Lily se précipita sur Harry, Ron et Hermione au moment où le patronus en forme de lynx de Shacklebot disparut dans un nuage vaporeux au milieu du mariage de Bill et Fleur. Les mots moururent dans sa gorge et elle se contenta de les serrer dans ses bras, la poitrine comprimée par la peur.
– Filez, réussit-elle finalement à articuler. On vous couvre. Vous n'êtes pas seuls.
Harry lui adressa un regard empli de détermination et le cœur de Lily flancha en voyant son fils hocher la tête en se dégageant doucement de son étreinte.
Les mangemorts transplanèrent la seconde d'après au milieu du mariage et son sang ne fit qu'un tour.
– PARTEZ ! siffla-t-elle en les poussant sur le côté.
Hermione agrippa la main des deux autres et ils disparurent tous les trois dans un craquement sonore. Lily raffermit la prise sur sa baguette, chassa deux larmes rageuses d'un geste de la main et se rua sur les mangemorts en hurlant.
Elle attira l'attention de la majorité d'entre eux et elle eut à peine le temps de penser que James allait la tuer pour ça, mais merde, c'était cathartique.
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– Harry, Hermione, c'est bon, je les ai ! chuchota Ron en passant la tête à l'extérieur de la tente, un sourire étrangement heureux illuminant son visage pour la première fois depuis plusieurs jours.
Les deux autres se précipitèrent à l'intérieur pour s'asseoir à côté de lui alors que la voix de Lee Jordan s'élevait depuis le petit poste radio posé sur la table.
– Chers auditeurs, bienvenue, bienvenue, je suis Rivière et ce soir je suis en compagnie de Rongeur et Oreillette, mes deux acolytes de crime.
– Oh par Merlin, ça fait du bien d'avoir de leurs nouvelles, murmura Hermione en se frottant les yeux d'un air fatigué.
– Combien de fois est-ce que je dois le répéter ? (La voix indignée de Fred leur arracha un fou rire incrédule) Je veux être Rapière, pas Rongeur !
– Il y a cinq minutes, tu as dit que tu voulais absolument être Rongeur.
– Ne commence pas Oreillette ! Je suis Rapière !
– Ils ont l'air en forme, commenta Harry en offrant un sourire chaleureux à Ron qui buvait littéralement les paroles de ses frères.
Lee reprit la parole et ils se concentrèrent à nouveau sur le poste radio.
– Aux dernières nouvelles, un groupe de quatre sorciers font beaucoup parler d'eux en ce moment. Ils attaquent continuellement les rassemblements de mangemorts et aident à évacuer les nés-moldus.
– Où à les cacher, le coupa Oreillette d'un ton dogme. On ne sait pas trop.
– Tout à fait, Oreillette, acquiesça Lee. Comment s'appellent-ils déjà ?
– Mon cher Rivière, ils se font appeler Cornedrue, Lys, Patmol et Lunard, répliqua Fred d'une voix grandiloquente. De grands hommes, vraiment !
Harry sentit un sourire ému étirer son visage aux paroles de Fred. Ron et Hermione lui adressèrent un regard compatissant. James, Lily, Sirius et Remus continuaient à enchaîner les coups d'états contre Voldemort et ses mangemorts alors même que l'Ordre du Phénix s'était effondré après la mort de Dumbledore, pour qu'eux aient le champ libre dans leur recherche des horcruxes. À eux seuls, ils devaient attirer la moitié des mangemorts et des rafleurs de Voldemort.
– N'ont-ils pas laissé un message la dernière fois que nous avons pu être en contact avec eux ? demanda George et Harry sentit son cœur battre soudainement un peu trop vite dans sa poitrine.
– Mais tout à fait, mon bon Oreillette ! répliqua Fred. Ils nous ont laissé un message pour un certain Bambi. Quelque chose comme (Fred inspira profondément avant de prendre une voix résolument aiguë) bordel de merde, Patmol, qu'est-ce que tu fous ?! Lunard qu'est-ce que… Et dites-lui qu'on l'aime !
Harry explosa de rire face à la pauvre imitation de son père et manqua la réplique de Lee. Ron se pencha vers lui, un sourire amusé sur le visage.
– Bambi ? fit-il dans un froncement de sourcil. C'est quoi ?
– C'est moldu, répondirent Harry et Hermione d'une même voix.
