Chapitre 45 : Mortel Espoir
Le pas trainant, Emma aborda la dernière ligne droite du parcours la menant jusqu'à la salle des Préfets. L'épique stratagème ayant conduit les Carrow à l'infirmerie dans l'espoir de reprendre forme humaine était bien loin derrière elle désormais. La convivialité des dernières heures passées en compagnie de Morag et de Padma dans le cadre du projet « Lettre à Mandy », semblait elle aussi s'être envolée de son esprit depuis son ultime passage aux toilettes du second étage.
Une fois sa destination atteinte, la jeune fille fixa avec intensité la portière devant elle. Emma se revit deux ans plus tôt face à cette immense porte d'ébène dans le manoir des Malefoy. Tout premier des remparts la séparant de son avenir. Ce soir-là, une nouvelle frontière était à franchir. Bien que cette fois-ci, l'identité de la personne se trouvant derrière ce huis clos ne lui était pas inconnue, elle ne pouvait ignorer l'angoisse sourde qui s'emparait d'elle. Annoncer cette nouvelle à Drago paraissait être l'un des plus grands défis de leur relation. Et pourtant, ils n'étaient pas de ceux que le destin avait épargné dès leurs débuts.
Par-delà tous ces tourments, elle pouvait sentir que quelque chose avait changé en elle. Cela avait commencé avant même d'avoir la confirmation de sa grossesse. Pour la première fois de sa courte vie, Emma avait eu cette force qui lui avait tant manqué. Elle avait été capable de se positionner et d'agir en accord avec ses convictions.
Galvanisée par ces pensées positives, la jeune fille ouvrit franchement la porte et entra dans la salle des Préfets. Emplie de résolutions, son élan se coupa net à la vision d'une Astoria et d'un Drago entrelacés. Un lourd silence envahit la pièce tandis que les deux Serpentard s'éloignaient l'un de l'autre.
- Je… vais vous laisser, s'excusa Astoria en se dirigeant vers la sortie.
Toujours postée à l'encadrement de la porte, Emma finit par se décaler afin de pouvoir la laisser passer. Le regard plongé dans celui de son fiancé, elle n'accorda pas la moindre attention à la Préfète des Serpentard. Le grincement des gonds inonda la salle des Préfets et indiqua qu'ils étaient désormais seuls à seuls.
- Vous avez réussi à gérer la situation ?
- Astoria a fait une bonne Préfète-en-chef par intérim, lui répondit-il de manière évasive.
- Je veux bien le croire, acquiesça-t-elle en s'approchant de l'entrée de leur salle commune. Véritaserum, prononça-t-elle le mot de passe, plus porteur de sens que jamais.
- Ton absence s'est faite remarquer en tout cas. Alecto était hors d'elle, enchaina-t-il en prenant sa suite dans la pièce qui venait de s'ouvrir.
- J'avais des choses importantes à faire… certifia-t-elle posément en ôtant la cape qui commençait à se faire lourde sur ses épaules.
- Comme vous congratuler les uns les autres avec tes nouveaux amis ?
- Tu m'as l'air bien sûr de toi, railla-t-elle en pliant précautionneusement son vêtement avant de le poser sur le canapé de la salle commune des Préfets.
- Nierais-tu ton implication dans la débâcle de ce soir ? la provoqua-t-il sans se départir de son regard inquisiteur.
- Non. Mais c'était avec Morag et Padma que j'étais le reste de la soirée.
- C'est le nouveau trio de choc en vogue ? se moqua-t-il de l'alliance inattendue.
- À l'instar de ce trio, je peux dire que cette journée a mêlé passé, présent, et avenir… déclara-t-elle d'un air énigmatique en s'approchant de son fiancé.
- Je ne suis pas sûr de voir d'un très bon œil cet avenir que tu nous réserves, lança-t-il avec dureté.
- L'avenir est ce qu'il est. Tout dépend de la manière dont on le prend en main.
- Tu es enceinte, Emma, la prit-il de court. Cet avenir-là n'était pas prévu pour tout de suite.
Le souffle coupé, la jeune fille mit quelques secondes avant de reprendre une respiration normale. Les yeux bleus soutenaient impassiblement les yeux verts. Humidifiant ses lèvres devenues sèches, Emma se recula jusqu'à s'appuyer contre le fauteuil juste derrière elle.
- Je comprends mieux la soudaine tolérance de ces deux derniers jours. Tu n'as pas pu t'empêcher de me suivre. Laisse-moi deviner, tu le sais depuis le soir où j'ai osé t'avouer te cacher quelque chose ?
