Chapitre 81 : Can You Keep a Secret ?
— Eh ! Allez, mon loup, respire un grand coup ! OK, range-moi ces vilaines griffes de tueur et ton regard de Terminator ! Pense à Allison. Respire doucement.
Sans savoir pourquoi, l'humain ne pouvait que mimer en inspirant et expirant à un rythme volontairement lent et profond. Il ne fut satisfait que lorsque son ami remballa sa panoplie loup-garouesque.
— Qu'est-ce qui s'est passé ?
Le souffle encore haché, Scott se laissa tomber en arrière, cognant sa tête contre le mur et ferma les paupières quelques secondes. Repenser à ce qui l'avait mis dans un tel état n'aidait pas à le conserver son calme. Angoissé par le silence s'éternisant entre eux, Stiles se gratta la joue sans lâcher sa serviette de l'autre main. Il fallait qu'il rassure son ami.
Intuition ou non, le fils du shérif se doutait que la perte de contrôle de l'alpha, à distance de la pleine lune, avait quelque chose à voir avec sa mère. Était-ce elle qu'il avait eue au téléphone ?
— Tu sais que je serais chez toi ce soir pour ces saloperies de fils qui se prennent dans les mailles de l'écharpe d'Isaac. J'en peux plus de cette écharpe d'ailleurs, elle me tient trop chaud et puis, elle sent un peu trop comme lui, ceci dit, j'adore son parfum, il faudra que je lui demande son nom. Tu penses que ça plairait à Derek ? Peut-être pas. Et puis j'aime bien son odeur… à Derek, je veux dire, il…
Le regard blasé de l'alpha le coupa dans son égarement.
— Putain, pardon ! Je crois que ça me stresse que ta mère approche une paire de ciseaux de mon cou, tu sais ? Heureusement que j'avais pas vraiment les pieds sur terre quand elle m'a recousu, d'ailleurs ! Quoi qu'il en soit, ma proposition pour aller tabasser Paul tient toujours. J'attends que tu lui foutes une raclée et quand il est au sol, je lui pète les genoux avec ma batte.
— Stiles, j'ai déjà du mal à me contenir, alors évite de me tenter !
C'était sûrement ce qui faisait de Scott un bon chef, au contraire de l'hyperactif. Il hocha la tête et s'installa aux côtés de son ami, toujours uniquement vêtu d'une simple serviette. Il ne pouvait que regretter de ne pas avoir pu refermer sa main à temps sur son sous-vêtement lorsque le loup-garou l'avait entraîné dans son sillage.
— Que s'est-il passé ? C'est elle que tu as eue au téléphone ? Elle va bien ?
Pour lui, vivre la situation à distance était tout autant difficile. Il pouvait comprendre la colère de son frère de cœur, il la ressentait lui aussi. Contre Paul, d'abord, d'avoir blessé sa deuxième maman, mais envers lui-même plus encore. Depuis qu'il avait rencontré le bellâtre, son instinct lui avait hurlé de se méfier du soignant. Il n'avait malheureusement pas su se montrer suffisamment persuasif pour convaincre ses amis.
— Non, c'était pas elle.
Il se cogna une deuxième fois la tête contre le mur, les paupières toujours closes et expira un long et fin filet d'air pour maintenir le contrôle.
— Elle va aussi bien que possible. Ce matin, elle avait reconstruit son visage de wonder-mum… Elle a préparé un petit-déjeuner gargantuesque auquel elle n'a pas touché et est partie se reposer en vue de son poste de nuit !
OK ! Donc, le problème venait de l'appel.
— Scott ?
Le lycéen ouvrit les yeux pour affronter ceux de son ami.
— C'était mon père.
L'information eut du mal à se frayer un chemin jusqu'aux neurones de l'hyperactif. Quand enfin, il l'assimila, ses synapses envoyèrent une multitude de messages qui s'entrechoquèrent et se court-circuitèrent sous son crâne.
Rafaël ? Pourquoi ? Il lui était arrivé quelque chose de grave ? Il n'avait plus cherché à le contacter depuis la fin de la quarantaine au lycée. Pourquoi maintenant ?
— Il voulait savoir comment maman allait. Stiles… j'ai pas tout compris, mais il était là quand ma mère a largué Paul ! Le secret du genre impardonnable qu'il lui cachait, c'est un gosse. Ce connard est papa.
— Attends. Stop. Pause… Il était là ? Qu'est-ce qu'il foutait là ?
Autour d'eux, le vestiaire se vidait peu à peu. Stiles frissonna en jetant un regard en direction de Maxime et donc de ses affaires. Il se frotta les avant-bras pour en faire disparaître la chair de poule, commençant à sentir son corps se refroidir après l'effort.
