'était son hivernal et bien qu'elle s'était dit qu'elle ne lui ferait pas de présent pour que les choses soient moins gênantes pour eux deux... Elle pouvait bien le faire, ce n'était pas un loup qui allait l'impressionner après tout elle était une lionne, ou presque.
-Je pourrais prendre celui-là Madame Murray ?
-Ho appelle moi Nourine, proposa-telle en se penchant vers la fiole, mais ho, se sont des aiguilles d'épicéa, c'est celui que tu préfères ?
-Oui, assura-t-elle, cela me rappelle quelqu'un.
-Je n'osais pas m'en servir, confessa Nourine, les femmes du village ne veulent que des choses simples et sucrées.
-Hé bien, il serait agréable que les hommes s'y intéressent aussi, affirma Joy en versant le liquide marron dans la marmite en train de bouillir, Robin Arhin utilise de l'extrait de rose et je trouve ça parfaitement ridicule.
Nourine Murray eut un rire chaleureux qui rajeunit son visage gercé par la rudesse des hivers boréales:
-Voilà Une jeune Lady bien audacieuse, j'espère que tu resteras longtemps avec nous dans le Nord !
-J'aimerai aussi, soupira Joy.
Lorsque le savon eut bouilli, Joy le versa comme on lui indiquait dans des moules rectangulaires en regrettant qu'il ne soit pas possible de donner une forme plus originale à l'objet. Elle aurait trouvé cela plus approprié de pouvoir modeler le savon en forme de loup, mais sans modèle son manque de dextérité lui interdisait totalement. Qu'allait-elle offrir à Bran? Elle serait ridicule, avec son savon. Et puis, qu'importait au fond, c'était son Hivernale, pas l'amour de sa vie! Le savon sentait les aiguilles de pins, et le vent frais des nuits, il conviendrait très bien. Quant à son idée de modeler les savons en forme plus originales ce serait ce qu'elle proposerait à Irièle, lorsqu'elle la rencontrerait ce soir au banquet.
Alors qu'elle quittait la savonnerie, en remerciant les Murray, les doigts rougis par l'eau bouillante, et les senteurs de soude et de sauge suivant ses pas, elle sortit un papier de sa poche, il s'était enroulé autour de l'œuf comme si les deux objets sentaient qu'ils étaient inexorablement liés. C'était un poème, un pauvre petit poème que Joy avait gribouillé rêveusement, sans savoir exactement de qui ou de quoi elle parlait. Joy le refourgua au fond de sa poche, préférant l'ignorer pour le moment, et peut-être pour toujours en fait. Elle avait un œuf de dragon à gérer après tout, et une carrière de diplomate à démarrer, pourquoi prenait-elle le temps de s'épancher ainsi ? Joy s'élança sur le sentier de retour, courant à perdre haleine, il était bon de ne pas avoir à se soucier d'une belle tenue, et bon de savoir qu'une robe verte splendide l'attendait dans ses appartements. être entre deux âges était exaltant.
***Tyrion
La clairière était noire de monde et pourtant, pas un bruit ne résonnait. Tyrion attendait devant le Barhal, comme ils en avaient décidé auparavant, plus par respect pour Bran et les pouvoirs magiques des Stark que pour un quelconque Dieu. Le mariage n'était qu'une formalité pour que Sansa et lui puissent vivre ensemble et unis sans que plus personne ne puisse se mettre entre eux, cela n'aurait pas dû être impressionnant, il aurait voulu qu'il n'y ait pas cette foule de Lords et de paysans. Mais c'était justement pour cette foule que la cérémonie devait avoir lieu. Du moment que c'était Sansa, rien d'autre ne comptait. Il fixa anxieusement le sentier par lequel elle devait arriver d'un instant à l'autre d'après le rituel qu'ils avaient inventé pour l'occasion. Tyrion aurait aimé avoir Jaime avec lui, mais il savait qu'il reverrait son frère tôt ou tard. Joy était là en revanche et ne tenait plus en place, débitant à toute vitesse le récit de sa journée dans une fabrique de savon du village. En d'autre circonstances, il aurait sans doute tenté de suivre le babillage de sa petite cousine, mais son attention ne cessait de se rediriger vers le chemin venant du château.
-Tu ne m'écoutes pas, constata-t-elle soudain, je comprends, si j'étais toi je serai complètement incapable de me concentrer sur quoi que se soit, comment étaient vos premières noces? tu ne m'as jamais raconté. Celles-ci seront mieux, c'est certain ! que vas-tu...
-Joy, laisse le respirer une seconde, conseilla Mestre Nathan, c'est une lourde responsabilité que Lord Tyrion s'apprête à prendre, en épousant Lady Sansa, il aura toute la méfiance des Nordiens dirigée contre lui.
-Merci Nathan, rétorqua Tyrion, en ajustant nerveusement son manteau j'espère que vous n'essayez pas tous de décourager Sansa à ce sujet.
