Chapitre 34

C'était lent. Beaucoup trop lent. Comment pouvait-elle espérer atteindre le niveau des autres si elle n'était même pas capable d'utiliser son énergie correctement après des mois d'entraînement ? Comment pouvait-elle protéger sa ville correctement si sa pauvre maîtrise de ses nouvelles facultés risquait de tuer quelqu'un sans qu'elle le veuille ?

Elle savait qu'elle devait être patiente, que devenir maître dans les arts martiaux ancestraux prenait du temps… mais elle avait toujours été impatiente. Impatiente d'être assez âgée pour participer dans la catégorie adulte des championnats du monde. Impatiente de montrer tout ce qu'elle savait faire à sa mère. Impatiente d'être un membre officiel des forces de l'ordre. Impatiente de sortir de l'ombre imposante de son père.

Devenir qui elle rêvait d'être et de faire prenait du temps et de la patience. Elle devait mordre sur sa chique. Éviter de sauter des étapes, surtout. Après tout, le moindre faux pas pouvait blesser ou, pire, tuer.

Videl sortit de ses pensées quand son JetCap lui signala qu'elle arrivait à destination. Le plus grand centre commercial de la ville, pris d'assaut par le gang des Red Sharks. Une prise d'otage. Des demandes absurdes. Rien que d'y penser, la justicière sentait la chaleur l'envahir et ses poings se serrer.

Stupides malfrats.

Pour éviter la détection, elle se posa à quelques rues de sa cible. Elle courut à travers les rues les moins fréquentées, désertes. Elle contacta ensuite le chef de la police de Satan City pour revoir la situation avec lui, reparler de leur plan. Une fois satisfaite, elle coupa la transmission, sans avoir jamais arrêté sa course.

Elle se trouvait derrière le bâtiment, du côté des livraisons. Elle inspira lentement et ferma les yeux. Ses sens se concentrèrent vers son centre, puis vers l'extérieur. Elle suivit pas à pas ce que Gohan lui avait expliqué pour sentir le monde avec son ki… sans succès.

Videl soupira, puis secoua la tête. Elle devait simplement pratiquer plus. Elle y arriverait. Mais là, maintenant, elle devait se concentrer sur sa mission.

La porte était, comme elle l'avait prévu, fermée. L'adolescente observa les alentours, puis l'obstacle qui se dressait sur son chemin. Elle ne pouvait pas simplement la défoncer. Ça ferait trop de bruit et alerterait les criminels.


Gohan était à la fois excité et anxieux. C'était la première fois qu'il allait assister à une réunion entre monarques. Personne, à part son grand-père et Chizu, sa secrétaire, ne savait qu'il était l'héritier du trône de Yama Kaji. Il supposait que les personnes présentes penseraient qu'il était un futur secrétaire en apprentissage, vu qu'il n'aurait aucun rôle actif dans les réunion de ces deux prochains jours. Ça lui allait. Il préférait prendre le temps de noter les points importants que ferait chaque monarque et de réfléchir à leurs implications a posteriori. Il pourrait alors se faire une idée de ce qui serait bon ou pas pour la région.

Même avec ses cauchemars récurrents et la fatigue qu'ils lui causaient, le demi-Saiyan était plus qu'excité à l'idée de pouvoir prendre un rôle plus important dans les affaires du royaume.


Elle avait réussi. Videl n'en revenait pas. Elle avait utilisé son ki pour casser le verrou de la porte. Elle entra dans le bâtiment d'un pas léger, aux aguets.

Personne.

Elle n'avait pas été repérée. Pas encore.

Ses épaules s'affaissèrent. C'était une bonne chose. La prochaine étape, s'approcher du lieu où les truands gardaient les otages. D'après les dernières informations de la police, ils étaient au troisième étage. Le niveau des magasins de luxe.

Videl n'était pas trop familière avec cette partie du centre commercial. De ses vagues souvenirs, les boutiques étaient petites et étroites. Pas génial pour garder un œil sur les otages. Si les brutes des Red Sharks avaient un minimum de jugeote – débattable, de son humble avis – ils auraient rassemblé toutes les personnes dans le seul restaurant de l'étage… En tout cas, le seul restaurant dont elle se souvenait.