— J'en sais rien !
Scott se reprit la tête entre les mains avant de se pencher en avant tout en gémissant de frustration.
— Je suis totalement paumé. Il y a mon père d'un côté qui me dit de transmettre à maman qu'il l'aime et qui me dit qu'il m'aime aussi… Putain ! Il se fout de nous… Et puis il y a Paul et ma mère…
Le fils du shérif hocha la tête et soupira d'impuissance. Mélissa méritait tellement de trouver un homme bon, sincère et aimant.
— Je l'ai rencontré ce type. Allison aussi… Il avait l'air normal… sincère. Putain ! J'ai même pas senti qu'il mentait !
— Tu ne peux pas vraiment te le reprocher. Il pratique peut-être juste le mensonge par omission. Plus simple pour ne pas s'emmêler les pinceaux avec ses propres bobards !
Scott acquiesça, abattu comme jamais, laissant le silence s'installer entre eux. Avoir parlé de l'appel de son père semblait au moins avoir apaisé le loup-garou sommeillant en lui.
— Moi, je l'ai toujours trouvé louche ! Il y a un truc dans son regard qui me met mal à l'aise.
— T'es pas sérieusement en train de m'offrir un : « je te l'avais bien dit », j'espère !
Stiles profita de l'arrivée de Maxime à leurs côtés pour jouer l'innocent.
— Je voulais juste te donner tes vêtements, avertit le garçon mal à l'aise de les interrompre.
Ne restait plus que leur petit groupe. Isaac et Danny discutaient visiblement de la stratégie à adopter lors du prochain match. Seul Stiles était encore en tenue d'Adam. Il s'empressait de se lever pour se vêtir, quand le lycan reprit la parole.
— Mais c'est bizarre, non ?
Stiles l'interrogea du regard tout en enfilant son boxer.
Maxime tourna les yeux vers eux, sans comprendre le sujet de leur conversation. Il jeta un coup d'œil au fils du shérif comme pour savoir quoi faire. Devait-il les laisser à nouveau seuls ou était-il le bienvenu au milieu de leurs confidences ? L'hyperactif lui offrit un sourire assorti d'un haussement d'épaules. Scott ne semblait pas troublé par sa présence. Il avait retrouvé le contrôle sur sa sauvagerie et n'avait donc rien de plus à cacher. Ce dernier s'était d'ailleurs levé, mal à l'aise d'être le seul assis, et avait croisé les bras sur son torse.
— S'il ne voulait rien de sérieux, pourquoi l'a-t-il laissé espérer ? Pourquoi accepter de me rencontrer ? En plus, ils travaillent au même endroit, il savait dès le début qu'il continuerait de la croiser presque tous les jours…
— Et puis, avec son physique, je suis sûr qu'il a l'embarras du choix !
Scott ne put s'empêcher de souffler un rire avant de le bousculer de l'épaule, le poussant sans le vouloir sur Maxime qui le réceptionna maladroitement.
— Je ne suis pas gay, moi ! Franchement, il n'y a que toi pour fantasmer sur ton kiné !
— Tu dois revoir ton kiné ?
L'inquiétude du jeune homme était touchante, aussi Stiles ne put contenir son amusement avant de répondre dans un autre sourire.
— Non ! Dieu merci ! Et pour info, Scotty-boy, je ne suis pas gay… J'apprécie tout autant la gent féminine que masculine. Ce serait dommage de se priver du plaisir des yeux… C'est comme les pizzas, tu vois… Je les adore, mais ce n'est pas pour ça que je ne savoure pas une bonne glace juste après… Pitié, ne répète pas à Derek que je t'ai dit ça !
Le rire d'Isaac surprit Danny qui ne comprit pas la cause de son amusement au contraire de Stiles qui lui jeta un regard assassin par-dessus son épaule. Il enfila son jean et attrapa son t-shirt avant de se tourner vers le fils de Mélissa.
— Là où je voulais en venir, c'est qu'on ne peut pas reprocher à ta mère d'avoir craqué. Paul est juste super canon pour son…
— PAUL ?
Maxime avait presque crié, surprenant les deux garçons par sa véhémence. Danny et Isaac furent, eux aussi, suffisamment interloqués pour les rejoindre.
— Paul ? répéta-t-il plus calmement.
Il semblait vouloir être rassuré. Il espérait que ses amis le détrompe, car toute cette histoire ne pouvait être qu'un canular, pas vrai ?
