- Venez voir ! J'ai trouvé quelque chose !

L'exclamation poussée par Hermione Granger avait fait sursauter Draco qui était en train de somnoler sur un vieux bouquin jauni. Il était presque 2h du matin, mais la Gryffondor semblait ne pas connaître ce que le commun des mortels appelait « fatigue ». Ils avaient eu accès à la Réserve et ses ouvrages interdits aux élèves, grâce à Granger qui bénéficiait d'une réputation sans égale auprès des professeurs. Ainsi, ils en avaient profité pour emprunter plusieurs livres traitant des esprits et autres créatures peu sympathiques. Depuis que le dîner était terminé, ils s'étaient réunis dans cette salle pour mettre leurs recherches en commun. « Ils », c'était bien-sûr Draco et Granger, mais aussi Ron Weasley, Eléanor, Luna Lovegood, sans oublier le principal intéressé, le Balafré. Ou plutôt Potter.

La pièce était grande sans être vaste, et encombrée de tables en bois et fauteuils usés. Des objets divers et variés, appartenant à toutes les maisons, voire même des objets moldus se trouvaient entassés sur les étagères le long des murs. La lumière était tamisée, chaude, forte sans être aveuglante. C'était Minerva McGonagall qui avait eu cette idée, en septembre, lors de la rentrée. « Les inimitiés entre maisons ont fait trop de dégâts », avait-elle dit, selon certaines sources. Elle avait décidé qu'il fallait créer un moyen pour les élèves des différentes maisons de se connaître plus intimement, de se côtoyer de manière moins formelle que lors des cours ou des matchs de Quidditch. Cela avait abouti à la création de cette salle, surtout occupée par les huitième année, mais qui était ouverte à tous et toutes, quelle que soit leur maison. Elle n'avait pas encore de nom défini, mais cela ne saurait tarder. Draco avait quelque peu oublié son existence au fil du temps, surtout qu'il n'avait eu jusqu'alors aucune envie de mettre les pieds dans cette fourmilière-à-gens-qui-le-haïssaient. Cependant, c'était très pratique lorsqu'on faisait un travail de groupe, du type rechercher quel être maléfique mon père a fait sortir des ténèbres.

Il avait trouvé un moyen pour faire parvenir aux trois Gryffondors les informations qu'il avait glanées par le biais de sa mère : son père était bel et bien un salaud, et il voulait sa vengeance, en gros. Au cours de la semaine, ils s'y étaient tous mis avec acharnement. L'objectif était de trouver qui était cet être et comment s'en débarrasser. Parce que dans les mots de sa mère, Draco avait bien senti le danger, palpable. Cela faisait plus de deux semaines que Harry Potter avait été attaqué une première fois, et cela allait très probablement recommencer un de ces jours. Il faudrait pouvoir agir. Potter le premier était déterminé à ne plus se faire avoir comme un bleu, et surtout à arrêter de tomber de son balai. Le Serpentard était déçu de ne pas avoir eu l'occasion de lui reparler seul à seul et de partager un moment avec lui, presque autant qu'il en était soulagé. Faire comme si tout était normal, parfaitement anodin, semblait être leur stratégie à tous les deux. Ce soir-là, comme tous les soirs depuis presque dix jours, ils interagissaient comme deux personnes qui n'étaient pas indifférentes l'une à l'autre, mais disons tout bonnement amicales. Cordiales. Draco ne se plaignait toutefois pas : cela lui donnait le temps de regarder le brun à la dérobée, en faisant semblant de lire un manuel de plus consacré aux rituels de magie noire.

Tous se levèrent d'un bond pour se précipiter vers Hermione, qui tenait, comme un livre religieux moldu, les bras tendus devant elle, un ouvrage à la couverture gris argenté. Ses yeux pétillaient comme ceux d'un enfant devant des friandises de Honeydukes. Elle ouvrit le livre à la page qu'elle était en train de consulter.

- C'est un ouvrage rédigé par Lucinda A. Blackfyre, qui s'intitule « Créatures et Démons d'Autre-Monde », titre qui ressemble à s'y méprendre aux tonnes d'autres livres que l'on a feuilletés. Sauf qu'il y a ça qui ressemble très fortement à ce que l'on cherche.

