Chapitre 78 : Maxime

En arrivant devant la maison de son oncle, Luna sentit son cœur se serrer à la vision des bandeaux jaunes en interdisant l'accès.

Comme déconnectée de la réalité, elle descendit de sa mustang dans un état seconde et avança vers la scène de crime — c'était du moins ce qu'indiquaient les scellés — devant laquelle le voisinage curieux s'était déjà amassé. C'est à peine si elle entendit Danny arriver à son tour.

— C'est quoi ce bordel ?

Pour sa part, elle ne pouvait que trop bien imaginer ce que pouvait signifier la descente des forces de l'ordre chez Ian.

Il suffit d'un mouvement d'air infime pour qu'une fragrance bien connue vienne lui caresser le visage, la sortant de son hébétude.

Maxime s'était tenu juste là, sur le bord de ce trottoir et même si la trace remontait à plusieurs heures, elle pouvait encore en apprécier toutes les nuances : l'impuissance, la tristesse… la colère.

Dès son plus jeune âge, sa mère lui avait appris l'art de la chasse. Elle avait à peine sept ans qu'elle pouvait suivre une piste dans la nuit la plus totale. Deviner les sentiments à leurs effluves était tout aussi naturel que de respirer pour elle.

Son oncle avait été embarqué dans un véhicule à la sortie de son domicile, mais pas Maxime… Maxime s'était assis et avait attendu. Une deuxième odeur ensuite, un homme, un humain…

— Je vais appeler Stiles, son père aura peut-être des informations !

Elle hocha la tête sans plus prêter attention à son camarade de classe. Elle avança dans la rue, à l'affût du moindre indice jusqu'à s'arrêter un peu plus loin.

Maxime était monté dans un véhicule… Peut-être qu'elle se trompait… Peut-être avait-il lui aussi été emmené par la police.

Il fallait qu'elle se calme, qu'elle se concentre.

Elle connaissait l'odeur de son frère par cœur. Souvent, quand elle se sentait seule où qu'elle perdait le contrôle, c'est sur lui qu'elle se focalisait pour recouvrer ses esprits.

Il avait le don de l'apaiser sans même en avoir conscience.

C'était d'ailleurs ce qui avait amené son père à suivre Ian jusqu'à Beacon Hills.

Même sans le côtoyer, Luna avait besoin de son frère près d'elle pour ne pas sombrer.

Le déclic se fit tandis que son univers se parait de mille couleurs olfactives.

Elle sut quelle direction prendre, comme si le véhicule dans lequel Max était monté avait laissé sur l'asphalte un parcours balisé qu'il lui suffisait de suivre.

Sans attendre une minute de plus, elle sauta dans sa sportive et, fenêtre ouverte, en fit rugir le moteur pour s'élancer sur la piste qu'elle était parvenue à repérer.

Elle sut avant de l'atteindre où la conduisaient les cailloux blancs du Petit Poucet et elle sentit la panique l'envahir un peu plus.

Qu'est-ce que Maxime était venu faire chez eux ?

Chez eux… Du moins, officiellement.

Ni elle ni son père n'y avaient jamais réellement habité. Ils ne pouvaient pas prendre le risque que la meute Hale repère l'odeur de leur tanière à son plus grand désespoir. L'entrepôt qu'ils squattaient depuis des mois était insalubre et glauque au possible.

Pourtant, Paul y avait passé la nuit exceptionnellement. Il avait eu rendez-vous avec la mère de Scott qu'il avait approché pour récolter des informations sur leurs rivaux.

Qu'avait-il fait à son frère ? À son propre fils ?

En descendant du véhicule, elle fut presque prise de vertige tant les émotions que Maxime avait semées étaient puissantes et désespérées. Son souffle lui échappa et elle chercha l'air pendant quelques secondes tandis que son cerveau assimilait les informations pour elle.

Il s'était tenu ici, paniqué, perdu, trahi, anéanti… La même odeur que celle présente devant chez lui l'avait rejoint puis ils étaient chacun repartis de leur côté. Maxime à pied. Vers où ?

Sans réfléchir davantage, elle sauta à nouveau dans son véhicule et continua sa chasse au trésor comme si sa vie en dépendait et, quelque part c'était le cas, car, s'il devait arriver quelque chose à son frère, une partie d'elle en mourrait.

