Chapitre 82 : Keep going
Stiles était en retard.
Ce n'était pas quelque chose d'inhabituel, loin de là. Il ne pouvait pourtant que se réjouir — une fois n'est pas coutume — que son père soit déjà parti au poste pour sa journée de travail. Il avait bien assez de Derek sur le dos pour lui rappeler toutes les deux minutes de se dépêcher.
L'ancien alpha n'avait pas cillé lorsque le lycéen l'avait rejoint la veille. Ce dernier s'était embrouillé dans ses explications tandis que l'homme les conduisait vers la maison des McCall et avait même fini par rire face au stress de son amant. Il s'était garé sans se défaire de son sourire avant de lui poser un rapide baiser sur le bout du nez, lui assurant qu'il lui faisait confiance. Pour reprendre ses mots, il avait finalement compris qu'il n'y avait rien de plus qu'une profonde amitié entre les deux garçons. Pour lui, ce n'était pas leur rupture qui était une erreur de parcours, mais bien le début de leur relation.
Légèrement bouche bée, mais agréablement surpris, Stiles n'avait pu qu'acquiescer silencieusement avant de lui emboîter le pas vers la maison.
Après être rentré de chez Scott, délesté de ses fils, il avait passé le reste de la journée à échanger des SMS avec Maxime.
Les événements de la soirée avaient été contre eux si bien qu'ils n'avaient toujours pas eu l'occasion de se parler. Pourtant, le lycéen lui avait soutenu par message qu'il ne lui en voulait pas et que ses confidences pourraient attendre.
Le jeune homme devait d'ailleurs déjà être en route vers Los Angeles pour son entrevue avec son père adoptif.
Stiles se stoppa dans la préparation hâtive de sa valise pour relever les yeux vers son tableau de liège. Jamais il n'aurait pu imaginer que Paul puisse être affilié à Maxime et Luna.
Son intuition lui avait joué des tours. Il était clair à présent que les Carter n'avaient rien à voir avec les Everfool. Luna avait contracté la grippe. Il n'y avait aucune odeur de garou chez Paul. Maxime était humain… Il n'y avait bien que l'humanité de Ian qui restait à prouver, mais ils recherchaient trois loups et non pas un. Le fait qu'il soit soupçonné d'avoir participé au cambriolage du laboratoire où il travaillait le reliait pourtant aux Everfool… Il ne serait pas le premier innocent accusé à tort !
Avec un soupir désabusé, il décrocha les fils et son ordonnance censée représenter le kiné qui rejoignirent la photographie de Luna dans la corbeille à papier.
Rien de surnaturel derrière le trouble que lui avait inspiré son soignant. Son sixième sens l'avait simplement averti que ce dandy de pacotille se jouait des sentiments de Mélissa. Quant à cette impression étrange qu'il avait éprouvée face au sourire de l'homme près de trois semaines plus tôt, elle n'était en réalité uniquement due qu'à l'expression familière et similaire qu'il avait déjà vu parer le visage de sa fille.
Maxime s'était tellement renfermé sur lui même lorsqu'il vivait encore avec le reste de sa famille, qu'il n'avait jamais su que Paul, en plus de son cursus psychiatrique, avait entrepris des études pour devenir kinésithérapeute. À aucun moment, il n'aurait pu deviner que son « oncle psychopathe » soit en charge de la rééducation de l'hyperactif.
— De tous les kinés de Beacon Hills, il a fallu que je tombe sur lui !
En réalité, comme c'était Mélissa qui avait arrangé le rendez-vous, leur rencontre ne devait rien au hasard.
— Tu parles tout seul ?
Derek se tenait appuyé contre le chambranle de la porte, clairement amusé et foutrement sexy. Stiles ne pouvait que sentir son cœur s'emballer à la vue de son sourire étincelant et de son regard vert pénétrant. Sans son accord, ses lèvres se soulevèrent à leur tour, répondant à celles de son amant dont l'expression s'était faite plus coquine en regard de l'accoutrement de l'adolescent.
