Chapitre 85 : I'm Yours

Évidemment, Stiles paya son réveil au prix fort, chacun de ses muscles lui reprochant leur fougue de la veille. Il avait fini par sombrer d'épuisement entre les bras de son amant, dans la chaleur de leurs draps.

Le lit était vide. Dommage ! Il aurait pourtant adoré remettre le couvert et son érection matinale n'était pas pour le détromper.

— Calme-toi et rendors-toi ! lui intima-t-il avec un regard noir avant que sa tête ne retombe mollement sur l'oreiller.

Il se laissa porter quelques minutes par la musique s'élevant de l'étage du dessous, savourant encore de nager dans un état entre le sommeil et le réveil, la respiration, l'esprit et le corps lourds.

Malheureusement, le grondement de son ventre le rappela à l'ordre. Il était affamé et c'est avec curiosité qu'il tendit la main vers le chevet pour consulter l'heure sur son téléphone.

Il avait plusieurs SMS.

Un de son père, le remerciant pour son message inexistant — comme quoi son sarcasme était peut-être génétique — censé annoncer qu'il était bien arrivé. Il ajoutait qu'heureusement, Derek s'en était chargé puisqu'il ne pouvait de toute évidence pas se fier à son fils ingrat. Il concluait en lui souhaitant un bon week-end, le tout assorti d'une ribambelle de smileys ridicules.

Stiles grimaça légèrement avant de répondre. Par chance, son père ne semblait pas lui en vouloir. Il devait se douter qu'il oublierait. Avec un soupir, il jeta un œil aux autres SMS reçus.

Les filles lui souhaitaient un bon week-end là où Isaac lui souhaitait une bonne baise… normal !

Scott faisait de même avant de l'informer d'une réunion de meute le mardi soir suivant chez le père d'Allison. L'indic' de Phœnix avait finalement décidé de faire le voyage jusqu'à Beacon Hills pour faire le récit de ce qu'il savait sur les Everfool.

Rencontrer un ancien chasseur chez un autre chasseur… c'était un peu comme se jeter dans la gueule du loup. Quelle ironie !

Stiles soupira. C'était exactement le genre d'information qu'il ne voulait pas recevoir durant ces trois jours. Il n'avait aucune envie de stresser à la perspective de cette rencontre potentiellement dangereuse pour la meute. Il expira lourdement en fermant les yeux et tenta de faire le vide dans son esprit. Peine perdue, il en avait toujours été incapable. Seul Derek pouvait lui changer les idées…

Il reposa son cellulaire sans que son cerveau n'ait prêté attention à l'heure affichée, bien décidé cette fois à ne plus le toucher jusqu'au départ.

Enfin, il grogna en se levant, douloureux dans tout son être, attrapa un jogging en coton bordeaux et un t-shirt gris, ainsi qu'un boxer propre et se dirigea vers la salle de bain pour une minute d'humanité.

Une fois rafraîchi, il descendit les marches à pas lents, grommelant entre ses dents tandis que ses cuisses tremblaient sous l'effort et faillit hurler de joie en atteignant le rez-de-chaussée.

— Je me doutais que tu aurais besoin d'un bon petit-déjeuner pour te remettre. Que penses-tu de le prendre dans le jacuzzi ?

Stiles redressa la tête au son de la voix de son homme qui l'observait avec un sourire depuis la cuisine avant de se retourner sur les œufs brouillés qu'il préparait en se déhanchant sur la musique.

Et putain ! Il avait le rythme dans la peau, affriolant dans son bas de survêtement trop lâche, lui tombant sur ses hanches et son t-shirt ajusté qui épousait ses abdos à la perfection.

— Depuis quand tu… danses ? Non attends, juste… tu sais danser ? Et tu chantes aussi ?

Derek leva les yeux au ciel en terminant la préparation du brunch.

— Je peux si tu insistes, mais ne viens pas te plaindre que je te casse les oreilles après ça ! Laura aimait se réveiller en musique. J'avais beau détester sa playlist, j'avoue que ça me manque !

Le lycéen ouvrait la bouche pour s'excuser d'avoir été à nouveau maladroit quand il remarqua que le sourire du bêta ne quittait pas ses lèvres. Son regard brillait de bonheur en dépit du voile de nostalgie et de douleur que l'on pouvait y percevoir.

