Chapitre 46 : A nos actes manqués

Le sifflet strident et régulier du Poudlard Express sonnait de concert avec le chronomètre intérieur qui s'était déclenché en Emma. Depuis plusieurs jours déjà, la jeune fille prenait conscience que chaque instant de vie associé à sa scolarité était le dernier. Quitter le château avait été un déchirement. Elle avait longuement observé la majestueuse bâtisse à travers la vitre légèrement embuée de son compartiment. De discrètes larmes avaient coulé le long de ses joues rosies par l'air glacial qu'il avait fallu affronter afin de rejoindre la gare de Pré-au-lard. Drago et elle avaient décidé de profiter des derniers moments avec leurs amis respectifs.

Quand bien même leurs relations étaient encore un peu tendues suite aux évènements de ces derniers mois, ses « amis » de Serdaigle avaient toléré sa présence dans leur compartiment. En une heure de temps, Michael et Emma avaient plus échangé que durant les six mois passés. Malgré les drames récemment vécus, la complicité qui unissait les derniers membres de leur petit groupe n'avait pu que resurgir au cours de ce trajet.

A travers la fenêtre, Emma repéra une vieille ferme dont l'apparition dans le paysage annonçait qu'il ne leur restait plus qu'une trentaine de minutes avant leur arrivée à Londres. Souhaitant passer cette dernière demi-heure en compagnie de Théodore, la jeune fille s'excusa auprès de ses camarades de Serdaigle. Ne se doutant de rien, aucun d'eux ne perçut les adieux implicites qu'elle glissa avant de quitter le compartiment. Emma fit une photographie mentale de la dernière vision qu'elle aurait de Michael, Padma et Anthony. Même s'ils étaient absents, elle ne put s'empêcher d'y rajouter Mandy et Terry.

Dans les couloirs, elle croisa Daphné qui devait vraisemblablement rejoindre son petit-ami Anthony. Elles s'échangèrent les emplacements des personnes qu'elles cherchaient respectivement et se souhaitèrent de bonnes vacances. Une nouvelle image s'imprégna dans l'esprit d'Emma. Même si elles n'avaient jamais été les meilleures amies du monde, Daphné faisait tout de même partie de plusieurs périodes de sa vie.

Une fois devant la porte derrière laquelle se trouvait Théodore, la jeune fille inspira profondément avant de frapper trois petits coups et d'ouvrir la séparation coulissante. Le jeune homme était en compagnie de ses amis Kévin et Stephen, ainsi que de celle de Tracey, Millicent et Pansy. Comprenant qu'elle souhaitait le voir, le grand brun salua ses camarades et s'extirpa de son compartiment.

- Tout va bien ? lui demanda-t-il alors qu'ils s'avançaient près d'une issue dans le but de s'assoir sur les marches attenantes.

- Le trajet est passé plus rapidement que je ne l'aurai pensé, regretta-t-elle presque.

- Des projets en vus pour les vacances ?

- On n'a pas vraiment eu le temps d'y réfléchir, mentit-elle à contre cœur à son ami.

- « On », releva-t-il avec une amertume contenue. Vous semblez plus soudés que jamais, continua-t-il face au silence contrit d'Emma. Ça fait du bien de te voir heureuse, conclut-il tout de même.

- Ça reste compliqué depuis ce qui est arrivé à Morag, tempéra toutefois la jeune fille avec tristesse.

- Tu crois qu'elle reviendra à la rentrée ? toucha-t-il un point sensible pour celle qui comptait justement ne pas revenir.

- Je l'ignore, répondit-elle, peinée de savoir qu'elle ne reverrait surement jamais son amie. Je suis triste de ne pouvoir l'aider autant qu'elle a pu m'aider quand j'allais mal.

- Qu'est-ce qui t'en empêche ? Tu es en vacances, tu es majeure, tu as ton permis de transplanation, énuméra-t-il avec pertinence.

- Tu iras la voir toi ? Si oui, tu pourras l'embrasser de ma part ? Dans le cas où je n'en ai pas l'opportunité bien sûr, se rattrapa-t-elle face au regard suspicieux de Théodore.

- J'ai comme l'impression que tu me caches quelque chose, Emma.

Elle n'arriva plus à lui mentir et se tût. Un sourire se dessina sur son visage tandis que ses yeux verts le fixaient avec intensité. Ne pouvant résister à cette envie, elle posa une main tremblante sur la joue du jeune homme. Celui-ci y apposa la sienne en soutenant le regard humide de son amie.

- Il faut que je parte… amorça-t-elle.

- Où ça ? s'inquiéta-t-il avec justesse.

- Je veux dire… Là. Je dois te laisser, fit-elle machine arrière face à son aveu, se levant soudain et arrachant sa main de l'emprise de celle du Serpentard.

- Emma, après tout ce qu'on a pu vivre ensemble, je pense être en capacité de savoir quand tu me mens, lui barra-t-il la route en se levant à son tour.

- Et malgré tous les drames, je suis fière de t'avoir pour ami, Théodore. Tu avais raison tu sais. Je t'aime… D'amitié, certes. Mais cela reste l'un des sentiments les plus honorables que l'on puisse ressentir. Voilà, c'est ce que je voulais te dire avant de… partir en vacances, déclara-t-elle alors que le train sonnait son sifflet final à l'approche de la gare de King's Cross.

- Alors bonnes vacances, lui souhaita-t-il dans un souffle en comprenant qu'elle n'en dirait surement pas plus.

- Bonnes vacances, Théo.

Une nouvelle photographie mentale vibra dans son être tout entier. Sur la pointe des pieds, elle lui baisa la joue une dernière fois avant de s'éloigner. Ces adieux lui déchiraient le cœur. Une marée d'élèves sortit soudainement des compartiments. Le Poudlard Express était arrivé en gare. Sa valise se situait dans le compartiment qu'occupait Drago. La jeune fille se faufila tant bien que mal à travers la cohue afin de rejoindre ce dernier. Sans réelle surprise, elle le trouva en compagnie d'Astoria. Elle enregistra également cette vision qui l'avait longtemps hantée par le passé.

- C'est ici que le trajet se termine, conclut-il sa conversation avec un double sens que seul Emma put percevoir.

- Au revoir, Astoria, salua Emma avec une certaine émotion. Passes de belles vacances.

- Bonnes vacances à vous aussi, répondit-elle en quittant le compartiment sous le regard concentré de Drago.

- Prête ? interrogea-t-il Emma une fois seul à seule.

- Plus que jamais, répondit-elle, déterminée.