- Je n'aurai jamais supporté une nouvelle trahison de ta part. C'était même plutôt idiot de me croire capable d'autant de largesse d'esprit.
- C'est surtout que cela devait bien m'arranger d'y croire, concéda-t-elle. Donc… Je suppose que tu es passé par les mêmes interrogations, doutes, et peurs que moi.
- Vu qu'on ne fonctionne pas de la même manière, je ne suis pas certain qu'on en soit arrivé aux mêmes conclusions.
Emma prit cette réflexion comme une claque. Un coup porté au plus profond de son être et de sa chair. Redoutant la divergence pointée du doigt par Drago, ses mains serrèrent inconsciemment le cuir vieilli du sofa.
- J'ai moi-même fait quelques recherches sur des potions qui pourraient nous être utiles, poursuivit-il face à son silence, intensifiant plus que jamais la boule qui s'était formée dans la gorge de son interlocutrice.
- Ah oui ? répondit-elle d'une voix cassée.
- Je sais que tu sais de quoi je veux parler. Et je pense que c'était à moi de m'occuper de tout ça… pour que le problème soit résolu, continua-t-il sa carapace se brisant peu à peu en laissant place au stress.
Elle était consciente de l'éventualité d'une telle réaction de la part son fiancé. Mais elle ne s'était absolument pas attendu à ce qu'il ait ce temps d'avance. Il semblait avoir mûrement réfléchi au problème. D'ailleurs, elle n'avait jamais considéré sa grossesse comme un « problème » à résoudre. Cette surprise inattendue ne s'accordait pas vraiment avec les temps qui courraient, certes. Mais ses réflexions étaient surtout tournées vers les actions à mener afin de s'en sortir face aux obstacles rencontrés. Le cœur d'Emma rata un nouveau battement lorsqu'elle vit la fiole que Drago sortit de sa veste.
- C'est vraiment la meilleure des solutions, Emma. Pour ne pas dire la seule… argua-t-il en lui tendant la potion qu'il avait préparée.
Une tempête se leva à l'intérieur d'elle, assombrissant plus que jamais la lumière qui avait commencé à briller en elle. Sans pouvoir se retenir, la jeune fille fondit en larmes, décontenançant celui qui lui faisait face.
- Si tu réagis comme ça, c'est que tu sais que j'ai raison.
- Non, l'interrompit-elle vivement avant de se muer dans un nouveau silence rythmé de sanglots.
- Non, tu ne veux pas le faire, ou non, je n'ai pas raison ?
- Ce serait tellement facile, n'est-ce pas ? Tellement simple. Et puis après tout, ce n'est pas cette énième potion qui devrait me faire peur. J'en ai bu tellement ces derniers temps.
- Puisque tu en parles, on ne sait pas quels effets ont pu avoir ton addiction sur tout ça, glissa-t-il dans son argumentaire.
- « Sur tout ça », « problème à résoudre ». Tu as d'autres synonymes comme ça ? Parce que tu vois, moi, le premier mot qui me soit venu à l'esprit, c'est « bébé ». Faisant de moi, une maman, de toi un papa, et de nous des parents… explosa Emma, des hoquets de pleurs dans la voix.
- Si tu t'avances sur ce terrain-là…, commença-t-il difficilement. Permets-moi de soulever la question suivante : est-on seulement sûr que ce soit moi le père ?
Une nouvelle bourrasque balaya tout sur son passage dans de son être tout entier. Ses pleurs redoublèrent sans qu'elle ne puisse l'en empêcher.
- Tu te moques de moi là ? rétorqua-t-elle tant bien que mal.
- Ecoute, j'ai vu les résultats ce soir avant de monter dans la salle des Préfets. Tu es à un peu plus d'un mois de grossesse. On est début décembre. Entre fin octobre et début novembre, certes il y a eu moi, mais aussi Théo, et… Carrow…
- C'est que t'es sérieux en plus… lâcha-t-elle, abasourdie et choquée. Carrow… n'a pas eu le temps de me toucher de cette manière-là, cracha-t-elle avec dégoût. Et Théo, tu sais très bien qu'on n'est pas allé jusqu'au bout…
- Et toi tu sais très bien que le risque est quand même là, même sans orgasme, renchérit-il sur un ton moralisateur.
- Non mais, Drago… réagit-elle, gênée par ces souvenirs et la conversation. Peu importe,…
- Comment ça, « peu importe » ! s'offusqua-t-il.