Combien de temps avait-il arpenté les rues ? Elle roulait depuis un moment déjà sans que le garçon ne semble avoir pris une direction particulière, déambulant sans doute sans but précis.

Elle perdait patience quand enfin, elle le vit. Elle sut que c'était lui alors qu'il n'était encore qu'un point à l'horizon.

Jouant des freins, elle ne perdit pas de temps avant de sauter de sa voiture et l'attraper par les épaules, rassurée plus que jamais de le retrouver sain et sauf.

— Je me suis tellement inquiétée !

Il se laissa aller dans son étreinte, faisant glisser chacun de ses sacs le long de ses bras avant qu'ils ne rejoignent le sol. Ce simple fait aurait dû lui mettre la puce à l'oreille.

Quand elle s'écarta enfin, les battements de son cœur se calmant à mesure que la peur refluait, elle le détailla un peu plus, remarquant seulement la tuméfaction de sa pommette et le sang séché sur son visage. Ses yeux étaient rouges et gonflés et jamais elle n'avait senti une telle détresse chez quelqu'un.

— Qui t'a fait du mal ?

La peur de la louve venait de céder sa place à une colère sourde.

Quelque chose se brisa en elle lorsqu'elle réalisa, sans un seul mot de Max, qui était responsable de l'état de son aîné.

— Tu devrais être heureuse.

Les mots de Max furent agrémentés d'un pâle sourire qui n'atteignit pas ses yeux.

Elle le dévisagea sans comprendre, le cœur lacéré de le voir si mal. Elle aurait aimé pouvoir absorber sa peine aussi simplement qu'elle était en mesure de le faire avec la douleur physique… Malheureusement, elle ne possédait pas un tel pouvoir.

— C'est ce que tu voulais, non ? Qu'on soit vraiment frère et sœur…

Ce fut comme si une main immense se refermait sur sa poitrine, chassant l'air de ses poumons.

Elle avait été exercée à souffrir, mais rien n'aurait pu la préparer à ce sentiment horrible qui s'emparait de chaque cellule de son être.

L'entraînement que ses parents lui avaient fait subir pour l'endurcir n'y pouvait rien. Il n'avait qu'habitué son corps à la douleur physique. Ils avaient tout fait pour qu'elle soit en mesure de survivre dans le monde cruel, résister à la torture sans être brisée…

Elle ne comptait pas les heures de combat — qu'elle perdait le plus souvent — ni ces fois où elle devait se libérer d'entraves d'acier quitte à devoir se casser elle-même les doigts… Ni encore, les séances d'électrocutions qu'elle subissait jusqu'à l'agonie sous le regard de son père, soucieux qu'elle sache à quoi s'attendre si un jour elle était capturée par des chasseurs comme sa mère l'avait été…

Tout ça n'était rien en comparaison du mal qui lui déchirait les entrailles de l'intérieur.

Paul avait tout dit à Maxime et, à en juger par son état, de la pire des manières possibles.

— Mais tu le savais, pas vrai ?

Elle ferma les paupières sans parvenir à retenir les larmes qui lui échappèrent, consciente malgré tout qu'elles n'étaient pas légitimes, qu'elle n'avait pas le droit de pleurer… Pas alors que son frère souffrait.

— Seulement depuis qu'on est arrivé ici, avoua-t-elle d'une voix faible. Je suis désolée, Maxou…

Son regard chocolat débordant d'un chagrin qu'il pensait tari depuis longtemps s'ancra dans celui bleu de sœur. Ces mêmes iris océan qui ne lui rappelaient que trop bien les mots que Paul lui avait tenus un peu plus tôt.

Luna ne put résister au besoin de l'étreindre à nouveau, répondant sans hésiter à son instinct afin de réconforter celui qu'elle aurait dû mieux protéger, croire et aimer.

Contre toute attente, les mains de son frère se refermèrent sur elle, se laissant totalement aller dans son câlin pour la première fois depuis six ans. Un barrage céda dans la poitrine de la brune qui se sentit perdre pied.

Des minutes — ou bien était-ce des heures ? — plus tard, ils se détachèrent enfin.

Un silence inconfortable s'installa entre eux. Au fil des années, ils étaient presque devenus des inconnus l'un pour l'autre.

— On a les pires parents au monde, non ?

Luna ne réprima pas le hoquet qui s'échappa de ses lèvres, subtil mélange entre sanglot et rire.