*** Tic-Tac… Tic-Tac… Tic-Tac… Tic-Tac… ***

La main crispée d'Emma froissait la lettre d'invitation et le billet qu'elle tenait fébrilement. Les yeux verts fixaient les yeux bleus gris. Il ne restait plus que quelques minutes avant que la cellule de voyage à destination de Buenos Aires ne disparaisse, en emportant avec elle la petite dizaine de passagers qu'elle comportait. Emma avait rarement vu une plateforme aussi vide. En ces temps de guerre, les modalités de sortie et d'entrée de la communauté magique de Grande Bretagne s'étaient considérablement renforcées. En plus d'un visa et d'un billet pour lesquels les prix avaient récemment doublé, chaque résident de l'archipel britanique devait disposer d'une lettre d'invitation justifiant le motif de son voyage dans le pays souhaité. Alors que sonnait la dernière minute avant la transplanation de la cellule de voyage, le souffle d'Emma se coupa. Drago opina du chef de manière encourageante.

- C'est la seule solution, Emma, lui parvint sa voix malgré la bulle de concentration dans laquelle la jeune fille s'était plongée.

Partir était leur dernière porte de sortie. Ils s'étaient conditionnés depuis des semaines. Leur projet de fuir à deux avait eu pour avantage de solidifier leur couple et d'alimenter une force qu'ils n'avaient jamais connu par le passé. Se sauver à deux pour mieux se construire à trois était devenu leur devise. Bien sûr, la peur et l'appréhension n'avaient cessé de jouer avec leurs nerfs. Il leur avait fallu surmonter de nombreux obstacles pour arriver jusqu'à l'étape du réseau des voyages sorciers. L'heure était venue. Ils y étaient.

- Je n'y arriverai pas, paniqua la brune dans sa barbe.

Non, elle n'y arriverait pas. Elle ne s'était pas préparée à « cette » situation. Même si sur le papier il s'agissait là de la meilleure solution au vu du contexte, une idée fixe martelait l'esprit d'Emma. Ce n'était pas la « seule » solution. Trente secondes. La jeune fille détacha sa ceinture de sécurité.

- Qu'est-ce que tu fais ? Non ! cria le blond de tout son saoul.

- Mademoiselle, veuillez-vous rassoir s'il-vous-plait ! ordonna l'agent de voyage présent sur la plateforme.

- Ouvrez-moi cette porte ! Je veux sortir d'ici, s'égosilla-t-elle en frappant sur la porte vitrée de la cellule de voyage.

Quinze secondes. Drago rejoignit tant bien que mal sa fiancée et apposa sa main sur la sienne. Ils n'entendirent plus les remontrances du personnel de bord, ni l'alarme de sécurité qui se déclencha. Ils se perdirent dans le regard de l'autre, à travers la vitre qui les séparait.

***Tac-Tic… Tac-Tic… Tac-Tic…***

A leur descente du Poudlard Express, les deux fiancés avaient facilement repéré leurs mères respectives, le quai étant beaucoup moins bondé qu'à l'accoutumée. Sans plus attendre, Emma et Drago appliquèrent le plan qu'ils s'étaient mis en tête. Leur objectif était d'informer le plus rapidement possible Narcissa Malefoy, Marcos Oreiro et accessoirement Héléna Oreiro, de leur décision de quitter le pays. Drago invita sa mère à se rendre au manoir des Oreiro afin que puisse se dérouler leur petite réunion improvisée. Surpris par cette visite inopinée, le grand-père d'Emma les rejoignit dans le salon à leur arrivée. Une tension papable régnait dans la pièce.

- Emma et moi avons quelque chose à vous annoncer, déclara le blond d'un air solennel.

- Nous vous écoutons, attendit patiemment le patriarche qui s'attendait toutefois au pire.

- Je suis enceinte, dévoila Emma d'une neutralité dont elle ne se serait crue capable au vu de la situation.

- Et nous avons décidé d'accueillir et d'élever cet enfant en Argentine, compléta aussitôt le jeune homme avant que les premières réactions ne fusent.

- Merlin tout puissant, s'exclama Narcissa Malefoy. Heureusement que ton père n'est pas là pour entendre ça, mon fils, ajouta-t-elle en s'asseyant sur le canapé le plus proche afin d'accuser le choc.

Un silence suivit la seule réaction audible de la petite assemblée. Le regard de Marcos Oreiro s'était endurci et ne cessait de fixer tour à tour les deux fiancés face à lui. Héléna Oreiro quant à elle, s'était simplement adossée au mur qui se trouvait juste derrière elle et se massait lentement les tempes.

- Nous sommes conscients que ce ne sont absolument pas les projets que vous aviez espérés pour nous. Mais notre décision est sans appel. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour offrir à cet enfant un monde meilleur. Avec ou sans votre consentement, s'exprima calmement la jeune fille.

- Et tu es d'accord avec ça, Drago ? questionna sa mère, au bord de l'apoplexie.

- Vous êtes bien la seule personne qui me retienne ici, Mère. Nous en avons discuté avec Emma, et vous avez la possibilité de venir avec nous.

- V…venir avec vous ? s'estomaqua-t-elle.

- Vous êtes tout sauf heureuse ici, Mère. Il suffit de regarder ce qu'est devenue notre vie, notre famille aujourd'hui.

- Et ton père dans tout ça ?

- Tout est réalisable, Mrs Malefoy. Il suffit juste de vraiment le vouloir, répondit Emma à la place de son fiancé.

- Tu ne m'as jamais autant déçu qu'en cet instant, Emma, sortit Marcos Oreiro de son silence. Tu n'as pas mon consentement pour ce projet aussi immature que chimérique. Je vous ai donné ma confiance en acceptant que vous partagiez ce dortoir. Mais il s'avère que votre irresponsabilité est plus flagrante que jamais. Comment comptez-vous construire une famille dans un pays étranger si vous n'êtes même pas capable de vous comporter en adulte responsable dans une simple école ?

Emma fut choquée par la réaction de son grand-père. Sans doute s'était-t-elle attendue à ce qu'il la comprenne et la soutienne dans sa démarche de vouloir un environnement sain pour son futur enfant.

- C'est la meilleure solution pour l'avenir de cet enfant, grand-père, vous ne pouvez pas le nier.

- La fuite n'a jamais été une bonne solution, Emma. Crois-en mon expérience. Tu penses connaître l'Argentine, mais tu as tort. Il n'est pas et ne sera jamais votre pays. Aujourd'hui, je paie le prix de ce choix qui n'était finalement peut-être pas le bon. Je ne vous laisserai pas faire la même erreur.

- Si votre fuite était l'erreur de base, la nôtre suffira-t-elle peut-être à l'annuler, argumenta à nouveau la jeune fille.