La vérité, c'était que le garçon avait tout commencé et rien fini. Il n'arrivait à se concentrer sur rien et était plus dissipé que jamais. Son sac de cours était encore ouvert, celui contenant ses affaires pour le week-end n'était qu'à moitié fait et il n'avait pas pris le temps d'enfiler un pantalon sur son boxer.
Il ne put que sentir le sang s'évaporer dans ses veines. La température venait de monter d'un cran tandis que le bêta s'approchait de lui de sa démarche souple et presque féline… ce qui était totalement paradoxal pour un lycanthrope.
Les deux hommes étaient clairement affamés l'un de l'autre, mais pour leur défense, ils n'étaient que depuis trop longtemps à la diète.
— Tu ne comptes pas aller au lycée dans cette tenue, j'espère !
Les mains de l'architecte venaient de passer sous le t-shirt carmin de l'adolescent dont la peau se souleva de frisson sous la caresse. Un simple mot ou geste de son amant et il était aussitôt électrisé. Est-ce qu'un jour la passion retomberait ou était-il condamné à ce délicieux supplice jusqu'à la fin de son existence ?
— Je te la réserve exclusivement, Fluffy ! répliqua-t-il avec un clin d'œil qu'il espérait nonchalant.
Du lubrifiant… voilà ce qu'il ne devait absolument pas oublier d'ajouter à sa valise.
Les lèvres du loup effleurèrent les siennes sans les souder, mélangeant leurs souffles rendus courts par l'envie.
— Tu vas vraiment être en retard. On doit partir dans deux minutes, grand maximum !
La voix de l'adulte trahissait sa difficulté à se contenir et, ne serait-ce que pour cette raison, Stiles décida de ne pas en profiter. Il fallait qu'il termine son sac. Ils auraient tout le temps de se perdre l'un avec l'autre durant les trois prochains jours et nuits.
Inspirant profondément pour se donner du courage, il laissa ses lèvres glisser sur la douceur de celles de son loup avant de s'éloigner avec un hochement de tête.
— Je démarre la voiture…
L'ancien alpha ne s'attarda pas davantage comme s'il redoutait de céder définitivement à la tentation s'il restait une seconde de plus près de son humain. Ce dernier se dirigea d'abord vers sa table de chevet, lança dans son sac de sport encore quelques affaires piochées au hasard, avant de sauter dans un pantalon et d'enfiler ses chaussures qu'il laça assis sur son lit.
D'un regard, il embrassa sa chambre pour vérifier qu'il n'avait rien oublié d'important comme son chargeur de téléphone. Quoique ce dernier était de plus en plus capricieux et qu'il avait bon espoir de ne pas avoir l'occasion de s'en servir du week-end.
Son inspection se stoppa à hauteur de son bureau derrière lequel l'architecte avait établi son fief. Il était envahi de rouleau de papier, de dossier en carton et d'instrument de mesures et de dessins. Avoir des affaires de Derek dans son espace l'emplissait d'un bonheur bien trop grand. Il ne pouvait que savourer cet avant-goût d'un futur à deux.
Le klaxon de sa jeep — il l'aurait reconnu entre mille — le sortit de son égarement. Il sauta sur ses pieds, s'empara de ses deux sacs en chemin et dévala les escaliers. Il ne s'autorisa à souffler que lorsqu'il fut installé sur le siège passager de sa fidèle voiture qui s'élança dans la seconde sur les routes.
Le moment était arrivé et le lycéen ne pouvait s'empêcher d'être nerveux. Et si Derek n'appréciait pas son initiative ? Garder le secret en vue de lui faire une surprise l'avait mis aux supplices, heureusement qu'il avait pu en parler avec Allison par message tout comme son père auquel il avait demandé l'autorisation de la même manière. Cohabiter avec une créature surnaturelle nécessitait quelques ajustements logistiques.
— Tu sais, Fluffy, lundi c'est Memorial Day*…
Derek lui jeta un regard à la dérobé.
