Notes:
Coucou, désolée pour le retard, je suis littéralement engloutie sous la masse de travail que demandent mes études. Mais voilà le chapitre, merci à ceux qui commentent, ça fait plaisir de voir un avis sur un truc que j'écris qui n'est pas une dissertation de temps en temps !
Chapitre 39 : Sansa
Sansa était toute seule avec Joy. Les autres étaient allé interroger les prisonniers dans les cachots. Bran était retourné dans sa chambre en état de choc. Sansa, rongée par la culpabilité, avait proposé de rester avec la jeune fille. Sansa n'était pas violente, elle avait rarement songé à faire du mal à quelqu'un, en tout cas jamais sans véritable motif, mais si Daenerys avait vraiment fomenté cette attaque contre son petit frère et Joy, alors, Sansa ne voyait pas d'autre solution que de la mettre hors d'état de nuire. Comment cette journée avait-elle pu basculer dans le cauchemarre?
-Joy, je t'en supplies, il faut que tu te réveilles, implora-t-elle à haute voix, se sentant parfaitement stupide.
En réalisant à quel point elle était terrifiée pour Joy, Sansa comprit qu'à un moment ou à un autre, peut-être progressivement, elle avait intuitivement décidé que Joy était de leur meute. Pas simplement parce qu'elle était la petite cousine de Tyrion, ni même seulement parce qu'elle et Bran partageaient ce lien étrange et fort, mais aussi parce qu'elle s'était attachée à elle comme à une petite soeur. Certes, Arya demeurait sa véritable soeur, et une des personnes qui comptait le plus pour elle. Mais Joy avait besoin de son aide, d'une manière qu'Arya n'avait jamais eu besoin.
Elle avait été si courageuse, ces derniers temps que Sansa aurait presque pu oublié que ce n'était pas une adulte. En fait, Joy était encore presque entièrement une enfant. Le serait toujours pleinement si la violence, la douleur et la guerre n'avaient pas dès le début croisé son chemin. Elle se leva pour ranimer le feu dans l'âtre, les heures s'écoulaient lentement sans que Joy ne se réveille ou que les autres ne reviennent. Désormais, elle se demandait si elle n'avait pas négligé ses devoirs de lady de Winterfell en étant pas intervenu directement auprès des assaillants de Joy et Bran. De toute façon, comme il s'agissait d'un cas de violence, ils seraient jugés par le tribunal de la ville d'hiver et non pas son conseil. Dès l'aube, ils seraient transférés dans les jôles de la ville, et il faudrait accompagner Bran pour qu'il puisse témoigner. En attendant, Sansa se concentra pour répondre à des lettres de la citadelle et de seigneurs Nordiens. Les premières lueurs de l'aube la trouvèrent assoupie sur ses papiers, et la première pensée qui lui traversa l'esprit fut que c'était sans doute la nuit de noces la plus originales qu'elle est vécu. Pourtant, se dit-elle, aucune des deux précédentes ne s'étaient déroulées comme elle l'avait prévu. La première fois, elle s'était préparée au pire, mais s'était endormie un peu gênée mais joyeusement seule dans son lit, tandis qu'à la seconde, alors qu'elle s'imaginait que Ramsay pourrait être un époux acceptable, elle avait perdu le peu d'innocence que lui avait laissé Port-Réal. Aujourd'hui, alors qu'elle avait choisi ce mariage, et l'appelait de tous ses vœux elle se retrouvait à dormir sur une chaise, à guetter avec anxiété le moindre mouvement de Joy Lannister. Elle aurait presque pu sourire, si la fillette n'avait pas été si désespérément immobile. Quelques instants plus tard la porte s'ouvrit et Tyrion entra. Il la rejoignit silencieusement et prit une de ses mains dans la sienne.
-Ils nous ont donné les noms de leur complices, expliqua-t-il, je suis désolé de t'avoir laissé sans nouvelle pendant si longtemps mais on a dû descendre dans la ville d'hiver pour les arrêter, c'est un réseau de chasseurs de primes, mais je ne pense pas que Daenerys ait pu les recruter, impossible d'envoyer des émissaires si loin au Nord avec la tempête.
