HERE FOR YOU

par wisegirl2772

traduction de m13a


Chapitre 34

La sorcière fouillait dans des tiroirs pleins à craquer de vêtements lorsque qu'un craquement sourd se fit entendre dans son appartement. Quelques chemisiers lui échappèrent alors que sa main s'emparait de sa baguette dans sa poche arrière. Elle se retourna d'un coup sec, prête à faire face à la personne qui venait de transplaner chez elle. Elle était sur le point de lancer un maléfice bien senti vers la silhouette, lorsqu'elle reconnut les cheveux roux et les épaules larges. Charlie leva les mains en l'air en signe de défense, essayant d'éviter de se prendre un sort de la part d'Amy. Cela faisait à peine cinq minutes qu'Amy avait quitté le square Grimmauld dans un grand fracas, le teint livide, mais sa chambre était déjà dans un état pitoyable. Elle le fixa un instant, avant de reprendre ce qu'elle était en train de faire. Elle se pencha pour ramasser les habits au sol avant de les fourrer dans un sac à ses pieds que Charlie venait tout juste de remarquer. Il la regarda une minute, tandis qu'elle faisait le tour de ses placards.

« Amy, » l'appela Charlie d'une voix forte et posée, qui contrastait avec le froissement des vêtements. « Amy. » Elle continua à l'ignorer, alors il se rapprocha et mit une main sur son épaule. Elle se dégagea en réponse, continuant sa fouille. Dans un soupir, Charlie lui attrapa les mains pour qu'elle arrête de s'agiter. Elle se débattit un moment avant d'abandonner, la tête basse. Charlie l'observa avec curiosité. Elle reniflait doucement derrière le rideau de ses cheveux bouclés. Lentement, Charlie relâcha l'un de ses bras, relevant la main jusqu'au visage dévasté d'Amy. Il posa ses doigts sous son menton, lui relevant la tête pour croiser son regard. Les traces de ses pleurs formaient des sillons évidents sur ses joues, et ses yeux brillaient déjà de la vague de larmes à venir. Son nez était rouge, coulait, mais tout ce que Charlie voyait, c'était son air désespéré et nerveux, si évident maintenant qu'il lui faisait face.

« Amy, » chuchota Charlie, implorant. Son pouce lui caressait délicatement la joue, effaçant ses larmes. « Amy, qu'est-ce qui se passe ? »

Son menton trembla juste un instant avant que les larmes ne s'échappent à nouveau des coins de ses yeux. Charlie se figea alors qu'elle se mettait à pleurer, pas vraiment sûr de la marche à suivre. Amy se laissa aller contre son torse, et il hésita une seconde avant de l'envelopper de son étreinte, la pressant fort contre lui. Bien sûr qu'il l'avait réconforté les semaines précédentes lorsqu'elle avait pleuré après son renvoi, mais là c'était différent. Ces larmes n'étaient pas des larmes de frustration ou de colère, mais bien des larmes de désespoir et d'inquiétude. Il laissa ses doigts jouer dans les cheveux d'Amy, lui murmurant des mots doux à l'oreille. Amy agrippa la chemise de Charlie, se raccrochant au peu de stabilité qu'il restait à son monde, qui avait visiblement décidé de la faire danser.

L'étreinte et la chaleur de Charlie firent leur chemin jusqu'à son cœur, ses pleurs se calmèrent lentement en hoquets et longues inspirations. Ses doigts lâchèrent sa chemise froissée et trempée de larmes, et elle tenta de se remettre sur pieds. Charlie n'avait pas vraiment envie de la laisser partir. Elle posa ses paumes à plat sur les épaules du sorcier, se forçant à retrouver une respiration normale malgré sa gorge serrée. Ils se tinrent là en silence, la respiration sifflante d'Amy le seul bruit entre eux deux.

« Je suis bête, » chuchota enfin Amy, bloquée sur une tâche sur la chemise de Charlie. « Égoïste, même. » Charlie lui lança un regard curieux, se demandant pourquoi elle pensait cela.

« Toi ? » finit-il par questionner. « Égoïste ? » Il rigola, mais le cœur n'y était pas. « Je ne suis pas sûr que ça soit possible, ma belle. » Amy tenta de lui lancer un regard noir au travers de ses cils trempés, puis renifla bruyamment. Elle se passa la langue sur les lèvres, et regarda Charlie dans les yeux.