— Tu voudrais qu'on fasse quelque chose ? Je pourrais réserver un restaurant ou…
— Non ! Enfin, si. Bien sûr que si. Je veux qu'on s'organise un moment en amoureux… Oh mon Dieu ! Ça sonne tellement ringard, achève-moi ! Tu dois détester ça, en plus, les trucs romantiques à deux balles. On n'est pas obligé de faire un quelque chose de niais, genre du pédalo ou un pique-nique, mais peut-être… je sais pas, ça pourrait être sympa, non ? Juste toi et moi ! Sauf si t'as pas envie. Je veux pas que tu te forces si c'est le cas… C'est le cas ?
Le loup de naissance réprima son rire, et posa une main réconfortante sur la cuisse de l'humain.
— Tu sais que t'es adorable quand tu paniques ?
La mimique à la fois désespérée et penaude que lui offrit l'hyperactif en réponse fit céder les dernières barrières de l'adulte qui rit doucement.
— J'ignore pourquoi tu t'es mis en tête que j'étais un rustre asocial, mais sache que je suis quelqu'un de romantique. Mon père ramenait des fleurs à ma mère même après quinze ans de mariage et je n'ai jamais pensé que c'était incompatible avec son identité masculine. Alors… Je serais ravi de montrer à toute la ville qu'on est ensemble. Je réserve dans un restaurant pour demain soir ?
— Non !
Stiles soupira lorsque l'incompréhension et la tristesse se reflétèrent dans les prunelles vert forêt. Il s'était encore une fois mal exprimé.
— Voilà ! Allison m'a confié les clés d'une des résidences que sa famille possède. Celle-ci est à un peu plus d'une heure de Beacon Hills et mon père est d'accord ! Je voulais te faire la surprise, mais je ne me voyais pas fouiller dans tes affaires pour préparer ta valise alors… si tu veux bien, on pourrait partir tout de suite après le lycée.
Derek n'aurait jamais pensé un jour ressentir un tel maelström d'émotions. C'était la première fois que quelqu'un lui préparait une surprise de ce genre. Il ne pouvait qu'être sensible face à une telle attention. Dans ses relations passées, il avait toujours été celui qui offrait et choyait. Son cœur cavala dans sa poitrine et il fut certain de rougir sous sa barbe.
Depuis quand rougissait-il ? Plus depuis des années. Il se souvenait avoir rougi plus d'une fois avec Kate. La femme était plus expérimentée que lui et il s'était senti intimidé et honoré qu'elle lui prête un semblant d'attention, sans parler de leur première fois… Il avait eu tellement peur de la décevoir, de ne pas être à la hauteur et…
Pourquoi pensait-il à Kate maintenant, alors qu'elle n'avait fait que le détruire au contraire de Stiles, qui par sa simplicité et ses sourires, l'aidait à se reconstruire ?
— Oh mon dieu ! Dis quelque chose ! T'as pas envie, c'est ça ? C'est pas grave ! Je comprends, c'était une idée stupide. Je suis stupide.
Derek se gara un peu trop hâtivement. Les pneus crissèrent et le moteur eut un soubresaut mécontent, provoquant une ruade furieuse du véhicule avant que celui-ci ne s'arrête net.
Stiles n'eut pourtant pas le temps de grimacer ou de le fustiger sur sa conduite que le conducteur était sur lui, les bras enroulés autour de son corps, lèvres scellées aux siennes, partageant leurs souffles et leurs essences comme si sa vie en dépendait.
Sans se défaire de lui, il déverrouilla la ceinture de sécurité de l'adolescent avant de l'attirer sur ses cuisses comme s'il ne pesait absolument rien.
Le cœur de l'hyperactif eut un accroc avant que, dans un gémissement de bonheur, il se fonde dans ses bras sans aucune résistance.
Ils sursautèrent tous les deux quand Isaac frappa contre la vitre de la jeep avec un sourire goguenard qui arracha un grognement animal à Derek.
Stiles pouffa malgré lui tandis que sa tête retombait dans le cou de son amant.
