Cette histoire est dédiée à Julie et Nathanaël.


~Chapitre 33 :

Entre deux mondes.

*Une nuit sans étoile, les ténèbres et aucune lumière… Elle avançait, se tenant droite, le regard perdu. Elle sentait en elle une sorte d'apaisement mais quelque chose au fond de son cœur ne s'était pas encore éteint. Marchant sur ce chemin de cendres, Gabrielle s'enfonçait inexorablement dans les ténèbres…

« Et je serai enfin libre… »*

oO§Oo

Chevauchant avec rapidité, quatre elfes s'étaient rejoints sur leur chemin. Trois têtes blondes pour une tête brune, leurs visages étaient emprunts de gravité. L'un d'entre eux accéléra encore la cadence et fut suivi par les trois autres. Ils venaient de traverser les Plaines du Rohan et atteignaient les limites du Gondor.

oO§Oo

Deux jours s'étaient écoulés depuis le basculement de Gabrielle. Haldir n'avait pas lâché une seule fois le corps de l'elfine et semblait avoir pris durant ces journées plus d'un millénaire. Ses traits étaient tirés par le manque de sommeil, il n'avait plus rien du fier gardien qu'il avait été.

Elinë était, elle aussi, complètement perdue, ignorant ce qu'elle devait faire. Chaque heure elle essayait, sous le regard anxieux d'Haldir, de pénétrer l'esprit de son amie et chaque fois elle y trouvait ce néant.

La respiration de Gabrielle était de plus en plus faible alors que sa peau perdait à chaque minute un peu plus de ses couleurs. Haldir la berçait, lui parlait de vie à deux et de bonheur, priait ou même chantonnait mais rien n'y faisait. Il avait même été, sous le regard éberlué de Elinë, jusqu'à lui hurler dessus mais en vain.

oO§Oo

*Gabrielle marchait toujours sur ce sentier, elle ne ressentait aucune fatigue, aucune lassitude, juste un sentiment qu'elle n'aurait su décrire.

Etait-ce de l'apaisement ?

La liberté ?

Alors pourquoi ce sentait-elle encore si oppressée ?

S'arrêtant, elle regarda autour d'elle mais ne vit rien. Tout était obscur mais de nouveau une voix résonna en elle, sournoise et si tentante :

« Avance. Ce que tu cherches est au bout du chemin.»

Sans réfléchir, comme hypnotisée, elle reprit sa marche. Cependant une petite voix se démarqua dans son esprit :

« Es-tu sûre que ce que tu cherches est part là ? »*

oO§Oo

La nuit était tombée, Haldir caressait les cheveux de Gabrielle alors que Elinë s'approchait de lui en tenant un gobelet.

« Tenez, cela vous fera du bien… »

La voix sans timbre d'Haldir lui répondit :

« Non merci, je n'ai pas soif. »

Elle insista :

« Haldir, je vous en prie, buvez au moins ceci. »

Mais le gardien refusa d'un geste le gobelet.

La mort dans l'âme, Elinë se releva et soupira. Elle le regarda, il étreignait toujours le corps inerte de Gabrielle contre lui. Elle allait se détourner quand une voix la fit tressaillir :

« Crois-tu réellement qu'elle apprécierait que tu te laisses mourir de faim et de soif ? »

Se retournant elle fit face à quatre elfes et de surprise le gobelet qu'elle tenait dans ses mains tomba au sol. Tellement perdue, elle ne les avait pas entendus. C'est sans peine qu'elle reconnut Rumil qui venait de parler, à ses côtés se tenait son frère Orophin. Non loin, descendant de leur monture, deux elfes qu'elle ne connaissait pas. La voix d'Haldir la tira de sa contemplation alors qu'un des deux autres elfes s'approchait d'elle.

« Cela m'est égal. Regarde-la, elle est comme… »

La voix d'Orophin claqua sévèrement :

« Ne continue pas ta phrase ! Elle ne l'est pas ! Reprends-toi Haldir ! Crois-tu qu'elle souhaiterait te voir ainsi ? »

A présent Elinë avait à ses côtés un des elfes. Ce dernier lui déposait une légère couverture sur elle avant de l'aider à s'asseoir.

« Je me nomme Glorfindel, je suis un des proches conseillers du Seigneur Elrond, c'est lui qui m'envoie ici. »

Enfin le dernier elfe s'était approché alors qu'Haldir relevait son visage vers ses frères et cracha :

« Qu'est ce que tu sais de ce qu'elle souhaiterait ? La connais-tu simplement pour savoir de quoi tu parles ?