-Ho même si on essayait, cela ne marcherait pas, sourit narquoisement Faérie, qui attendait avec Meera Reed et le reste du conseil restreint.
Soudain, Arya, Bran, Jon et Sansa émergèrent de l'ombre des bois. Les quatre jeunes gens formaient un groupe compact, une famille, bien qu'on sentait dans leur unité même, dans leur façon de graviter les uns autour des autres, l'absence de leurs parents et de deux de leurs frères. Lorsque, sept ans auparavant, il avait accompagné l'host du roi jusqu'à Winterfell, il était loin de se douter qu'il désirerait si ardemment faire partie de la famille Stark. Tous portaient de lourdes capes noires, ornées d'un loup gris. À l'entrée de la forêt, derrière la masse des gens qui lui obscurcissait la vue, il vit le groupe faire halte et comprit que Sansa devait enlever son manteau pour le passer à Jon, comme le voulait une vieille coutume. Puis un chemin s'ouvrit pour les Stark dans la cohorte des Nordiens.
Sansa souriait nerveusement, il crut sentir ce sourire crépiter comme une flammèche entre ses côtes.
Il ne pouvait pas détacher son attention d'elle. Sa tenue était simple, plus simple que celle de beaucoup des autres ladies présentes, et pourtant elle était renversante. Le bleu de sa robe rappelait celui de ses yeux, elle coulait sur sa silhouette frêle, se resserrant autour de sa taille et s'élargissant vers le sol. Des fils argentés de dentelle de myr s'entortillaient en un lassage discret sur son épaule gauche et le haut de sa cage thoracique. Ses cheveux étaient tressés et enroulés en chignon au-dessus de sa tête, excepté quelque mèches soyeuses qui retombaient souplement. Elle portait des chaussures blanches et fines, comme faites de cette même neige virginale qui tapissait le sol. Ses mains étaient gantées de soie bleue ourlée de dentelle grise argent qui ceignait ses poignets de motifs de flocons. Elle tenait le bras de Jon et la main d'Arya, qui étonnamment, se pliait à cette lubie sans broncher. Bran marchait juste derrière eux, l'air un peu gêné de se retrouver la cible de tant de regards, contre-coup de son humanité fraîchement retrouvée. Sansa marchait avec détermination, comme si le sol de la forêt était un tapis de fleurs.
On aurait pu croire qu'elle était la reine d'un hiver éternel, et la fée d'un printemps qui ne cesserait jamais de renaître.
Lorsqu'ils furent assez proches, mestre Nathan lui fit un signe pour lui indiquer qu'il allait prononcer les premières paroles du rituel traditionnel qu'ils avaient décidé de conserver pour que personne ne mette en doute le mariage:
-Qui va là ? demanda le mestre Nathan d'un ton solennel
-Tyrion de la maison Lannister.
-Tu dois aussi donner tes titres, chuchota Joy avec empressement.
Tyrion n'en avait pas, mais il ne voulut pas décevoir sa petite cousine:
-Le lutin de Castral Rock !
-Sansa de la maison Stark gardienne du Nord, contra Sansa, avec un sourire, ne lui laissant pas le temps de finir sa phrase, je viens devant les anciens dieux et les nouveaux, devant les Nordiens et devant ma meute, unir ma destinée à celle de cet homme, Tyrion Lannister.
C'était ce que Sansa avait décidé de dire, et cela lui parut plus juste qu'aucune parole cérémonielle.
-Et je suis venu pour déposer ma destinée dans tes mains, Sansa de la maison Stark, répondit-il.
Sans un mot, Sansa arracha le ruban qui retenait ses cheveux et le passa au mestre, puis elle s'agenouilla près de lui, retira un de ses gants et Mestre Nathan noua leurs poignets ensemble, sa peau brûla agréablement la sienne, Arya lui ayant dit que les lords de Winterfell ne mettaient pas de gants pour prouver leur résistance au froid. Tyrion avait objecté que c'était primitif, et qu'il perdrait sans doute une partie de leurs attraits pour leurs épouses s'ils devenaient incapables de faire usage de leurs mains à cause du froid.
Mais il l'avait quand même fait, juste au cas où.
-acceptez-vous Tyrion Lannister, de prendre Sansa Stark pour épouse ?
-Oui, pour ce jour et tous les jours prochains, murmura-t-il.
-acceptez-vous, Sansa Stark, de prendre Tyrion Lannister pour époux ?
-Oui, pour ce jour et tous les jours prochains, acheva-t-elle, à voix haute et claire pour que la foule l'entende.
-Avec ce baiser, je prouve mon amour, clamèrent-ils d'une même voix, leurs lèvres se rencontrèrent avec ferveur, mais se séparèrent rapidement, Sansa étant déjà écarlate à cause des "houras" qui retentissaient. une chose toutefois, était comme à leur premier mariage, une larme s'était écrasée sur ses lèvres juste avant leur baiser, leur donnant cet étrange arrière-goût salé.