Comment aurait-elle pu contredire son frère ? Elle avait pourtant conscience d'être chanceuse en comparaison de Max…

— On s'en fout, d'accord ? Ce qui compte, c'est qu'on soit là l'un pour l'autre…

Maxime hocha la tête, le regard encore humide de douleur, avant de se passer la langue sur les lèvres réalisant seulement qu'il avait soif, faim et qu'il était épuisé. Il n'avait rien avalé depuis la veille et se remettait difficilement de la grippe. Un miracle que ses jambes l'aient porté jusqu'ici.

— Où allais-tu ?

— Chez Danny ! Je savais pas… J'ai nulle part où aller !

Au tour de Luna de hocher la tête positivement avant de se redresser vivement, les muscles tendus.

— Tout le monde doit être en train de te chercher. Ils s'inquiètent tous pour toi, tu sais ?

— J'ai coupé mon téléphone. J'avais juste besoin… d'être un peu seul !

Sans un mot de plus, la louve dégaina son propre cellulaire. Elle n'avait pas le numéro de Danny ni celui de Stiles, mais celui d'Allison ferait l'affaire. Elle ne doutait pas une seule seconde que la jeune femme transmettrait le message.

— Je crois qu'on devrait discuter… Je t'offre à manger, monte !

Elle ne lui laissa pas le temps de la réflexion tandis qu'elle s'emparait des deux sacs de son frère pour les mettre dans son coffre.

Le restaurant était simple, mais chaleureux et l'adolescent avait ressenti un certain soulagement en s'installant à l'une des tables près de la fenêtre. Être en compagnie de sa sœur, sans animosité, l'emplissait d'une certaine nostalgie. Ils avaient été si proches avant…

Avant qu'elle ne refuse de le croire près de six ans plus tôt.

Quand le serveur, un garçon au sourire étincelant, avait déposé leur commande devant eux, Maxime avait cru un instant que la nausée aurait raison de lui. Il avait enchaîné les verres d'eau tant sa gorge était sèche. La fatigue s'était emparée autant de son esprit que de son corps. La journée avait été éprouvante.

Même la colère l'avait déserté, il n'en avait plus l'énergie. Peut-être qu'accepter Luna dans un moment de faiblesse était une grave erreur, mais il avait un sentiment d'urgence qui faisait battre son cœur un peu trop fort. Cette sensation inconfortable et terrifiante que s'il restait seul, il s'effondrerait.

Ian lui avait menti… Toute sa vie n'était qu'un mensonge. Il n'avait plus personne. Plus personne si ce n'est cette sœur qui, à défaut d'être parfaite, avait au moins le mérite de l'aimer sincèrement et de se repentir de ses actes passés.

— Mange… S'il te plaît, Maxou !

Même le surnom ne le dérangeait plus. Avec une grimace de dégoût et un léger haut-le-cœur qui contracta douloureusement son estomac vide, il approcha la fourchette de sa langue avant de mâcher mécaniquement.

C'était délicieux, une explosion de saveur sur ses papilles. Au moins, une partie de son corps n'était pas totalement anesthésié par ses émotions. Les bouchées suivantes furent plus faciles jusqu'à ce que la faim se réveille à son tour et qu'il n'engloutisse son repas avec un appétit d'ogre qui fit rire sa cadette.

L'ambiance légère jusqu'à présent s'effila et le passé les rattrapa.

Il releva le regard de son assiette désormais vide et tomba dans celui, mélancolique de sa sœur.

— Je suis désolée de ne pas te l'avoir dit. Je l'ai voulu plusieurs fois… Je me disais égoïstement que si tu le savais, on pourrait être enfin réunis, mais… Je savais aussi que ça te ferait du mal. Ian voulait te l'annoncer lui-même. Il cherchait le bon moment pour te le dire, ne lui en veut pas, il…

— Il a eu dix-huit ans pour me le dire. Le bon moment ? Ne me fais pas croire qu'il n'y en a pas eu en autant d'années.

Avec l'énergie et la chaleur qui faisait revivre son corps, la colère semblait de retour.

Luna eut une nouvelle moue triste avant d'attraper sa main qu'elle recouvrit de sa paume.

— Pas tant que ça et tu le sais ! Nos parents…

La grimace de dégoût de son frère coupa la brune qui se mordit la langue avant de se reprendre.