Pourtant, avant que ces derniers ne puissent répondre, la compréhension l'éclaira. Son oncle s'était arrangé d'une façon ou d'une autre pour être le kiné de Stiles… N'avait-il pas parlé de formation plus médicale la veille ? Il ne put retenir l'injure qui lui échappa dans un souffle.
— L'enfoiré !
Cette fois, Scott et Stiles étaient définitivement perdus.
— Ouais, grave ! se reprit malgré tout le fils du shérif. Après ce qu'il a fait à Mélissa, il mériterait qu'on lui casse la gueule.
— Oh merde ! Mélissa, c'est ta mère ! Évidemment que c'est ta mère, vu la réaction de ton père !
Le puzzle continuait de s'assembler dans l'esprit de Max, indifférent au trouble grandissant qu'il faisait naître chez les autres.
Scott sentait son cœur s'emballer aux mots du garçon.
— Je n'arrive pas à croire que vous ne m'ayez jamais parlé de lui !
— On n'a fait que ça ! répliqua Stiles en écartant les bras pour marquer son incompréhension. Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis plaint de lui auprès de toi.
Maxime souffla un rire sans joie. C'était pourtant vrai, mais…
— Combien de fois tu as prononcé son prénom devant moi ? Et toi, Scott ?
L'accusation était étrange. Les deux amis échangèrent un regard. Pour eux, la vraie question était : comment savait-il pour Mélissa et Rafaël ? D'où connaissait-il le kinésithérapeute ?
La réponse était à portée de main. Ils ne pouvaient qu'en deviner les contours, l'appréhender sans pouvoir l'accepter.
— Je… J'en sais rien… ça a dû arriver, j'ai forcément dit son prénom… non ?
Contre toute attente, ce fut Danny qui leva définitivement le mystère sur l'incongruité de la situation.
— Vous parlez de Paul ? Ton oncle qui est en fait ton père ? Oh merde, j'avais pas réalisé ! Tu veux dire que c'est le même Paul dont Scott a parlé au bowling la fois où tu es parti à cause de Luna ?
Le gardien de but venait lui aussi de raccrocher les informations entre les récentes confidences de son invité et la soirée mouvementée qui avait marqué la veille de la rentrée.
Le temps resta suspendu.
Maxime se laissa tomber sur le banc comme vidé de toute énergie.
Scott avait le regard perdu dans le vide.
Stiles ouvrait et refermait la bouche comme un poisson hors de l'eau passant son doigt tendu de Max à Danny en passant par Scott et Isaac.
Ce dernier suivait d'ailleurs son regard comme hypnotisé par l'oscillation d'un pendule, semblant ne rien pouvoir faire d'autre qu'attendre le moment inéluctable où la bombe exploserait.
— Paul… Mon kiné… L'enfoiré notoire qui a brisé le cœur de Mélissa… C'est aussi ton oncle psychopathe… qui est en fait ton père ?!
Dis de la sorte, ça semblait encore plus invraisemblable.
Le souffle de Scott se hacha et il serra les poings desquels s'échappèrent quelques gouttes carmin. Stiles reprit ses esprits et posa sa main sur son épaule pour tenter de le calmer, mais quand ses yeux scintillèrent de rouge, Isaac se plaça devant lui juste à temps pour que Maxime et Danny ne le remarquent pas.
— Eh Scotty-boy ! Calme-toi mon grand, OK !
— Luna était présente quand j'ai parlé de Paul, c'est bien ce que tu as dit, Danny ?
Sa voix était rendue rauque par les vibrations animales qui secouaient l'alpha tandis que pour la deuxième fois de la journée il perdait le contrôle.
— Scott, calme-toi ! Il y a forcément une explication.
— Elle savait et elle n'a rien dit ! répliqua le fils de Mélissa en repoussant plus fort que nécessaire ses deux amis.
Une fois de plus, Stiles atterrit sur Maxime qui le réceptionna tant bien que mal.
L'alpha se releva d'un bond avant de filer vers la sortie comme s'il avait le diable aux trousses. Il ne fallut pas plus d'un centième de seconde au fils du shérif pour comprendre ses intentions. Luna était, avec les deux autres lycéennes, sur le parking à l'heure actuelle.
— Wo wo wo ! Scott ! Scott ? Merde ! Isaac !
— Je le suis ! confirma le bêta en s'élançant à sa suite.
Vu la fureur du lycan, il faudrait bien plus que le louveteau pour le retenir, mais avec un peu de chance, la simple présence d'Allison suffirait à lui ramener les pieds sur terre.