Les bras chargés d'un plateau bien garni, le loup s'avança vers son compagnon plus lumineux que jamais. C'était étrange de le voir si joyeux et apaisé. Une de ses large paume lâcha son fardeau pour venir se poser contre le flanc de l'adolescent, l'attirant à lui pour unir délicatement leurs lèvres, lui souhaitant le bonjour comme s'il était le soleil de sa vie. Il le guida ensuite d'une main dans le dos pour l'inviter à rejoindre la terrasse en direction du bain bouillonnant.

L'astre diurne était déjà haut et il faisait bon. La radio accompagna le chant des oiseaux. Tout semblait parfait.

Derek se délesta de son chargement sur un endroit visiblement prévu à cet effet sur le rebord avant d'attraper de ses deux mains, le corps de son humain qu'il colla à lui, front contre front, regard contre regard, sourire contre sourire. Il les fit bouger au rythme de la musique, leurs bassins s'effleurant sensuellement sur le tempo lent de I don't want to miss a thing d'Aerosmith.

L'hyperactif sentit son cœur dérailler, envoûté par les iris de son petit-ami qui lui chantait à voix basse les paroles de la chanson comme un secret, une promesse. S'il n'était pas déjà irrémédiablement amoureux, Stiles aurait sombré juste à cet instant. Le slow le laissa pantelant et il se sentit rougir sous le sourire étincelant du loup qui ne résista pas une seconde de plus pour l'embrasser tendrement en resserrant son étreinte, les immobilisant sur les dernières notes qui s'envolèrent. Le souvenir de ce moment, lui, resterait à jamais graver dans le cœur du garçon.

Stiles se laissa aller contre son corps et son baiser, pris de vertiges par les émotions vives qui faisaient vibrer son cœur à l'unisson avec celui de son amant. Il soupira de plaisir entre ses lèvres avant de se détacher tout doucement.

— On y va ?

Derek chuchotait comme s'il craignait de mettre fin à l'intermède musical.

Le lycéen hocha la tête silencieusement. Il s'approcha du bassin avant de prendre conscience d'un détail d'importance.

— J'ai pas pris mon maillot !

— Moi non plus !

Avec un clin d'œil amusé, l'ancien alpha se débarrassa de son t-shirt, ajoutant de la beauté au panorama déjà époustouflant avant de se délester tout aussi promptement de son bas de jogging sous lequel il était entièrement nu.

Stiles sentit sa bouche s'assécher et son corps réagir face à cette vision divine. Le lycan ne se départit pas de son sourire tandis qu'il lui ôtait son t-shirt sans lâcher ses iris. Il fit disparaître son survêtement de la même manière, laissant lentement son regard affamé glisser sur lui de haut en bas. Sa gourmande inspection terminée, il laissa leurs prunelles se percuter à nouveau, et l'humain ne put que se délecter de la flamme qu'il voyait danser dans celles de Derek.

Pourtant quand ses paumes s'approchèrent du sous-vêtement pour lui faire subir le même sort, le lycéen tressaillit avant de bloquer ses poignets.

Son souffle était court et son rythme cardiaque affolé. Surpris, le bêta l'interrogea du regard.

— Je… Attends ! Accorde-moi juste deux secondes…

— Stiles ?

Le fils du shérif expira un souffle tremblant en fermant les yeux, peu conscient de l'odeur de panique qui émanait à présent de sa peau. Ses joues se parèrent d'une jolie teinte carmin avant qu'enfin, il accepte de relever un regard intimidé et incertain vers son amant.

— C'est juste… Tu me prends pour un obsédé si je t'avoue que je suis en train de bander ?

L'inquiétude du loup de naissance s'envola aussitôt et il ne put réfréner le rire qui lui échappa. Il ne résista pas à l'envie de jeter un coup d'œil concupiscent vers la bosse déformant effectivement le sous-vêtement du garçon, avant de l'attirer contre lui et de déposer un bisou sur son nez.

Il profita du moment pour emplir ses poumons du parfum naturel de son humain, se repaissant de sa fragrance, savourant le satin de leurs peaux nues l'une contre l'autre, se délectant de tous ces sons les entourant : la musique s'élevant depuis la maison, la chanson paisible de la faune et de la flore, le tamtam amoureux de leurs cœurs.

Sans lâcher ni s'éloigner du corps fin entre ses bras, il laissa ses doigts se faufiler sous l'élastique du dernier bout de tissu recouvrant son amant qui frissonna contre lui quand il le découvrit dans une ultime caresse avant de l'entraîner à sa suite dans l'eau chaude.

L'onde les entoura de son cocon réconfortant, les faisant soupirer d'aise.

