Chapitre 34
Natsu
Mon téléphone sonne juste après minuit, mais je ne dors pas encore. D'ailleurs, je ne suis même pas en pyjama. J'ai à peine passé la porte de chez moi après mon service chez Della que j'ai pris ma guitare pour me remettre au travail. Maintenant que Minerva a foutu en l'air notre duo, finis le repos et les moments de détente. À moins que je trouve un moyen magique pour jongler avec le boulot, les cours, Gray et le spectacle, le prochain mois va être atroce.
Je pose ma guitare et je regarde l'écran de mon téléphone. C'est Gray.
Lui : Je n'arrive pas à dormir. Toi ?
Moi : Est-ce que c'est un sexto ?
Lui : Pourquoi, c'est ce que tu veux ?
Moi : Non. Je bosse. Super stressé.
Lui : Raison de plus pour un sexto.
Moi : Calme tes ardeurs, mec. Pourquoi tu n'arrives pas à dormir ?
Lui : J'ai mal partout.
Oh le pauvre. Gray m'a appelé plus tôt pour me dire qu'ils avaient perdu le match et qu'il avait pris de grosses charges, il était en train de couvrir son torse de poches de glace.
J'ai la flemme d'écrire, alors je décide de l'appeler. Il décroche à la première sonnerie.
- Salut, dit-il d'une voix suave.
- Salut, je dis en m'allongeant sur mon lit. Je suis désolé, je ne peux pas venir faire des bisous magiques sur tes bobos, je travaille encore sur la chanson.
- Ne t'en fais pas. Il n'y a qu'un bobo qui a besoin de bisous, et tu as l'air trop occupé pour ça. Je te parle de ma bite, au fait, ajoute-t-il après une pause.
- Ouais, merci, j'avais compris, je réponds en riant.
- Tu as décidé quel morceau tu vas chanter ?
- Je crois, oui. C'est celui que je t'ai chanté le mois dernier quand on révisait. Tu t'en souviens ?
- Ouais, il était triste.
- C'est bien, triste. Il y a plus d'émotions. Au fait... j'ai oublié de te demander tout à l'heure... ton père était au match ?
- Il n'en rate pas un.
- Est-ce qu'il a reparlé de Thanksgiving ?
- Non, heureusement. Il ne daigne même pas me regarder quand on perd, ça me laisse un peu de répit, dit-il sur un ton amer. Mets-moi sur haut-parleur. Je veux t'entendre chanter.
- Tu veux donc que je te chante une berceuse ?
- J'ai l'impression qu'un semi-remorque m'a roulé dessus. J'ai droit à une distraction.
- Ok, je soupire en mettant le haut-parleur et en attrapant ma guitare. Mais surtout, si tu t'ennuies, n'hésite pas à raccrocher.
- Bébé, je pourrais te regarder peindre un mur blanc avec un coton-tige que tu ne m'ennuierais pas.
Je tente de réprimer un sourire, mais j'échoue lamentablement. Quel beau parleur.
Je me mets à l'aise et je reprends la chanson au début. Ma porte est fermée, et bien que les murs soient fins comme de la soie, je n'ai pas peur de réveiller Erza. La première chose que j'ai faite après avoir parlé à Fiona, c'est offrir à Erza des boules Quies en lui disant que j'allais chanter jusqu'à tard dans la nuit durant les prochaines semaines.
La plus étrange dans toute cette histoire, c'est que je ne suis plus en colère. Je suis soulagé. Minerva avait fait de notre duo une performance jazzy et kitch que je détestais. Et finalement, bien ce soit dur d'avoir été trahi, je suis mieux sans elle.
Je répète le morceau trois fois, jusqu'à ce que j'aie la voix enrouée et que je doive m'arrêter pour boire.
- Je suis toujours là, tu sais.
La voix de Gray me surprend et j'éclate de rire parce que j'avais oublié qu'il était là.
- Je n'ai pas réussi à t'endormir, alors. Je ne sais pas si je dois être flatté ou insulté.
- Flatté, bien sûr. Ta voix me donne des frissons. Impossible de s'endormir.
Je souris, encore, même s'il ne me voit pas.
- Il faut que je décide quoi faire du dernier refrain. Je ne sais pas si je dois finir sur une note aiguë ou grave. Ah, et peut-être que je devrais retravailler le couplet du milieu, aussi. Tu sais quoi ? J'ai une idée. Je vais raccrocher pour faire des tests. Et toi, il faut que tu dormes. Bonne nuit, mec.
- Dragneel, attends.
J'enlève le haut-parleur et je colle le téléphone à mon oreille.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
Il ne dit rien et un silence s'installe, ce qui n'arrive jamais avec Gray.
- Gray ? Tu es là ?
- Euh, ouais, désolé. Je suis toujours là. Est-ce que... est-ce que tu veux bien m'accompagner chez mon père pour Thanksgiving ?
- Tu es sérieux ?
Nouveau silence. Encore plus long et pesant que le premier. Je m'attends presque à ce qu'il retire l'invitation, et je ne lui en voudrais certainement pas. Maintenant que je connais la vérité sur le père de Gray, je ne sais pas si je suis capable de rester assis en face de lui sans lui sauter dessus pour l'étrangler.
Non, mais quel genre d'homme frappe son fils de douze ans ?
- Je ne peux pas y aller seul, Natsu. Tu veux bien venir avec moi ?
- Bien sûr.