- Il suffit Seigneur Haldir ! »

Elinë tressaillit à l'intonation prise par cet elfe. Ce dernier se plaça face à Haldir dont les yeux brillaient de larmes contenues.

« Si vous pensez ceci c'est que vous aussi vous la connaissez mal ! Je sais de quoi elle est capable et croyez-moi, elle reviendra ! »

La voix d'Haldir retentit comme un murmure :

« Comment pouvez-vous en être aussi sûr ? »

L'elfe s'agenouilla et répondit :

« Parce que même après son viol, elle s'est relevée, avec difficulté mais elle l'a fait. Parce qu'elle a eu la volonté de survivre malgré cet abcès qui la rongeait jours après jours. Elle s'est reconstruite petit à petit pour enfin s'éclore en votre compagnie. Alors, même si aujourd'hui elle semble loin, elle vit encore. Il vous suffit pour vous convaincre de la regarder respirer. »

Haldir baissa la tête et demanda :

« Qui êtes-vous pour la connaître ainsi ? »

L'elfe se positionna à genoux et à son tour prit une des mains de Gabrielle.

« Je me nomme Linolen, je viens des Havres-Gris et je fus son guérisseur mais aussi celui qui l'a apprivoisée.»

Haldir eut un faible soupir.

« Rumil ? Orophin ? » Appela soudain Linolen.

Ces derniers se rapprochèrent.

« Veuillez vous occuper de votre frère. Faites-le se rafraîchir, qu'il mange et qu'il dorme. »

Mais l'ancien capitaine se raidit et étreignit le corps de Gabrielle contre lui.

« Non ! Essaya-t-il de se défendre.

- Ecoutez-moi bien Haldir ! Vous allez suivre mes ordres ! Je veux que vous preniez un peu de repos sans quoi vous nous serez d'aucune aide ! »

Linolen d'un mouvement doux détacha Gabrielle de l'étreinte d'Haldir qui fut relevé par ses frères. Il se débattit pour la forme :

« Je veux rester près d'elle ! »

Relevant la tête Linolen reprit :

« HALDIR ! Reprenez-vous et ne faites pas l'enfant ! Allez prendre du repos ! Ne discutez pas ! Emmenez-le ! »

Rumil et Orophin prirent leur frère par les bras. Ce dernier lança des regards perdus vers le corps de Gabrielle que Linolen installait confortablement au sol en la couvrant. Il se débattit encore mais bientôt la lassitude l'envahit.

Elinë les vit s'éloigner alors qu'à présent Linolen s'agenouillait face à elle.

« Demoiselle Elinë ? »

Elle sursauta de nouveau pour sentir une main sur son épaule qu'elle identifia comme appartenant à Glorfindel. Ce dernier la regardait aussi, le visage inquiet. Elle réagit alors et parla d'une voix mal assurée :

« Comment ? Qu'est-ce que vous faites ici ? »

Linolen eut un faible sourire avant de se relever. Il se dirigea vers sa monture, en détacha sa sacoche et revint vers les deux elfes alors que Glorfindel parlait :

« Disons pour faire simple que nos Seigneurs respectifs ont tous eu la même vision… »

Linolen récupéra le gobelet au sol, le nettoya et le remplit d'eau. Il ajouta au liquide transparent une herbe qu'il avait au préalable sortie de sa sacoche.

« Nous étions en Lórien quand la nouvelle est arrivée... » Ponctua le guérisseur en tendant le gobelet à Elinë. « … Tenez, buvez ceci, cela vous apaisera un moment. »

Prenant le gobelet, elle en observa le contenu et soupira :

« La nouvelle ? Dame Galadriel l'a donc bien vu. J'ai rien pu faire. J'aurais dû le savoir. Elle était beaucoup trop calme, beaucoup trop distante ces derniers jours. J'ai rien vu, je ne l'ai pas protégée. C'est de ma faute ! »

Linolen et Glorfindel se regardèrent, tout n'avait pas été dit, même Rumil et Orphin ne savait pas encore au sujet de cette « nouvelle » alors que des larmes se mirent à couler sur les joues d'Elinë.

« Ma petite elfe, je n'ai pas su… Je n'ai pas vu… Et maintenant… »

Dans sa main le gobelet trembla tout comme l'ensemble de ses muscles. Avec douceur, Glorfindel l'aida à porter le récipient à ses lèvres et elle but alors que Linolen préparait une seconde couche.