« Mon père… » Elle se racla la gorge alors que Charlie étudiait son visage. « Mon père est à l'hôpital. » La poigne de Charlie sur sa taille s'intensifia d'un rien, ses doigts s'enfonçant un peu plus dans sa peau.

« Et pourquoi est-ce que ça fait de toi quelqu'un d'égoïste ? » l'interrogea-t-il doucement, la tête légèrement penchée sur le côté. Un éclair de colère traversa les pupilles d'Amy.

« Parce que, » reprit-elle d'une voix bien plus forte. « Je suis là à pleurnicher à propos de mon père qui est à l'hôpital à cause de son cœur alors que ton père était tout juste à l'hôpital aussi ! Et pour un problème bien pire que ce qui arrive à mon père. Mais toi tu ne t'es pas effondré en larmes, tu n'as pas envoyé valser la moitié de ton appartement ! » Charlie parcourut la pièce du regard et nota pour la première que des morceaux de verre jonchaient le sol de l'appartement. Des fleurs, que Charlie lui avait achetées seulement quelques jours plus tôt dans une tentative pour lui remonter le moral, gisaient sur le parquet dans leur flaque d'eau.

« Amy, tu as le droit de ressentir des émotions, » la rassura Charlie, se reconcentrant sur les yeux sombres de la sorcière. « Un truc sérieux est arrivé à ton père, et tu es sa fille, tu as le droit de t'inquiéter. » Amy détacha ses doigts de ses épaules et s'éloigna de lui, mettant un peu de distance entre elle et son sorcier. Elle croisa les bras sur son ventre pour tenter de retenir un peu de sa chaleur.

« Mais mes émotions ne devraient pas me réduire à une personne narcissique qui perd la boule ! » protesta Amy, secouant la tête alors qu'elle tentait de trouver ses mots. « À chaque fois, j'envoie balader toutes mes priorités quand un truc m'arrive. Voila pourquoi je suis égoïste, » assena-t-elle en se retournant vers Charlie. « Il y a un million de choses plus importantes qui se passent dans le monde, tant de souffrances, tant de personnes innocentes, et moi, tout ce qui me préoccupe c'est ma vie, mon bonheur, ma famille. » Sa respiration se faisait lourde.

« Non mais franchement, quel genre de personne est si absorbée par son nombril qu'elle serait prête à complétement foutre en l'air la paix dans le monde pour aller voir sa famille ? J'ai des responsabilités vis-à-vis de l'Ordre, et je me dois à moi-même de rester ici pour aider, pour protéger les autres de ce qui… » Elle laissa sa phrase en suspens. « Protéger les autres de ce qui pourrait arriver, mais non, tout ce à quoi je pense c'est ma famille et ce que moi je veux. »

Elle réalisa alors à cet instant que c'était la première fois qu'elle parlait vraiment de son père à quelqu'un ici. D'accord, elle avait discuté de sa santé avec Georgie, Michelle et Kathy, discuté du fait qu'elle avait extrêmement peur pour son père et pour sa vie, mais elle n'avait jamais vraiment évoqué toute la colère que la situation déclenchait en elle. Elle avait passé son adolescence à être délaissée et comparée à ses frères et sœur bien plus accomplis qu'elle, et maintenant sa vingtaine était ternie par son père qui les inquiétaient tous à cause de son mode de vie pas très sain.

« Si tu es coupable d'une chose, Amy, » Elle releva des yeux pleins de tristesse vers Charlie, qui, elle le comprenait maintenant, savait à présent à quel point elle était narcissique. « Ce n'est certainement pas d'être égoïste, » Amy rit jaune, de manière pas très glorieuse, montrant qu'elle n'en croyait pas un mot, mais Charlie leva une main pour qu'elle le laisse parler. « Mais plutôt d'aimer ta famille entièrement et sincèrement, et de faire preuve de loyauté envers ceux que tu aimes. » Il s'approcha d'elle de quelques pas, tentant de la convaincre. « Tu ferais n'importe quoi pour venir en aide à tes proches, même si cela inclut devenir un peu trop préoccupée et stressée. Mais tu t'en fiches, tant que ceux que tu aimes sont heureux. »