Après une soirée et une nuit de débauche, s'immerger dans ce bain tiède était un délice sans nom. Ils restèrent un moment à ne rien faire d'autre que savourer le massage aquatique de leurs muscles endoloris.

— Je pourrais jouir juste comme ça !

L'aveu de l'hyperactif mit fin à la quiétude de l'instant. Ce dernier plaqua les mains sur sa bouche en réalisant trop tard ce qui venait de lui échapper.

— Ne me prend pas au mot, pitié !

Il ne se souvenait que trop bien de son réveil au matin de son anniversaire.

En réalité, Derek était amusé. Son compagnon avait tendance à dire tout ce qui lui passait par la tête sans aucun filtre… sauf concernant ses doutes et ses peines, mais c'était une autre histoire ! Il décida de le rassurer en prenant le parti de l'humour.

— Je découvre des mots bien salaces dans ta bouche, ce matin.

Avec un sourire, il lui tendit un verre de jus de raisin. Noah lui avait donné des instructions. Pas de caféine ni d'agrume. Aucun excitant naturel, quel qu'il soit.

L'adolescent l'attrapa, non sans lui offrir une moue malicieuse.

— Ne me dit pas que ça te choque. Je suis plutôt soft contrairement à Isaac qui passe son temps à dire des obscénités quand les filles ne sont pas dans le coin.

— Laissons Isaac où il est et profitons du petit-déjeuner avant qu'il ne refroidisse.

Stiles souffla un rapide rire avant d'acquiescer d'un hochement de tête. Il porta son verre à ses lèvres et savoura le contraste délicieux du jus de fruit frais faisant frissonner sa peau dans l'eau bouillonnante.

Ses yeux s'agrandirent de bonheur en découvrant ce que le bêta avait pris soin de cacher sous une cloche.

— Putain ! t'as fait des pancakes… je t'aime, mon Fluffy !

Le concerné s'esclaffa bien malgré lui devant une telle candeur.

— J'ai l'impression que c'est ton estomac qui vient de se déclarer à moi et non ton cœur !

— Hm… Ils t'aiment tous les deux ?

Derek camoufla son sourire derrière son mug, savourant son café tandis que l'adolescent s'accoudait au rebord pour se servir. Était-ce normal d'être à ce point heureux de faire plaisir aussi simplement à son humain ? Le garçon était une bouffée d'air frais. Pas besoin de grands voyages, ou de cadeaux hors de prix. Pas de bijoux, de parfums ou de restaurants étoilés. Un petit-déjeuner fait maison suffisait à faire pétiller son regard de bonheur.

S'il n'était pas déjà irrémédiablement amoureux, le loup aurait sombré juste à cet instant.

Il n'avait plus qu'une hâte, le revendiquer officiellement et à ce propos…

— J'ai pris rendez-vous chez le tatoueur pour la semaine prochaine. Tu m'as dit que tu avais choisi le motif ?

— Yep !

Son compagnon ne releva même pas les yeux de la banane qu'il était en train d'éplucher.

— Tu crois que les pancakes à la banane et au beurre de cacahuètes, ça le fait ?

— Stiles !

— Ouais, c'est ce que je craignais ! Du sirop d'érable, alors !

Le loup leva les yeux au ciel. Ce petit con attrapait réellement le sirop d'érable !

— Stiles ! Le tatouage ?

— Surprise ! Tu me parles de cicatrice, mais j'ai aucun moyen de savoir à quoi ça ressemblera alors toi non plus…

— Sale gosse !

— Tu radotes, Sourwolf !

Le bêta sourit malgré lui tandis qu'il l'observait fermer les yeux de plaisir en savourant son repas. L'adolescent se passa la langue sur les lèvres, inconscient du trouble qu'il fit naître chez son amant à cette simple vision, avant de reprendre sur un tout autre sujet.

— Tu sais ce qui ferait rêver dans un jacuzzi ? Une coupe de champagne ! Franchement, ça, ça serait grave bandant !

Il lui offrit ces mots avec un clin d'œil sciemment provocateur avant de lécher ses doigts souillés de sirop.

— J'ignorai qu'il y aurait un jacuzzi donc, non pas de champagne, désolé.

Échauffé bien plus que de raison par le petit jeu de son adoré, Derek reposa sa tasse sur le plateau avant de récupérer le verre toujours dans la main du garçon qui se laissa faire avec un regard attentif et interrogateur.

— Redis un mot grivois et je trouve un moyen efficace de te faire taire.