- Et si l'on discutait plutôt de "votre" erreur de base ? Mettre fin à cette grossesse non souhaitée est ce qui résoudrait l'ensemble de ces problématiques.

- Nous avons déjà abordé cette option qui n'est pas envisageable, soutint Drago face au patriarche de la pièce.

- Permettez-moi, jeune homme, de remettre cette option au goût du jour, répliqua Marcos Oreiro en quittant la pièce à grandes enjambées. Je suis persuadé que Lucius sera en accord avec moi sur le sujet. Vous ne quitterez pas la Grande Bretagne, un point c'est tout ! clama-t-il avant de sortir de la pièce.

- Drago, il est temps pour nous de rentrer, déclara sombrement Narcissa Malefoy avant de se lever et de se diriger vers lui.

L'empoignant par le bras, la mère et le fils quittèrent à leur tour la pièce en silence. Les salutations de bienséance n'étaient plus de rigueur en cet instant. Avant de disparaître du champ de vision de sa fiancée, Drago lui désigna discrètement le parchemin qu'il avait rangé dans la poche de sa cape. Juste à temps, elle lui fit signe qu'elle avait compris. Quelques secondes plus tard, le son caractéristique d'une transplanation parvint à ses oreilles. Les Malefoy avaient quitté le manoir Oreiro, laissant ainsi la jeune fille et sa mère dans le silence pesant du salon. Emma lança un regard accusateur à celle qui n'avait prononcé aucun mot jusque-là.

- Vous avez peut-être quelque chose à ajouter ? la provoqua-t-elle.

Héléna Oreiro quitta le mur contre lequel elle était restée adossée et se posta devant sa fille. Elle arborait un air qu'Emma ne lui avait jamais connu. Bien loin de la mère distante et froide qu'elle avait toujours été, la femme face à elle semblait soucieuse. Déjà cet été, Emma avait perçu un changement significatif chez sa mère. Elle avait été incapable de l'accepter, s'irritant à chaque tentative de rapprochement. Les souvenirs qu'Amycus Carrow lui avait fait voir à travers la pensine avait fait naître en elle de nombreuses interrogations. Qui était cet Alexander ? Le défunt amour de sa mère et drame de sa misérable vie, selon les dires de son professeur d'Art de la Magie Noire. Ce dernier avait d'ailleurs côtoyé la jeune Héléna avant qu'elle ne devienne une Oreiro. Il avait même déjà tenté de la séduire, en supposant qu'Amycus Carrow soit un jour en capacité de séduire quelqu'un. Un clair refus semblait avoir été opposé. Une sourde rancœur s'était ancrée chez celui qui était aujourd'hui devenu Mangemort et Directeur adjoint de Poudlard. Celui qui, des années plus tard avait tenté de poser ses mains et bien plus sur la propre fille d'Héléna. Emma n'avait jamais vraiment « parlé » à sa mère et bien que mille questions la tiraillaient en cet instant, son égo blessé de petite fille mal aimée semblait encore l'empêcher de les lui poser.

- Tu souhaites vraiment garder cet enfant, Emma ? lui demanda-t-elle avec intensité.

- De tout mon cœur et de toute mon âme, assura avec force la jeune fille. Surement ne comprendrez-vous jamais…

- Je vous aiderai, l'interrompit sa mère à sa plus grande surprise.

Il était inutile de le lui faire répéter. Emma avait très bien entendu l'affirmation détonante d'Héléna Oreiro. Elle n'avait clairement pas prévu ce nouveau renversement de situation. Si on avait dit un jour à Emma qu'entre son grand-père et sa mère, c'était la seconde qui serait la plus encline à la soutenir dans ses projets, elle ne l'aurait jamais cru.

- Pourquoi ? chercha-t-elle à comprendre dans un souffle.

- Parce que j'ai été à ta place un jour, dévoila-t-elle faiblement sans pour autant lâcher sa fille des yeux.

- De quelle place parlez-vous exactement ? sonda-t-elle face à cette phrase qui ne voulait rien dire et tout dire à la fois.

- Celle d'une jeune femme promise à un Mangemort. Celle d'une adolescente amoureuse brisée par des drames qu'aucune jeune fille au monde ne devrait connaître, ajouta-t-elle. Celle d'une jeune majeure de dix-sept ans enceinte de l'homme qu'elle aime. Celle d'une Sang-Pur obligée d'avorter afin de retomber dans les bonnes grâces de sa famille…

Emma n'aurait jamais pensé avoir autant de points communs avec cette mère qu'elle n'avait jamais compris. Et pourtant, le souvenir de la pensine d'Amycus Carrow lui revint à nouveau en mémoire. Lorsqu'elle avait vu cette jeune femme de vingt-trois ans, le ventre aussi arrondi qu'un ballon de baudruche, elle avait aussitôt eu la sensation de se voir à travers cette aura qu'elle dégageait. En ce jour, Emma commençait enfin à percevoir les drames qui avaient à jamais assombri le regard et le cœur d'Héléna Oreiro, née Dorkins.

- Qu'est-il arrivé à Alexander ? osa-t-elle prononcer le nom dont elle n'était pas censée avoir connaissance.

- J'ai été très surprise lorsque ton Grand-Père est venu me poser des questions sur lui… Je présume qu'Amycus n'a pas pu s'empêcher de te parler de mon passé, supposa-t-elle avec une certaine tristesse.

- « Amycus » ? Plus que de t'imaginer avec un autre homme que Père, c'est de savoir que cette pourriture a fait partie de ta vie qui est le plus révoltant, cracha de dégoût Emma à l'entente du prénom de cet homme détestable.

- Alexander et lui étaient meilleurs amis. Il était le seul à pouvoir le raisonner lors de ses agressions impulsives.

- Ses… agressions impulsives ? Tu parles comme si son comportement exécrable n'était dû qu'à un trouble quelconque. Comment tu peux le défendre de la sorte ? s'offusqua Emma.

- Carrow n'a pas toujours été l'ignoble Mangemort qu'il est aujourd'hui. Je ne le défends pas, je te fais simplement part du passé en commun que nous avons eu ensemble suite à ta demande, s'agaça Héléna.

- Je ne suis pas sûre de vouloir en savoir plus, finalement.