Il soutint son regard, cherchant à lui faire comprendre son point de vue. « Tu n'es pas égoïste, tu donnerais ta vie et ton bonheur pour t'assurer de la sécurité de quelqu'un d'autre, même quelqu'un que tu ne connais pas. C'est pour ça que tu fais partie de l'Ordre, pour protéger ceux qui sont sans défense. Tu serais prête à sacrifier la Terre entière, ta propre existence, pour sauver quelqu'un d'autre, et c'est pour ça que tu tentes de faire tout et n'importe quoi pour ton père, pour ta famille. Parce qu'au fond - » Il posa un doigt sur sa poitrine, juste au-dessus de son cœur. « - tout ce qui compte pour toi c'est l'amour, et tu remuerais ciel et Terre pour être sûre que tes proches soient sains et saufs. »

Une seconde de silence passa entre eux deux, puis Amy se jeta dans les bras de Charlie, enroulant ses mains autour de son cou pour l'attirer à ses lèvres impatientes. Ils ignorèrent la douleur que la force de leur baiser causa, dents contre bouches, se concentrant sur le fait qu'ils s'étaient retrouvés. Un peu sous le choc, Charlie se reprit et agrippa sa taille de ses mains calleuses, la tenant aussi près que possible de lui, alors que les mains d'Amy jouaient avec les cheveux roux qui bouclaient légèrement dans sa nuque. Le sac de voyage à moitié fait d'Amy gisait à leurs pieds, oublié, tandis qu'ils approfondissaient leur baiser, fiévreusement, férocement.

Amy débordait d'émotions. Elle était toujours en colère après Molly et après ce que la sorcière lui avait dit, elle haïssait toujours Ombrage de tout son cœur. Elle savait bien qu'elle aurait dû se concentrer sur son père et sur ce que sa visite à l'hôpital révélerait, mais tout ce à quoi elle pensait c'étaient les lèvres de Charlie contre les siennes et la manière dont son corps frissonnait de plaisir, comme si de mini-explosions (assez similaires aux feux d'artifices des jumeaux) lui couvraient la peau. Elle espérait que Charlie ressentait tout ce qu'elle ressentait la passion, l'affection, le désir. Elle arrivait à peine à les contenir, tout cela l'emballait et l'effrayait tellement qu'elle avait presque envie de s'enfuir en courant, loin de cet homme. Cet homme qui causait toutes ces émotions.

Ses doigts tenaient fermement le col du manteau de Charlie, alors qu'il avait passé les mains sous le t-shirt d'Amy, traçant de lents cercles dans son dos. Elle soupira doucement quand les lèvres de Charlie se détachèrent des siennes, venant se poser dans son cou, embrassant la peau chaude. Un léger grognement échappa à Charlie alors qu'elle le serrait plus fort contre son corps, leurs bassins se rencontrant un bref instant.

La bouche de Charlie revint lentement l'embrasser sur les lèvres, laissant le temps se dilater, tentant de faire passer tout ce qu'il ressentait pour elle à cet instant dans ce baiser. Il n'avait pas besoin d'être très convaincant car les sentiments qu'Amy mettait aussi dans ce baiser étaient très similaires aux siens.

Ils finirent par s'éloigner, restant tout de même très proches. Amy nicha sa tête dans le creux de l'épaule de Charlie, qui enfouit son visage dans ses cheveux, sa bouche tout près de son oreille.

« Tu n'es pas égoïste du tout, ma belle, » lui murmura-t-il tout bas, respirant l'odeur enivrante de son parfum. « Après tout, quel genre de personne égoïste consacre sa vie à aider les autres sous tous les moyens possibles ? » Elle ne dit rien pour le contredire, mais Charlie savait qu'elle n'était pas entièrement convaincue. Ils restèrent dans leur étreinte silencieuse encore un moment. Le sorcier laisser son regard se balader dans la pièce, remarquant les rideaux tirés de la chambre d'Amy, et surtout le manque de soleil, dont les rayons filtraient auparavant dans l'appartement. La nuit commençait à tomber.

« Même si ça me fend le cœur de dire ça, vraiment, » reprit Charlie dans son oreille, brisant le silence confortable. « Est-ce que tu ne devrais pas être en route pour les Etats-Unis ? » Il sentit Amy s'affaisser dans ses bras, toute sérénité s'évaporant dans l'air alors que ses pensées retournaient à sa famille.