— Eléa et Paul ne sont pas les meilleurs parents du monde. Je réalise maintenant à quel point ça a dû être difficile pour toi. Maman m'aimait et Paul m'aime… d'une façon sûrement jugée étrange par beaucoup, mais il m'aime. Et Ian… Ian t'a toujours aimé comme son fils. Tu ne me feras pas croire que tu l'ignores. Ne le rejette pas… Je comprends que tu lui en veuilles, mais… Laisse-lui au moins une chance de s'expliquer. Laisse-toi du temps aussi.

Elle récupéra sa main lorsque le serveur revint vers eux pour débarrasser leur table. Ce petit aparté était bienvenu pour Max qui avait besoin de faire le point sur les mots de sa sœur. Évidemment, elle avait raison. Il devait au moins laisser à Ian l'occasion de s'expliquer.

Paul lui avait dit qu'il avait subi la compagnie d'Eléa toutes ces années par sa faute, pour pouvoir être un père pour lui… Rien que pour ça, il méritait de s'expliquer.

— Un dessert, les amoureux ?

Le frère et la sœur relevèrent d'abord un regard choqué vers le serveur avant de se fixer et, comme si leurs nerfs avaient atteint leur seuil maximum, ils explosèrent de rire ni plus ni moins.

C'était un éclat nerveux qu'ils eurent du mal à endiguer, laissant le pauvre homme seul avec ses tentatives de comprendre la situation. Finalement, il capitula en abandonnant près d'eux la carte des desserts, jugeant préférable de repasser les voir quand ils auraient fini de s'esclaffer.

Les deux enfants Carter avaient mal aux abdominaux à force d'hilarité. Il leur fallut plusieurs longues minutes pour parvenir à se calmer, évitant de se regarder à nouveau pour ne pas sombrer dans une nouvelle crise de rire, essuyant le coin de leurs yeux larmoyants tout en reprenant leur souffle.

— Je… Je suis désolée, Maxime !

Luna n'aurait pas pu mieux choisir ses mots pour calmer aussitôt son frère qui sentit à nouveau une vague de ténèbres l'envahir.

— Tu n'y es pour rien. Ce n'était pas à toi de me le dire…

— Non, c'est pas ça. Je… J'aurai dû te croire… J'aurai jamais assez de toute une vie pour me faire pardonner, mais je veux que tu saches que je te comprends. Je ne me le pardonnerais pas non plus, si j'étais à ta place.

Le lycéen ferma les yeux le temps que son cœur soit moins douloureux, expirant son mal-être dans un souffle tremblant tandis que des larmes silencieuses s'évadaient du regard océan de sa sœur.

Que pouvait-il répondre à ça ? Les années avaient émoussé sa rancœur. Elle n'était qu'une gamine. Aucun d'eux ne pourrait changer les événements…

— Je réalise. Tu sais, avec moi aussi, ils faisaient preuve de violence, mais… J'ai toujours considéré ça comme un entraînement et lorsque je réussissais leurs épreuves, malgré la douleur, je voyais qu'ils étaient fiers de moi et ça me suffisait à être heureuse. Mais… C'était différent pour toi ! J'aurai dû le comprendre…

L'estomac du lycéen se contracta. Perdu dans ses propres maux, il n'avait lui-même jamais prêté attention à la façon dont leurs… parents traitaient sa cadette.

— Alors… finalement ce dessert ?

Il fallait reconnaître au garçon de salle de garder le sourire. Ils hochèrent la tête et commandèrent rapidement.

L'heure d'un nouveau départ était arrivée et pour la première fois, Maxime se sentait prêt à faire sa route main dans la main avec sa sœur. Pourtant…

— Il faut que tu renonces, Luna ! Ne suis pas les traces de Paul. Tu ne me feras pas croire que tu ne t'es pas attachés à eux parce que… Tu as vu comme ils sont ? C'est impossible. Ils nous ont accueillis tous les deux sans préjugé. Ne leur fais pas de mal, s'il te plaît !

Luna perdit des couleurs et son regard tomba sur ses mains posées devant elle. À nouveau, le serveur les coupa dans leurs conversations à cœurs ouverts, déposant l'addition en même temps que leur coupe glacée, avant de s'éclipser dans un tourbillon de tablier.

Soucieuse de trouver les bons mots, la brune laissa le silence s'installer entre eux le temps d'organiser sa pensée.

— Papa…

Mauvais choix!