- Ceci est mon histoire, Emma. Je n'ai ni la volonté, ni la capacité, ni le temps de t'en faire part dans les moindres détails. Mais tu m'as demandé ce qui était arrivé à Alexander, alors je vais quand même te répondre. Il est mort à l'âge de dix-huit ans. Nous nous baladions avec les Sang-Pur de notre âge dans le sud du Pays de Galles. C'était les dernières vacances de printemps de toute notre scolarité. Alexander et Amycus étaient allés explorer une grotte qui se trouvait dans les alentours. Il y a eu un éboulement et… Alexander n'a pas réussi à s'en sortir, confia-t-elle d'une voix tremblante. C'était l'homme de ma vie, tu sais. C'était la fin de notre septième année et on avait tellement de projets ensemble… Tout a été brisé ce jour-là. Amycus n'en est pas ressorti indemne non plus. Une partie de son visage avait été complètement broyée, expliqua-t-elle tandis qu'Emma eut à l'esprit les traits difformes de son professeur. Il a toujours clamé haut et fort que dans ses derniers moments, Alexander lui avait supplié de veiller sur moi. Mais il était loin d'être Alexander, et sa cruauté gratuite m'avait toujours écœurée. J'ai fini par avoir la preuve de ce que j'avais toujours su au plus profond de moi. C'était Amycus qui avait provoqué cet éboulement. C'était à cause de lui qu'Alexander était mort. Malheureusement pour moi, toute cette tragédie fut suivie d'un nouveau drame. Apprendre que j'étais enceinte m'a complètement détruite. Mais avoir été obligée de perdre la seule chose qui me restait de l'homme que j'aimais est ce qui m'a broyé le cœur à tout jamais. Depuis, j'ai rarement été capable d'éprouver quoique ce soit. Ma famille a fini par me trouver un fiancé : un jeune Sang-Pur d'origine étrangère qui essayait de s'intégrer dans la bonne société de la communauté magique. C'est surement la seule chose positive qui me soit arrivée dans ma vie. Malgré ses imperfections, ton père était un homme bon. Je ne le remercierai jamais assez de t'avoir offert tout l'amour que j'ai été incapable de te donner, Emma. Puis tu connais la suite… Cette fois-ci, mon nouveau drame fut également le tien. J'ai été impuissante face à ta détresse. La culpabilité me figeait dans ce personnage froid et distant que j'ai toujours été pour toi. La guerre, la position compliquée des Malefoy auprès du Seigneur des Tenèbres et la présence des Carrow à Poudlard m'ont fait prendre conscience que je m'inquiétais grandement pour toi. Et quand j'ai su… ce qu'il t'était arrivé ces derniers mois… commença-t-elle avec émotions avant de se taire quelques secondes. Je ne cherche pas à me faire pardonner tu sais. Mais s'il existe une chance pour que tu ne prennes pas le même chemin que moi, ta pauvre mère, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que tu ne la manques pas.

Les yeux embués de larmes, les deux femmes se faisaient toujours face. Chamboulée par la mise à nue de sa mère, Emma ne savait comment digérer ce flot d'informations. Cependant, une pensée vibrait dans l'esprit de la jeune fille : l'aide inattendue de sa mère dans leur projet de fuite était clairement la bienvenue.

*** Tic-Tac… Tic-Tac…***

- Bonjour, bienvenue chez Oreiro's horizon, que puis-je faire pour vous, Monsieur ?

- Bonjour Mademoiselle, je souhaite offrir à mon fils un livre sur le Quidditch, qu'avez-vous à me proposer ? Il en a déjà quelques-uns sur le sujet, précisa le client qui venait d'entrer dans la librairie qu'avait fondée la grand-mère paternelle d'Emma.

- Alors je suppose qu'il possède déjà le très réputé « Quidditch à travers les âges » de Kennilworthy Whisp ?

- Oui, il me semble d'ailleurs que l'ensemble des livres qu'il a sont de cet auteur.

- Je peux vous proposer celui-ci : Le Noble Sport des Sorciers, de Quintius Umfraville. C'est un livre très ancien datant de 1620. Kennilworthy Whisp s'est beaucoup appuyé sur ce dernier afin de pouvoir écrire son Best-Seller. Notre librairie a pour particularité de rassembler des éditions d'exceptions. Et justement, l'ouvrage que je vous propose est l'une des plus anciennes éditions dont nous disposons.

- Parfait, je le prends.

Il se dirigea vers la caisse tenue par Héléna Oreiro. Emma s'affaira, quant à elle, à emballer ce qui serait le cadeau de Noël du fils de cet homme. Le tintement de la cloche fixée à la porte du magasin parcourut la pièce à la sortie du dernier client de la journée. En cette fin d'après-midi de veille de Noël et en cette période de guerre, les clients se faisaient plus que rares. La vendeuse habituelle de la librairie s'était exceptionnellement vue offrir un jour de congés. Comme elles l'avaient prévu, Emma et sa mère s'étaient chargées de la gestion de la librairie. Située dans la Chapel Street de la jolie ville de Penzance, la petite entreprise était un avant-poste idéal si l'on souhaitait se rendre au Réseau des voyages sorciers. Jusqu'à présent, leur plan avait parfaitement fonctionné. Elles avaient pu se rendre sans soucis à la boutique familiale qui avait une place importante dans le cœur de Marcos Oreiro. Il avait donc été facile de lui faire croire que leur présence était indispensable à la bonne tenue du chiffre d'affaire en cette veille de Noël. De plus, les préparatifs opérés par les deux femmes de la maison en prévision du réveillon ne laissaient présager en rien la fuite prévue ce soir-là.

La cloche tinta à nouveau à l'entrée de deux nouveaux arrivants dans la librairie. L'on distinguait à peine les minuscules flocons pris dans leurs cheveux blonds aussi pâles que la neige. Il n'était pas prévu que Drago soit accompagné de sa mère. Emma paniqua légèrement à ce constat.

- Elle est avec nous, la rassura-t-il en voyant l'expression de sa fiancée.

- Finalement, vous souhaitez partir avec nous ? demanda-t-elle à sa future belle-mère.

- Je n'ai pas changé d'avis à ce sujet. Pour rien au monde je ne laisserai mon mari en si mauvaise posture, seul et abandonné par sa famille, répondit froidement Narcissa. Il aura besoin de soutien face aux conséquences provoquées par votre fuite.

- Narcissa, crois-tu vraiment que la disparition de deux adolescents fera tant de vagues que ça parmi les Mangemorts ? Nous pouvons parler de fugue, et nous servir du comportement immonde qu'a eu Amycus Carrow envers ma fille, suggéra Héléna.

- Ce n'est pas aussi simple que ça. Le Seigneur des Ténèbres et ses Mangemorts sont une chose. Mais ma sœur, Bella, en est une autre. Elle ne laissera rien au monde ternir son image auprès du Maître. Elle serait capable de parcourir l'Argentine toute entière pour retrouver son neveu et le ramener au Manoir afin de sauvegarder sa réputation.