Elle pointa du doigt un paragraphe très précis. L'ouvrage était écrit de manière manuscrite, et l'écriture était très fine et déliée les pages jaunies et fragiles, parsemées de tâches marrons plus ou moins foncées qui pouvaient s'apparenter à du sang, ou bien des gouttes de café. Comme il datait des années 1700, l'hypothèse du café était peu probante. Le livre contenait peu d'illustrations, si ce n'étaient quelques images que l'autrice avait elle-même collées à l'intérieur. Le passage qui avait intéressé Hermione, et qu'ils se mirent tous à lire, positionnés autour d'elle comme ils le pouvaient, était le suivant : « Nous allons à présent évoquer une forme obscure de magie, que la plupart d'entre nous préfère passer sous silence. Cependant, agir ainsi serait négliger le fait que certains sorciers et sorcières y ont recours. Jusqu'ici, notre ouvrage s'est concentré sur la description de créatures qui arpentent d'ors et déjà notre monde. Ce chapitre, « Démons et Magie Noire », se focalisera, quant à lui, sur des domaines bien plus sombres et inconnus de beaucoup, domaines tus et cachés dans les greniers et les caves, enterrés six pieds sous terre pour mieux les oublier. Les démons ne sont pas comparables aux créatures et êtres magiques préalablement cités, car ils ne peuvent pas mettre pieds sur la Terre s'ils n'y sont pas conviés. En effet, les démons demeurent dans ce que les Moldus appellent « Enfer », que nous, sorciers, pourrions nommer l'Autre-Monde. Toutefois, peu importe le titre que l'on donne à ce lieu, s'il en est même un, il se situe dans une dimension plus noire que tout ce que l'on pourrait imaginer, cette dimension inatteignable, impensable, d'où les mages noirs tirent leur puissance. Dire que nous dresserons ici une liste exhaustive des démons qui peuplent cet Autre-Monde serait présomptueux, ainsi nous nous contenterons de citer ceux qui sont parmi les plus connus, dans les récits sorciers et les mythologies moldues, qui parfois s'entremêlent. […]

Arioch : démon de la vengeance. Prend l'apparence, dans le monde des vivants, d'une ombre de forme humanoïde. Est invoqué par ceux et celles qui cherchent à assouvir une vengeance personnelle. Ses pouvoirs sont difficilement contrôlables par les sorciers, mais cela est possible au prix de certains sacrifices. Arioch doit être invoqué à chaque apparition dans le monde des vivants si l'on cherche à le faire venir à plusieurs reprises, le prix à payer en est d'autant plus lourd.»

Silence dans la pièce. Hermione se racla la gorge.

- C'est peu réjouissant, je sais... Mais ça correspond vraiment à la description de Draco…

- Peu réjouissant ? répéta Weasley. Le père de Malfoy a fait venir un putain de démon pour se venger de Harry, et tu trouves ça peu réjouissant ?

- Ron, calme-toi, intervint le brun. Ce n'est pas la faute de Hermione. Au moins, maintenant on a une meilleure idée de ce qu'est cette chose. Il n'y a rien d'écrit concernant la manière de s'en débarrasser ?

Le front barré de plusieurs plis, Hermione feuilleta le livre.

- Je… non, je ne vois rien… Attends, si ! Il y a un chapitre, à la fin… « Comment renvoyer un démon dans l'Autre-Monde ».

Elle lut à voix haute : « Si dans la majorité des cas les démons retournent d'eux-mêmes d'où ils viennent, il est parfois possible d'intervenir en ce sens. De nombreuses légendes, moldues et magiques, dont rien ne certifie l'absolue vérité – bien qu'ayant recoupé un maximum d'informations de sources différentes, il nous est impossible d'assurer avec certitude que nos assertions soient véridiques –, nous permettent toutefois d'avancer quelques pistes, dans l'objectif de combattre un démon. Ainsi, des armes telles que des lames forgées par des divinités peuvent venir à bout d'un démon. On peut ici citer des épées célèbres : Excalibur, l'épée du roi Arthur les épées forgées en acier valyrien, telles que les célèbres Dark Sister ou Longclaw.. Certaines légendes mentionnent de même des épées faites dans des métaux inconnus de nos annales, comme le bronze céleste ou l'or impérial. Des sortilèges pourraient également renvoyer un démon d'où il vient : des documents écrits attestent de l'existence d'enchantements proférés par plusieurs personnes en même temps, nécessitant des conditions particulières pour fonctionner correctement (pour en savoir plus sur les détails de tels sortilèges, aller en page 568.) »

Sans leur demander leur avis, Hermione tourna les feuilles avec excitation, jusqu'au numéro 568. « Sortilèges multiples : sont appelés ainsi en raison de la nécessité d'être plusieurs sorciers/sorcières à le lancer en même temps. Le nombre peut être précisé et important pour que le sort fonctionne. Un sortilège multiple permet d'activer une puissance de magie énorme, en combinant les ressources des sorciers/sorcières participant. Les sortilèges multiples les plus récurrents, selon nos sources, sont surtout utilisés contre des démons. S'il existe des spécificités entre sortilèges selon le démon visé, nous avons pu toutefois conclure à une synthèse de ceux-ci pour établir un sortilège multiple général, qui pourrait s'appliquer à tous les démons (ceci demeure une hypothèse et n'a pas été testé). Le nombre de quatre personnes est idéal le symbolisme lié au chiffre quatre est fort, et nous permet de nous ancrer dans la réalité. Le quatre évoque les cycles de la vie, les éléments élémentaires, les phases de la lune et du soleil, l'équilibre sur Terre. Les individus qui souhaitent lancer un sort contre un démon doivent essayer, au possible, de respecter un placement tel les quatre sommets d'un carré, le démon se trouvant en son centre. La formule « ire daemonium », originaire du latin, est relatée de manière récurrente dans les documents que nous avons étudiés nous supposons ainsi que c'est la plus efficace. Il ne semble pas y avoir de gestuelle accompagnant le sortilège, cependant nous estimons que la formule doit être prononcée au même moment par les sorciers et sorcières qui veulent lancer ce sort. »

Silence dans la pièce, nouvelle version.