-Ce sont des larmes de joie, murmura-t-elle, alors que Jon lui repassait la cape que Tyrion lui fit enfiler.
-Je sais, tes larmes de joie ou de tristesse étaient dans le contrat, j'ai accepté de les épouser avec toi.
-Et j'imagine que j'ai aussi accepté de t'épouser avec ton sens de l'humour douteux, marmona-t-elle.
-Vous pouvez enlever le lien, fit Nathan, vous êtes désormais unis Sansa Stark et Tyrion Lannister, et que soit maudit celui qui tentera de vous séparer !
Ils mirent un instant à se décider à dénouer le ruban, dans son cas Tyrion aurait pu rester ainsi pour toujours, mais Sansa devait avoir froid, agenouillée dans la neige. Alors qu'il allait l'enjoindre à se relever, un brouhaha joyeux explosa de toute part. La retenue des Nordiens avait été suspecte jusqu'à présent, pour un groupe si peu discipliné. Ils envahirent le centre de la clairière, criant leur joie.
Soudain, Arya, Jon, Faérie, Meera, Edmund, Nathan, Robin, Joy et Bran se précipitèrent vers eux avec des vases remplis de neige.
-Oh, j'avais oublié ça, murmura Sansa, un demi sourire sur ses lèvres bleuies par la température encore très basse. Tyrion n'eut pas le temps de répondre. Évidemment si dans le sud, on répandait des fleurs sur les nouveaux mariés, dans le Nord on les bombardait de bouillasse gelée. Le choc thermique fut rude, mais il ne broncha pas, il se contenta de se pencher pour collecter un peu de la substance maudite, pour se venger d'Arya dont il était certain que c'était l'idée. Sauf qu'entre ses doigts, sous l'épaisseur neigeuse, il sentit quelque chose de doux et de duveteux, peut-être un mouchoir de soie égaré. Il s'accroupit pour le récupérer, dégagea la neige qui le recouvrait.
Ce n'était pas un mouchoir. Sansa poussa une exclamation émerveillée près de lui. De petites fleurs blanches et délicates avaient poussé en un petit bouquet serré sur la terre encore glaciale. Il en récupéra une, qu'il tendit à Sansa.
-Tu as de la chance Arya, notre bataille de boule de neige s'arrêtera ici, c'est le printemps.
-C'est un très beau présage, sourit Sansa, trouver des perce-neiges le jour des hivernales.
-Ne me dis pas que tu les as planter ici juste pour le symbole ? s'exaspéra Arya.
-Bien-sûr que non, se récria Sansa outrée, puis s'adressant à la foule amassée, Nordiens, je vous présente le nouveau Lord de Winterfell, lord Tyrion de la maison Lannister, il sera également mon premier conseiller, ma main, il écoutera vos doléances et prendra des décisions sans avoir à me consulter, il sera un Stark, il sera Gardien du Nord avec moi. S'il devait m'arriver quelque chose, il poursuivra sa fonction et prendra la mienne, je ne le propose pas à mes frères et soeur parce que ce n'est pas ce qu'ils souhaitent et que Tyrion est la personne la plus adaptée pour occuper cette place. Merci d'être venu, rentrons au château et continuons de fêter nos hivernales.
Tyrion se tendit, prêt à affronter les critiques des Nordiens, il ne s'était pas attendu à ce que Sansa le place au centre de l'attention et le nomme officiellement comme Main. Alors que les autres reprenaient le chemin du château, Sansa et Tyrion s'attardèrent un peu dans la clairière. Il ne neigeait toujours pas, alors que le soleil déclinait. Il ne se sentait pas vraiment différent. Juste un peu grisé, sans avoir bu quoi que se soit.
-Merci, murmura-t-il.
-Pourquoi ? sourit-elle.
-Comment peux-tu me poser cette question ? Tu viens de m'épouser et de me nommer Gardien du Nord.
-Tu me déçois, pouffa-t-elle, la gloire, la fortune et un nom ? Tu veux donc des choses bien ordinaires ?
Sansa ne croyait pas un mot de ce qu'elle disait, elle plaisantait, ses joues étaient un peu roses, comme si elle n'était pas certaine de ce mode de communication. Comme si elle essayait de feindre la décontraction et la légèreté.
-Sansa, tout ce que je désire c'est être avec toi, souffla-t-il, ce n'était même pas un mensonge romantique, ce n'était pas son genre, simplement une vérité simple. Cela n'avait pas toujours été le cas bien sûr, il avait voulu l'approbation de son père, et le pouvoir politiquE pour lui-même. C'était fini, avoir quelqu'un avec qui discuter, plaisanter et débattre, faire partie d'une famille était beaucoup mieux.
-Tu aimais travailler au bien de Westeros souffla-t-elle, je veux que tu puisse continuer à le faire ici, parce que honnêtement tu as plus de compétences pour cela que moi. -Sansa, les gens ne voudront jamais d'un gnome et d'un Lannister pour représentant politique.