-Vous avez prévenu les juges du tribunal ? questionna-t-elle en étouffant un bâillement
-Oui, et des jurés tirés au sort aussi, confirma-t-il, puis, une pointe d'amusement sur son visage, ils avaient l'air plutôt enthousiastes de pouvoirs juger des vrais hors la loi, à tel point que j'ai dû leur rappeler qu'il était trois heures du matin et qu'il serait préférable d'attendre une heure plus décente pour faire venir les témoins.
Sansa sourit de le voir sourire. Son sourire sans amertume lui avait été si rarement perceptible autrefois, lorsqu'elle était une enfant ottage et lui un prisonnier de sa propre famille.
-Tu crois que c'était la bonne chose à faire de leur confier la justice ? Je veux dire, c'était ce qui me semblait le plus légitime mais...
-Ils ont de la bonne volonté, rassura Tyrion, et le juge a même fait des études de lois à la citadelle, quand aux jurés populaires, ils sont dotés du même bon sens que n'importe qui. Et ils savent que c'est grâce à toi qu'ils ont un rôle actif dans les affaires judiciaires.
-Oui, tu as raison convint-elle, de toute façon honnêtement, je ne suis pas plus qualifiée qu'eux pour m'occuper de tout ça.
-J'aime le fait que tu puisses admettre de ne pas tout savoir, chuchotta-t-il, tu devrais aller te reposer, tu as l'air épuisé, je peux rester avec Joy jusqu'au retour de Mestre Nathan.
-Tu n'as pas dormi du tout, constata-t-elle, alors que je me suis assoupi un moment.
Puis après un silence, elle ajouta timidement:
-Je n'ai pas envie de m'éloigner de toi, avec la chance qu'on a, tu risquerais d'être enlever par des chasseurs de primes.
-Qui voudrait rançonner quelqu'un comme moi ! s'esclaffa-t-il.
-N'importe qui qui te connaîtrais, ou qui saurait à quel point tu comptes pour moi, réagit-elle, il s'était installé près d'elle sur la banquette à côté de la fenêtre, elle enfouit sa tête dans son épaule et avant qu'elle ne réalise ce qui se passait, des sanglots la secouaient.
-Tyrion, il faut que Joy se réveille, dis-moi que tout ira bien, elle est si jeune... et je me sens impuissante.
-Je ne peux pas te le promettre Sansa, fit-il d'une voix rauque qui se fêla légèrement comme s'il était choqué de sa propre capacité à lui refuser quoi que se soit, je n'ai aucun moyen d'en être sûr, mais je l'espère de toutes mes forces.
Sa voix était si profonde, ainsi, lorsque son oreille se nichait sur son torse, grave et tendre à la fois, il aurait pu lui faire croire n'importe quoi, sauf qu'il préférait lui dire la vérité, et c'était ce dont elle avait besoin au fond, même si elle ne s'en rendait pas compte.
La vérité, entre deux personnes qui avaient si rudement appris à mentir, était une chose inestimable.
Il déposa un baiser sur sa joue:
-Mestre Nathan va entrer d'un instant à l'autre, et si vous voulez conserver une certaine dignité devant lui Milady...
Il plaisantait, utilisant son titre, mais il avait raison, elle se redressa, s'écarta afin de maintenir une distance protocolaire entre eux, distance qui aurait déjà dû être effacée quelques heures auparavant.
-Je vais te chercher un petit-déjeuner, décida Tyrion, tu es si pâle, on dirait que tu risques de défaillir d'un instant à l'autre, il reste des gâteaux au citron.
Au moment ou Tyrion sortait de la pièce, Bran y pénétra, l'expression tourmentée.
Son regard se posa directement sur Joy, avec un air d'interrogation si complet que Sansa en eut un pincement au coeur. Elle n'aurait pas dû lire ce poème en public et lui donner ainsi l'occasion de le déchiffrer pardessus son épaule. C'était indélicat à l'égard des sentiments de Joy, bien sûr ce n'était qu'un poème, écrit par une adolescente. Mais pour Sansa, il ne faisait aucun doute, que, ne serai-ce qu'inconsciemment, ce poème parlait de Bran. Et à en juger par son trouble, son petit frère n'avait pas du tout envisager les choses sous cet angle avant cette nuit.
-Rien de neuf ? demanda-t-il, d'une voix étouffée.
Sansa fit tristement non de la tête.
Il ne fallut pas longtemps de la contemplation perdue de Bran pour que Sansa sente la panique commencer à monter en elle. Lorsqu'un de ses frères ou soeur ressentait une émotion forte en sa présence, elle lui étaient presque immanquablement communiquées.