- Vous êtes donc là pour nous convaincre de ne pas partir, reprocha Emma en fusillant Drago du regard.

- Non. Je suis là pour accompagner mon fils dans le choix décisif qu'il a pris malgré tout ce que cela implique. Ce qui m'importe c'est le mieux pour lui, pas le mieux pour nous.

- Il est temps d'y aller. L'heure du départ approche, apprit Drago après un rapide coup d'œil à sa montre.

- C'est ici que l'on se quitte, déclara Héléna Oreiro en tendant à sa fille le sac qu'elle avait préparé. Prends-soin de toi, ma fille. Je vous souhaite d'offrir à cet enfant ce que nous n'avons pas pu vous offrir.

- Merci, Mère, souffla Emma que l'émotion submergeait quelque peu. Nous avons partagé plus de choses en trois jours qu'au cours de ces dix-sept dernières années. Je vous suis très reconnaissante pour votre soutien et votre aide.

L'aînée des deux femmes brisa la distance qu'elles s'évertuaient à conserver et prit sa fille dans ses bras. La serrant fort contre elle, Héléna finit par lui baiser le front avec une tendresse inattendue.

- Va ma fille, fit-elle en la relâchant. Faites bonne route, salua-t-elle son futur beau-fils qui acquiesça en retour.

- Au revoir, Madame, et encore merci à vous, la remercia-t-il à son tour avant de quitter la boutique.

- Je repasserai une fois qu'ils seront partis, Héléna, informa Narcissa d'une voie teintée de tristesse avant de sortir de la pièce à son tour.

Emma les imita mais stoppa son action au porche de la librairie. « Adieu, Maman. » Une première et une dernière fois s'entremêlaient dans cette simple phrase. D'aussi loin qu'elle s'en souvienne, elle n'avait jamais appelé sa mère ainsi. Elle manqua de glisser à la sortie du commerce mais fut rattrapée de justesse par Drago qui apparut à ses côtés. Il lui prit la main et l'aida à s'extirper de la plaque de verglas qui s'était formée. Le trio entreprit alors de se diriger vers le réseau des voyages sorciers situé au bout de la rue sorcière de Chapel Street.

- J'ai quelque chose pour toi, annonça Drago en fouillant dans sa poche.

- Un Moelleux du Chaudron, constata-t-elle avec surprise en découvrant la pâtisserie consciencieusement emballée dans un film protecteur magique.

- Comment ne pas résister à l'appel de « La Maison du Chocolat » quand on passe devant la vitrine pour la dernière fois… On a déjà pris notre part, refusa Drago face à la proposition gestuelle de sa fiancée.

Sans plus attendre, Emma enfonça ses dents dans ce gâteau qui leur rappelait de nombreux souvenirs. Ils avaient vécus tellement de choses depuis l'annonce de leurs fiançailles. Qu'elles aient été bonnes ou mauvaises, la jeune fille les chérissait du plus profond de son cœur. C'était ensemble qu'ils avaient pu surmonter les obstacles rencontrés et leur destin n'avait cessé de leur rappeler qu'être sans l'autre ne leur réussissait pas.

- Nous y sommes, informa Narcissa qui semblait épuisée par cette marche sous la neige.

Emma observa cette immense porte cochère qu'elle avait tant traversée par le passé. Bien qu'il s'agissait là de la même destination, les circonstances n'étaient pas tout à fait les mêmes. Ils traversèrent l'entrée et atteignirent le hall du Réseau des voyages sorciers. A l'instar du plafond de la Grande salle, une gigantesque verrière reproduisait les paysages exotiques et paradisiaques de divers pays du monde. L'image d'un sorcier que tous ne connaissaient que trop bien apparut sur la paroi de verre et rappela à la jeune fille les temps sombres que vivait actuellement la communauté magique.

- Ces imbéciles me poursuivent même jusque dans ma fuite, grogna Drago en découvrant lui aussi ce que projetait le plafond.

« Indésirable numéro 1 : Harry Potter » « Indésirable numéro 2 : Hermione Granger » « Indésirable numéro 3 : Ron Weasley ». Une photo de chacun d'entre eux illustrait chaque écriteau. Le Ministère de la Magie n'avait pas lésiné sur les moyens au sujet de la recherche des Indésirables. Les mêmes affiches étaient placardées dans chaque rue sorcière. Toutefois, à l'échelle de l'immense verrière, l'ancien trio de Gryffondor semblait les observer avec une défiance oppressante. Décidant de les ignorer, Emma se dirigea vers le tableau d'affichage des départs du soir. Il n'y en avait que trois de programmés. Le prochain était à destination de New York, celui d'après concernait la cellule de voyage qui les amènerait à Buenos Aires. Il ne leur restait plus que vingt minutes avant la transplanation de la plateforme. Il était temps pour eux de passer les douanes. Arrivés devant les services de contrôle, Drago se tourna lentement vers sa mère. Des larmes inondaient déjà les yeux bleus de Narcissa Malefoy qui peinait à contrôler le désespoir qui s'emparait d'elle.

- Mon fils… souffla-t-elle sans pouvoir en dire plus.

- Mère, je sais que je vous déçois, Père et toi… amorça Drago en baissant la tête comme un enfant après avoir fait une bêtise. Je regrette tant de vous laisser subir les conséquences de mes propres actes.

- Non, Drago, l'interrompit-elle. C'est parce que tu subis les conséquences de nos actes que tu te vois obliger de fuir. Mon souhait de te voir rester parmi nous n'est que pur égoïsme. Au fond de moi, je suis fière de te voir capable de faire ce que moi j'aurai dû entreprendre pour te protéger toi, mon fils.

- Père sera incapable de voir les choses de cette manière lorsqu'il apprendra que son fils a fui comme le lâche qu'il est… Mais je vous remercie pour votre soutien, Mère. Il m'est très précieux.

- Merci à toi, Drago, d'avoir éclairé ma sombre existence. Je te souhaite de vivre la vie que tu mérites. En tant que descendant des nobles familles, Malefoy et Black, tu es digne d'un avenir meilleur que celui que nous t'avons réservé. Alors va, tu as ma bénédiction.

- Merci pour tout, Mère, déclara-t-il avant de la prendre dans ses bras et de lui baiser le front.

Les derniers adieux des fiancés à Narcissa Malefoy se firent dans une émotion un peu plus contrôlée. Emma et Drago s'avancèrent vers la douane en rassemblant les saufs conduits qui leur permettraient de réaliser leur plan. Ils confièrent à l'agent de contrôle leurs billets, visas et lettres d'invitation respectifs. Son air austère alimentait la tension qui régnait dans l'atmosphère. Notant le trouble des deux passagers, il prit alors le temps d'examiner l'ensemble des éléments.