- Ce que je veux dire, c'est que si j'avais été enceinte le jour de mon hospitalisation, Mrs Pomfresh l'aurait vu. C'est arrivé après, appuya-t-elle sur le dernier mot. Donc oui : peu importe ! s'énerva-t-elle.
- Et la potion de contraception que tu as régulièrement prise « après » ? Je te signale que ce truc est à 100% efficace. Donc ce n'est pas possible que ce soit « après », rabroua-t-il.
- C'est pour ça que tu ne veux pas le garder ? Parce que tu crois que ce n'est pas toi le père ? tenta-t-elle de comprendre alors qu'il se mua dans un silence boudeur. Drago, tenta-t-elle de capter le regard de son fiancé. Ce bébé a été conçu le soir de mon arrivée ici. Le soir où j'ai répondu à ta lettre en te disant que je t'aimais aussi. Le soir où toi et moi, on a vécu une intimité comme jamais on ne l'avait vécu auparavant.
- Tu me sembles bien sûre de toi, ironisa-t-il.
- Parce qu'après y avoir longuement réfléchi, j'ai compris ce qu'il s'était passé, assura-t-elle. Le lendemain, je suis allée à l'infirmerie pour prendre la potion de contraception, que j'ai bue juste avant la réunion des Préfets. Réunion durant laquelle Ackerley n'a pas manqué de me souhaiter un bon retour parmi nous. Souviens-toi, j'ai vomi mes tripes ce jour-là. Y compris cette potion, ajouta-t-elle.
- En résumé, si on se retrouve dans un pétrin pareil aujourd'hui, c'est à cause de ce morveux d'Ackerley !?
- A toi de retenir les éléments qui te semblent importants. Moi je préfère me dire que c'est tout simplement le fruit de notre amour.
- En bonne arithmancienne que tu es, tu as réussi à me démontrer par A+B que la paternité me revenait bien. Soit, que fait-on maintenant ?
- Tu tiens toujours à ce que j'avale la potion que tu as à la main ? regretta-t-elle en la lui prenant des mains. Ok. Allons-y, bluffa-t-elle en ouvrant la fiole.
Emma espérait de tout cœur qu'il l'empêcherait d'aller jusqu'au bout. Le défiant du regard, elle porta l'objet à ses lèvres. Au moment fatidique, Drago répondit à son attente et stoppa son action de sa main.
- Regarde ce que j'ai à offrir, Emma. On n'est pas encore mariés. La guerre fait rage. Je suis Mangemort. Ma famille est en pleine disgrâce. Mon manoir est un repère de Mangemorts.
- On est tous les deux d'accord pour dire que notre environnement actuel n'est pas fait pour accueillir un enfant. Alors pourquoi ne pas voir plus loin ? Le monde est immense. Il y a bien un endroit sur cette terre où on pourrait accueillir notre bébé dans des conditions qu'on aura choisies. Pourquoi pas en Argentine, pays dont il tirera aussi ses origines ?
- Et nos familles ? Tu serais prête à les laisser tomber ? Tu oserais faire l'affront à ton Grand-Père de rejoindre un pays qu'il a lui-même fui ?
- Ses décisions ont fait que je suis là aujourd'hui devant toi. Mais maintenant c'est à nous de prendre nos propres décisions. Nos pères sont devenus Mangemorts par choix à une époque différente de la nôtre. Mais aujourd'hui c'est nous qui sommes à l'aube de notre avenir. Pourquoi suivre des traces qui ne reflètent pas nos convictions les plus profondes ? Regarde aujourd'hui le sacrifice que tu es prêt à faire : sacrifier ta chair et ton sang pour ne pas avoir à lui offrir le monde dans lequel tu vis. Tu n'es peut-être juste pas fait pour la noirceur dans laquelle tu évolues depuis tout petit… Ca, enchaîna-t-elle en secouant la fiole sous leurs nez, ça, c'est la facilité. Ca, c'est les œillères qui nous poussent à jouer ces rôles qui nous ont toujours guidés. Mais « ça », désigna-t-elle son ventre, lui ou elle, c'est notre avenir. C'est notre force, notre survie, notre lumière.
Drago se prit la tête entre les mains, illustrant parfaitement l'expression commune « s'arracher les cheveux ». En proie à d'intenses réflexions, il s'employa à faire les cents pas. Emma savait qu'elle avait touché la corde sensible. Puis, il s'immobilisa à nouveau, avant de s'avancer franchement vers elle. Il lui prit la fiole des mains et la propulsa contre le sol. Elle se brisa dans un crissement sonore.