Monter par les escalators et les ascenseurs était définitivement hors de question. On ne savait jamais qu'il y ait un ennemi qui se cachait, une arme à la main. Videl était peut-être plus solide depuis le début de son entraînement à la manipulation de son énergie, mais elle n'était clairement pas assez confiante ou folle pour tester son contrôle dans ce genre de situation. Mieux valait éviter une répétition de l'incident avec les androïdes… ou pire.

Le problème, c'est qu'elle ignorait totalement s'il y avait des escaliers.

Bon. Elle allait devoir explorer un peu dans l'espoir de trouver une solution. Elle n'avait vraiment aucune envie de passer par les escalators et de courir le risque de se faire repérer avant qu'elle soit prête.

Elle faillit sauter de joie quand elle trouva un escalier de service juste à côté des ascenseurs. Elle ne l'avait jamais remarqué auparavant. Si elle était chanceuse, les malfrats ignoraient eux aussi son existence.

Son seul désavantage était la porte qui dissimulait la cage d'escalier. Lourde et légèrement grinçante quand l'adolescente l'ouvrit. C'était surtout le fait qu'elle ne voyait pas de l'autre côté. Et si elle l'ouvrait trop grand et qu'un Red Shark se trouvait derrière ou regardait de ce côté, elle était cuite.

Videl médita un instant sur le problème qui se présentait à elle. Même les plus idiots des malfaiteurs penseraient à surveiller les escalators. Les escaliers lui offraient l'avantage de la surprise. Et une protection au cas où on commençait à lui tirer dessus dès qu'elle ouvrirait la porte. Si elle était assez rapide.

Les escaliers, donc.


- Excellent travail, Videl !

- Merci, chef. La situation était moins critique que ce à quoi je m'attendais.

Et elle en était heureuse. Aucun membre du gang ne l'avait venue venir. Dès qu'elle avait envoyé le signal d'intervention via sa montre-communicateur, elle avait surgi sur la scène et désarmé six sur les onze malfaiteurs présents sur scène. Les otages avaient bien évidemment crié, apeurés, et le reste des Red Sharks avaient accouru.

Videl avait dû agir prudemment pour que personne ne soit gravement blessé. Tout était allé vite. Un malabar avait pointé son arme sur une petite fille. Videl, paniquée, s'était ruée vers lui. Elle avait saisi l'arme de toutes ses forces. Son ki avait dû se manifester à cause de ses émotions fortes et l'adrénaline du moment, parce que l'arme s'était disloquée dans ses mains.

Tout mouvement s'était arrêté. Aucun bruit, l'instant suspendu pendant une éternité.

Puis, le reste des bandits avaient lâché leurs armes et s'étaient rendus, la terreur dans chacun de leur geste.

Videl aurait dû être heureuse de cette conclusion. Après tout, elle avait appréhendé les suspects presque aussi rapidement et sans bavure que Saiyaman.

Pourtant, ce qui ressortait, pour elle, était le risque. L'arme qu'elle avait brisée aurait pu être un bras. Elle aurait pu donner un coup dans la nuque et…

Elle déglutit difficilement, la boule au ventre. Elle allait se contrôler. C'était une certitude. Gohan lui avait affirmé qu'elle avançait bien. Elle avait confiance en lui. Elle devait le croire.


La réunion avait été passionnante. Gohan avait pris autant de notes que possible sur les points importants qui avaient été soulevés. Les invités avaient mangé et s'étaient tous retirés. Ils allaient probablement analyser les propositions qui avaient été faites, eux aussi.

Il se prépara d'ailleurs à parler avec son grand-père. Gyumao était actuellement dans son bureau avec Chizu et Furoma, l'intendant du château, pour préparer la deuxième journée avec les chefs d'états de l'est du continent.