- Quel est le motif de votre départ ? les testa-t-ils en parcourant les lettres d'invitation.

- Nous sommes invités aux célébrations de Noël chez ma famille, au Manoir Oreiro, dans la ville de La Plata. Tout est marqué ici, désigna-t-elle le document qu'il avait dans les mains.

- C'est en anglais, releva-t-il. Votre famille ne parle-t-elle pas espagnol ? Ce document est censé être dans la langue natale du pays.

- Ma famille est bilingue, rétorqua Emma agacée par l'excès de zèle de cet agent. Alors pour vous éviter de devoir utiliser un sortilège de traduction que vous devriez connaître sur le bout des doigts du fait de votre fonction, elle a pris le soin de rédiger ce document nouvellement requis en anglais. L'on pourra vous fournir les deux versions pour le prochain voyage si cela vous est vraiment nécessaire, Monsieur.

- Ce que ma fiancée veut dire, c'est que nous sommes complètement disposés à vous fournir l'ensemble des documents nécessaires à notre prochain passage, tempéra Drago face à l'agressivité de sa compagne. Vous comprenez bien que le réveillon de Noël est ce soir, que la dernière cellule de voyage pour Buenos Aires est prévue dans quinze minutes, et qu'il est donc trop tard pour se procurer une version espagnole de la Lettre d'invitation.

- Ça ira pour cette fois, jugea le douanier avant de rebondir sur un nouveau point. Vous êtes donc fiancés. C'est pour cela que vous accompagnez Miss Oreiro à ces festivités familiales, je suppose ?

- Effectivement, devança Drago une Emma qui semblait bouillir de l'intérieur.

- Rien ne me prouve que ce soit la vérité. Peut-être disposez-vous d'un contrat de fiançailles ? Sans quoi, seule Mademoiselle sera autorisée à quitter le territoire, déclara d'un air faussement embêté l'agent de douanes qui semblait se venger du comportement d'Emma à son égard.

- Bien sûr, acquiesça Drago en fouillant dans sa besace. Tenez, lui tendit-il le document dont il venait de s'emparer.

Après ce qui leur parut une éternité, l'agent de contrôle concéda à leur rendre leurs documents en leur faisant signe qu'ils pouvaient passer.

- Il va falloir que tu te calmes, Emma. On n'ira pas bien loin si tu ne te contrôles pas un peu plus, la réprimanda son fiancé.

- C'était clairement injustifié. Grand-Père est passé sans problème avec des documents en anglais l'été dernier, se justifia-t-elle face au regard réprobateur de son compagnon. Mais tu as raison, concéda-t-elle tout de même. Je tâcherai de contrôler au mieux ce bain hormonal de grossesse que je vis au quotidien, ironisa-t-elle avec une pointe de vérité.

- Allez, viens, l'incita-t-il à avancer non sans un sourire amusé.

La première plateforme à destination de New York était sur le point de transplaner. Leurs passagers étaient sagement assis dans la cellule de voyage qui n'était que très peu remplie. Le faible nombre de voyageurs faisant la queue pour le départ pour Buenos Aires présageait de la même quantité limitée de participants.

- Et « ça », ça vous suffit comme sauf-conduit, espèce de bon à rien ! s'exclama une voie criarde au niveau des douanes.

- Oh non, pas elle, se lamenta Drago sans cesser d'avancer.

- Quoi ? Qui ? ne put que répondre sa fiancée face à leur accélération soudaine.

- Mets ta capuche, somma-t-il en exécutant lui-même son ordre.

- Bella ! leur parvint alors la voix de Narcissa.

Emma comprit aussitôt que leur perspective de fuite venait d'être considérablement compromise. La présence de Bellatrix Lestrange à douze minutes de leur départ était un véritable coup dur. Les deux fiancés finirent leur course à l'entrée de la cellule de voyage qui venait tout juste d'ouvrir ses portes.

- Eh, la queue c'est par là, maugréa l'un des passagers, mécontent de les voir forcer le passage.

- Alors magne-toi, se retint Drago de lui lancer l'insulte qui lui venait à l'esprit.

- Vous n'irez pas plus loin ! s'exclama Bellatrix Lestrange en empoignant son neveu par le bras au moment où les deux fugueurs passaient la ligne d'embarquement.

- Bella, je t'ai déjà dit que c'était inutile. Ils n'y vont que pour les festivités de Noël. Ils seront de retour après demain, tu n'as qu'à vérifier leurs billets, argumenta Narcissa avec ardeur.

- Tu ne pourras en aucun cas me faire croire que ton état déplorable n'est dû qu'à une simple absence de deux jours. Tout comme vous ne pouvez pas me faire avaler que ce bon vieux Marcos Oreiro n'ait pas été invité à votre soi-disant festin de Noël en famille, cracha-t-elle en se tournant vers les deux jeunes fuyards. Toi, pointa-t-elle du doigt son neveu avec force. Tu m'expliques immédiatement ce qui se passe ici.

Sa voix aussi glaciale que claquante les traversa de toute part. Son visage émacié semblait leur lancer des éclairs invisibles. Elle fixa ses yeux sombres dans les yeux gris de Drago qui se contracta afin de repousser l'attaque mentale de sa tante.

- Laisses-nous prendre cette cellule de voyage, osa ordonner Drago.

- Que je vous laisse… Mais pour qui tu me prends, pauvre gamin inconscient ! s'esclaffa-t-elle en agitant ses long bras.

Le commandement direct de Drago à sa tante produisit le même effet chez Narcissa et Emma qui entreprirent toutes deux de lancer un « Imperio » informulé à Bellatrix. Aux aguets, cette dernière eût tout juste le temps de se protéger à l'aide d'un bouclier magique assez grand et enveloppant pour que les sorts de ses deux assaillantes soient contrés.

- Que cette catin me lance un sort c'est une chose, mais toi, Cissy ? Tu oses attaquer ta propre sœur ? Comment cela se fait-il que la fuite immonde de ton fils puisse autant t'importer ?

- Emma, n'est pas une catin, défendit Drago sa fiancée avec hargne.

- C'est pourtant la réputation qu'elle s'est forgée depuis le passage de ce cher Amycus.

- Je suis enceinte, lâcha contre tout attente Emma qui voyait le temps s'écouler.

- Emma ! protesta le jeune homme.

- On n'a pas le temps, Drago. Il faut la convaincre.

- Voyez-vous ça… J'ignore ce qui est le plus ahurissant : cette misérable grossesse non désirée ou cet espoir de fuite qui semble encore flotter dans l'air ?