Sansa soupira, entrelaça ses doigts aux siens:
-Je le sais, fit-elle doucement, pas avant que tu ais fait tes preuves en tout cas, on a tendance à faire confiance implicitement aux personnes physiquement parfaites, et c'est stupide. Mais c'est pour ça que je leur donne l'occasion de se détromper.
Son optimisme était revigorant. Il ne pût s'empêcher d'être sombre:
-Tu sais que tout ne va pas être simple pour nous, prévint-il, entre Daenerys, ce bébé dragon... le nord et tout le reste...tu sais que le jeu des trônes n'est pas terminé ?
Elle acquiesça:
-On connaît tous les deux les règles du jeu, et je crois même qu'on pourrait gagner une ou deux partie, fit-elle.
Le soleil semblait concentrer toute son énergie vespérale à faire briller les cheveux de Sansa, la couronnant de reflets bronze et or.
-Rentrons, avant qu'ils ne s'imaginent des choses sur la raison de notre absence, sourit malicieusement Tyrion.
Les joues de Sansa s'empourprèrent davantage.
-Il n'y a que toi qui t'imagines des choses, souffla-t-elle, en l'entraînant vers le sentier, puis plus bas, en détournant le regard, et peut-être moi aussi.
Tyrion serra plus fort ses doigts dans les siens.
-J'aime bien cette forêt, constata distraitement Tyrion, elle est calme, tu y es plus joyeuse.
-C'est parce que tu es devenu un Stark, assura Sansa en lui souriant de toutes ses dents blanches, et que je suis devenue une Lannister. Tu peux voir ce qu'il y a de magnifique dans une forêt gelée ou émerge des perce neiges et je peux entrevoir les avantages que présenteraient le fait de ne pas rejoindre la fête des hivernales tout de suite.
***Sansa
Tyrion s'esclaffa, son timbre grave et chaleureux sembla la réchauffer de l'intérieur, il s'insinuait dans ses veines comme une boisson chaude. Elle ne pouvait entièrement croire en son bonheur. Tyrion la contemplait avec un émerveillement comparable à celui qu'elle ressentait. Elle se sentait libre, et prête à affronter l'avenir.
Le perce-neige s'était froissé dans sa main gantée engourdie par le froid, mais elle ne l'avait pas lâché. Si on avait dit à la fillette gâtée, choyée et naïve qu'elle avait été qu'elle serait un jour mariée avec bonheur à Tyrion Lannister et qu'aucune courronne ne ceindrait son front, elle se serait sans doute mis à pleurer de détresse. Si on avait raconté à la prisonnière de Ramsay Bolton qu'un jour, elle se sentirait aimé, qu'un jour elle aimerait un homme, elle aurait soupiré de son souffle presque éteint par le désespoir, en murmurant qu'elle avait compris que ce n'était pas pour elle, l'amour. En se faisant ses réflexions Sansa s'arrêta net et tomba sur ses genoux, sans s'en apercevoir pour passer ses bras autour de son cou. Ses yeux si verts se fixèrent pleinement sur elle. Elle inhala son odeur d'air frais et d'encre qui le caractérisaient.
Elle l'embrassa vraiment cette fois, avant de rejoindre le banquet.
*** Bran
Une fois de plus, Bran se sentait étranger au bonheur ambiant. Non pas qu'il ne ressentit rien, simplement les émotions qui le déchiraient étaient d'une nature bien différente de celle qui remplissaient le banquet de ses rires et de ses conversations animées. Bran était nerveux. Il aurait voulu pouvoir en discuter avec un ami ou un membre de sa famille. Mais tous s'étaient mélangés à la foule des Nordiens qui avait envahi Winterfell. Joy échangeait, un large sourire sur ses lèvres avec une jeune fille, dont elle lui avait dit qu'elle avait occupé sa place dans une savonnerie ce matin même. Bran avait l'impression de ne pas appartenir exactement au même monde. C'était très différent de lorsqu'il était une corneille car en ce moment, il aurait donné beaucoup pour rire avec elles. Le repas avait été savoureux. Robin se gavait d'ailleurs toujours de chevreuil aux champignons et de galettes de pommes de terres à ses côtés.
Bientôt, se dit-il, bientôt, il devrait se lever pour aller faire un cadeau et une déclaration à une personne qui ne voulait sans doute ni de l'un ni de l'autre. Bran refusa de prendre du fromage sur le plateau qu'on lui présentait. Puis, ce fut le tour d'une foule de désserts et Joy et l'autre jeune fille le rejoignirent à sa table.
-Tu ferais bien d'aller à la table de ta soeur, conseilla Joy, un pétillement de malice illuminant ses traits, alors qu'elle prenait une soucoupe de crème de marrons.
-Pourquoi ça ? Elle est très heureuse sans moi. protesta-t-il sachant qu'il s'agissait de Sansa. Bran n'avait pas envie d'y aller parce que Meera était assise non loin de Sansa et cela rapprocherait inévitablement l'échéance qu'il redoutait.