-Quand elle se réveillera, débuta Bran d'un ton décidé, tu ne lui diras pas que j'ai lu son poème.
-Bien sûr que non, s'exaspéra sa grande soeur, je me préparai justement à t'expliquer qu'il valait mieux ne pas mentionner ce que tu as lu. Ne te préoccupes pas trop de ça Bran, relativises en te disant qu'à une époque, je voulais en écrire à Joffrey.
Bran fit mine de vomir:
-Mais tu ne l'avais pas fait ?
Sansa haussa les épaules:
-Je suppose que c'est là que j'aurai dû me rendre compte qu'il y avait un problème, je ne trouvais rien de gentil à écrire sur lui.
-Cela ne veut pas forcément dire qu'elle a... des sentiments pour moi ?
-Non, fit Sansa, bien qu'en son for intérieur il subsistait peu de doutes à ce sujet, c'est peut-être juste qu'elle te voit comme son meilleur ami, ou en tant qu'hivernale, ou peut-être que ce texte parlait de quelqu'un d'autre.
-Qui ? demanda aussitôt Bran.
-Je n'en sais rien, accorda Sansa, mais je pense que nous ferions mieux de trouver un moyen pour que Joy aille mieux.
Sur ce, Mestre Nathan pénétra dans la pièce et Bran en sortit, l'air maussade.
-Je pensais que la proximité de l'œuf et de Bran suffirait à la ramener, chuchotta le Mestre au cas ou Bran écoutait derrière la porte.
-Peut-être qu'il faut provoquer son mécanisme de défense, il commençait à avoir une connexion avec Joy et Bran lorsqu'il leur a sauvé la vie, réfléchit Sansa à haute voix.
-Peut-être, fit le Mestre, mais ni vous ni moi nous ne nous y connaissons en magie, Sansa, je suis un savant et...
-Il n'y a pas vraiment d'expert en magie, compléta Sansa, si Ilirian, Arya et Bran, qui sont les êtres les plus magiques présents dans le Nord n'ont pas d'idées...
-En tant que guérisseur je ne peux pas grand chose, admit Mestre Nathan, en fait, depuis l'attaque de Mélisandre, je m'attends toujours à ce que quelqu'un sauve le coup par quelque pouvoir divin. Comme pour les jambes de Bran qui ont mystérieusement décidé de fonctionner, ou ces étranges cicatrices... je m'en excuse Lady Sansa, j'ai un peu oublié le fait que parfois, nous devions trouver des solutions par nous-mêmes.
Mestre Nathan s'adressait ces reproches à lui-même, mais ils touchèrent une corde sensible chez Sansa. Elle en avait assez d'être impuissante et d'attendre les miracles, ils n'existaient pas. En fait, même tous les actes hors du commun auxquels elle avait assisté avaient nécessité de la volonté de la part de ceux qui les avait accompli. Elle posa le regard sur l'œuf qui gisait inerte sur la table de chevet.
-Joy doit souffrir d'un choc crânien, expliqua le Mestre, je lui ai appliqué des herbes médicinales et beaucoup de glace pour faire dégonfler sa bosse, mais les saignements de nez sont de mauvaise augure, je crains de ne rien pouvoir faire de plus.
L'abattement se lisait clairement sur le visage du jeune Mestre.
-Vous faites déjà tout ce que vous pouvez, assura-t-elle, pourriez-vous rester auprès d'elle un moment. Il faut que je fasse quelque chose ?
Mestre Nathan acquiesça distraitement en s'affalant sur une chaise. Sansa avait une idée, ce n'était sans doute qu'une sottise que son cerveau fatigué avait inventé pour se donner une tâche et cela la terrifiait mais elle devait tenter. Avec appréhension elle s'approcha pour récupérer l'œuf mais stoppa son geste à la dernière seconde. Elle sentait qu'elle ne devait pas le toucher directement. Il fallait qu'il reste en contact avec quelque chose qui maintenait son lien avec Bran et Joy. Une lumière s'alluma dans son esprit, et avec une toute petite pointe de regret, elle déchira à l'aide de sa dague, un morceau de sa robe tachée du sang de Joy et de celui de Bran.