« Vous n'auriez pas pu prévoir Demoiselle… » Murmura le conseiller d'Elrond.

Elinë but le contenu, elle ne fit aucune résistance quand Glorfindel la coucha et remonta sur elle une couverture.

Quant à Linolen, il vit revenir Rumil et Orophin tous deux portants leur frère par les épaules. Se rapprochant d'eux, il les aida à le coucher à son tour le plaçant non loin de Gabrielle.

« Vous avez réussi à la lui faire avaler ? » Interrogea le guérisseur.

Rumil s'agenouilla près de son frère alors qu'Orophin répondit :

« Non sans mal, il a tout bu. »

Linolen hocha la tête, se relavant, il observa les trois corps étendus. Mais son regard s'attarda d'avantage sur celui inerte de Gabrielle.

« Quel événement t'a conduite là où tu t'es égarée ? »

Glorfindel qui s'était rapproché lui répondit :

« Je pense que c'est la disparition de la petite Rionna. Elle a dû le voir ou le ressentir. »

Orophin et Rumil relevèrent simultanément la tête et d'une même voix firent :

« Rionna ? »

Linolen fronça les yeux.

« Expliquez-vous Glorfindel. »

Ce dernier prit une inspiration et leur expliqua. Au fur et à mesure de son récit, les deux frères d'Haldir ouvrirent les yeux d'horreur alors que Linolen, lui, les ferma. Un silence pesant s'en suivit de ces révélations. Le guérisseur soupira et ferma les yeux.

« Elle n'aura pas supporté. »

Quand il rouvrit ses prunelles, il alla se placer près de Gabrielle et lui caressa les cheveux, la voix de Glorfindel le tira de ses pensées :

« Comment la faire revenir ? »

La réponse de Linolen résonna comme un écho :

« Nous ne pouvons rien faire. C'est à elle de revenir de là où elle s'est égarée. »

La soirée s'avança, Orophin venait de prendre le tour de garde et s'éloignait du campement alors que son frère veillait sur Haldir dont le sommeil était visiblement agité.

Sous la couverture qui la recouvrait Elinë bougea. Ce qui attira l'attention de Glorfindel qui vint se placer à ses côtés. D'un geste apaisant il passa une de ses mains sur le visage de l'elfe qui se calma. Mais ce n'en était pas le cas pour Haldir. Ce dernier s'agitait de plus en plus au point que Rumil dut faire appel à Linolen qui veillait Gabrielle. Se levant précipitamment, il rejoignit l'elfe blond et s'agenouilla devant l'ancien capitaine.

« Depuis quand est-il ainsi ? Interrogea-t-il.

- Cela a commencé à la relève d'Orophin et ça ne cesse d'augmenter. »

Linolen hocha la tête.

« C'est un cauchemar. »

Le guérisseur passa une main sur le front d'Haldir et ferma un instant les yeux. Quand il les rouvrit, le visage de l'aîné des frères semblait un peu apaisé. D'un geste Rumil le remercia et il alla se replacer aux côtés de Gabrielle.

oO§Oo

*Une sorte de vent se mit à souffler, les cheveux de Gabrielle se mirent à voler autour d'elle alors qu'elle arrêtait sa marche.

« Ce chemin est interminable.» Souffla-t-elle.

De nouveau son regard se porta autour d'elle et elle ne put voir qu'un immense désert noir cendre. Un frisson la parcourut :

« Il fait si froid. »

Une sorte de lassitude l'envahit et il lui sembla soudain que son cœur pesait lourd dans sa poitrine. Elle porta sa main à son niveau et serra le tissu de sa robe. Elle tomba soudain à genoux continuant à serrer sa poitrine.

« Cette douleur. »

Elle n'arrivait pas à mettre un nom dessus. C'est à ce moment que de nouveau la voix se fit entendre.

« Relève-toi ! Rejoins- moi et tu n'auras plus mal ! »

Mais quelque chose l'empêcha de se relever et de suivre cette voix de nouveau. Elle ferma un bref instant les yeux et son esprit parvint enfin à lui lancer ce message :

« Est-ce bien ce que tu désires au plus profond de toi ? »

Une petite voix résonna alors doucement :

« Gabrielle ? »

Impossible.

Elle ne voulut pas rouvrir ses prunelles en reconnaissant à qui cette voix appartenait.

« Gabrielle pourquoi as-tu choisi ce chemin ? »

Son poing serra plus fort encore le tissu de sa robe au niveau de sa poitrine.

« Ouvre les yeux, je t'en prie regarde-moi Gabrielle !