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– PAR MERLIN, QU'EST-CE QU'IL T'A PRIS ? hurla Ron en aidant Harry à se rhabiller dans la neige alors que son meilleur ami peinait à reprendre sa respiration, le cou violacé là où le médaillon avait essayé de l'étrangler cinq minutes plus tôt.
– J'ai… J'ai cru, haleta Harry en luttant pour parler alors que le froid l'engourdissait peu à peu. Ma mère. C'était… son patronus.
– Quoi ?
Ron jeta un regard incrédule à Harry qui tremblait de froid devant lui. À quelques mètres d'eux gisait l'épée de Gryffondor, illuminant la nuit à elle toute seule.
– T'es en train de me dire que ta mère t'as envoyé l'épée de Gryffondor dans une foutue marre ? Excuse-moi de te le dire, vieux, mais ça ressemble pas vraiment à la Lily Potter que je connais…
Harry secoua la tête.
– Non, je… elle pouvait pas avoir accès à l'épée. Mais c'était… c'était une biche. C'était son patronus.
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Le hurlement de Hermione résonna horriblement dans la cave du manoir des Malefoy et Ron se jeta à nouveau de toutes ses forces contre la grille de leur cellule.
– RELÂCHEZ-LA ! cria-t-il à s'en exploser la voix. HERMIONE !
Impuissant, Harry entendit la voix froide et hautaine de Malefoy claquer dans le manoir, suivi d'un nouveau cri de douleur.
– HERMIONE !
Le cri de Ron se fit plus désespéré et Harry ferma les yeux en tremblant. Ils avaient besoin d'aide, maintenant.
Une exclamation surprise résonna derrière lui et Harry rouvrit les yeux. Un espoir insidieux envahit sa poitrine alors que devant lui se tenait Cornedrue. Le patronus brilla dans la pénombre, le fixant de ses yeux argentés et Harry sourit sauvagement.
– Tiens-toi près, Ron, chuchota-t-il à toute vitesse alors que ce dernier hochait la tête, les yeux écarquillés. Les renforts arrivent…
Le patronus vacilla dans les airs avant de disparaître dans un nuage argenté.
Une seconde plus tard, Dobby apparaissait dans un craquement sonore dans la cave des Malefoy.
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Les morts étaient partout. Absolument partout. Les corps tordus étaient piégés sous les décombres, d'autres s'entassaient contre les murs quand ils n'étaient pas juste étalés au milieu du couloir. Lily avala difficilement sa salive. C'est à peine si elle pouvait encore marcher à travers le château en ruine. Elle se pressa un peu plus contre James et ce dernier la serra mécaniquement dans ses bras, le cerveau complètement anesthésié par l'horreur de la situation.
Ils évoluèrent à travers les décombres de Poudlard, au milieu des corps entassés, les cris de désolations résonnant tout autour d'eux. Il avait envie de vomir.
– Où… Où est Harry ? murmura finalement Lily à bout de force.
Elle était épuisée mais elle n'avait pas le droit de s'effondrer. Pas avant d'avoir retrouvé son fils, de l'avoir pris dans ses bras et de l'avoir mis en sécurité. Loin du cadavre de Voldemort et de cette foutue guerre.
Elle n'arrivait pas à se sentir fière de lui. Fière voudrait dire être prête à recommencer, à refaire les mêmes sacrifices. Elle était … horrifiée, quand elle pensait à tout ce que Harry avait dû endurer ces derniers mois. Et elle n'arrivait pas à se dire que toute cette souffrance en valait la peine. Elle n'avait jamais voulu imposer ça à son fils.
– … Je ne vois pas Ron et Hermione non plus, marmonna James contre elle. On va les retrouver…
Il vit Sirius et Remus s'approcher d'eux et un soulagement sans nom lui étreignit la poitrine. Sans un mot, Sirius les prit dans ses bras, inspirant profondément et James s'accrocha à lui comme si sa vie en dépendait.
– C'est fini… C'est fini…
Il ne pouvait que répéter cette litanie en boucle. La lourde odeur de sang le prit à nouveau à la gorge et il frissonna, réprimant un haut le cœur. Il avait vraiment envie de vomir.
Du coin de l'œil, James aperçut Tonks bander sa cheville d'un coup de baguette, le visage fermé, avant de se remettre debout. Elle leva les yeux vers eux et adressa un signe de tête à son cousin. Sirius hésita un instant avant de la prendre brièvement dans ses bras. Il ne lui avoua pas qu'à cause du dernier avertissement de Harry, une vingtaine d'année plus tôt, il n'avait pas quitté Remus d'une semelle pendant la bataille et que c'est uniquement par pur hasard qu'il lui avait sauvé la vie en même temps que le lycanthrope.