— Paul… Il faut que tu comprennes que la mort de maman l'a beaucoup affecté. Perdre la stabilité de la meute encore plus. Comme il n'est pas un loup de naissance, c'est plus difficile pour lui, il…

— Tu lui cherches des excuses ?

Maxime n'avait aucune envie de se montrer conciliant avec ce cinglé qui avait souhaité lui ôter son premier souffle, littéralement. Sa folie ne datait pas d'hier et n'avait pas commencé avec la mort de sa compagne ni le bannissement de la meute.

— Non, enfin oui, mais… Laisse-moi aller au bout de mon explication. Je déteste qu'il t'ait blessé et, pour être honnête, il me fait peur à moi aussi…

— Alors, arrête-le… parles-en aux autres. Ils pourraient t'aider à le neutraliser, à mettre fin à tout ça !

Luna expira douloureusement.

— Ça semble si simple quand tu en parles, mais c'est mon père. Max… J'ai perdu ma mère il y a moins de quatre mois, tu ne peux pas me demander de le condamner à une mort certaine… Car tu sais aussi bien que moi que c'est ce que signifierait le dénoncer à la meute Hale. Paul ne renoncera jamais. La seule façon de l'arrêter c'est de le tuer et ça, c'est hors de question. Il y a encore un infime espoir de le sauver et je ferais tout pour. Même si je dois me perdre en chemin, même si je dois en mourir…

Malgré leur opposition, le ton n'était pas monté. L'heure n'était plus à la colère, mais à la résignation.

Quelque part au fond de lui, Maxime pouvait comprendre les arguments de Luna, mais ils lui étaient inadmissibles.

— Alors tu es prête à sacrifier des vies innocentes pour sauver un psychopathe.

Il aurait voulu regretter ses mots qui faisaient souffrir sa sœur, mais il en était incapable.

— Je sais que je suis égoïste, mais je ne peux pas… Tout ce que je peux faire, c'est protéger le maximum de personne de… sa soif de sang. Je suis désolée pour Derek… Et je ne te demande pas de me comprendre… Je suis prisonnière tout comme toi dans cette histoire !

— Non, toi, tu as le choix !

Luna ravala les larmes qui perlaient au bord de ses cils tandis qu'elle relevait doucement son regard vers son frère.

— Tu me parles de choix… Qu'est-ce qui t'empêche de les prévenir ? De leur dire qui nous sommes… ce que nous sommes.

Le cœur de Maxime dérailla et Luna lui offrit un triste sourire en réponse.

Ian l'avait trahi. Qu'est-ce qui le retenait à présent de rompre la promesse qu'il avait fait à l'homme qu'il pensait être son père ? Sa fidélité allait davantage à ses nouveaux amis qu'à sa famille qui n'avait fait que le décevoir.

— Si je le faisais… Tu tenterais de m'en empêcher ?

S'il reniait sa parole, ce ne serait pas seulement son tuteur qu'il trahirait, mais aussi lui-même. Un homme n'a-t-il de valeur que par celle de ses mots ? De ses actes ? De ses serments ? La perspective était douloureuse, mais des vies étaient en jeu.

— Je ne pourrais jamais m'opposer à toi, Max.

Devant eux, la glace commençait à fondre sans qu'aucun d'eux ne la touche. La bonne humeur et l'appétit les avaient quittés à nouveau.

Aussi naturellement et simplement qu'une caresse, sa sœur lui offrait une liberté dont il ne voulait pas. Elle lui donnait sans résistance les rênes de leur destin. La décision n'appartenait à présent qu'à lui seul, mais son poids était difficile à porter.

— Tu sais où dormir ?

Cette question marquait la fin de leur entrevue. La nuit était tombée maintenant. Maxime était épuisé plus qu'aucun mot ne saurait l'expliquer. Ce n'était vraiment pas le moment de prendre une décision, mais peut-être qu'après quelques heures de sommeil bien mérité, il y verrait plus clair.

— J'ai d'abord pensé à aller chez Stiles, mais ce serait risquer de se mettre un alpha ultra possessif à dos.

— Danny, alors !

C'est là qu'il se rendait quand Luna l'avait retrouvé. Elle n'avait pas oublié.

L'aîné hocha la tête tandis que la jeune femme se levait pour régler la note.

— Je te dépose… J'ai deux mots à toucher à mon père !