- Non… Parvint-elle à murmurer.

- Et pourquoi non ? Aurais-tu peur Gabrielle ?

- Tu es morte !

- Oui, je le suis mais pour le moment je suis là ! Ouvre les yeux Gabrielle ! Gaby, fais le pour moi. »

Gabrielle sentit de nouveau son esprit lui souffler ses paroles :

« Tout n'est pas perdu. Tu peux encore faire ton choix, ce n'est pas trop tard. »

A ces mots elle ouvrit enfin les yeux. Relevant la tête, elle put voir non loin d'elle la silhouette de Rionna, toute vêtue de blanc, un blanc qui faisait office de lumière dans ces ténèbres sans fin.

« Gabrielle, j'ai toujours su que je vivrai pas. Trop de choses me rendaient différente des autres. Tu n'as pas à te sentir coupable de quoi que ce soit et puis il ne t'a pas menti tu sais. »

La silhouette se rapprocha pour finir par s'agenouiller devant Gabrielle.

« Tu portes sur tes épaules le poids d'un héritage que tu n'as en rien demandé. Je sais qu'à tes yeux, personne ne peut comprendre, mais détrompe-toi. Dans ton combat tu n'es pas seule. C'est ce qu'IL veut, que tu te sentes seule. Si tu l'écoutes c'est vers ta propre perte qu'il te mènera…»

Il sembla à Gabrielle que Rionna parlait avec la sagesse d'un elfe plus âgé.

« … Tu trouveras en toi cette étincelle qui alimentera ton brasier. Reprends-toi. Sinon, pourquoi tes parents auraient-ils autant combattu ? Regarde autour de toi, tant de gens t'aiment, repars d'où tu viens. »

Mais la voix de Sauron redevenue plus forte résonna de nouveau :

« Ne l'écoute pas ! Elle fait partie des leurs ! Elle veut, elle aussi, te manipuler ! Cette gamine n'existe plus ! Allez, relève-toi et rejoins-moi ! Laisse-la ! Elle n'existe plus ! »

Et de nouveau tout se brouilla en elle.

« Gabrielle.

- Rionna, je veux que cela s'arrête. Je ne veux plus de ces visions. Comprends-moi… »

Se relevant toutes deux, Gabrielle n'osa même pas porter son regard sur la silhouette. Elle fit un pas et souffla :

« Pardonne-moi d'être aussi faible. »

Puis à pas lent et sous les encouragements sournois de Sauron, elle reprit sa route. Cependant une nouvelle voix la fit se stopper et se raidir :

« La fuite ! J'ignorais que j'avais élevé une lâche ! »

La voix de son père résonna, elle aussi, comme un coup de tonnerre et ébranla le cœur de Gabrielle.

« Je ne suis pas lâche. Murmura-t-elle sans se retourner.

- Oh que si ! En agissant de la sorte tu te conduis comme une lâche ! Tu fuis, tu appelles cela comment ?

- Je n'en peux plus. Je veux que cela cesse !

- Et cela ne dépend que de toi ! Tu as en toi le pouvoir de t'en défaire ! Ne le laisse pas te manipuler de la sorte ! »

Le silence s'abattit sur ce désert de cendre.

« Retourne-toi ! »

Mais elle ne fit aucun mouvement.

« GABRIELLE ! RETOURNE-TOI ! »

Toujours rien, Gabrielle sentit les larmes lui monter aux yeux alors que le long de son corps ses poings se serraient.

« EXPLOSE ! VAS-Y GABRIELLE LAISSE SORTIR CETTE COLERE ! »

Mais la voix de Sauron se fit de nouveau entendre. Il susurra de manière douce et tentatrice :

« Gabrielle… Ne l'écoute pas ! Lui aussi est mort, il t'a laissée ce jour-là, lui le si grand cavalier elfe ! Il n'a pas combattu, il s'est laissé tuer. Il n'est rien qu'un souvenir Gabrielle ! Ne l'écoute pas et avance. Reprends ce chemin. »

De nouveau la voix d'Aradan retentit :

« Gabrielle ! Mon enfant je t'en prie ! »

Un étrange sentiment de colère l'envahit alors que les prémices d'une nouvelle phrase de Sauron allaient se faire entendre.

« SUFFIT ! » Hurla-t-elle. « STOP ! »

Elle se retourna d'un bloc et fonça droit sur son père. Elle le percuta de plein fouet et se mit sans réfléchir à lui marteler le torse avec ses poings serrés.