Elle avait du mal à croire qu'une telle coïncidence puisse s'être produite. Peut-être était-ce un signe qu'elle était sur la bonne voie.
Alors que Mestre Nathan ouvrait une bouche bée, et des yeux incrédules, elle se rappela un peu tard de sa présence et qu'elle venait de déchirer l'épaule droite de sa robe et que celle-ci ne tenait plus qu'à un fils, ou plutôt moitié moins de coutures. Se recouvrant précipitamment de sa cape au cas ou le tissu délicat viendrait à céder elle brandit le pan déchiré devant elle, en une arme apparemment futile. Sans un mot, elle l'enroula autour de l'œuf et tourna les talons:
-Je dois tenter quelque chose.
-Lady Sansa, je n'ai aucune idée de ce que vous comptez faire, réunissez le conseil et discutons en...
-Je ne suis pas entrain de devenir folle, assura-t-elle, tout autant à son bénéfice que pour Nathan, et je ne veux pas donner de faux espoirs à Bran ou à Tyrion, restez avec Joy, et ne dites rien.
Heureusement, Sansa ne croisa personne sur son chemin. Elle ne pouvait pas se mentir à elle-même, le fait de porter un oeuf de dragon la mettait mal à l'aise. Enfant, elle n'avait pas, comme Tyrion, été fascinée par ces créatures. Au contraire, lorsqu'ils apparaissaient dans les contes de Vieille Nan, elle suppliait pour qu'elle ne s'étende pas sur leur description ou les combats terribles qu'ils infligeaient aux chevaliers mais plutôt qu'elle se concentre sur ces derniers. Vieille Nan ne l'écoutait pas car les garçons et Arya la pressaient de leur donner un maximum de détails. Sa voix douce et éraillée par les ans résonna un instant dans son esprit, écho de paroles prononcées jadis au coin du feu, "Patience, Sansa, pour avoir une fin heureuse, il faut toujours en passer par les dragons, sinon tu ne verras pas de héros, ma chérie !".
Vieille Nan avait raison, et Sansa avait affronté bien piRes dragons que celui-ci.
Lorsqu'elle arriva près de la rivière, elle ne se laissa pas le temps de réfléchir, elle s'agenouilla sur le rebord de l'eau et plongea le petit paquet de tissu bleu et argent dans le lac. Lorsque ses mains entrèrent en contact avec l'eau, elle ne pût retenir une exclamation de douleur mais elle se força à plonger ses bras jusqu'aux coudes, pour bien immerger l'œuf. IL avait pris vie lorsqu'il avait été précipité dans la rivière gelée, peut-être que cette seconde baignade lui donnerait la force de sauver Joy, avec un courant de chaleur ou d'énergie, qu'importait, pourvu que cela fonctionne. Mais elle ne savait pas quel signe attendre.
Ayant retiré sa cape pour ne pas la tremper, elle grelottait violemment seulement couverte des lambeaux de sa robe, de ses bas et de sa chemise de soie.
-Je t'en pries, sauves Joy "
Pensa-t-elle, alors que ses mains la brûlaient atrocement, plongées ainsi dans l'eau qui lui semblait brûlante et glaciale à la fois. Elle peinait à comprendre comment Bran et Joy avait pu survivre à cela. Elle sortit le paquet de l'eau, aucune chaleur n'en émanait. Elle sentit le découragement s'abattre sur son organisme déjà éprouvé. Ses genoux vissés dans le sol gelé commencèrent à s'engourdir. Elle refusa d'abandonner, remettant sa cape, pour tenter de se réchauffer, elle se dit que l'œuf présentait une connexion émotionnel avec les deux adolescents, et que peut-être il se nourrissait du lien émotionnel qui s'était établi entre eux. Sauf que ce lien était apparemment plus fort chez Joy que chez Bran, l'inconscience de la jeune fille devait avoir grandement amoindri ses pouvoirs.
Elle serra contre elle l'œuf entouré de tissu, plus pour empêcher ses bras de trembler convulsivement à cause du froid que parce qu'elle pensait que cela aiderait à faire passer son message.