- Ok, se contenta-t-il de dire avant qu'elle ne s'empare doucement de ses lèvres, ses mains encadrant le visage du jeune homme.
Drago enlaça la taille de sa fiancée. Les deux tourtereaux se firent un tendre mais passionné câlin. Emma se décala légèrement lorsqu'une image lui vint soudainement en tête.
- C'était quoi ce câlin avec Astoria ? l'interrogea-t-elle soudain.
- J'ai dû la recadrer un peu avec ses espoirs…
- Et donc tu t'es dit que de la prendre dans tes bras était le meilleur moyen de faire passer le message ?
- Je me suis surtout dit que ce n'était pas normal de ne pas avoir eu droit à une crise de jalousie, glissa-t-il en lui mordillant l'oreille.
- On avait des choses plus importantes à régler avant ça, fit-elle mine de bouder.
- Et quelles choses…, souffla-t-il en apposant symboliquement sa main sur le ventre de sa fiancée tout en lui baisant le front.
oOo
La dernière semaine de cours semblait interminable. Emma était sur les rotules. Une intense fatigue persistante s'était emparée d'elle. Sujette aux crampes depuis quelques jours, elle faisait en sorte d'augmenter sa consommation d'eau. Les nausées matinales persistaient et ne lui permettaient pas d'aborder ses journées avec enthousiasme.
L'osmose entre les deux fiancés contrebalançait les désagréments de ce deuxième mois de grossesse. Pour la première fois, leurs ambitions étaient les mêmes. Une certaine nostalgie planait autour d'eux. S'ils menaient à bien leur projet, ces instants qu'ils vivaient à Poudlard seraient les derniers.
Ce jour-là, sonnerait l'heure de son ultime cours d'Histoire de la Magie. Non pas que le professeur Binns lui manquerait, mais tout de même, ce cours intimiste partagé avec Morag et Daphné était l'un de ses préférés. Elle n'avait encore rien dit à sa camarade de maison. Un peu honteuse d'avoir livré les confidences de Morag à son fiancé afin de pouvoir peaufiner un plan, elle n'avait pas osé côtoyer celle qui était devenue son amie au fil du temps. Il fallait également dire que cette dernière se faisait plutôt rare ces derniers temps.
Assise à la table des Serdaigle, Emma rechignait à finir le porridge qu'elle avait à peine commencé. L'aspect de ce met matinal ne seyait définitivement pas à son état du moment.
- Tu m'as l'air au bout de ta vie, ma pauvre, la sortit de ses pensées la voix de Morag qui s'installait face à elle.
- Tu n'imagines pas à quel point, lui répondit-elle en baillant de tout son soul.
- Eh bien, tu n'as pas dû beaucoup dormir cette nuit, se moqua la rousse en se servant un verre de jus de citrouille.
- Je ne fais que ça pourtant.
- Fais gaffe, on a les ASPIC en fin d'année je te rappelle. Notre réputation de Serdaigle en dépend !
- Oui… souffla Emma en se rendant compte que pour la première fois de sa vie, ses études n'étaient plus sa priorité. Ca va toi, sinon ?
- Plus que trois jours avant de rejoindre mon cher fiancé, j'ai hâte, dévoila-t-elle le sourire aux lèvres tandis qu'elle se préparait une tartine au chocolat.
- Tu as enfin pu avoir de ses nouvelles ?
- Oui. Il était sans moyens communication lors d'une de ses missions, chuchota-t-elle.
- Tu crois… qu'ils gagnent du terrain dans cette guerre ? demanda Emma à voix basse.
- Je n'ai pas trop la visibilité sur tout ça tu sais…
- Morag, commença la brune qui tentait une approche, son interlocutrice croquant enfin dans sa tranche de pain.
- Je savais qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas ! réagit la bouche pleine Morag, qui pressentait quelque chose.
- En fait, c'est plus « délicat » que « négatif ».
- D'accord… l'encouragea-t-elle à poursuivre tout en déglutissant.
- J'ai encore un service à te demander. Du même genre que le fameux projet « Lettre à Mandy », mais en plus sérieux, ajouta-t-elle.
- Je vois, acquiesça-t-elle non sans fierté de voir le positionnement de plus en plus affirmé de son amie.
- Les filles ? débarqua de nulle part Daphné en les faisant sursauter.