« JE NE VEUX PLUS ! JE NE VEUX PLUS ! SILENCE ! TAISEZ-VOUS ! MENTEURS ! VOUS ETES TOUS DES MENTEURS ! »

Aradan la laissa faire, à ses côtés Rionna les observait l'air triste.

« Sur quoi nous t'avons menti ? Tes origines ? Gabrielle et comment aurais-tu réagi avant ? Tu étais bien trop jeune. Gabrielle, ma petite fleur. »

A présent des sanglots s'échappaient des lèvres de Gabrielle alors qu'Aradan refermait ses bras sur elle et se laissa tomber au sol.

« Je…Ne… Veux… Plus… Sanglota-t-elle.

- De quoi ? »

Il n'eut pas la réponse de suite, de nouveaux sanglots se firent entendre et elle finit par lâcher :

«De voir ceux que j'aime mourir… De voir ces horreurs…

- Gabrielle il ne dépend que de toi. Tu peux le vaincre sur son propre terrain, ne laisse pas les ténèbres t'envahir. Il ne doit pas gagner, reprends-toi, ne l'écoute pas.

- Mais il est là, il guette, il m'appelle. Je ne peux pas… Papa, je n'y arriverai pas… »

Une pression sur ses épaules se fit ressentir. Puis la voix de son père lui dit :

« Tu y arriveras mon enfant, car tu n'es pas seule. Regarde autour de toi.

- Si Papa… Je suis seule dans ces moments-là.»

Il se détacha d'elle et la prit par les épaules :

« Non… Regarde derrière toi. »

D'un mouvement de la tête il désigna l'arrière de Gabrielle qui se retourna. Elle put alors voir des silhouettes se dessiner : celles de Celeborn et de Galadriel qui lui offrirent un sourire puis celles d'Elrond et d'Arwen. Près d'eux se matérialisa Cirdan et Linolen puis Aragorn et Elinë ainsi que Legolas, Theoden et Eowyn en compagnie d'Eomer. La voix d'Aradan se fit de nouveau entendre :

« Regarde-les. Ils tiennent à toi, ne les abandonne pas maintenant, tu as encore tellement de choses à faire. Et que deviendrait-il sans toi ? »

A ces mots, la silhouette d'Haldir apparut aussi, laissant Gabrielle complètement perdue.

Elle se sentit se relever, les silhouettes disparurent, elle tressaillit quand cette voix tant crainte retentit :

« Ils te manipulent Gabrielle ! »

Et une nouvelle silhouette apparut, celle si sombre de Sauron.

«Tu as le choix Gabrielle. » Reprit la voix de son père.

Regardant autour d'elle elle s'aperçut qu'elle était au croisement d'un chemin. Aradan et Rionna qui étaient toujours à ses côtés, se déplacèrent et allèrent se placer sur le chemin de droite la laissant seule. A sa gauche, la silhouette de Sauron.

« Tu es à la croisée des chemins ma fille. Toi seule dois décider. Ecoute ton cœur.

- Gaby… Ne les oublie pas… »

Gabrielle regarda ces deux silhouettes, le chemin qu'elles désignaient semblait être empreint d'une douce lumière blanche.

« Ne les écoute pas ! Ils te mentent ! Si tu les suis, tu continueras à souffrir ! Au fond de toi tu le sais ! Je t'offre le repos, cette paix que tu recherches tant ! Viens… suis-moi… »

Sauron tendit une de ses mains. Gabrielle hésitait, son esprit lui renvoya alors les images uniques des moments passés avec Haldir. Les rires, la tendresse, cette voix si tendre et si aimante…

« Gabrielle écoute ton cœur. Tu n'es pas seule mon enfant et contrairement à lui, tu ne le seras jamais. »

Elle ferma un instant les yeux et soupira. Elle sentit de nouveau son esprit reprendre le contrôle sur elle. Les rouvrant, elle tourna la tête vers Sauron qui eut un sourire sadique.

« Viens ! »

Mais pour la première fois depuis ces derniers jours, elle l'ignora. Se tournant ensuite vers les silhouettes de son père et de Rionna, elle fit un pas vers eux, tremblant et peu sûr. La voix de Sauron tonna alors de toute sa puissance :

« NON ! Reviens vers moi ! Je peux t'offrir ce que tu désires ! Suis-moi ! Suis-moi ! »

Mais de nouveau elle l'ignora et se mit à avancer sous les encouragements de son père dont la silhouette disparut bientôt alors qu'une dernière phrase retentissait :

« Toi seule peux trouver la solution. Toi seule peux arriver, là où nous avons échoué. Ceci est ta tâche mon enfant, ton combat. Quoiqu'il en soit, n'oublie pas que ta plus grande force réside en ton cœur. Avance, combats et vis ma fille ! »

Un sourire se dessina sur les lèvres de Gabrielle :

« Avancer, combattre et vivre… » Répéta-t-elle.