-aides-nous s'il te plaît " murmura-t-elle. "Pour Joy, pour Bran,"
De longues minutes passèrent. Elle devait retourner à l'intérieur très rapidement, sinon elle allait geler sur place. Sous ses doigts engourdis, elle sentit soudain quelque chose bouger, comme si la surface se fendillait... s'émiettant avec la même fragilité qu'un bonhomme de neige. La terreur la prit à la gorge, enfonçant ses ongles glacées au plus profond de sa chaire. Cela ne pouvait pas être entrain d'arriver. C'était irrationnel, mais elle croyait percevoir le goût des cendres sur sa langue, la fumée dans ses poumons et ses yeux, et Drogon au-dessus d'elle. Elle ne voulait pas d'un autre Drogon dans le monde. Pas d'un autre danger planant sur sa meute. Et pas aussi près de sa famille. Elle n'aimait pas les choses incontrôlables, les choses qu'elle ne pouvait pas contrôler seule. La glace, La froideur, la rigueur, les règles, c'était son domaine, elle savait comment les domestiquer. Mais le feu des dragons, leur liberté, leur énergie destructrice, leur flamboiement, que pouvait-elle y comprendre ? Mais au bout d'un temps, il lui apparut qu'elle était à la croisée des chemins.
Soit l'œuf éclosait, et ils auraient une chance que cela réveille Joy, soit il ne le faisait pas et Sansa avait le pressentiment que dans ce cas là, il ne pourrait rien pour elle. Elle tenta de se calmer et de réfléchir posément. Ce n'était pas à la gardienne du Nord de prendre cette décision. Pourtant, l'œuf avait cessé de se fendre, comme s'il attendait encore quelque chose pour pouvoir éclore. Elle devait le rapporter auprès de Bran et Joy. Ce n'était pas son rôle de s'occuper de cette créature. Mais peut-être était-ce son rôle de lui accorder la permission d'exercer sa magie sur les terres nordiennes. Peut-être était-ce un échange, l'éclosion de cet oeuf contre la survie de Joy.
Le prix n'était pas trop lourd à payer pour elle. Elle ne sacrifierait pas volontairement la vie d'une amie, pour sauvegarder sa tranquillité d'esprit et l'équilibre de son royaume. Instinctivement, sans être bien sûre de ce qu'elle faisait, elle ouvrit le paquet, et effleura la surface de l'œuf de ses doigts rougis par le froid. Puis, récoltant sur le sol en tâtonnant à proximité, elle remplit le tissu de neige, en laissant l'œuf au milieu:
-Si tu dois naître, qu'il en soit ainsi, mais protèges Bran et Joy quoi qu'il advienne, implora-t-elle, ne se sentant pas dans son état ordinaire, transie de froid, le coeur battant contre ses côtes, Sansa rentra en courant au château.
Elle s'attendait à trouver la chambre de Joy déserte, exception faite de Mestre Nathan. Elle fut choquée en y trouvant Tyrion, Bran, Arya, Faérie et Ser Edmund.
-Sansa ! s'écrièrent plusieurs voix apeurées en la voyant surgir, tremblante et trempée, et serrant contre elle un paquet duquel s'échappait de la neige.
-Tout va bien, je voulais juste provoquer une réaction de la part de l'œuf expliqua-t-elle, hors d'haleine, et je crois que ça a marché.
Elle sortit l'œuf de sa robe et le montra aux autres, il était fendillé.
Bran était le plus proche, il le prit des mains de sa soeur avec empressement et le déposa sur la paume ouverte de Joy.
-Qu'as-tu fais ? interrogea Tyrion, mi-intrigué, mi-inquiet.
-J'ai replongé l'œuf dans le lac, répondit-elle avec un sourire au milieu de ses claquements de dents, j'ai supplié qu'il sauve Joy et j'ai accepté qu'il éclose si c'était nécessaire.
-Mais tu voulais absolument éviter ça, fit remarquer Arya perplexe, et puis pourquoi est-ce que cela aurait changé quelque chose ?
-Je ne peux pas contrôler la magie du nord, répondit Sansa, même si cela me fait peur, en revanche l'œuf est connecté aux émotions de Joy et de Bran, à l'affection qu'ils se portent, je pense que j'y ai rajouté la confiance des Stark.
-Tu dois mourir de froid, il faut que tu te réchauffes.
Tyrion ne se souciait plus du tout de l'œuf désormais, complètement concentré sur ses tremblements:
-J'imagine qu'il n'a pas produit de chaleur pour t'aider, rappela Faérie, impitoyablement, en lui passant un manteau sec, Sansa sortit de la pièce un instant pour se changer. Lorsqu'elle revint, Bran avait posé ses doigts sur l'œuf et une étrange bouffée de chaleur s'éleva autour d'eux.