-Un moment historique est sur le point de se dérouler, répondit Joy, en se levant, raflant sa crème de marrons au passage.
À son ton, Bran doutait fort de la véracité de ses propos.
-Alors, vas-y, et laisse moi manger tranquil proposa-t-il un peu plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu.
-Je crois que Lady Sansa va recevoir un présent pour les Hivernales, intervint la jeune Irièle, qui était restée timidement auprès de sa nouvelle amie jusqu'à présent. En effet, on venait de déposer à leur table une boîte en fer recouverte d'un loup.
Troublé, Bran se leva.
Joy lui lança un regard exaspéré qu'il ne pût comprendre. Pourquoi était-elle mécontente maintenant qu'il faisait ce qu'elle désirait ?
Irièle resta à sa place, mais Joy avança entraînant Bran dans son sillage.
Il s'arrêta près de la table, gêné d'avoir été si facilement persuadé par Joy de venir si près de sa sœur qui, d'un instant à l'autre, allait le forcer à s'assoir à la seule place vide, à côté de Meera.
Bran, cependant, fut détrompé car Sansa ouvrait à présent la boîte et révélait un amas impressionnant de petits gâteaux aux citrons, qui embômèrent rapidement l'atmosphère de la salle.
-Comment est-ce possible ? balbutia-telle, Bran trouva que le bonheur rendait sa sœur un peu stupide et incohérente, bien entendu, ce qui était arrivé était évident.
-Nous avons un nouveau traité avec Dorne, répondit elliptiquement Tyrion, tu t'es plusieurs fois plains en dormant de l'absence de citrons dans le Nord, et Dorne a besoin de bois que nous pouvons fournir. Le traité a facilement été établi. Et nous avons de nouveaux alliés.
Bran crut bien voir une larme glisser le long de la joue de sa soeur avant qu'elle n'attrape un des précieux gâteaux au citron avec un empressement enfantin.
-Merci, murmura-telle à l'adresse de Tyrion, Bran avait envie de partir loin, loin de sa soeur qui était bien plus fréquentable triste qu'heureuse. Comme tous les Stark.
-Hé, se plaignit Faérie, avec un sourire narquois, lui, on ne lui reproche pas d'avoir pris des décisions politiques à ta place. Alors que tu m'as fait tout un drame pour cette toute petite lettre que j'ai envoyé aux Homble.
-Dans laquelle tu les menaçais des flammes d'un dragon de glace s'ils ne faisaient pas rapidement leur rapport, rétorqua Sansa, avec un air digne malgré les miettes de gâteau sur ses doigts.
Puis le plat de gâteaux au citron commença à circuler parmi les habitants de Winterfell et la population de la ville d'hiver venu participer au banquet avec la rumeur selon laquelle, Tyrion Lannister l'époux de Lady Sansa, avait secrètement arrangé cet accord avec les Dorniens qui permettrait de manger des agrumes dans le Nord.
-Ça c'est de la vrai diplomatie ! s'enthousiasma Joy, en trempant un gâteau dans sa crème de marrons.
-Ce que je vois moi c'est de la vrai gloutonnerie, la taquina Bran.
L'ambiance joyeuse le gagnait presque. Son angoisse était dérisoire. Mais Meera n'avait pas pris de gâteau au citrons, ni de crème de marrons, elle avait mangé bien-sûr, mais désormais elle regardait avec cette expression lointaine un peu dans le vide.
Ou peut-être pas tant que ça, Bran suivit son regard et s'aperçut qu'il était concentré sur un groupe au milieu duquel Arya et Ilirian se trouvaient. Ilirian jouait du Luth entouré d'une foule de jeunes filles et d'enfants, Arya se tenait près de lui sans le toucher, mais il était clairement perceptible que la musique d'Ilirian s'adressait en premier lieu à la jeune Stark.
Bran comprit soudain ce qu'elle voyait, c'était son frère, dans la silhouette fragile, les doigts noueux, le calme mystérieux du jeune homme, Jojen, s'il avait eu le temps de grandir jusqu'au moment où la maladresse de l'adolescence se change en une sorte de grace.
-Hé, chuchota la voix de Joy, près de lui, alors qu'il recevait un coup de coude dans les côtes, vas parler à Meera, dis-lui qu'elle est ton Hivernale, ça lui remontra peut-être le moral.
Une seconde ses lèvres remuèrent, et Bran cru qu'elle allait ajouter quelque chose, au lieu de quoi elle se détourna de lui, pour rejoindre Irièle, qui était seule avec Robin à la table où ils avaient dîné. Bran se retrouva planté là, incapable de la suivre, et se sentant tout aussi impuissant à faire ce qu'elle lui avait conseillé.
Mais Bran était de nouveau un loup, et que pouvait-il faire d'autre que d'aller s'installer près de Meera?
-Salut, fit-il.