Les jours précédents, bien que difficiles, avaient été plutôt… apaisants. Elle pouvait se réveiller chaque matin aux côtés de Charlie, d'ailleurs elle commençait à se dire qu'elle dépendait déjà un peu trop de lui… Maintenant qu'elle avait été licenciée, rien ne la retenait vraiment. Contrairement à Poudlard après les vacances, elle n'était pas obligée de rentrer à Chicago. Mais même si elle était consciente de ça, elle savait aussi que rentrer était la seule option envisageable.

Elle soupira, pressant son nez dans le cou de Charlie, et il leva les yeux au ciel, se disant qu'elle avait sûrement besoin d'un petit coup de pouce.

« Allez, Amy, » dit-il dans un sourire, tentant de détacher ses bras de sa taille. Son corps en avait apparemment décidé autrement, et ne coopérait pas vraiment. « Tu devrais finir ton sac, surtout si tu comptes voir ton père ce soir. » Sa voix se coinça dans sa gorge lorsqu'il réalisa qu'elle devait déjà le quitter à nouveau. « Je vais m'en sortir tout seul ici, hein. Après tout, je ne suis qu'à un transplan- »

« Viens avec moi. »

Le temps s'arrêta au moment où ces trois mots quittèrent la bouche d'Amy. Elle se tendit immédiatement dans son étreinte lorsqu'elle réalisa ce qu'elle venait de dire. Elle se dégagea des bras ballants de Charlie, les yeux ronds et le front plissé nerveusement.

« Enfin, je veux dire, je me disais que… » se mit-elle à balbutier. Elle inspira profondément, rassemblant ses pensées, évitant de se plonger dans les yeux bleus du sorcier en face d'elle. « C'est juste que vu que mes parents et mes frères et sœur sont tous Moldus on aurait aucun souci à se faire, personne de Poudlard ne pourrait nous voir. » Elle avait les sourcils froncés comme si elle venait tout juste de se rendre compte de tout cela. « Même si je suppose que tout ce truc autour de moi qui suis la prof de tes frangins n'est plus vraiment un problème. » Elle divergeait un peu, et tenta de se reprendre en relevant la tête. « Tu n'es pas du tout obligé si tu ne veux pas, c'était juste une idée comme ça, pour pas que tu sois coincé ici tout seul alors que toute ta famille est à Londres et ton travail aussi, mais vraiment ça ne serait pas pour très longtemps, et c'est juste que je ne sais pas si je suis capable de rentrer et faire face à ma famille. Je veux dire, je ne sais même pas comment leur expliquer que j'ai été virée, et en plus… » Ses paroles semblaient avoir sorti Charlie de sa stupeur.

« C'est d'accord, » l'interrompit Charlie, la forçant à s'arrêter au milieu de son flot de paroles. Elle planta ses yeux dans ceux du sorcier, la bouche grande ouverte presque de manière comique.

« Qu-quoi ? » balbutia-t-elle, ne le lâchant du regard. Charlie haussa les épaules.

« J'ai dit, c'est d'accord, » répéta-t-il, baissant les yeux vers elle. L'air malicieux qu'elle était habituée à voir sur le visage des jumeaux s'installait sur les traits de Charlie. « Tu as raison. Ta famille est moldue, même s'ils parlaient de nous à leurs collègues ou leurs amis, personne ne saura qui est ma famille ou quelle est ta connexion avec mes frères et sœur. En plus, » ajouta-il, les sourcils en l'air. « Tu as rencontré ma famille avant même qu'on ne se mette ensemble, et bien qu'ils ne soient pas au courant pour nous, je crois qu'il est temps que je rencontre tes parents. En vrai, ça fait déjà presque six mois depuis Noël. Pourquoi attendre ? » Il eut un autre haussement d'épaules.

Amy cligna des yeux rapidement plusieurs fois alors que son cerveau tentait d'assimiler ses paroles. Elle avait grandi en lisant des livres et en regardant des films, et aussi en écoutant toutes les aventures romantiques de sa sœur, et selon toutes ces sources, les hommes étaient censés s'enfuir en courant au premier signe de relation sérieuse. Rencontrer ses parents… c'était une grosse étape, quand même, surtout dans une famille comme la sienne, où les relations et es sentiments étaient plutôt des choses que l'on gardait pour soi… Mais là, de voir que Charlie était absolument prêt à rencontrer sa famille, eh bien… les papillons dans son ventre étaient presque aussi intenses que lorsqu'ils s'étaient embrassés un peu plus tôt.