- Bella, je t'en prie, laisses-les partir, s'interposa à nouveau Narcissa Malefoy. Ce ne sont que deux adolescents. Tu n'as pas besoin d'eux pour te faire bien voir du Maître. En quoi leur absence pourra-t-elle ternir ton image…

- Plus qu'elle ne l'est déjà ? termina-t-elle sa phrase afin de reprendre la main sur la conversation. Dois-je te rappeler que ce sont les Malefoy – dont tu fais désormais partie – qui ont fortement entaché cette image dont tu oses parler ?

- Dois-je te rappeler que tu as échoué au même titre que Lucius à la mission qui nous a tous mis dans la disgrâce ?

- Non, tu n'es pas obligée, renifla-t-elle avec mépris avant de se tourner à nouveau vers les deux fiancés.

- Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de vous… ? se questionna-t-elle à haute voix en les observant tour à tour. Toi, désignant rapidement du doigt Drago, impossible que tu disparaisses de nos rangs. Non seulement tu courrais à ta mort, mais quelle risée pour nous ! Impossible, tu entends. Tu restes ici, point. Mais toi, se tourna-t-elle vivement vers Emma. Finalement vu ta stupide condition, si tu restes, tu ne peux que nous apporter des ennuis.

- Alors c'est d'accord. Elle part et moi je reste.

- Quoi… Non ! s'exclama la concernée.

- Il ne te reste que cinq minutes, Emma.

- Tic-Tac, Tic-Tac, s'amusa à intervenir Bellatrix.

- Je ne pars pas sans toi, Drago.

- Tu pars. Si tu ne le fais pas pour moi, fais-le au moins pour lui, apposa-t-il sa main sur le ventre de sa fiancée.

La jeune fille tremblait face à cet imprévu. Il n'avait jamais été question d'être séparés, ni de fuir seul en laissant l'autre. Figée par cette peur qui la tiraillait, elle était incapable d'argumenter quoique ce soit. L'intervention de Bellatrix avait tout remis en question. La jeune fille ne s'était pas préparée psychologiquement à devoir affronter seule, ni cette fuite, ni sa grossesse.

- Tu le sais que c'est la meilleure solution pour notre enfant. Sinon pourquoi serait-on là aujourd'hui ?

- Emma, tu as l'occasion de faire ce que ni moi, ni ta mère n'avons eu le courage d'entreprendre. Ne la manque pas, l'encouragea à son tour Narcissa, sous le regard blasée de sa sœur.

- Maintenant il faut que tu y ailles, la prit-il par les épaules en la secouant légèrement pour la sortir de la torpeur qui semblait s'être emparée d'elle.

- Dernier appel pour Buenos Aires, informa un agent de voyage à quelques mètres de là.

- Emma, la supplia-t-il en lui encadrant le visage de ses mains. Tu es assez forte pour ça, susurra-t-il avant de l'embrasser tendrement. Je t'aime. Maintenant, va.

D'une douce impulsion, il la dirigea vers l'agent de voyage qui l'invita à se dépêcher. Comme si elle avait été sous l'emprise d'un Imperium, elle se laissa guider et se retrouva assise dans la cellule de voyage. Attachant sa ceinture de sécurité, elle croisa au loin les yeux bleus gris de Drago.

*** Tac-Tic… Tac-Tic…***

Emma tentait de deviner son reflet à travers le miroir embué. Puis, elle s'empara de sa baguette magique posée non loin du lavabo et lança un sort afin de faire disparaître l'entrave à la netteté de son image. Nue, elle s'observa longuement. Bien qu'elle ait retrouvé une meilleure forme suite à son dernier passage à l'infirmerie, elle repéra tout de même les traces de sa maigreur passée. Elle qui avait pour habitude de porter fièrement deux joues pleines et rebondies, ces dernières n'avaient pas récupéré de leur splendeur passée et restaient légèrement creusées. Sûrement cela changerait-il d'ici quelques semaines du fait de l'avancée de sa grossesse. La jeune fille se mit de profil afin d'évaluer la présence d'un léger arrondi au niveau de son ventre. A un mois et demi de grossesse il était cependant trop tôt pour apercevoir un quelconque changement. A ce stade, seuls les désagréments liés au premier trimestre se faisaient plus que présents.

Quittant ses pensées et son observation, la jeune fille s'enroula dans une immense serviette éponge et entreprit de brosser ses cheveux humides dont les boucles résistaient au passage de l'objet. Elle sortit de la salle de bain sans cesser son action et jeta un œil au parchemin posé sur le bureau de sa chambre. De doux et d'intenses papillons apparurent au creux de son ventre à la lecture d'un simple « Bonsoir » écrit sur le document vierge de tout autre mot. Cela faisait une éternité qu'elle n'avait pas ressenti cette sensation. Vivre avec son fiancé dans la salle commune des préfets avait bien des avantages, mais rares se faisaient les occasions de se manquer. Moins de trois heures après l'avoir vu pour la dernière fois, Emma commençait déjà à ressentir ce manque caractéristique de la personne aimée. Lire ce simple mot écrit de la main de Drago avait réveillé en elle ce doux enthousiasme enjôleur. Elle se félicitait intérieurement d'avoir pensé à appliquer le même type de sortilèges utilisés pour relier les plannings des préfets les uns aux autres. Communiquer avec Drago de manière instantanée sur un unique parchemin leur serait plus qu'utile afin de mener à bien leur projet de fuite dans la discrétion la plus totale.

Samedi 20 décembre 1997

Bonsoir

Bonsoir

Tu en as mis du temps.

Rien de grave ?

Désolée, je sortais tout juste de ma douche.

Mais il y a eu un rebondissement assez inattendu.

Tu veux dire en plus de la réaction épidermique de ton Grand-Père ?

Je t'avais prévenue qu'il ne serait sûrement pas aussi malléable que tu le pensais.

Ma mère veut nous aider.

Tu plaisantes ?

Sacré rebondissement effectivement.

Nous nous sommes finalement trouvées quelques points communs.

Pour te résumer la situation, elle est tombée enceinte d'un garçon dont elle était très amoureuse mais qui est mort juste avant qu'elle n'apprenne sa grossesse à la fin de sa septième année. Ses parents l'ont forcée à avorter et ont fini par lui trouver un fiancé : mon père.

Je t'ai épargné l'aspect dramatique de ce qu'elle a pu vivre et l'impact psychologique que cela a pu avoir sur elle.

Une histoire insoupçonnable…

A qui le dis-tu…

Nous avons au moins quelqu'un de notre côté.

Il va falloir être sur nos gardes, Emma.

Je sais…

Sinon, tu disais que tu sortais de ta douche ?

Pas trop dures les douches sans moi ?

