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MAR. 08:53
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Hey.
Hey
Ça va ?
Oui
Ta caméra n'est pas activée aujourd'hui ?
Non
Une raison particulière ?
Non
Ok.
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09:26
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Bwahaha.
Je pense que cette longue tirade colérique anti conversation Zoom est très clairement visée.
Probablement
Le mec est à deux doigts de nous appeler par nos noms civils, adresses postales et groupes sanguins devant toute la classe.
S'il se trompe de chiffres en épelant mon numéro de sécurité sociale, je me vexe.
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09:41
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Quel est l'intérêt de récapituler les évènements précédents d'une série en début de chaque nouvel épisode ?
Il n'y avait qu'à les avoir regardé le jour J et puis c'est tout.
Oui, le cours m'ennuie à un degré si astral que je me suis effectivement calé devant American Gods à la place.
Oh
Que je recommande d'ailleurs.
Le héros est criminellement lent d'esprit mais pour le reste, c'est du solide.
Ok
Il y a des scènes très peu catholiques par moments, en revanche.
Mais je considère qu'une fois avoir vu Game Of Thrones, on est déjà baptisé par le feu.
Tu as vu Game Of Thrones, non ?
Oui
Parfait.
Tu es donc immunisée à vie.
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MER. 08:10
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Je trouve le concept de neige complètement stupide.
Ok
Surtout en plein confinement.
Déjà qu'il ne tombe 0.8 centimètres de poudreuse qu'une seule fois dans l'année, si on ne peut même pas sortir en profiter, ça ne sert strictement à rien.
Vrai
Je pense qu'il serait judicieux de reporter par décret l'hiver en été.
Comme ça, on skiera tous en bikini.
Ha
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JEU. 18:58
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Tu vas me répondre en monosyllabe encore longtemps ?
Parce que j'ai presque l'impression de discuter avec un algorithme, là.
Même Siri aurait plus de conversation que toi.
Peut-être qu'on n'a juste rien à se dire
…
Bon.
Je sais que l'histoire de l'autre fois t'embarrasse encore.
Le mot est faible
T'horrifie. Te paralyse. Te révulse.
Presque
Et je comprends pourquoi, objectivement.
Mais je vais être honnête : je m'en tape aussi.
…quoi ?
Tu es amoureuse de moi.
C'est ça le fond du problème, non ?
Tu m'as aperçu un beau jour dans les escaliers en train de jouer probablement à Among Us sur mon téléphone et bam.
Attaque surprise de Cupidon.
Fin du monde imminente.
Sirène d'ambulance au loin.
Partition triste de violon.
Où est-ce que tu veux en venir ?
Au fait que ce n'est pas vraiment la fin du monde.
Ce n'est même absolument rien.
Un non-évènement.
Puis dans tous les cas, je m'en fiche.
Tu n'es pas la première personne à m'avoir vu et être tombée amoureuse.
Wow
Pas la dernière aussi, statistiquement parlant.
WTF
Je suis juste factuel.
Ce qui implique d'être un gros connard ?
Non.
Réaliste en revanche ? Oui.
Et la réalité est qu'entre le moment où je commence cette phrase et celui où je la terminerai, près d'une centaine de personnes à différents coins du globe seront déjà tombées amoureuses.
Ce n'est ni une fatalité, ni une anomalie, juste une chose qui arrive et qui continuera d'arriver tant que la Terre tournera. Nul besoin de s'en formaliser ou de s'en rendre malade.
La seconde réalité — et peu importe si, sur le podium, je passe de gros connard bronze à gros connard argent — est que je suis beau. Fait neutre. Je le sais de la même manière dont j'ai toujours su que le ciel était bleu, que l'argent faisait effectivement le bonheur et que mon père trompait ma mère chaque jeudi midi avec Carol Wilkowsky, son assistante juridique.
Où est-ce que tu veux en venir x2
Au fait que nous soyons, une fois de plus, en présence d'un non-évènement qui ne mérite pas que tu te mettes dans de tels états.
Tomber amoureux de moi, de ma tête, de mes mains, de n'importe quelle caractéristique physique, c'est simplement tomber sous le charme d'un cocktail génétique.
C'est admirer un bel emballage vide.
Après, je ne vais pas non plus prétendre être insensible aux regards appréciateurs que le mélange de fluides corporels lubriques et de cellules reproductrices fusionnées que je suis provoque.
Mon Dieu
Mais je m'en fiche aussi parce que ce n'est qu'un mirage.
La preuve en est que tu me connaissais de vue depuis longtemps mais que tu ne me connais réellement que maintenant.
Et peut-être même que je suis aux antipodes de ce à quoi tu t'attendais.
Pas tellement
Oh ?
Tu avais l'air hautain et tu l'es
Well.
Pas faux.
Tu avais l'air blasé et tu l'es aussi
Pas faux non plus.
Tu me semblais extrêmement économe niveau parole par contre
Et maintenant ?
J'ai rarement connu plus bavard que toi
Même virtuellement
Tu ne cesses jamais
Jamais
Tu as un avis sur tout
Toujours
Partout
En tout temps
Même sur rien
Ce qui est une mauvaise chose ?
Pas nécessairement
C'est juste surprenant
Tu me semblais drastiquement asocial aussi
Très « Si je me mélange avec la plèbe, je décède sur-le-champ »
Et c'est pourtant toi qui est venu me parler en premier
Puis revenu encore
Et encore et encore et encore
Tu es une personne marrante à embêter.
Tu me l'as dit, oui
Et juste intéressante, en général.
Tu me l'as dit aussi
Et ça, je suis loin de m'en ficher car ce n'est pas un mirage.
C'est tangible, concret. Et rare.