- Tu nous as fait une de ces peurs, lui indiqua Morag, la main sur son cœur qui s'était légèrement accéléré.
- Dîtes surtout que je vous ai interrompues dans vos messes basses, rétorqua-t-elle, l'air un peu envieux.
- Qu'est-ce qu'on peut faire pour toi du coup, Daphné ? l'interrogea Emma.
- Je rêve ou tu me fais comprendre que je dérange ? se vexa-t-elle du comportement des deux Serdaigle.
- Daphné, tu ne vas pas commencer ! s'agaça la rousse.
- Je pense que ce qui risque de ne pas être commencé si on reste plantées là toutes les trois, c'est l'interrogation écrite de ce cher professeur Binns, réprimanda à son tour la Serpentard.
- L'interrogation écrite ? répétèrent avec effroi les deux autres d'une même voix.
- Ah ben d'accord, les Serdaigle ce n'est plus ce que c'était, se moqua Daphné, l'air goguenard.
Sans plus attendre, les trois jeunes filles quittèrent la Grande Salle à grandes enjambées. Morag et Emma avaient eu l'esprit bien occupé ces derniers jours, pour passer à côté de ce devoir sur table.
- Tu me disais quoi tout à l'heure déjà sur les ASPIC et la réputation des Serdaigle ? taquina Emma alors qu'elles entraient dans la salle de cours.
- J'ai la forte impression que tu feras moins la maline quand tu me feras part de ton fameux service, chuchota Morag en retour.
Emma sourit face à la répartie de son amie. Daphné, semblant jalouse de leur proximité, les inondait de son regard noir. Chacune d'entre elles s'installa à une table en sortant un parchemin vierge accompagné de leurs plumes. Comme à son habitude, le professeur Binns entra dans la salle en traversant le mur sur lequel était accroché le tableau. Après les avoir saluées de sa voix monotone, le fantôme leur distribua les sujets. L'épreuve de dissertation tenait en trois mots : « Le Secret Magique ». Emma se maudit à nouveau pour sa bêtise et tenta de chercher dans les tréfonds de sa mémoire tous les éléments qui se rapportaient au thème. Morag lui lança un regard empli de détresse. Souhaitant lui venir en aide, Emma écrivit en gros caractère la date clé nécessaire à ce devoir : « 1692 ». Penchant légèrement son parchemin pour que sa camarade puisse le lire, elle espéra sincèrement que cela puisse aider son amie à se remémorer la création du Code international du Secret Magique. Cette dernière leva son pouce en guise de remerciement et griffonna ses premiers éléments de réflexion sur son brouillon. Contente d'avoir été utile, Emma l'imita et nota tout ce qui pouvait lui venir à l'esprit.
Au bout d'une heure, chacune des trois élèves avaient déjà entamé la rédaction de leur dissertation. Peu fière d'elle, Emma tentait tant bien que mal de remplir les parties du plan qu'elle avait réussi à déterminer. Concentrée, la jeune fille faisait abstraction de tout ce qui pouvait se passer autour d'elle. La voix de Daphné brisa soudainement sa bulle de concentration.
- Morag, ça ne va pas ?
Portant immédiatement son regard sur l'interpellée, Emma constata que cette dernière était figée. Elle fixait le dos de sa main ensanglantée avec effroi. Elle poussa un gémissement sourd au moment où le sang qui coulait à flots cessa toute activité. Des étincelles lumineuses s'échappèrent alors de ses cicatrices manuscrites rougeoyantes avant que celles-ci ne disparaissent.
- Morag, mais tu saignes ! s'inquiéta Daphné qui n'avait nullement conscience de ce qui venait de se passer à l'instant.
Emma quant à elle comprenait plus que jamais l'horreur de la situation. Elle ne fut pas étonnée de voir sa camarade de maison se lever brusquement de sa chaise et quitta la salle avec précipitation. Choquée, Emma mit du temps à rassembler ses esprits. Daphné s'était levée au moment de la fuite de son amie, interloquée par sa réaction.
- Mesdemoiselles, vous avez fini votre devoir ? se réveilla le Professeur Binns en remarquant l'agitation inhabituelle de sa classe.
- Emma, cette cicatrice c'est… comprit Daphné tout en ignorant superbement son professeur. Elle est fiancée elle-aussi. Et c'est pour ça que vous sembliez si proches depuis quelques temps, ajouta-t-elle d'une voix légèrement durcie.
- Je crois qu'il s'est passé quelque chose de grave, sortit Emma de son mutisme passager. Il faut qu'on la rattrape, dicta-t-elle en s'exécutant.