-Salut Bran, répondit-elle distraitement. La table résonnait de rires et Meera se replongea dans sa conversation avec Faérie, sur un sujet auquel Bran ne s'intéressait guère, les tenues vestimentaires des participantes de la fête. En fait, Faérie avait une certaine tendance à dériver sur les défauts physiques des personnes concernées, et sur le charisme de certains chevaliers, tandis que Meera excusait et complimentait tout le monde avec son bon naturel.
-J'ai hâte qu'on élise la reine et le roi du printemps, soupira Meera.
-Ho, je ne sais pas si nous le ferons, fit Sansa, je voulais vous en parler, comment avoir l'avis générale pour que cela ne soit pas arbitrairement décidé? Quelles sont les critères?
-Ta mère avait été nommé reine du printemps, rappela Meera, au dernier jour des hivernales, les élus sont choisis pour leurs tenus colorées et rappelant la beauté du printemps, et sur leur vivacité.
-Ho, alors si tu veux accorda Sansa qui semblait peut s'en soucier, absorbée qu'elle était par son voisin aux yeux verts, qui murmurait fréquemment dans son oreille.
Bran secoua la tête, c'était son devoir que de nommer Meera comme hivernale. Pourquoi n'était-ce pas ainsi pour les autres? Pourquoi était-ce plaisant ?
-Meera ? Je voulais te dire...
Il hésita, balbutia:
-Je... tu es mon hivernale, tu m'as sauvé la vie cet hiver, et je t'en serais toujours reconnaissant. Tu es la personne la plus courageuse que je connaisse.
Il sortit de sa poche un carnet couvert de son écriture.
-C'est un herbier de plantes médicinales, expliqua-t-il, je l'ai fais avec les connaissances qu'il me reste de la corneille. Parce que... tu m'avais dis, quand nous étions au-delà du mur, que tu souhaiterais savoir guérir. Il n'y a pas tous les remèdes du monde. Mais ceux de la forêt. Ceux que l'on ne peut pas apprendre à la citadelle.
Bran remarqua que sa sœur, Tyrion, ser Edmund et Faérie avaient quitté discrètement la table, sans doute pour leur accordé un moment plus ou moins privé.
Meera lui sourit, un éclat ému sur son visage, puis elle le prit dans ses bras un instant et embrassa sa joue.
Tétanisé, Bran n'osait plus bouger.
-Merci Bran, je suis heureuse que tu sois de retour, tu nous avais tous manqué. Il faut que tu sois bien conscient que ce qui est arrivé au-delà du Mur n'était pas de ta faute, Jojen a fait son choix.
Meera lui ébouriffa les cheveux comme le faisait Sansa autrefois, lorsqu'il était encore trop petit pour lui interdire et la lumière se fit pleinement dans l'esprit de Bran: il y avait quelque chose comme de la frustration ou de la tristesse en lui à l'idée que Meera le voit comme un petit frère. Et, en outre, c'était comme cela qu'elle le voyait. Peut-être était-ce nouveau ? Peut-être que les choses avaient toujours été ainsi. Peu importait. Elle était foncièrement heureuse qu'il l'ait choisi comme hivernale, mais bizarrement cela ne suffisait pas à Bran. Ou à une partie de lui. Il s'enjoignit lui-même à réfléchir rationnellement "corneillement" comme il aimait à se le dire. Il réexamina les dernières images que sa mémoire avait enregistré de Meera, Sa silhouette élancée, son regard songeur, ses cheveux noirs cascadant sur sa robe lilas ; c'était bien ce qu'il craignait. Sans être vraiment amoureux d'elle, Bran avait développé un béguin pour Meera Reed. Ou plutôt son esprit nouvellement humain s'était raccroché aux vieux vestiges de béguin du garçon de treize ans qu'il avait était avant de prendre la place de la vieille corneille.
Il était dans le pétrin s'amouracher d'une fille de quatre ans son aîné et mombre du conseil restreint du Nord ! Un peu sonné, Bran réalisa que tout le monde se levait et poussait les tables contre les murs pour pouvoir danser au rythme du petit orchestre improvisé que formaient Ilirian et deux ou trois autres musiciens de l'assistance. Bran ne pouvait pas s'adonner à cette activité avec ses jambes encore peu sûres, et il fut heureux d'avoir une bonne excuse pour s'éclipser. Apparemment, il n'était pas le seul dans ce cas, car, alors que Tyrion encourageait Sansa à aller danser avec quelqu'un d'autre et à profiter des festivités, il entendit sa soeur répondre:
-Ne sois pas ridicule, c'est le moment parfait pour nous enfuir secrètement.
Ils venaient de passer la porte et Bran essayait de leur laisser un peu d'avance pour ne surtout pas les recroiser lorsque Joy surgit devant lui.
-Quelque chose ne va pas ? interrogea-t-elle à voix basse. -Non, mentit-il, pourquoi?
-Quelque chose ne va pas, persista-t-elle, en posant un instant la main sur le haut de son torse, recouvert par le tissu vert de sa robe, je le sens, et ça ne vient pas de moi.