Il était simplement heureux et avait hâte de mettre les voiles, juste le temps de quelques jours, loin de la crainte et de la menace des Everfool. Parce que… Derek venait de lui dire oui de la plus belle des façons.
oOo
La nuit avait été courte et le ronronnement du moteur berçait Maxime qui luttait contre le sommeil. Il refusait d'abandonner Danny qui n'avait pas plus dormi que lui et qui s'était levé aux aurores pour l'accompagner à Los Angeles.
Même à la lumière d'un jour nouveau, le jeune homme ne parvenait pas à réaliser. Son ami connaissait l'existence du monde surnaturel !
Ils avaient occupé leur nuit à en discuter. Le gardien de but lui avait alors évoqué comment Scott était passé d'outsider à virtuose du la crosse. Métamorphose soudaine qui coïncidait d'ailleurs avec l'arrivée de Derek Hale en ville. Isaac. Jackson. Aiden… Les noms s'étaient enchaînés au fil du récit de l'Hawaïen.
Danny savait. C'était invraisemblable et pourtant… depuis tout ce temps, ils auraient pu se confier l'un à l'autre sans tabou, sans barrière, mais comment aborder un tel sujet sans risquer de passer pour un fou ?
La blessure de Stiles et la perte de contrôle de Scott n'avaient trompé aucun d'eux et une fois de plus, le gardien de but avait compris au comportement de Max qu'il savait lui aussi.
Savoir que la famille du garçon faisait partie de cet univers mystérieux l'avait pourtant surpris.
Le passager sentit un frisson le parcourir en repensant à la marque sur le cou de l'hyperactif. Elle ne pouvait avoir été causée que par une morsure. Les quatre perforations ne le trompaient pas.
Qui avait fait du mal à son ami ? Luna ou Paul ?
Il ne le saurait certainement jamais et ça n'avait pas la moindre importance. Sa sœur ne suivait pas son père de gaieté de cœur. Dans tous les cas de figure, Paul était responsable à ses yeux. Luna, elle, pouvait encore être sauvée, mais pas en lui arrachant son père dans le sang et les larmes.
— Tu y repenses, pas vrai ?
Maxime expira douloureusement. Il semblait être un livre ouvert pour son ami.
L'Hawaïen s'était toujours montré attentif envers lui, mais rien n'était moins vrai depuis qu'il s'était confié.
Pour la première fois de sa vie, il avait pu tout déballer, sans secret ni omission, du rejet de ses parents à cause de sa nature humaine jusqu'au plan de son père biologique visant à s'approprier la meute de Derek, sans oublier son immense soulagement lorsque sa génitrice avait expiré son dernier souffle.
Après la mort d'Eléa, Marc — le nouvel alpha — avait rendu à Ian sa liberté. Le laborantin avait œuvré dans l'ombre pour les aider à réaliser le coup d'État qui avait détrôné la louve. Il avait négocié la vie sauve de son frère et sa nièce qui avaient toutefois été retenus prisonniers plusieurs semaines durant.
Ian était redoutable dans l'art des secrets, Max en avait fait les frais à ses dépens.
— Eh ! J'ai dit que je t'aiderai à trouver une solution. Tu peux compter sur moi, OK ?
Il hocha la tête, soufflant un merci hésitant avant de se gratter le poignet nerveusement, sentant sous ses doigts le relief des cicatrices invisibles les recouvrant.
Jusqu'à la nouvelle lune. Il se laissait huit jours pour trouver un plan digne de ce nom pour neutraliser son oncle sans compromettre sa vie. Un peu plus d'une semaine pour essayer de sauver tout le monde. Passé ce délai, il lui faudrait tout avouer à Stiles !
Il se refusait d'y penser plus pour l'heure. Un problème à la fois. Dans quelques minutes, il devrait affronter Ian. Jamais il ne s'était senti plus angoissé.
Remarquant son geste, Danny attrapa sa main pour l'arrêter. Leurs doigts s'emmêlèrent fermement tandis qu'ils échangeaient un rapide regard.