Les autres occupants de la pièce, Sansa comprise, ne purent qu'observer alors que peu à peu, la coquille de l'œuf se craquelait jusqu'à disparaître tout à fait pour laisser à sa place la plus étrange créature que Sansa ait jamais vu. Il était déjà plus gros que le minuscule oeuf qui l'avait contenu et ne tenait pas dans la main de Bran. Quand Sansa s'imaginait un dragon, elle voyait un monstre gigantesque prêt à détruire une ville. Cet animal avait bien des ailes mais elles étaient aussi fines que celles d'un papillon. Il avait bien des écailles et la forme globale d'un dragon miniature, mais curieusement, Sansa ressentit un fort élan de protection pour ce petit être maladroitement gracieux, apparemment sans défense. Il poussa un petit cri à fendre l'âme et ce fut à ce moment là que Joy remua et se redressa en sursaut. Il lui fallut quelques secondes pour parcourir la scène du regard et l'analyser puis, le petit dragon se nicha dans son cou, et Bran et Joy échangèrent l'un des sourires les plus purs que Sansa ait jamais eu l'occasion de contempler.
Le petit dragon battit des ailes et ils constatèrent qu'il pouvait déjà voler, d'une manière certes pâtaude, mais lorsque Bran et Joy se sourirent il grandit soudainement et atteint la taille d'un petit chat...
-Que s'est-il passé ? finit par interroger Joy d'une petite voix.
Sansa se chargea de la mettre au courant des derniers événements en passant sous silence l'exposition malencontreuse de son poème.
-Vous croyez que sa couleur pourrait venir de ça ? souffla Joy, en pointant le tissu bleu strié de dentelle argenté de la robe de Sansa, ou du moins ce qui avait été sa robe.
Elle avait scruté le dragon sans faire le lien dans sa tête, il y avait eu tant de choses à remarquer en même temps. Mais maintenant que Joy le mentionnait, le bébé dragon était bleu, avec des ailes argentées aussi fines que de la dentelle.
-Ce n'est pas possible...
-Pourtant, c'est exactement la même couleur, maintint Joy.
Sansa sentit les battements de son coeur s'accélérer sans raison apparente.
-Il est magnifique en tout cas, constata Tyrion, il y avait quelque chose d'émerveillée dans sa voix. C'était si rare que Sansa aurait voulu avoir un moyen d'immortaliser son expression.
-Merci beaucoup Sansa ! continua Joy.
-Je ne suis même pas sûre d'avoir fait quelque chose, soupira Sansa, mais j'étais sûre de vouloir que tu survives plus que de ma peur que ce dragon éclose. Et je ne le regrette pas du tout. Maintenant, il serait peut-être bien de lui donner un nom.
-Boréalys, souffla Joy avec un sourire bien trop emphatique pour quelqu'un qui se remettait à peine d'une commotion cérébrale.
Faérie, qui jusque là était demeurée bouche bée devant le miracle, laissa échapper un gloussement ahuri:
-Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda-t-elle, ne te vexes pas joy, mais ce n'est pas un nom de dragon !
-C'est vrai que ce n'est pas très menaçant, ajouta Edmund.
-Il n'a pas à l'être, déclara calmement Joy, notre dragon est différent, il n'est pas venu au monde pour le détruire par le feu et le sang, c'est une lumière du nord, comme les aurores boréales.
-J'aime beaucoup ce nom, ajouta Sansa, lorsqu'elle vit que Joy hésitait un peu, bien-sûr Sansa se garda bien de mentionner le fait qu'ils seraient sans doute la risée de Westeros pour ça, et sa signification aussi, ajouta-t-elle, avec plus de conviction.
Joy se tourna légèrement vers Bran et le garçon parut embarrassé.
-Tu as une autre idée ? s'enquit-elle.
-Non, c'est... c'est très joli assura Bran, et je pense que ça lui ira bien on ne sait pas si c'est un mâle ou une femelle mais c'est un prénom qui va pour les deux.
Sansa s'en voulut de devoir ramener tout le monde à la réalité.
-Vous avez intérêt à trouver un moyen de le contrôler d'ici demain, prévint Sansa, parce que tout cela ne nous dégage pas de notre promesse au roi.