« Ok, » souffla-t-elle, un léger sourire jouant sur ses lèvres alors qu'elle observait Charlie à travers ses cils. « Ça me semble parfait. »

. . .

Amy serrait le corps de Charlie contre le sien alors qu'elle tournait sur ses talons au milieu de son salon. Instantanément, ils eurent la sensation d'être aspirés à travers une paille. L'air autour d'eux se fit rare et ils durent retenir leur respiration tandis qu'ils continuaient à être tordus et contorsionnés dans tous les sens, les couleurs et les ombres tournoyant autour d'eux.

Leurs pieds rencontrèrent finalement le goudron, ils manquèrent de tomber au sol, tentant de retrouver leur équilibre. Lentement, et plutôt à contrecœur, Amy détacha ses bras du torse de Charlie. Elle ajusta la lanière de son sac qui lui traversait la poitrine. Charlie s'assura qu'elle tenait droite, avant de regarder autour de lui. Le couple avait transplané dans le jardin des parents d'Amy, attenant à la maison dans laquelle Amy avait grandi. Même si l'on était en plein jour, la sorcière lui avait promis que personne ne les verrait, car le jardin était entouré de grandes palissades en bois qui bloquaient la vue des voisins, et les propriétaires de la maison, qui vivaient au deuxième étage, seraient au travail. Charlie prit une seconde pour détailler la pelouse bien verte sous ses pieds et le chemin mal en point qui menait du portail jusqu'à la porte arrière de la maison. La palissade faisant le tour de la maison était peinte d'un profond bleu marine tandis que le portail, qui permettait de revenir à l'avant de la maison, était d'un surprenant rouge vif. Ici, il n'y avait pas de poules ou de petits gnomes complétement dingues qui se baladaient dans la cour en faisant du bruit, mais l'atmosphère était lourde des bruits de klaxons et de freins, auxquels Charlie n'était pas vraiment habitué.

Le sorcier fut tiré de ses pensées par Amy, qui lui avait prit la main sans même faire attention. Elle avançait vers la porte arrière de la maison Charlie, curieux, se laissa entraîner derrière elle. Amy plongea la main dans l'une des poches de son gilet, ressortant une petite clé de ses tréfonds. Elle essaya d'ouvrir la porte mais ses mains tremblaient légèrement, la nervosité prenant visiblement le dessus sur la jeune sorcière. Charlie, pour la rassurer, lui serra gentiment la main. Il sourit alors qu'elle lui serrait la main en retour, ses doigts moins maladroits alors qu'elle parvenait à faire entrer la clé dans la serrure. Elle tritura un peu la clé, puis la porte s'ouvrit enfin. Les rayons du soleil envahirent l'entrée, révélant ainsi un escalier assombri. Les deux pénétrèrent dans l'espace étroit, et Amy referma la porte avant de monter à l'étage, Charlie sur ses talons.

Peu de mots avaient été échangés entre eux depuis que Charlie était revenu dans son appartement après être passé chercher quelques affaires chez lui. Amy avait voulu partir aussi vite que possible afin de pouvoir rendre visite à son père dès leur arrivée, et Charlie n'était pas assez fou pour s'opposer à la volonté de sa sorcière. Il avait préféré transplaner chez lui, attraper un sac avec quelques affaires, et était revenu auprès d'Amy en moins de dix minutes. Elle n'avait pas encore fini son sac. Il ne lui avait rien dit, l'avait laissé papillonner dans son appartement, allant d'une pièce à l'autre pour récupérer ses affaires. Ils étaient prêts à partir alors que le soleil se couchait. La dernière chose qu'ils avaient vu de l'appartement d'Amy c'était la lumière rosée du soleil filtrant à travers ses rideaux.

Le couple grimpa les escaliers, s'arrêtant au premier étage. Amy lui avait un peu expliqué la situation alors qu'elle terminait son sac. « C'est une grande maison. Ma famille vivait ailleurs avant que je ne sois née, mais quand ma mère a su qu'elle était enceinte de moi, ils ont décidé qu'il était temps de déménager. On connaissait les propriétaires car c'est eux qui nous avaient loué la maison d'avant, donc ça ne nous dérangeait pas vraiment de partager la maison avec eux. La maison leur appartient, mais ils n'occupent que le deuxième étage. Le rez-de-chaussée et le premier sont à nous. » Cette deuxième porte fut bien plus simple à ouvrir, et Charlie eut à peine le temps de s'interroger sur l'engin à deux roues et la grosse boîte faisant un bruit sourd dans le couloir, Amy l'entraîna à l'intérieur trop vite.