Comprenant l'urgence de la situation, Danny ne tarda pas à emboîter le pas du bouclé. Stiles essayait tant bien que mal d'enfiler son t-shirt et ses chaussures à la va-vite, se refusant de penser à la perspective que Max et l'Hawaïen aient pu voir Scott dans un état semi-lycanthropique. Si ses iris avaient recouvré leur aspect humain, ses crocs, eux, étaient parfaitement visibles au moment de son départ.
Enfin, l'hyperactif sauta sur ses pieds et se dirigea à son tour vers l'extérieur du bâtiment, trop préoccupé pour réaliser que Maxime n'avait pas bougé, perdu le regard dans le vide.
Ce dernier ne s'était pas imaginé vivre une nouvelle révélation aujourd'hui. Il ne réalisait que maintenant l'ampleur du stratagème de son oncle qui, pas après pas, avait refermé le piège autour de la meute de Beacon Hills.
Sans le vouloir — ou plutôt, sans le savoir — il avait fait échouer une partie du plan. Il ne pouvait qu'en être satisfait. Pourtant, l'heure n'était pas à la réjouissance. Il devait à tout prix parler à Stiles, tout lui avouer avant qu'il ne soit trop tard. Et Luna…
Sa sœur était en danger !
Reprenant ses esprits, il se précipita avec un temps de retard vers la sortie.
Lorsqu'il sentit enfin l'air frais de l'extérieur lui caresser la peau et emplir ses poumons, Scott était retenu par Isaac et Danny tandis qu'Allison tenait son visage en coupe entre ses mains, les yeux plongés dans ceux du garçon. Même à distance, il pouvait voir ses lèvres bouger signe qu'elle lui offrait des paroles certainement apaisantes pour calmer la fureur de son loup-garou de petit-ami.
Stiles, lui, s'était placé devant Luna, faisant bouclier de son corps pour la protéger. S'il savait…
Plus déterminé que jamais, Max reprit son chemin d'un pas assuré, s'approchant du règlement de compte. Il arriva pour le dénouement. Scott s'était calmé, mais semblait épuisé.
— J'ai plus envie de te voir. On t'a accueilli les bras ouverts et tu… j'ai même plus envie de te parler !
Sur ces simples mots pourtant lourds de sens, le jeune lycan se détourna et s'avança vers sa moto.
Allison ne lui lâcha pas la main, offrant néanmoins un regard navré à Luna avant de s'installer derrière son compagnon, délaissant sa voiture sans la moindre hésitation. Dans un bruit de moteur, les deux amants s'éloignèrent, laissant la tension retomber derrière eux.
Avec une légère hésitation, Isaac offrit un rapide regard à la jeune fille avant de se détourner à son tour. Malgré l'amitié sincère qu'il éprouvait pour elle, sa meute passerait toujours en premier.
Lydia, qui s'était mise à l'écart durant l'altercation, ne s'attarda pas davantage. Ils quittèrent ensemble le parking dans la Chevrolet Captive du louveteau qui campait en secret chez sa petite-amie depuis l'attaque des Everfool.
Stiles baissa la tête tandis que la tension quittait son corps. Il soupira avant de se frotter le visage avec lassitude. Danny et lui jetèrent un coup d'œil aux deux enfants Carter, incertains de toutes évidences quant à l'attitude à adopter.
— Écoute, Luna ! Je ne vais pas te mentir, je déteste ton père et ce qu'il a fait à Mélissa. Tu as offert ta loyauté à ton père plutôt qu'à des inconnus que tu venais de rencontrer et… Même si ça me tue, je peux te comprendre ! Je suis désolé… Vraiment !
Il tapota maladroitement l'épaule de la jeune fille avant de gratifier Maxime d'un regard et d'un sourire.
— Je suis content que toute cette merde ait au moins permis que vous vous retrouviez.
Comme s'il s'était coordonné avec son amant, Derek choisit ce moment précis pour arriver au volant de la jeep de l'hyperactif. Ils ne devaient pas traîner, s'ils voulaient être chez les McCall avant que Mélissa ne parte travailler.
Avec un dernier signe de la main, l'adolescent le rejoignit, prêt à s'expliquer quant à l'odeur de son ex sur son épiderme.
Tout ce temps, Luna n'avait pas bougé. Secoué émotionnellement par son bannissement. Avec le rejet de Scott, c'était tout le groupe qui lui avait tourné le dos. Si elle s'était rapprochée d'eux pour l'intérêt du plan au début, elle n'avait pu rester insensible à ces personnes qui l'avaient accueillie et acceptée. Ses sentiments pour eux avaient été sincères. Elle s'était mise à les considérer comme de véritables amis.
Maxime était affecté lui aussi. Voir sa sœur souffrir en silence lui faisait mal au cœur. Sa détermination à tout avouer à Stiles vacilla à l'instant même.