Gohan leva les yeux vers l'horloge. Ils auraient bientôt fini. Il examina rapidement les notes qu'il avait surlignées. Satisfait, il se saisit de son calepin et sortit de sa chambre. Il était confiant que les solutions qu'il avait trouvées pour mettre les principautés de l'est sur un pied d'égalité avec les grands royaumes et ne pas être lésés dans le sommet international du mois prochain.

Il allait frapper à la porte quand elle s'ouvrit sur Chizu, qui lui lança un sourire et un petit clin d'œil avant de partir.

- Ah ! Gohan, entre, entre, s'exclama Gyumao.

Son air jovial faisait un beau contraste avec l'obséquiosité de Furoma. Le vieil homme se tenait devant le bureau de son monarque, le dos droit. À l'arrivée de Gohan, il exécuta une petite révérence et attendit que l'adolescent s'installe.

- Je pense que nous en avons fini pour ce soir, votre majesté. Puis-je venir vous faire un rapport des préparatifs demain matin ?

- Oh, parfait, Furoma ! Et remercie donc Madge pour les mochis qu'elle a préparés aujourd'hui ! Ils étaient délicieux.

- Bien sûr.

L'intendant fit quelques courbettes avant de quitter la salle, toujours aussi cérémonieux.

Gohan ne put s'empêcher de secouer la tête et rire doucement, plein d'affection pour le vieil homme.

Quand ils furent seuls, grand-père et petit-fils se mirent à la tâche. Une conversation qui amena d'intéressantes solutions qu'ils présenteraient aux autres dirigeants le lendemain et emplit Gohan de satisfaction.

Il se sentait utile.

Il servait la cause de centaines de milliers – voire de millions – de personnes sans recourir à la violence.

Il partagea d'ailleurs cette pensée avec son grand-père. Gyumao s'installa plus confortablement sur son siège et passa la main sur sa barbe, pensif.

Un instant plus tard, le roi se racla la gorge.

- Tu connais probablement les rumeurs sur moi, commença-t-il avec hésitation.

- Sur ton passé sanglant ? Oui. Maman m'en a un peu parlé, aussi.

- Hm. Mais tu ne sais pas pourquoi.

Ce n'était pas une question, mais Gohan secoua quand même la tête, intrigué.

- J'étais connu pour ma force, mais aussi pour les trésors que j'avais amassés dans ma jeunesse. Puis, j'ai rencontré ta grand-mère. C'était quelques années après la fin de mon entraînement avec maître Roshi.

Les yeux du vieux roi devinrent humides en se rappelant sa femme.

- Elle était un peu comme ta mère. Un cœur d'or, mais un tempérament de feu.

Il rit doucement.

- Un jour, elle m'a forcé à dormir dans les écuries pendant une tempête parce que j'avais déchiré un drap qu'elle confectionnait pour notre cuisinière de l'époque… C'était un cadeau pour la naissance de son fils, vois-tu.

Il rit plus franchement en voyant l'expression de Gohan.

- Haha ! Oui, tu vois d'où vient une partie du caractère de Chichi. Ah… Erm. Bref. Elle est tombée enceinte de Chichi. Nous étions tellement heureux, tu n'imagines pas. Et… La grossesse a été difficile pour elle. Les médecins s'inquiétaient de son état. Elle s'affaiblissait de jour en jour, mais elle était toujours aussi têtue. C'est là que les tentatives de vol ont commencé.

Il se rappelait les premières tentatives de vol de brigands aussi clairement que ce qu'il avait mangé quelques heures plus tôt. L'inquiétude pour sa femme et leur enfant dans son ventre, l'agacement qu'on ose s'attaquer à son territoire, la satisfaction quand les bandits avaient reçu leur due punition.

Sa femme, toujours aussi entêtée.

- Et puis, Chichi est née. Ah, tu n'imagines pas le bonheur que ç'a été de la tenir pour la première fois dans mes bras ! Elle était si petite, tellement parfaite. Et ta grand-mère… Elle était rayonnante en voyant notre trésor…

Gyumao s'arrêta, la gorge serrée. La chaleur dans son visage, les yeux qui picotaient… L'émotion le suffoquait.