- Ma présence n'est sûrement pas nécessaire vu qu'elle n'a jamais eu le besoin de se confier à moi, répliqua la Serpentard qui se rasseyait à sa table.
- Daphné, je crois que Morag vient de perdre l'homme qu'elle aime. Si tu penses que ton égo est plus important que ton amie, je t'en prie, termine donc ta dissertation.
Sur ce, Emma tourna les talons et quitta à son tour la salle de cours sous l'air confus de son Professeur. Elle fut rapidement rejointe par Daphné qui semblait avoir compris l'urgence de la situation.
- Explique-moi parce là je suis un peu perdue. Comment tu sais que… amorça la Serpentard.
- Là est toute la question, l'interrompit Emma. Je pense qu'elle va chercher à savoir si… c'est vraiment fini.
- Il n'est pas à Poudlard, supposa Daphné alors qu'Emma lui confirma par la négative. Quand la cicatrice se réveille et saigne abondamment, ça veut dire que l'autre est en danger de mort, c'est bien ça ? raisonna-t-elle en recevant un hochement de tête affirmatif. C'est ce qui s'est passé pour toi et Drago, quand tu as failli mourir. Il y avait eu des étincelles ? demanda-t-elle alors.
- Je n'étais pas vraiment en état pour voir quoique ce soit, mais Drago ne m'a jamais parlé d'étincelles. C'est juste le flot de sang qui diminue au fur et à mesure que… la mort se rapproche, compléta-t-elle difficilement sa phrase. Pourtant mon cœur s'est arrêté. J'ai l'impression que lorsque la cicatrice disparaît, c'est le point de non-retour. Et j'ai l'impression que ces étincelles sont le symbole de la rupture du contrat de fiançailles.
- Où penses-tu qu'elle soit allée ? Tu crois qu'elle va essayer de réveiller sa cicatrice pour savoir si elle existe toujours ?
- C'est exactement ce que j'aurai fait à sa place. Et je ne vois qu'un seul moyen.
- Embrasser un autre homme que son fiancé, devina Daphné qui commençait à comprendre la logique de cette cicatrice.
- Sauf que tout le monde est en cours à l'heure qu'il est.
- Regarde, il y a des traces de sang, remarqua Daphné en s'approchant du mur de pierre. Elles vont par-là, indiqua-t-elle en les suivant tandis qu'Emma lui emboîtait le pas.
- Je crois savoir où elle est allée, suggéra la Serdaigle au bout de quelques secondes. Une grande partie des Septième année ont cours de Métamorphose à l'autre bout du couloir. Je pense qu'elle veut trouver quelqu'un avec qui elle n'aura pas à s'expliquer.
- Allons-y alors, approuva-t-elle.
Les deux jeunes filles entamèrent un sprint afin de parcourir ce couloir dont la longueur paraissait interminable. La silhouette de Morag finit par apparaître au bout de quelques minutes. Assise à même le sol, dos appuyé contre le mur, elle faisait face à la porte derrière laquelle se passait le cours de Métamorphose. Les yeux rougis, la Serdaigle était en pleurs.
- Je n'arrive pas à me calmer, sanglota-t-elle à leur arrivée. Je ne peux pas entrer dans cette salle dans cet état, expliqua-t-elle.
Le cœur d'Emma se serra à la vue de son amie. Elle n'osait imaginer perdre Drago d'une manière aussi brutale. Elle aussi se serait raccrochée à l'espoir que sa cicatrice se réveille pour une simple embrassade. Se rendre à l'évidence devait être un déchirement pour Morag.
- Emma… appela-t-elle d'une petite voix rauque. Est-ce que tu peux faire venir Théodore s'il-te-plaît ?
Ne sachant si elle devait être surprise ou non par le choix de Morag, la brune échangea un regard entendu avec Daphné. Puis, Emma fit face à la porte et inspira profondément. Après de longues secondes, elle finit par frapper trois coups avant de l'ouvrir. La vision d'une dizaine d'élèves penchés sur leurs copies lui remémora le fait que Drago avait devoir de Métamorphose ce matin-là. Son irruption dans la salle attira l'attention de tous. Le Professeur McGonagall semblait contrariée par cette arrivée soudaine, mais une once d'inquiétude transparaissait dans son regard vert encadré de lunettes carrées.
- Miss Oreiro, que nous vaut l'honneur de votre visite ? s'enquit-elle à l'approche de la Préfète-en-chef.