Immédiatement, Charlie fut assailli par une odeur de cannelle et autre chose lui rappelant Noël, ainsi que par une boule de poil qui s'était jetée sur les pieds du nouveau venu. Amy relâcha sa main, et Charlie se baissa pour attraper l'animal, qui s'avéra être un chat gris assez gros, avec les yeux verts les plus fascinants qu'il avait pu voir. Le chat se débâtit un instant dans ses bras, avant d'accepter son sort, les griffes plantées dans le manteau de Charlie. Le sorcier caressa automatiquement la tête du félin, tout en regardant Amy, qui avait posé son sac sur la table.

« Bonjour ? » lança-t-elle dans le couloir. « Il y a quelqu'un ? » Elle jeta un coup d'œil à Charlie par-dessus son épaule avant d'entrer dans une autre pièce.

Charlie réalisa seulement maintenant qu'il était au beau milieu de la cuisine des Wyman, et il prit le temps d'observer tous les détails moldus qu'il voyait. La vaisselle ne se faisait pas toute seule, aucun couteau n'était en train de couper des légumes dans son coin. Pas de Celestina Warbeck croassant depuis la radio magique… en fait, se dit Charlie, on aurait dit qu'il n'y avait pas un seul bruit dans la maison. Il faisait assez noir à l'intérieur, il n'y avait pas beaucoup de fenêtres. L'un des engins moldus près de la vitre attira l'attention de Charlie, qui manœuvra précautionneusement dans la petite cuisine, le chat toujours dans ses bras, pour examiner la boîte métallique posée dans un coin. Amy ne fit pas attention au sorcier curieux qui tapotait du bout du doigt la petite boîte. Elle se contenta de traverser la cuisine, et d'ouvrir la première porte qu'elle croisa dans le couloir. Elle passa une tête dans la chambre bleu clair, faisant un rapide tour du regard. Des lits superposés, un bureau et une bibliothèque étaient les seuls éléments présents dans la pièce (sans compter le bazar de papiers et jeux vidéo). Elle soupira et sortit de l'ancienne chambre de ses frères avant de continuer dans le couloir.

La porte suivante était fermée aussi, et menait dans la chambre de ses parents. Elle l'ouvrit également, allumant la lumière sur l'interrupteur à sa gauche. Une lumière tamisée éclaira la pièce, et bien que celle-ci soit vide, Amy s'arrêta un instant. Les murs de la chambre de ses parents étaient toujours recouverts de photos et de peintures de ballerines et danseurs étoiles, sur la commode à gauche se trouvaient des petites figurines de danseurs et danseuses célèbres. Amy s'avança dans la pièce, laissant ses doigts effleurer le jeté de lit brodé. Les bijoux préférés de sa mère étaient exposés sur un porte-bijoux élégant. La sorcière se rappelait parfaitement toutes les fois où, enfant, elle venait dans la chambre de ses parents alors qu'ils étaient au travail le plus souvent, fouillant dans tous les bijoux de sa mère. Elle les touchait à peine, se contentait de s'émerveiller devant eux et de penser au jour où elle serait capable d'être et de se sentir aussi belle que sa mère.

Elle n'était pas vraiment sûre d'y être arrivée.

Dans la cuisine, Charlie avait fini de titiller l'étrange boîte en métal et observait maintenant les photos affichées au mur (le chat s'était dégagé de ses bras et semblait hautement intéressé par son bol de croquettes). Des photos, des empreintes de mains à la peinture, des dessins d'enfants et diverses récompenses et diplômes scolaires étaient épinglés dans la pièce. Charlie prit le temps de faire le tour des souvenirs, souriant doucement en remarquant des éléments venant très clairement d'Amy. Des cœurs en carton avec quelques mots écrits en latin, des morceaux de papier avec son écriture dessus. Ses yeux s'abreuvèrent des mots qu'il lisait, admirant l'éloquence qu'elle avait déjà à l'époque. Il s'imprégna de chaque couleur, chaque odeur, chaque virgule, chaque gribouillis. Visiblement, elle avait noté tout cela dans une tentative de distraction, si l'on en croyait les quelques restes de cours de Potion et d'Herbologie en fond. Il étudia chacun des papiers avec son écriture, avant de se concentrer sur le reste des choses affichées. Des contrôles aux notes parfaites, parfois avec des smileys, des diplômes brillants de dorures. Mais mis à part les papiers écrits de la main d'Amy, rien ne semblait lui faire référence. Pas de dessins, de devoirs aux notes excellentes… rien du tout. Il fronça les sourcils, soulevant quelques papiers pour voir si peut-être son travail était caché derrière mais tout ce qu'il trouva ce furent deux photos d'Amy.