-Mais ! s'exclamèrent d'une même voix Bran et Joy, leurs visages montraient une expression si similaire que s'en était adorable. Ils ouvrirent de grands yeux paniqués, et se redressèrent, prêts à défendre le petit dragon ou peut-être se défendre mutuellement.
-Mais je vous promets qu'on reviendra dans le nord avec Boréale...
-Boréalys, ! corrigea Joy, avec un sourire, elle se leva de son lit sans crier gare.
-Attention Joy, s'écria mestre Nathan, tu t'es pris un gros coup à la tête.
-Ho, je me sens très bien, assura-t-elle.
-Non tu vas te reposer, contesta doucement Tyrion, en rattrapant sa petite cousine lorsqu'elle chancela, on va te laisser avec... la Lumières du nord.
Joy acquiesça, et ils la laissèrent se reposer, Sansa se sentant légèrement anxieuse à l'idée de confier sa petite protégée à un monstre bleu certes apparemment inoffensif
Le lendemain matin, Sansa se réveilla paisiblement, comme elle ne l'avait pas fait depuis une éternité. Aucun cauchemars ne l'avait tiré du sommeil abruptement, en la lacérant avec des souvenirs de visages ensanglantés, aucune crise de panique ne la força à se lever pour aller vérifier que ceux qu'elle aimait était sains et saufs, et elle avait une certitude étrange de l'être, seine et sauve. Elle n'avait pas froid, et se sentait en sécurité, d'une manière primitive, par l'absence de danger, et aussi à un niveau plus complexe, parce que ce calme là ne pourrait profondément pas lui être arraché, quelque soit les événements. Des images et des sons venus d'un autre monde que le sien, bouillonnaient dans son esprit, venus d'un monde où l'amour existait réellement, où il pouvait se répandre dans toutes ses cellules.
Elle se concentra pour calquer son rythme de respiration sur le sien.
Tyrion n'était pas endormi, elle le sentait dans une légère tension dans ses épaules sous ses doigts, mais il ne bougeait pas d'un millimètre sans doute par crainte de troubler son repos. Ou peut-être que, comme elle il tentait de fixer cet instant dans sa mémoire.
À contrecœur, elle finit par rompre le silence de plus en plus emplis de déni qui les recouvrait:
-Bien dormi ?
Il eut un sourire qu'elle sentit plus qu'elle ne le vit dans l'aube grise.
-Je crois que je n'ai jamais aussi bien dormi.
Elle le poussa gentiment, il enfouit sa tête dans l'oreiller une seconde en un geste adorable:
-Arrêtes, on est déjà mariés, je te rappelle, tu n'as pas besoin de me convaincre par des flatteries de rester avec toi.
-Qui a dit que c'était grâce à toi ? interrogea-t-il, narquoisement.
Sansa sentit le rouge lui monter aux joues, ce qu'elle n'aurait plus cru possible, avec ce qui avait transparu entre eux la nuit dernière. À cette pensée, son cœur manqua un battement et son rougissement redoubla d'intensité.
-Je... balbutia-t-elle, je ne voulais pas dire que... désolée..je...
-Sansa, murmura-t-il, mi-attendri mi-peiné par son manque de confiance apparemment, évidemment, je faisais référence à ta présence et à rien d'autre.
Il attrapa une mèche de ses cheveux pour dégager son visage, la laissant glisser entre ses doigts.
Elle prit sa main, il savait ce qu'elle devait dire, et elle savait que tout deux n'avaient pas envie de l'entendre. Après tout, peut-être que si Sansa ignorait complètement le monde réel, les dragons, la politique, et ses responsabilités, alors ils pourraient juste rester dans les bras l'un de l'autre pour toujours.
-Tu dois les accompagner à Port-réal, c'est ça ?
-Maintenant que le dragon est né, les enjeux sont encore plus grands, Jon les protégera physiquement, mais il ne se méfiera pas assez de Daenerys, expliqua-t-elle, si je n'y vais pas les habitants de Westeros me verront comme une autre noble sans intérêt qui ne se déplace pas elle-même lorsqu'un dragon né dans son château. Je dois montrer que je me soucie de ce royaume.