Et alors que la voix de Sauron faiblissait dans son esprit, Gabrielle avançait sur ce chemin lumineux au bout duquel une lumière brillait.*

oO§Oo

Le jour se leva sur le petit campement, Elinë bougea et se releva brusquement. Glorfindel fut rapidement à ses côtés et la prit par les épaules.

« Calme. Ce n'était qu'un mauvais rêve. »

L'elfe se passa une main sur sa figure et frissonna. Le conseiller d'Elrond remonta sur ses épaules une légère couverture.

« Non… C'est réel… »

Il put l'entendre soupirer.

« Gabrielle ? Interrogea-t-elle.

- Toujours pareil.

- Haldir ?

- Il s'éveille lui aussi mais rallongez-vous l'aube se lève tout juste. »

Elinë s'exécuta et il resta près d'elle, la veillant. Rumil lui observait son frère émerger alors qu'Orophin mettait de l'eau à bouillir.

Haldir se redressa en grimaçant. Il jeta des regards autour de lui et aperçut les visages de ses frères, les corps étendus de Gabrielle et d'Elinë, et près d'elles Glorfindel et Linolen.

« Tout va mon frère ? » Interrogea Rumil.

L'ancien capitaine haussa les épaules avant de soupirer.

« Aucun changement ? »

Orophin vint se placer à leurs côtés et répondit :

« Non, rien ni en pire ni en bien… »

Haldir leva les yeux au ciel et ses frères purent le voir adresser une prière muette.

« Haldir, nous sommes porteurs d'une missive pour toi.» Murmura Orophin en sortant de ses affaires une enveloppe.

Reportant son regard sur son frère, Haldir tendit la main et la prit. Se relevant, il la décacheta et s'éloigna un peu pour la lire sous les regards de ses frères.

Je n'ai pas l'habitude des grands mots… Mais aujourd'hui je sens que mon fidèle gardien a besoin de soutiens.

Haldir,

Il est rare que je prenne la plume et encore plus que je charge d'autres personnes d'en être le messager mais ta situation me fait pressentir un abattement de ta part.

Je sais ce que tu peux actuellement ressentir. Un sentiment de vide, d'impuissance, comme si tu tombais dans une crevasse sans en voir le fond. C'est ce que j'ai ressenti lors de la disparition de Naëlle, ma très chère épouse.

Elle était malade et n'a pas voulu combattre car elle était épuisée. Nuits et jours je l'ai veillée attendant que les Valars exaucent mes prières… Mais en vain…

La situation de ta chère Gabrielle est tout autre, elle doit se battre contre un ennemi qui exploite ses faiblesses. Elle se croit seule car elle n'arrive pas à parler de ses visions même si elle sait que tu es là.

J'ai longuement parlé de la situation avec Galadriel et Celeborn, tous deux sont aussi très inquiets, cependant, Haldir, elle n'a pas sombré, du moins pas totalement. Notre souveraine ressent encore sa présence, elle est entre deux mondes. Pas totalement partie mais pas totalement là non plus.

Ne te laisse pas abattre comme je pense que tu dois l'être. Tu dois être fort pour deux à présent, elle a besoin de cette force qui te caractérise, de cet amour que tu lui portes…

J'envoie tes deux frères à tes côtés, ainsi tu ne seras pas seul.

Reste fort, reste courageux, reste ce gardien que tu es encore aujourd'hui.

Sois fort pour toi… Pour elle… Pour vous.

Avec toute mon amitié

Ealron

Haldir ferma les yeux à la fin de la lecture. Il sentit une sorte de force s'insinuer en lui. Il releva la tête pour voir une agitation près du campement. S'en suivit l'appel de Linolen qui le bouleversa à l'intonation de la voix :

« Haldir ! Venez vite ! »

Le gardien se précipita vers eux alors qu'Elinë aidée par Glorfindel se relevait pour s'approcher du corps de Gabrielle.

oO§Oo

L'armée du Rohan était en face des Champs du Pelennor, Aragorn se rendait maître de l'armée des morts, la cité de Minas Tirith était en proies aux flammes.

La bataille des Champs du Pelennor était sur le point de débuter…