Il avait l'impression de les avoir déjà vues, mais il ne put s'empêcher de détailler la photo. La première était une photo plutôt simple, capturant une scène plutôt simple. Amy, probablement autour de cinq ans, était entourée de deux petites filles sûrement du même âge, toutes les trois assises à une table blanche dans une pièce blanche. Elles étaient sur leur trente et un, les cheveux bouclés, de grands sourires aux lèvres. Il ne sut pas trop pourquoi, peut-être était-ce de voir sa sorcière si heureuse, mais la photo le fit sourire.

La photo suivante avait été prise quelques années plus tard, Amy avait l'air d'avoir une quinzaine d'années. A nouveau, elle était flanquée des deux filles, que Charlie reconnut sans peine du trio de la photo précédente. Elles avaient juste une dizaine d'années en plus. Cette fois-ci cependant, il y avait eu une addition au groupe. Une fille aux cheveux courts, dont le bras était passé autour de la taille d'une de ses amies. Les quatre filles souriaient à pleines dents, encore une fois bien habillées, dans des robes encore plus sophistiquées. Elles avaient l'air si heureuses d'être les unes avec les autres, leurs expressions le montraient clairement.

« Ah, alors tu as trouvé le fameux mur d'affichage ? » Charlie détacha ses yeux des photographies, ses mains retombant le long de son corps et les papiers sur le mur reprenant leur place initiale. Il se retourna pour faire face à Amy, qui était juste derrière lui, les bras croisés sur la poitrine alors qu'elle observait le mur en question avec une pointe de dédain.

Charlie regarda par-dessus son épaule les papiers épinglés, puis se reconcentra sur Amy. « Pourquoi est-ce qu'il n'y a rien qui t'appartient d'affiché ? » demanda-t-il, faisant un geste de la main pour englober la totalité du mur d'accomplissements et de dessins. Amy haussa les épaules, se croyant nonchalante, mais Charlie sentait presque la gêne émaner d'elle par ondes puissantes.

« Qu'est-ce que moi j'ai accompli qu'ils pourraient afficher là ? » balança-t-elle, passant son poids d'un pied à l'autre. « Enfin je veux dire, je suis une sorcière donc ils ne peuvent pas vraiment aller raconter mes exploits à leurs collègues, tu vois ? » Charlie allait la couper, mais elle continua. « Ce n'est pas comme s'ils allaient épingler mes dissertations sur la meilleure manière de changer un ennemi en canard, ou sur comment faire apparaître des pattes sur une tasse de thé. » Elle soupira doucement, passant à côté de Charlie pour soulever du doigt un essai incroyablement bien écrit de sa sœur. « Mes frères et sœur ont tous des jobs merveilleusement intéressants et ambitieux, et moi je suis prof. » Elle ricana amèrement, secouant la tête, puis regardant Charlie à nouveau. « De quoi est-ce qu'ils pourraient être fiers ? De mes bonnes notes, et mon titre de Préfète en chef ? Mes frangins ont tous fait mieux que ça, et probablement avant que j'aie passé les cinq ans. Mes parents ont beau dire qu'ils sont fiers de moi, je sais qu'ils le font juste pour que je ne me sente pas à l'écart, parce que comme je t'ai dit, de quoi est-ce qu'ils pourraient être fiers ? »

Charlie ne dit rien, regarda simplement la sorcière face à lui. Elle avait replié ses bras, maintenant croisés fermement sur son torse alors qu'elle restait fixée sur le mur. Qu'est-ce qu'il pouvait bien lui dire ? Qu'est-ce qu'il pouvait faire pour l'aider ? Si elle était persuadée d'être une moins que rien, persuadée de n'avoir rien accompli, qu'est-ce qu'il pouvait bien faire ?