En effet, Bran s'aperçut d'un léger picotement dans ses côtes, pas aussi prononcé que la dernière fois, lorsque l'œuf s'était senti en danger mais tout de même.
-Ce n'est rien, assura-t-il.
-Sortons, proposa-t-elle.
Il acquiesça il avait envie de calme ou du moins de ne plus être au centre d'une foule tout occupée à s'amuser.
-Cette connexion s'empire, remarqua-t-il, alors qu'ils gravissaient un escalier en direction des chambres.
-Je pense que ce lien ne se brisera que lorsque l'œuf aura éclos, souffla Joy, pensivement.
-Autant dire jamais, rétorqua-t-il, une fois qu'on sera à Port-Réal, Daenerys Targaryen te prendras l'œuf et nous éloignera un maximum de lui.
Joy eut un frisson et enroula ses bras autour d'elle, anticipant la douleur qui la toucherait inévitablement
Ils s'arrêtèrent dans le couloir de leur deux chambres, un peu paniqués par cette idée.
Des bruits de pas résonnèrent au bout du couloir et Bran se prépara à voir surgir son cousin Robin, ayant abandonné la fête une fois que les ressources alimentaires avaient été épuisées. Mais ce fut un groupe d'hommes armés jusque aux dents qui émergea de l'obscurité dans la lumière de la lampe encastrée dans la muraille. Bran ne les reconnut pas, ce n'était pas des chevaliers ou des gardes du château.
-Bonjour, que voulez-v... commença-t-il, mais l'un deux avait déjà attrapé Joy et lui enfonçait un bâillon dans la bouche.
-La reine Daenerys ne va pas attendre que vous vous décidiez à rapliquer, elle nous envoie pour vous récupérer.
Joy se débattit de toutes ses forces, elle réussit même à se dégager en décochant un coup de poing dans le nez de son assaillant, Bran dégaina une dague, seule arme qu'il parvenait pour le moment à manier avec son équilibre précaire et tira Joy par le bras pour l'inciter à courir, s'ils pouvaient atteindre une pièce barricadable, des renforts arriveraient sans doute.
Ils détalèrent dans le couloir obscure, Bran se sentait tanguer, ses jambes ployant sous le poids de son corps, sa béquille l'encombrant plus qu'autre chose.
Il trébucha et s'effondra à terre.
-À l'aide ! cria Joy en désespoir de cause.
Les hommes riaient, trouvant sans doute leurs tentatives de fuite pathétique. Elle l'était.
L'un d'eux se pencha sur Bran et posa la lame effilée de son épée contre son cou:
-au secours ! Hurla de nouveau Joy, au sec...
Un autre l'attrapa et se remit à essayer de lui faire avaler le bâillon
-donne-moi l'œuf de dragon gamine, sinon, je zigouille ton ami.
-Vous ne pouvez pas fit-elle, alors que celui qui avait le bâillon interrompait ses efforts pour écouter sa réponse.
-Daenerys nous veut tous les deux vivants je présume, sinon comment garder un siège au conseil restreint du roi Davos si elle nous fait tuer ?
-Elle a pas tort, Bartock, marmonna un homme ventripotent qui se tenait près de celui qui menaçait Bran, la lettre disait qu'il les fallait vivant.
La lame se décolla de sa gorge, mais à la place, l'homme sortit des cordes.
-Vous pouvez me suivre tranquillement, ou bien être ligotés, grogna-t-il.
-Ce n'est pas logique fit savoir Joy, Lady Sansa, la Gardienne du Nord, a donné son accord pour nous envoyer au sud dès la fin des hivernales, pourquoi venir ici risquer un incident diplomatique ?
Joy n'avait pas tort, cette tentative d'enlèvement n'avait pas de sens. Mais Bran peinait à réfléchir correctement. Étendu sur le sol de pierre et sur le point d'être ligoté
-S'ils croient que vous vous êtes enfuis pour pouvoir faire éclore votre dragon en paix, ils ne penseront pas à accuser la Reine Daenerys.
-Cela prouve bien que ce n'est pas elle qui vous envoie, persifla Joy avec défi, Daenerys sait bien qu'elle sera la première soupçonnée ici si Bran et moi disparaissons. Vous êtes des chasseurs de prime.
Joy avait sans doute raison, se dit Bran en se redressant tant bien que mal pour venir en aide à Joy. Sa respiration se fit haletante alors que deux hommes plus lourds que lui le renvoyaient à terre de deux coups adroits. L'un d'eux lui avait coupé le souffle, l'autre avait éraflé son épaule avec son épée. À courS de solution, Bran brandit sa dague qu'il réussit à enfoncer dans la cage thoracique d'un de ses assaillants avant qu'on ne lui arrache.
-Au secours, hurla-t-il à son tour, sentant un liquide chaud dégouliner le long de son bras.