– Il faut… On devrait aider, commença difficilement James en observant avec désespoir les blessés qui affluaient en masse dans la Grande Salle.
Remus hocha douloureusement la tête. Voldemort était mort, la guerre était finie. Pour autant, tout était encore loin d'être terminée.
Un mouvement attira son attention et les Weasley au grand complet se dirigèrent vers eux. Molly serra James dans ses bras en pleurant sans bruit.
– Merci… parvint-elle seulement à articuler d'une voix étranglée. Merci… Pour nos enfants, pour…
– … Merci, mec, murmura gravement Fred, soutenu par son jumeau et James se retint de pleurer devant l'expression hantée de George.
– Est-ce… Est-ce que vous avez vu Harry ? demanda douloureusement Lily au moment où Ron et Hermione apparaissaient en courant dans la Grande Salle.
– James ! Lily ! crièrent-ils paniqués et les maraudeurs se retournèrent d'un geste sec vers eux, baguette à la main. Harry a… Harry a…
Ron tenta de reprendre son souffle alors que Lily écrasait la main de James dans la sienne, son cœur ratant un battement.
– Il était dans la Salle sur Demande. Il a… disparu à travers une arche…
– On n'a rien pu faire…
– On est désolé !
James ferma brusquement les yeux, inspirant fortement. Sirius et Remus les enlacèrent brusquement, Lily et lui et il se laissa aller dans l'étreinte en s'obligeant à respirer.
– Ce n'est pas votre faute, fit Sirius d'une voix douce au bout d'un moment. C'est… en fait…
Il chercha du regard l'approbation de James qui hocha doucement la tête, serrant Lily de toutes ses forces contre lui.
– On a quelque chose à vous dire, murmura-t-il d'une voix hachée. Ginny, tu devrais écouter, ça te concerne un peu, toi aussi…
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– … On ne sait pas vraiment quand il va revenir.
– … Je sais.
– On… On ne sait pas vraiment quel Harry va revenir.
– Je sais.
– … Ça… ça te va ?
Lily planta son regard vert dans les yeux de son mari.
– Il restera toujours mon fils, annonça-t-elle d'une voix forte en relevant la tête, mettant silencieusement au défi quiconque de la contredire. Quoiqu'il arrive.
James sourit tendrement et l'embrassa sur le front. Un rayon de soleil vint lui chauffer le visage et il se tourna vers le couple assis à côté d'eux sur un tas de gravats à l'entrée de Poudlard.
– Si c'est… ce Harry qui revient, il va falloir lui dire. Pour vous deux.
Remus haussa un sourcil à l'attention de James alors que Sirius grimaçait nerveusement. James fronça les sourcils, sentant venir l'arnaque.
– Comment dire ça d'une manière politiquement correcte… Je suis sûr qu'il nous a surpris à l'époque. Disons… Dans la salle de bain, dans la salle commune, dans les douches des préfets…
– Ah ! Cette fois-là était vraiment drôle, glissa Sirius alors que James prenait un air offusqué.
– Dans la tour d'astronomie, dans…
– Remus !
ET NOUS Y VOILÀ ! Vous l'attendiez et nous y sommes ! Enfin ! Le moment où Harry passe à travers le Voile… J'en profite pour vous dire officiellement que ce chapitre était l'avant-dernier de cette histoire. L'épilogue arrive dans deux jours et vous pouvez d'ors et déjà m'envoyer vos spéculations ! Héhéhé, je ne vous cache pas que j'ai hâte de lire ça !
Quelques remarques sur ce chapitre : oui je me suis fait plaisir avec les surnoms (Bambi, j'ai pas su résister). J'imagine James, Lily et Harry en train de regarder les Disney dans un grand moment d'ouverture à la culture moldue et James péter un câble en découvrant Bambi avant de se mettre à appeler son fils comme ça x) Et oui, j'ai bien mis Sirius et Remus ensemble ;) Pour moi, ils ont une relation amicale avec bénéfices lors de leurs études à Poudlard (Remus sortira d'ailleurs bien avec Mary pendant un temps !) et ce n'est que bien après la naissance de Harry qu'ils finissent par construire quelque chose à deux.
Et bien sur ce, je vous dis à samedi pour le dernier chapitre !
Aech.