- Elle saignait trop. Ils ont essayé de la sauver, mais c'était trop tard. Elle a connu Chichi à peine une heure avant… avant de…

Il s'interrompit encore. C'était dur. Si dur.

La tristesse fit place à la colère. Vive et rouge, elle s'empara du monarque.

- Et ces… ces malandrins ont profité de notre deuil à tous ! De plus en plus, qu'ils venaient. Ha ! Comme si j'allais les laisser prendre quoi que ce soit !

Il s'apaisa soudain. Le calme avant la tempête.

- Mais ce n'est pas ça qui m'a conduit à devenir un tyran sans pitié pour les étrangers. Chichi, elle était encore toute petite. Et ils en ont profité. Ceux qui voulaient la fortune de Yama Kaji. Il faut que tu remettes le contexte. C'était une époque tumultueuse. On subissait encore les conséquences de la Guerre continentale. Beaucoup de royaumes souffraient. Les famines étaient communes, les enfants abandonnés ou vendus. L'armée du Ruban Rouge était déjà active et avait acquis une grosse puissance. Les royaumes étaient moins unis que maintenant. Les lois moins respectées. La violence était commune. Nous n'étions pas non plus connectés comme maintenant avec les téléphones portables et les ordinateurs. C'était l'apanage des riches.

Gohan ne pouvait s'imaginer une Terre pareille.

- Et Chichi, c'était une princesse. Tout le monde savait que j'aurais fait n'importe quoi pour elle. Ils en ont profité. Oh, qu'ils en ont profité… C'était un bébé, et ils voulaient l'utiliser comme monnaie d'échange. Au bout de la troisième tentative, j'ai… j'ai craqué. Tu connais probablement le reste.

Il soupira.

- J'avais beau être un guerrier puissant, je n'étais qu'un homme. Avec une force surhumaine, oui, mais je n'avais pas tous les pouvoirs. Je ne peux pas sentir la force vitale de tous les êtres vivants alentours, je ne sais pas voler ou me déplacer plus vite que l'œil peut suivre, je ne peux pas détruire des systèmes solaires entiers avec une fraction de ma force… Même là, ce n'est pas ce qui est important.

Il posa les coudes sur son bureau et observa son petit-fils, grave et solennel.

- Un bon roi doit connaître ses forces et ses faiblesses. Un bon roi doit se reposer sur ses subordonnés. J'étais un mauvais roi. Je pensais que ma seule force physique pouvait sauver mon royaume. J'avais tort. J'aurais dû me reposer sur mes gardes, les entraîner, mettre en place des protections pour mon peuple, pour ma famille.

Gohan savait qu'il s'agissait d'une leçon importante. Son grand-père était rarement aussi sérieux.

- Tu ne peux pas endosser toutes les responsabilités et penser que tout ira bien. Ça ne fera que te conduire à ta perte.

Des frissons parcoururent l'échine du demi-Saiyan. Ça ressemblait à une prophétie. Mais ça ne pouvait pas être le cas, n'est-ce pas ? Gohan allait être un bon roi, il écouterait les conseils de son grand-père. Il ne laisserait pas l'hubris lui faire croire qu'il pouvait tout régler tout seul pour son futur royaume.


NdA : N'oubliez pas le Discord d'ARN pour avoir des nouvelles, des infos sur l'univers d'ARN et même des petits extraits en avant-première ! Le lien est sur ma page de présentation 😉.

D'ailleurs, n'hésitez pas à laisser des commentaires sur les chapitres ! Dites-moi ce qui vous a plu, et ce qui vous a déplu. Ça m'aide énormément pour savoir ce que je dois améliorer dans l'histoire et mon écriture.

Enfin, une note importante : je posterai un chapitre chaque dernier samedi du mois, sauf en décembre, où il n'y aura pas de nouveau chapitre (sorry !). S'il y a des changements ou des updates, encore une fois, je vous conseille de rejoindre le Discord d'ARN.

Passez de bonnes fêtes de fin d'années (autant qu'on le puisse) et espérons que 2021 soit moins chaotique que 2020.