- Bonjour Professeur McGonagall. Veuillez me pardonner cette intrusion inopinée.
- Les élèves de cette classe sont actuellement en plein devoir de Métamorphose. Sauf erreur de ma part, vous devriez vous-même être en train de plancher sur votre devoir d'Histoire de la Magie.
- Un incident est survenu et requiert la présence de l'un de vos élèves, Professeur.
- Vraiment ? Cela peut très bien attendre la fin de mon cours, se renfrogna Minerva McGonagall, peu encline à libérer l'un de ses élèves en plein devoir.
Cette opposition de la part du professeur de Métamorphose ne surprenait pas Emma. Sa méfiance à son égard était légitime, de même que son refus de voir un élève quitter sa salle en pleine évaluation. La jeune fille décida de tenter le tout pour le tout et dévoila une part de vérité à l'oreille de la vieille femme.
- Je vous supplie de me faire confiance, Professeur. Si Théodore ne m'accompagne pas, une élève à la porte de votre salle risque de perturber votre cours encore plus que je ne l'ai fait jusqu'à présent, chuchota-t-elle avant de lui glisser un dernier murmure. La guerre fait des morts, et ces morts causent des chagrins. J'essaie simplement d'en contenir un, du mieux que je peux.
Sans qu'elle ne puisse la retenir, une larme roula le long de la joue d'Emma. Sa sensibilité accrue en ce premier trimestre de grossesse ne lui permettait plus de rester impassible face à ce type de situation. Peut-être était-ce ce qui acheva les dernières résistances du Professeur McGonagall face à sa demande.
- Monsieur Nott, vous êtes prié de suivre votre Préfète-en-chef. Nous verrons plus tard les modalités de passage d'une nouvelle évaluation. Allez-y maintenant.
- Merci Professeur, déclara Emma, soulagée.
Surpris, Théodore ne réagit pas immédiatement. La Serdaigle croisa également le regard de son fiancé qui se leva aussitôt.
- En tant que Préfet-en-chef, je me propose pour les accompagner.
- Hors de question, votre homologue féminin gère déjà la situation, votre présence n'est donc pas requise, Monsieur Malefoy, s'opposa le professeur à cette idée.
Leur couple et leurs fiançailles étant désormais rendus publics, Emma soupçonnait le professeur McGonagall de voir d'un mauvais œil les deux Préfets-en-chef profiter de leur statut pour passer du temps ensemble. Théodore finit par se lever et suivre sa camarade. La jeune fille évita le regard de son fiancé de peur de s'effondrer en larmes. Elle n'arrivait pas à stopper les émotions que lui provoquait la situation vécue par Morag.
Lorsqu'ils quittèrent la salle, Théodore fut stupéfait de voir cette dernière face à eux, gisant sur le sol. En pleurs, elle reprit toutefois un peu de contenance à l'arrivée de ses camarades. Daphné l'aida à se relever tant bien que mal. Une fois sur pied, elle se jeta brusquement sur Théodore et lui vola plusieurs baisers avec l'espoir que sa cicatrice se réveille.
- Non… gémit Morag en constatant que rien ne se passait.
Ses dernières forces la lâchèrent et elle s'effondra. Théodore eut tout juste le temps de la rattraper et la serra dans ses bras. Il avait compris ce qu'il s'était passé. Au courant des fiançailles de Morag et de la manière dont fonctionnait la cicatrice, il avait tout de suite fait le rapprochement lorsque la main tâchée de sang séché de son amie était restée vierge de toute cicatrice au moment des baisers. Il croisa le regard humide d'Emma, puis celui chagriné de Daphné.
- Il faudrait peut-être l'emmener à l'infirmerie, proposa cette dernière.
Théodore souleva Morag dans ses bras et s'exécuta. Daphné le suivit de près. Au moment où Emma trouvait à son tour la force d'avancer, la porte de la salle de Métamorphose s'ouvrit d'un coup.
- Monsieur Malefoy ! rugissait au loin le Professeur McGonagall.
- Qu'est-ce qu'il se passe Emma ? demanda-t-il avec ce qui semblait être de l'inquiétude.
- Emma, on y va nous, prévint Daphné alors que Théodore disparaissait déjà derrière un couloir annexe.
- Miss Oreiro ! tonna à son tour le professeur, mécontente de ne pas maîtriser la situation. Maintenant vous allez m'expliquer ce qu'il se passe.
- Morag a fait un malaise. Daphné et Théodore la conduisent à l'instant à l'infirmerie.