— C'est une promesse ?

L'ancien alpha n'attendit pas davantage pour faire disparaître le sourire facétieux des lèvres de son humain, l'attirant contre son corps jusqu'à ce que leurs érections ne se heurtent avec volupté, les faisant gémir tous les deux dans leur baiser.

Très vite, leur corps à corps devint plus impatient et passionné. Stiles était dos à lui, à genoux dans l'eau frémissante, les avant-bras en appui sur le rebord. Il donnait de la voix au rythme des coups de reins rapide et profond de son partenaire, si bien que le loup ne pouvait que se féliciter que le cottage soit isolé de la civilisation.

L'adolescent encaissait avec frénésie et luxure la passion de son amant. Il était sexy en diable ainsi cambré, les fesses offertes sans retenu, les joues rougies, la bouche entrouverte, exhibant son visage à demi-tourné vers son divin tortionnaire comme pour le supplier de ne surtout pas s'arrêter.

La musique qui s'élevait toujours depuis l'intérieur de la maison était à peine audible, recouverte par le claquement de leurs peaux, le remous tumultueux de l'eau débordant par à-coups du bassin et les cris d'extase du jeune homme.

Contrairement à la veille, le loup réservait ses efforts, n'hésitant pas à ralentir le rythme ou s'arrêter complètement pour repousser l'orgasme grossissant dans son bas ventre, ne laissant par ailleurs aucun répit à son amant. Il voulait faire durer le plaisir, l'étendre à son maximum jusqu'au point de non-retour qui ne tarderait pas à les faucher tous les deux. C'était inéluctable, mais l'effort en valait la peine tant les sensations étaient intenses et grisantes.

Stiles n'était plus qu'une pauvre chose tremblante de désir et de félicité entre ses mains. Il suppliait pour qu'il s'arrête avant de lui en redemander encore et encore. Perdant définitivement l'esprit sous le plaisir trop brut, vif et grandiose.

Le loup l'attira dans un baiser sans cesser ses assauts en son sein, cambrant un peu plus le garçon qui se laissa contraindre malgré la position peu confortable. Cette fois, l'homme frappa directement dans la zone de plaisir de son amant qui s'extirpa de ses lèvres en rejetant la tête sur son épaule dans un cri silencieux foutrement érotique.

Derek redoubla d'efforts pour offrir l'extase la plus pure à son partenaire qui haletait faiblement, le souffle coupé par le bien-être.

Lui-même était au bord du précipice et ne pouvait plus rien faire d'autre que d'y plonger, accélérant la cadence de ses va-et-vient. Dans son élan, il n'eut même pas conscience de faire claquer sa main sur la fesse ronde de l'adolescent qui accueillit la morsure de sa paume avec un couinement de surprise mêlé à une voluptueuse ivresse. Les lèvres figées dans un cercle parfait, il ferma les yeux sous le raz-de-marée qui percuta ses reins et le dévasta totalement en vagues successives.

Il n'en fallut pas plus au bêta pour faire le saut de l'ange à son tour dans un grondement salvateur et lascif.

Vidés de toutes énergies, ils retombèrent mollement dans l'eau, les yeux à demi-clos tout en se câlinant du bout des doigts silencieusement, entremêlés l'un à l'autre pour continuer à ne faire qu'un.

Engourdis de plaisir, ils laissèrent la chanson s'élevant de la maison les envelopper.

I'm Yours de Jason Mraz.

C'était tout à propos.

Après s'être séché et avoir fini leur repas. Ils décidèrent de profiter des environs et passèrent l'après-midi à faire le tour de la propriété, longeant le lac, déambulant entre les arbres à discuter de passé, de présent et d'avenir.

La soirée les rattrapa trop vite à leur goût si bien qu'ils décidèrent de se préparer un pique-nique qu'ils savourèrent au pied d'un saule sur la berge du lac.

Une fois encore, ils observèrent le soleil se coucher. Le ciel se para de pourpre et d'or avant que les étoiles ne s'allument une à une sur la toile sombre au-dessus de leurs têtes.

La nuit leur rappela celle qu'ils avaient passée à Los Angeles.

L'ambiance fut propice aux confidences et chacun y alla de son souvenir.

Stiles sur sa mère et Derek sur sa famille. Ils réalisèrent tous deux que, si la douleur était toujours présente, elle ne prenait plus toute la place, laissant la joie accompagner leur récit d'autrefois. Un travail de mémoire, un deuil enfin apprivoisé.