C'est quelque chose qui compte, à mes yeux.
Hum
Eh bien
Merci beaucoup
Donc maintenant que l'abcès est crevé, peut-on, pour l'amour du ciel, recommencer à discuter normalement ?
Sans malaise ambiant ni monosyllabe ?
Je dois juste
Boire un grand verre d'eau avant
Ok..?
Excellente hydratation à toi, dans ce cas.
Merci
C'est pour dissoudre ce qu'il me reste de honte
Oh.
Rajoute du sel alors.
Pour ?
Tes 2 % restants de dignité à désintégrer.
Hilarant dis-donc
J'essaie de l'être, oui.
Tu vérifieras ta boîte aux lettres ce soir, des fois que ta médaille de gros connard or soit enfin arrivée
Sans faute.
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VEN. 12:02
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À 9 ans, j'ai vomi sur scène devant 350 personnes.
? ?
D'où est-ce que ça sort
De ma bouche, du coup.
En projectile.
…
Sans commentaire
Donc.
C'était à mon avant-dernier récital de piano.
J'avais un trac pas possible. Je n'arrivais ni à rester tranquille, ni à manger quoi que ce soit.
Ma mère a quand même insisté pour que j'avale un yaourt à la fraise.
Ceux avec de petits morceaux de fruits.
Mes préférés
Et c'est moi le psychopathe ?
Tu n'aimes pas les yaourts aux fruits ?
Si mais sans morceaux, comme toute personne dotée de bon sens.
Intéressant d'entendre un énergumène considérant la « grillure » comme un arôme à part entière évoquer la notion de bon sens
Mais soit
Parce que c'en est un.
Mais soit, effectivement.
J'ai donc mangé ce yaourt de la défaite avant de monter quinze minutes plus tard sur scène.
Et puis tu as vomi
Oh, si seulement.
Tu n'as pas vomi ?
Si, mais pas maintenant.
Et puis-je éventuellement raconter ce traumatisme au rythme qui me convient ?
Merci.
Donc.
Je suis monté sur scène.
J'ai marché jusqu'à mon tabouret.
Je m'y suis assis.
J'ai commencé à jouer « Rêve d'amour » de Franz Liszt.
Et dès le premier mouvement, je sentais qu'un complot se formait en ce même instant contre moi dans mon estomac.
Mais j'ai continué à jouer.
Second mouvement. Le complot se transformait à présent en révolte.
Ohla
Je sentais la foule en colère monter le long de mon oesophage, fourches en mains.
Premier haut-le-coeur.
Deuxième.
Et tu vomis
Non.
Je persiste à jouer.
Mais les mains sont moites.
Les jambes tremblent.
Dans mon dos, des sueurs froides.
Sur mon front, des gouttes commencent à perler.
Certaines roulent le long de mes tempes.
Je sens ma respiration progressivement s'accélérer.
C'est un témoignage ou un extrait de roman ?
C'est un récit de survie.
Je place le contexte à des fins d'écoute immersive.
Oh
Au temps pour moi
Mes doigts pourtant si sûrs commencent à hésiter sur les touches.
Je me trompe de notes, une fois, deux fois.
Trois fois.
Mauvaise clé.
Sourdine oubliée.
Et l'insurrection intestinale est à présent aux portes de mes lèvres.
Ouch
Dans la tourmente, que fais-je ?
Tu vomis
Pire encore.
Je me lève en titubant.
Pour aller où ? Nul ne sait. Mais je me lève.
Je fais quelques pas vers l'avant, un peu au hasard, figure blanche et bras ballants.
Je me tourne ensuite vers l'audience qui me renvoie ma propre stupéfaction. L'un comme l'autre ignorons tout de la scène insolite et impromptue qui se déroule pourtant juste sous nos yeux.
Et là.
Dans le silence d'une salle muette suspendue à mes moindres gestes.
Au milieu de la grande scène au plancher impeccablement brillant.
Je dégueule mon petit-déjeuner, mon déjeuner, mon yaourt, mon estime de moi-même et mon statut d'être humain.
Oh purée
Le carnage dure deux minutes. Sans interruption.
Je suis… aussi mortifiée qu'hilare
En périphérie, j'entends des hurlements, des bruits de pas précipités, des portes qui s'ouvrent et se referment, des lumières qui se rallument brutalement.
Puis trou noir.
Aïe
Au réveil, je suis dans mon lit.
Ma mère est le premier visage que j'aperçois, penchée au-dessus de moi avec une mine soucieuse.
Me voyant lentement émerger, elle attrape aussitôt ma main pour la serrer tout contre sa poitrine et prononce d'une intonation soulagée :
« Heureusement que tes souliers Armani étaient waterproof. »
Oh mon Dieu
Fin de l'histoire.
Wow
C'était
Pfiou
Quelque chose
N'est-ce-pas.
Que je n'ai absolument pas demandé à entendre, surtout à l'heure du midi
De rien.
C'était entièrement gratuit.
Hahaha
Ben voyons
Et puis ça rééquilibre les balances.
Quelles balances ?
De la honte.
Comme ça, on est ex-aequo.
Oh
Oh, effectivement.
:)
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Et voilà le travail, hehe. En espérant que le chapitre vous ait plu ! On se retrouve demain pour le grand final. (Eh oui, déjà.)
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Rar :
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Guest : L'animateur peut lire les chats privés hahaha, alors j'espère que tu n'as jamais rien dit de compromettant ! ;)
Sarah : Haha, heureuse que tu aies cédé à la tentation. Et j'espère que ce séjour à l'hôpital n'était pas trop grave !
Anne Cho : Très contente que tu aies aimé ! :)
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À demain, sans faute !