Amy brisa le silence d'un profond soupir. Elle se détourna du mur avec un sourire un peu forcé. « On ferait mieux de continuer à voir si personne n'est à la maison, non ? » Charlie acquiesça à peine. Amy jeta un dernier regard condescendant au mur avant de repasser devant Charlie. Elle s'arrêta un instant et entrelaça ses doigts aux siens pour l'entraîner derrière elle. Ils traversèrent le couloir étroit, le chat les suivant de près. Le couloir donna bien vite sur une pièce lumineuse remplie de livres. Trois des quatre murs étaient en fait des bibliothèques, et chaque étagère était pleine à craquer de livres. Il n'y avait pas de quatrième mur, on passait directement dans une autre pièce avec des canapés et une télévision, et l'un des murs de cette pièce-là était également couvert de livres.

Les yeux de Charlie étaient ronds comme des soucoupes quand ils se tourna vers sa petite amie, qui elle haussa légèrement les épaules.

« On aime bien lire, » admit-elle, pas du tout honteuse que Charlie venait de réaliser qu'elle faisait partie d'une famille d'intellos. Elle se dirigea vers une porte coincée entre deux bibliothèques. Un petit panneau pendait à la porte, où l'on pouvait lire le nom d'Amy d'une écriture déliée à côté d'un dessin d'écouteurs. Elle attrapa la poignée froide d'une main, et poussa doucement la porte. Malgré le fait que la lumière était éteinte et que les rideaux étaient presque entièrement tirés, la chambre d'Amy était sans aucun doute la pièce la plus lumineuse de la maison. Les murs étaient peints en jaune pastel, et les draps étaient d'un bleu vibrant. Charlie passa sa tête dans l'embrasure de la porte et remarqua que cette pièce-là était toute aussi remplie de livres en tous genres. Il était même surpris que certains meubles ou étagères n'avaient pas lâché avec le temps sous le poids des romans. Doucement, elle referma la porte, empêchant Charlie de trop s'attarder sur la chambre où elle avait passé si peu de temps durant son adolescence.

Les deux sorciers se tinrent immobiles quelques secondes dans le salon, Amy regardant tout autour d'elle.

« Il faut croire que personne n'est là, » constata-t-elle calmement. Elle sentit son cœur se serrer en disant cela. Sa famille l'avait totalement écartée. C'est comme s'ils avaient oublié qu'Alan était son père aussi. Elle soupira à nouveau, se passant une main sur son front tendu, puis se retourna vers Charlie, les lèvres pincées.

« Peut-être, » commença-t-elle tout bas. « Peut-être qu'on ferait mieux de rentrer. » Charlie baissa les yeux vers sa sorcière triste, avant de poser son sac par terre. Il enveloppa la jeune femme dans ses bras, pressant un baiser dans ses cheveux. Il n'avait jamais vu Amy si mal. Alors, oui bien sûr, elle s'était pointée chez lui il y a quelques jours, en larmes, mais bon c'était en lien avec sa frustration et sa colère à propos de son renvoi. Cette expression vide et perdue sur le visage d'Amy là maintenant par contre… ça faisait mal rien que de la voir.

« C'est comme tu veux, ma belle, » lui assura-t-il doucement, ses mains enlaçant toujours sa taille. « On est chez toi, tu déci- » Le sorcier s'interrompit en entendant quelqu'un jouer avec la serrure de la maison. Amy et Charlie se tournèrent vers la porte dans la cuisine. Deux silhouettes étaient clairement visibles à travers la vitre dépolie. Immédiatement, ils sortirent leurs baguettes de leurs poches, la main serrée sur le bois.

Amy se détacha de l'étreinte de Charlie à contrecœur, levant sa baguette alors que la porte s'ouvrait lentement…


Bonjour bonjour !

Alors, prêts pour un petit voyage aux US ? Charlie va s'en prendre plein les yeux, le pauvre...
J'espère que cette histoire vous plait toujours autant, c'est super de voir que de nouvelles personnes s'y intéressent :) Bienvenue aux nouveaux !

Au prochain épisode, rencontre avec une flopée de Wyman, une pointe de jalousie et des personnages disons... plutôt surpris.
A bientôt,
Emma