Sa révélation aurait pour conséquence de sacrifier Paul et, si la perspective de sa mort ne pouvait que le satisfaire, il savait aussi que ce n'était pas le cas de sa cadette. Devait-il se contraindre à la faire souffrir à nouveau ? Être responsable de sa douleur ? La condamner à devenir orpheline de père et de mère ?
Ensuite… la peur de perdre l'amitié de Stiles lui était intolérable. C'était évidemment totalement égoïste de penser ainsi, il en avait conscience. Pourtant, une petite voix dans sa tête lui soufflait qu'une autre solution devait exister. Une solution qui permettrait de mettre ses amis à l'abri du danger et neutraliser Paul sans le vouer à une mort certaine. Il savait d'ors et déjà à qui il pourrait demander de l'aide pour mener à bien son nouvel objectif.
Se sentant de trop, Danny avertit son colocataire provisoire qu'il l'attendrait dans la voiture et s'éclipsa sans plus de cérémonie.
Une fois seuls, Luna releva son regard océan pour croiser celui de son frère.
— Je le mérite, tu sais… Qu'ils me tournent tous le dos…
Incapable de mentir sans prendre le risque que les loups ne puissent percevoir les accrocs dans son rythme cardiaque, elle ne s'était pas défendue des accusations de Scott. Impossible de dire qu'elle ignorait que son père fréquentait Mélissa. Ni qu'elle ignorait que celle-ci soit la mère de Scott… Elle s'était donc contenté de bien choisir ses mots et ses tournures de phrases. Elle avait avoué savoir et avait, à contrecœur, défendu son père, prétextant que dans son deuil, il avait cherché du réconfort dans une relation sans lendemain. Évidemment, elle n'avait fait qu'attiser la colère et la rancœur du jeune loup, mais cette demi-vérité avait offert un semblant d'explication. Une fois de plus, elle avait suivi les instructions de Paul, la mort dans l'âme.
Maxime ne résista pas davantage au besoin de réconforter la jeune femme qu'il serra de toutes ses maigres forces dans ses bras. Le bienveillant et toujours souriant Scott avait condamné sans autre forme de procès la trahison de Luna… En dépit de la douleur d'être ainsi rejetée, la louve ne pouvait que le comprendre, tout comme son frère.
Un éclat de rire nerveux mit fin à la solennité du moment.
— C'est marrant, si on ne savait pas avec certitude que Derek était l'alpha, j'aurais presque pu croire que c'était Scott ! Tu as vu comme tout le monde l'a suivi comme un chef de meute ?
Il resserra son étreinte. Il avait envie de pleurer de chagrin et de détresse et il sentait les larmes lui chatouiller les cils sans les franchir. Est-ce qu'un jour sa sœur et lui auraient droit au bonheur ?
Son souffle tremblant le trahit et les rôles s'inversèrent. Luna se décolla lentement de lui afin d'attraper son visage en coupe entre ses mains. Malgré son regard humide, elle lui offrit un sourire.
— Eh ! Tout va bien, d'accord ? J'irai bien. Ils me détesteront de toute façon si le plan réussit et s'il échoue, je n'aurais même pas à m'en soucier !
Cette fois, les larmes s'évadèrent définitivement des yeux de son frère.
— Je ne veux pas que tu meures, bégaya-t-il entre ses sanglots. Mais je ne veux pas non plus que tu les blesses !
— Moi non plus, avoua Luna en répondant à ses larmes. Tuer, être tuée ou condamner à mort… C'est égoïste, mais je préfère mourir que de le perdre, Maxou.
— Il doit forcément y avoir une autre solution… Je... Je la trouverai. Je te le promets.
Un rire s'évada entre les sanglots de la jeune oméga.
— J'en suis sûre.
Elle offrit un nouveau sourire à son aîné avant d'accoler leurs fronts.
— Et si tu ne la trouves pas, ce n'est pas grave parce qu'on a réussi à se retrouver. C'est tout ce que je souhaitait. Je t'aime, Max !
Elle se recula finalement comme si elle avait été brûlée et s'essuya rageusement les joues pour en effacer les traces de sa faiblesse.
— Va le rejoindre. Il t'attend.
Elle tourna les talons et se précipita vers sa mustang sans attendre de réponse.
Encore ébranlé par cette nouvelle journée riche en émotion, Maxime s'installa dans le véhicule de Danny qui démarra sans un mot.
Quelques kilomètres plus loin, pourtant, un nouveau coup de théâtre s'invita dans la vie du jeune homme.
— T'es au courant de l'existence des loups-garous toi aussi, pas vrai ?