Elles sont sûrement plus économiques.

Tu t'es déjà habillée ?

Petit coquin pervers !

Mais encore ?

Je suis en serviette.

Mais maintenant tu m'y fais penser, je vais aller m'habiller.

Il fait froid sans toi…

J'espère pouvoir te réchauffer très rapidement.

Et pour toujours.

Je l'espère.

Il va falloir adapter notre plan aux rebondissements du jour.

J'en ai déjà parlé à ma mère, après le dîner.

Elle a gardé de très bons contacts avec Daniela, la mère de mon cousin Amadeo. Ils habitent dans la province de Mendoza près de la frontière du Chili. Cela peut être assez pratique si on a besoin de quitter l'Argentine.

Amadeo…

Ton cousin avec qui tu aurais dû te fiancer si nos pères n'avaient pas arrangé nos fiançailles.

Et celui que tu as embrassé l'été suivant la cinquième année…

Tu as l'art de ne retenir que les mauvais souvenirs, dis-moi…

C'est donc eux qui nous rédigeront nos Lettres d'invitation ?

Non, ça sera mon arrière-grand-père, le patriarche de la famille.

Daniela lui suggèrera de nous inviter pour le repas du réveillon de Noël, afin que je te présente officiellement à la famille.

Et ton Grand-Père dans tout ça ?

Il sera forcément invité lui aussi.

Ils ne sont pas en très bon termes depuis qu'il a quitté l'Argentine pour l'Angleterre.

Je vais écrire une Lettre à mon arrière-grand-père pour lui expliquer la situation.

Ma mère la cachera dans le courrier qu'elle enverra à Daniela et cette dernière la lui donnera.

Il m'a toujours adoré et sera ravi de savoir que je souhaite venir vivre en Argentine pour fonder ma propre famille.

Compte tenu de leurs relations exécrables, ne pas prévenir son fils de ce plan lui conviendra parfaitement.

Tu es sûre qu'on peut lui faire confiance ?

Regarde ce qu'il s'est passé avec ton grand-père.

Accepter de m'aider dans un tel projet, c'est faire un véritable pied-de-nez à son fils qui l'a tant déçu par le passé.

Croies-moi, il nous aidera.

A notre tour de décevoir nos familles…

Se sauver à deux pour mieux se construire à trois…

Il nous faudra trouver un moyen de se rendre au réseau des voyages sorciers le jour du réveillon.

Ma mère compte donner un jour de congés à son employée à la librairie familiale de Chapel Street.

Elle prétextera avoir besoin de mon aide à la boutique. Je t'y attendrai.

C'est très compliqué pour moi de sortir du Manoir.

Comme c'est Noël, je demanderai à Mère de m'amener dans une rue commerçante afin de pouvoir faire mes cadeaux.

Je ne lui en parlerai que le jour-même pour éviter qu'elle ne m'y emmène les jours d'avant.

Et si elle refuse ? Comment comptes-tu la semer ?

Je serai-là, Emma. Je te le promets.

Notre plan repose uniquement sur nos croyances respectives.

J'espère que tout va bien se passer.

Nous verrons bien…

Au moins on aura essayé.

J'ai tellement envie que la vie nous sourie pour une fois…

Tant que nous sommes ensemble…

Tant que nous sommes ensemble…

*** Dong… Dong… Dong… Dong… Dong… Dong… Dong… Dong… Dong… Dong… Dong… Dong…***

La vitre de la cellule de voyage s'ouvrit et Emma se lança dans les bras de Drago, plongeant sa tête au creux de son cou. Plus rien ne comptait autour d'eux. De longues secondes de silence s'écoulèrent. Une fois Emma sortie de la plateforme et le protocole de sécurité rempli, la cellule de voyage disparut pour de bon pour Buenos Aires.

- Pourquoi t'as fait ça ? lui demanda-t-il en cherchant son regard alors qu'elle se redressait légèrement.

- Tant que nous sommes ensemble, répondit-elle le plus simplement du monde.

- Cet acte manqué vous hantera toute votre vie, très chère, commenta Narcissa dont la voix trahissait toutefois un certain soulagement.

- Nous sommes peut-être simplement les mêmes. Incapable d'abandonner nos maris en si mauvaise posture, seul et abandonné par leur famille, répéta-t-elle les mots utilisés un peu plus tôt par sa belle-mère.

- J'ai mon quota de mièvrerie pour la soirée, balaya Bellatrix d'un revers de main toute cette discussion. Je vais vous avoir à l'œil les morveux. Une discussion avec ce cher Marcos s'impose. Immédiatement, les enjoignit-elle tous de la suivre.

- Tant que nous sommes ensemble, glissa doucement Drago à l'oreille d'Emma alors qu'il entrelaçait ses doigts entre les siens, en signe de leur indéfectible lien.


21/10/2020

Bonsoir à tous !

Me revoici pour ce dernier chapitre. Je me suis rendue compte que sur la version d'origine, la forme du chapitre (espaces, italiques, gras, centrage) avait complètement déconné à cause d'un mauvais format de fichier ! Déjà que je joue sur l'espace temporel, il devait être particulièrement indigeste ! J'ai bien fait de le relire. J'ai corrigé peu de fautes mais beaucoup de forme.

En tout cas je me suis énormément amusée à décortiquer et mélanger la chronologie des évènements. C'est une très très très pâle copie de ce bon vieux Christopher Nolan, mais j'avoue que dans l'esprit, jouer comme ça avec la thématique du temps m'a fait penser à lui.

Je suis au regret de vous dire que je n'ai toujours pas avancé dans l'écriture du chapitre suivant. Maintenant ça sera du live avec un temps d'attente un peu plus long que le rythme de publication des corrections. Je l'ai en tête mais il ne me reste plus qu'à le poser sur mon clavier.

J'aurai une fin d'année assez chargée niveau boulot mais je ferai de mon possible pour vous offrir la suite ! Et puis en ce début d'année 2021 j'aurai normalement beaucoup plus le temps de m'adonner à ma passion d'écriture (à voir toutefois selon ma forme) ! J'espère pouvoir finir cette histoire d'ici mai 2021 ! En fonction de comment cela se passe il devrait me reste chapitres.

Voili voilou pour le petit rétro-planning.

Un grand merci à tous ceux qui m'ont lue jusqu'ici ! N'hésitez pas à me laisser un petit mot pour me faire part de vos avis. En tout cas je remercie grandement mon fidèle lecteur Tryphon21 qui m'a soutenue tout au long de cet exercice de correction. Promis je fais de mon mieux pour ne pas te faire trop attendre.

J'espère à très bientôt !

Desea Oreiro