Il crut entendre un bruit étouffé de plusieurs personnes dans l'escalier mais avant qu'il ne réalise pleinement ce que cela impliquait un homme qui brandissait une hache porta un violent coup avec Le menche dans la tête de Joy. Elle poussa un cri déchirant à peine étouffé par son bâillon et la douleur transperça la cicatrice de Bran.
Il se précipita vers elle alors que Jon, Arya et un groupe de gens armés arrivaient en courant dans le couloir. Cela détourna l'attention des chasseurs de primes présumés et Bran se précipita pour soutenir Joy avant qu'elle ne s'effondre au sol, il ne pût que ralentir sa chute. Le coup avait été plus violent qu'il ne l'avait d'abord pensé.
Du sang s'écoulait abondamment par son nez, des bruits de ferraille et des cris rageurs retentissaient derrière lui. Tout cela lui semblait loin pas rapport à Joy, et à sa douleur qu'il ressentait littéralement dans sa chaire.
Il essaya de stopper le flux sanguin, mais aucune entaille n'était visible, il souleva sa tête pour voir si son crâne n'était pas ouvert, mais ce n'était pas le cas. Par contre, une bosse commençait à se former, au milieu de ses longs cheveux dorés.
-Bran... ne les laisse pas prendre l'œuf, implora-t-elle, ses yeux se fermant contre son gré.
-Reste réveillé, supplia Bran, parce qu'il avait le terrible pressentiment que si elle s'endormait, elle perdrait connaissance et peut-être ne reviendrait elle jamais à elle.
Il s'aperçut que Jon, Arya et les gardes avaient maîtrisé les hommes et qu'ils étaient traînés vers les cachots, mais d'autres personnes étaient arrivés sur les lieux dont Mestre Nathan, Sansa et Tyrion.
-Mestre, Joy s'est pris un violent coup à la tête, elle a une bosse et... commença-t-il.
-Bran, tu es couvert de sang ! s'écria Sansa, en se précipitant plus vite que le Mestre vers lui.
-Ce n'est rien, Joy a besoin d'aide, s'époumona-t-il.
-Aller chercher de la neige ou de la glace à appliquer sur la boss, ordonna Nathan à un groupe de gardes.
-Ho Joy ! s'exclama Sansa en se jetant à genoux à côté de la jeune fille, les belles manches bleus de sa robe de noces furent vite aussi pourpres que les mains de Bran et que le visage de Joy.
-Joy, où est ton oeuf ? s'enquit Tyrion Il peut peut-être aider.
C'était une bonne idée, Bran n'avait pas pu réfléchir assez clairement pour l'avoir. Seulement, les yeux de Joy se fermèrent, et ell perdit connaissance.
Dans ses poches, ils trouvèrent l'œuf, qui palpitait un peu hératiquement mais qui ne sembla rien faire pour la réveiller. Sansa trouva également un petit sachet contenant un savon aux odeur de pins, et gravé dans la substance gélatineuse les initiales "B.S.." et au fond de sa poche gisait un papier chiffonné, recroquevillé sur lui-même comme s'il ne voulait pas être lu.
Alors qu'on soulevait le corps inerte de Joy pour la transporter vers le cabinnet du Mestre, Bran ne put s'empêcher de lir discrètement le poème pardessus l'épaule de sa grande soeur. Les mots se gravèrent au fer rouge dans sa mémoire:
Pour toi j'essairai,
De faire se renvoler tes rêves brisés,
Pour toi je me tiendrai solitaire,
Si cela peut leur faire voir,
Même si leur cœur est taillé dans la pierre,
Que n'importe qui peut fondre sous la force fragile de ton espoir,
Je sais que je ne suis pas assez pour toi,
Mais je te promets de chercher des réponses à tous tes pourquoi,
Aussi longtemps que tu jures,
De te battre toujours, de toujours être sûr,
Que tu es mon héros, que tu es ma destinée,
Ma raison de créer, et pour laquelle je peux te laisser m'abandonner
Je sais aussi que je suis beaucoup trop de tout,
Mais c'est que tu es ce que mon âme désire pardessus tout,
Jadis, j'étais une enfant d'été,
Chérissant avec délice ses contes de fées,
Et puis tu es apparu,
Plus fort et plus inconnu,
Au cœur de la nuit d'un hiver qui laissera sa trace,
Je te donne mes joies et mes tourments, de feu et de glace.
Note : Merci d'avoir lu ! J'ai passé un temps fou sur ce chapitre et je ne suis toujours pas vraiment satisfaite du résultat mais bon j'ai envie de finir cette fic cette année, parce que oui, c'est bientôt la fin, bien que je risque de changer d'avis et d'écrire une suite ! Sinon, la cérémonie de mariage est un mélange de traditions de Westeros et de trucs que j'ai inventé, pour certains symboles je me suis inspirée de la très hivernale trilogie d'une nuit d'hiver, de Katherine Arden, qui est mon nouveau coup de cœur littéraire ! Joy me brise le cœur et Bran aussi, à sa façon…
À très bientôt !