C'était étrange. Presque intime, mais il n'y avait plus la moindre ambiguïté entre eux aussi Maxime ne se rebella pas. Tout le réconfort qu'on lui offrait était bon à prendre.
Le conducteur prit un soin particulier à entretenir la conversation afin de changer les idées de son ami. Il parvint même à lui soutirer un rire après s'être mis à chanter sur la dernière musique à la mode.
Ils atteignirent leur destination sans que Max ne repense une seule fois à sa famille. Il passa les différents contrôles de sécurité comme un automate, rassuré de savoir que le gardien de but l'attendait à l'extérieur et serait présent dès que tout serait terminé.
Une boule d'angoisse logée dans la gorge, on le conduisit jusqu'à une petite salle pourvue d'une simple table en formica et de deux chaises.
Il s'y installa, le souffle et le corps tremblant.
Son cœur s'emballa d'autant plus quand la porte s'ouvrit laissant apparaître Ian, entravé aux poignets et aux chevilles comme un terroriste particulièrement dangereux.
Max aurait pu se sentir révolté s'il ne s'était pas souvenu que l'homme pouvait se libérer à tout moment s'il le souhaitait.
Ils n'échangèrent pas un mot le temps que le gardien ne rejoigne l'angle de la pièce, suffisamment à distance pour qu'une conversation à voix basse reste confidentielle.
Le regard d'un bleu saisissant de Ian plongea dans celui chocolat et un sourire triste para ses lèvres tandis qu'il avançait ses mains liées vers celles de son fils qui se rebiffa sans pouvoir se contenir.
Le plus jeune baissa les yeux, incapable de maintenir le contact avec ces iris bleus qui l'observaient tristement et qui ne lui rappelaient que trop bien la sombre vérité.
— Max…
Le lycéen se força à affronter la situation. L'instant n'était plus au pleurnichage. Il était venu pour offrir l'occasion à l'homme de s'expliquer sans l'accabler. S'il ne pardonnait pas le mensonge, ou plutôt le secret, il ne pouvait que lui être reconnaissant de l'avoir recueilli, élevé et aimé.
— Paul m'a tout dit !
Sa voix pourtant calme et basse sembla résonner dans leur bulle tant ses mots étaient lourds de conséquences.
Ian se déroba à son regard, le souffle court et les poings serrés par la rage animale qui faisait vibrer autour lui son aura sauvage.
— Pourquoi tu ne m'as rien dit ?
Le lycéen s'agaça aussitôt de la détresse qu'il percevait dans ses propres intonations, mais comment prétendre l'indifférence ?
Il ne fallut rien de plus au lycanthrope pour recouvrer le contrôle sur son humanité. Toute la colère qui l'avait envahi n'était en rien dirigée vers son fils. Son frère s'était servi de lui comme d'une marionnette avant de le trahir… une fois encore.
— Je suis désolé, Max ! Te mentir n'a jamais été mon intention. C'est juste… arrivé. Je ne voulais rien d'autre que prendre soin de toi, t'offrir un vrai foyer… tout ce que tu méritais et qu'ils étaient incapables de te donner
Ian avait les yeux brillants d'émotion contenus. Son sourire était nostalgique et, si Maxime avait été capable de percevoir les battements de son cœur, il n'aurait pu que constater le rythme profond et puissant qui l'animait comme pour chanter la sincérité de son amour.
— Tu étais un bébé extraordinaire. Je t'ai tout de suite aimé ! Et puis un jour, tu as dit ton premier mot… Tu n'avais pas un an quand tu m'as offert ton premier « papa » ! Aucune explication n'aurait été possible et égoïstement ça m'arrangeait, car c'est ce que je voulais être pour toi.
Quelques larmes silencieuses roulèrent sur les joues de l'homme qui n'avait pas cessé de sourire.