Draco avait l'impression que personne n'aurait réagi si un troll des montagnes avait déboulé dans la salle. Harry avait l'air plus saoulé qu'autre chose, comme s'il en avait franchement marre de tout ça. Hermione, expression pensive et sourcils froncés à l'extrême, Weasley dont le regard passait de sa petite-amie à son meilleur pote, essayant de deviner ce qu'ils avaient derrière la tête. Ce fut Luna qui prit la parole la première, de manière inattendue et imprévisible, comme à son habitude.

- On ne pourrait pas chercher une épée, plutôt ? J'aime bien l'histoire du roi Arthur, j'ai très envie de voir Excalibur.

El se mordit la lèvre pour ne pas rire. Si Harry et Ron étaient, eux aussi, amusés par l'intervention de Luna, Hermione, quant à elle, semblait moins disponible à la plaisanterie.

- Luna, je ne pense pas que trouver une de ces épées soit très facile. De plus, aucun de nous ne sait manier les armes.

- Moi si ! protestèrent les deux Gryffondors à l'unisson, dans un élan protecteur de leur virilité guerrière.

Draco faillit éclater de rire en voyant le regard courroucé de Granger, qui haussait les sourcils si haut qu'ils disparaissaient presque sous ses cheveux. Sans daigner accorder à leur masculinité débordante une once d'attention, elle se reconcentra sur l'ouvrage qu'elle tenait encore dans ses mains.

- J'ai déjà lu un livre de Lucinda Blackfyre, sur l'histoire des dragons. C'était passionnant, et c'est une autrice reconnue comme très sérieuse dans son travail pour l'époque. Pourtant, je n'avais jamais entendu parler d'autres travaux de sa part….

- Elle s'était peut-être fait censurée, suggéra El. Ce bouquin était perdu au milieu de centaines d'autres dans la Réserve. C'est sûr que rien ne nous facilitait l'accès aux savoirs concernant le côté obscur de la magie.

- Le côté obscur de la Force ! s'exclama Luna, avec exaltation.

Tous les regards se tournèrent vers elle.

- Hein ? Qu'est-ce que tu viens de dire ? demanda Harry.

Elle sourit puis pencha nonchalamment la tête sur le côté, sans répondre.

- Euh, bon, ok, fit Draco pour reprendre le fil de la conversation. Remercions Lucinda pour ses recherches. Je suis d'accord avec Hermione : on est des sorciers avec des baguettes magiques, pas des guerriers de la Grèce antique, donc oui au sortilège, et non aux épées.

Ces paroles déclenchèrent des petites moues boudeuses sur les visages de Potter, Weasley et Luna.

- Très bien ! continua Hermione, si vous avez fini avec vos rêves inavoués de gladiateurs, on va pouvoir avancer. Maintenant, on a une vague idée de ce qu'il va falloir faire pour empêcher le démon Arioch de s'en prendre de nouveau à Harry. Le problème c'est qu'on ne sait pas où ni quand il va revenir, on ne sait pas ce que Lucius Malfoy prévoit de faire, ni si lui et ses acolytes fomentent un coup un peu mieux préparé cette fois. Bref, on ne sait pas grand-chose.

- Qu'est-ce que tu proposes alors ? questionna Weasley.

- Je propose qu'on parle de tout cela à McGonagall.

- Quoi ?!

- Oui, je pense qu'elle saura nous aider. De toute façon, c'est pas comme si on pouvait faire grand-chose dans l'immédiat. On ne va pas débouler chez Malfoy pour le provoquer en duel – il a été amnistié, et on ne peut rien y faire. En plus, on n'est même pas sûr qu'Aricoh ne revienne pas quoi qu'il arrive, même si on neutralise Lucius. Au moins, si McGonagall est au courant, elle pourra prévenir le Ministère. Et peut-être aussi faire intervenir les Aurors.

- A quoi bon ? la coupa El. Si le démon est pour l'instant reparti dans l'Autre-Monde ou ailleurs, on ne peut pas l'atteindre, et les Aurors non plus. Seul le père de Draco et ses copains, dont on ne sait rien, sont là, sauf qu'on n'a encore aucune preuve tangible contre Lucius.

- Parlons d'Arioch à McGo, intervint Potter, au moins ils arrêteront de sillonner le pays à la recherche d'un nouveau mage noir pas content.

- Et ils t'affligeront d'une super garde pour te protéger, conclut Weasley.