- Et toi, ça va ? lui demanda son fiancé avec insistance.
A son tour, les défenses d'Emma s'effondrèrent et elle fondit en larmes. Incapable d'en dire davantage, elle se cala dans les bras de son fiancé qui la serra fort contre lui. Drago lança un regard de défiance à son professeur de Métamorphose.
- Vous avez gagné, soupira-t-elle. Accompagnez-la à l'infirmerie.
Une fois seuls, Drago se décala quelque peu afin de capter le regard embué d'Emma.
- Il est mort… sanglota-t-elle.
- Qui ?
- Le fiancé de Morag… Sa cicatrice… Elle a saigné, il y a eu des étincelles et… Elle a disparu, à tout jamais.
Emma était la première surprise de sa réaction émotionnellement épidermique. Non seulement elle était triste pour son amie, mais elle ne pouvait s'empêcher de se mettre à sa place. Les souvenirs de la fois où Drago avait failli mourir dans les toilettes des garçons, la fois où son propre cœur s'était arrêté dans la douche de son dortoir… Après tous les déboires que leur couple avait pu subir, ils avaient aujourd'hui réussi à trouver une symbiose quasiment parfaite. Ils ne leur restaient plus qu'à trouver un milieu sain et sécurisé pour fonder cette famille qui pointait le bout son nez. Cet espoir d'une vie meilleure, auquel elle avait rêvé ces dernières semaines venait aujourd'hui d'être entaché par l'ombre de la mort. Là était le plus grand choc reçu par Emma ce matin-là. La mort rodait. Morag en avait malheureusement fait les frais. Celle qui avait été son modèle dans l'affirmation de ses convictions malgré le monde de Sang-Pur dans lequel elles avaient vécu, avait été brisée. Alors que la vie et la lumière s'étaient emparées d'Emma il y avait peu, la mort et les ténèbres venaient à l'instant de submerger le monde de son amie Morag. Ce sombre évènement avait clairement affecté ses espoirs de fuite.
- Je ne veux pas de ça pour nous, Drago, déclara-t-elle avec quelques traces de sanglots.
- Moi non plus, Emma… Moi non plus… souffla-t-il en lui baisant le front.
Bonsoir à tous !
Après plus d'un mois d'absence je vous délivre enfin la suite de cette histoire. Il y avait peu de corrections à faire finalement. Mais j'ai du gérer des petites choses que j'expliquerais volontiers à mes lecteurs les plus fidèles... A vrai dire il y a un léger rapport avec cette histoire et j'ai eu besoin de faire une pause dans la correction et l'écriture de cette dernière.
Je sais d'avance que le début du chapitre a du faire des déçus... Déjà, un syndrome de la page blanche est apparu lors de l'écriture de ce chapitre. Vital espoir a été écrit il y a quatre ans... Mortel espoir a été écrit pendant le confinement. Il y a eu de nombreuses versions différentes dans mon esprit. A la base des bases j'ai voulu commencer par le moment rébellion avec les Carrow. J'imaginais quelque chose qui ressemblait un peu aux scènes dans Maman j'ai raté l'avion ou Maman j'ai encore raté l'avion, mais en version sorcier ! Et au final impossible pour moi d'écrire un mot. Puis à force d'imaginer l'histoire et sa suite, j'ai même eu l'idée de faire un chapitre qui démarre sur une scène future avec des moments de flashback. Je dois avoir des brouillons planqués dans mon ordinateur. Finalement, au début du confinement je me suis posée et j'ai essayé de me recentrer. Ainsi, j'ai décidé d'aller à l'essentiel. Les deux éléments clés de ce chapitre au final sont l'annonce à Drago et la mort du fiancé de Morag.
Au moment de la correction de ce chapitre en fin août, il est arrivé un évènement qui a fait qu'il m'a fallu prendre un peu de distance avec tout ça. Aujourd'hui j'ai compris que je ne rajouterai pas la fameuse scène avec les Carrow que j'avais une fois de plus pensé à écrire avant de poster ce chapitre dans la version corrigée de mon histoire. Mais cela ne venait toujours pas alors je n'ai pas forcé la chose. Je me dis qu'un jour je ferai peut-être des chapitres de scènes bonus et que je rajouterais peut-être ce moment là qui dans ma tête est assez épique ! ^^
Bon j'arrête ici mon blabla d'auteur en herbe et vous dit à bientôt pour la publication du dernier chapitre écrit d'avance.
Bonne soirée !
Desea Oreiro