— Le temps a passé. C'était trop tôt, toujours trop tôt pour dire à un enfant que ses véritables parents l'avaient renié… Et un jour, je me suis réveillé et j'ai réalisé que ce n'était plus trop tôt, mais trop tard. Tu avais douze ans et tu t'étais mis à me détester de ne pas savoir te protéger d'eux, alors j'ai eu peur de te perdre définitivement si tu le découvrais.
Maxime sentit ses yeux déborder à leur tour. Il n'avait pas la force d'en vouloir à Ian. Il ne pouvait en vouloir à son père de ne pas avoir eu le courage de lui avouer qu'il n'était pas de son sang. C'était lui qui avait accompagné ses premiers pas, ses premiers mots, partagé ses joies, consolé ses peines… Il était son père. Il ne le réalisait que maintenant. Les gènes de Paul n'y changeraient rien…
— Et maintenant, tu me dis tout ? Tu me dis que sans toi, je n'aurais pas survécu plus de quelques secondes ? Je suis sûr que tu ne me dis pas toutes les fois où tu as sauvé ma vie en secret… C'est ce que tu fais toujours !
— Il ne t'a vraiment rien épargné, réalisa le prisonnier en secouant la tête de dépit.
— Est-ce que tu regrettes ? Moi je regrette que tu ne m'aies pas fait confiance. J'aurais aimé l'apprendre par tes mots. J'aurais voulu qu'il ne s'en serve pas pour te manipuler… Parce que ça, c'est ce qu'il fait toujours.
Les pleurs du loup s'étaient asséchés. Il observait à présent son fils, les yeux étincelants de fierté.
— Regarde-toi. Je n'ai même pas réalisé que tu devenais un homme. Le petit garçon qui avait besoin d'être protégé a disparu. Beacon Hills te va bien ! Tu t'es épanoui tellement vite depuis que nous nous y sommes installés !
— Grâce à Stiles… à Danny… et à tous les autres ! Tous ceux que Paul met en danger !
Un léger silence s'ensuivit avant que l'oméga ne reprenne la parole.
— J'aurais aimé que tu le connaisses avant la morsure. Il était incroyable, rieur, drôle et attentionné. Il était le genre de personnes qui aident les vieilles dames à traverser la route et les chats à descendre des arbres… Il m'a permis de m'intégrer. J'étais l'aîné, mais c'est lui qui me protégeait de ma propre timidité, lui qui me faisait découvrir le monde et la vie…
Dans un réflexe, Maxime avança sa main jusqu'aux siennes entravées. Ils furent aussitôt rappelés à l'ordre par le beuglement du gardien.
— Pas de contact !
La simple idée du geste avait pourtant réconforté l'homme qui offrit un sourire de remerciement à son fils.
— La morsure l'a changé, son amour à sens unique pour Eléa aussi. Celui qu'il ressentait pour moi s'est transformé en haine… je crois que ça a contribué à ce que l'animal prenne l'ascendant sur lui. Année après année, il a sombré un peu plus…
— Aide-moi à l'arrêter ! Luna le suit, car elle ne veut pas le perdre et tu as fait la même chose parce que tu ne peux pas te convaincre de le condamner. Aide-moi à trouver une solution pour le neutraliser… s'il te plaît.
— Non, non. Il risquerait de te tuer…
Ian secoua la tête, se refusant à l'idée jusqu'à ce que la détermination dans le regard de l'adolescent ne le fasse flancher.
— Tu le feras avec ou sans mon aide, pas vrai ?
Il soupira, mécontent de savoir que son garçon allait se mettre en danger sciemment.
La solution, il l'avait. Il l'avait toujours eue… Il n'avait juste pas pu se résoudre à l'utiliser, sachant pertinemment quelle serait la vengeance de son frère. Tout ce qu'il avait fait jusqu'à présent, il l'avait fait pour protéger Max.
Plus rien ne le retenait à présent, si ce n'est la peur que son fils soit blessé… ou pire !
— Il y a un moyen… Promets-moi simplement de ne prendre aucun risque inconsidéré !
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*Memorial Day :Jour férié à la mémoire des soldats américains, hommes ou femmes, morts au combat, célébré le dernier lundi de mai.