-C'est vrai, admit-il, ce qui la surpris un peu. Leur dernière dispute avait été à ce propos, lorsqu'il l'avait conjuré de ne pas se mettre en danger en allant à Port-réal où elle serait obligatoirement confronté à Daenerys. Il dût lire ses réflexions sur son visage puisqu'il poursuivit:
-Sansa, l'autre jour, j'ai été irrationnelle je ne comprenais pas moi-même pourquoi je ne voulais pas te laisser aller à la capitale. Je voudrais pouvoir te protéger de tout. Des marcheurs blancs et des reines folles, des migraines et des décisions désagréables. Il sourit: Je me suis montré particulièrement inapte à le faire. mais je ne peux pas faire ça, t'eMPêcher d'avoir de l'ambition. Parce que tu seras véritablement reine un jour, si et seulement si c'est ce que tu souhaites.
-Ho! Tyrion, murmura-t-elle, c'est stupide mais j'ai peur de quitter le château, je.. à chaque fois que je l'ai quitté j'ai perdu quelque chose.
-Ça ne sera pas comme ça, cette fois-ci, on sera tous avec toi et... Il s'interrompit au milieu de sa phrase.
Ses yeux verts se plantèrent dans les siens, réalisant doucement ce que Sansa s'apprêtait à faire:
-Tu dois rester ici, quelqu'un doit gérer Winterfell, et ça ne sera sans doute pas Arya.
-Es-tu certaine que c'est ce que tu veux ? questionna-t-il anxieusement.
-Non, Ce n'est pas ce que je veux corrigea-t-elle, c'est ce que nous devons faire, rien que d'y penser je sens toutes les fibres de mon être protester et...
Sansa sentait que les mots lui manquaient et que les larmes étaient sur le point de les remplacer. Elle se mordit la lèvre pour tenter de les empêcher de couler, dans un vieux réflexe.
-Je t'écrirai des lettres tous les jours, décida Tyrion, Sansa était consciente des efforts qu'il faisait pour sourire et se montrer fort face à la situation.
-Je reviendrai le plus vite possible, leur promit-elle à tous deux, peut-être que d'ici là Boréalys pourra transporter des gens sur son dos et qu'il pourra nous ramener en quelques heures de vol.
C'était difficile à croire étant donné le gabarit actuel du dit Dragon.
-Si tu es prête à monter sur le dos d'un dragon pour revenir plus vite, c'est que tu...
-Ne dis pas quelque chose que tu pourrais regretter le coupa-t-elle avec un rire malicieux, c'est que je suis une gardienne du nord responsable qui veut revenir le plus rapidement possible à son poste.
-Je t'aime, et aucun voyage ne pourra jamais changer ça, affirma-t-elle en se blottissant contre lui.
-Je t'aime, murmura-t-il, et il reste encore une heure avant que tout le monde ne vienne nous chercher...
Cette fois, il ne parut pas à Sansa Stark qu'elle fuyait la réalité lorsqu'elle se perdit dans l'étreinte de Tyrion Lannister, mais plutôt qu'elle puisait en eux, dans leur souffle et leur bonheur partagé, l'énergie nécessaire pour affronter le monde et reconstituer une fois de plus son identité à partir des éclats de glaces qui se détachaient de son coeur.
C'est ainsi que le lendemain matin, Sansa dût prendre la route accompagnée d'une vingtaine de chevaliers, de Jon, Bran, Joy et de leur dragon. Winterfell restait peuplé de son conseil restreint, de Tyrion, d'Arya et d'Ilirian, et bien qu'elle soit heureuse de pouvoir compter sur eux, la séparation lui pesait déjà. Mais plus lourd encore était le poids de la culpabilité lorsque ses pensées s'attardaient sur les deux adolescents, désormais presque inséparables quoique gênés, qu'elle était obligée de conduire dans une ville qu'elle ne pouvait considérer que comme un nid de vipères.
Notes : Voilà, bon honnêtement j'avais écris des micros passage de ce chapitre il y a un long moment (peu-être un an et demi) sans aucune idée de comment on en arriverait là, ça donne des dialogues un peu convenus par endroits je trouve, mais en même temps je n'arrivais pas à les changer. Je dois aussi admettre que j'ai voulu tellement mettre de symboles dans la naissance de Boréalys que du coup c'est devenu un peu too mucH !
Sinon, je suis en train d'écrire le dernier chapitre de cette fic et l'épiloguE, je les posterai en même temps je pense.
Merci si vous êtes arrivés jusqu'ici !
