Bonjour à tous ! J'espère que vous allez bien.

Je partage avec vous un chapitre faisant office de véritable tournant dans l'histoire. J'espère qu'il vous plaira et que vous pendrez le temps de me dire ce que vous en pensez. Au cas où certains auraient encore des doutes, je tiens à préciser que je n'aime pas les histoires qui finissent mal !

La suite est déjà écrite et sera comme toujours en ligne dès vendredi prochain.

En attendant, je vous embrasse tous,

Prenez soin de vous,

Tendrement,

Lou De Peyrac.

Chapitre 39 :

Le soleil, bien matinal, brillait et réchauffait le corps nu de Mak, l'accompagnant dans ce réveil pourtant si difficile après la nuit endiablée qu'elle venait de passer. L'adolescente se demandait où elle était, ressentant un mal de crâne qui l'empêchait encore de faire le moindre mouvement, coincée entre ici et le rêve. Elle réussit quand même, en rassemblant toutes ses forces, à tendre un bras de l'autre côté du lit à la recherche d'Elsa mais se rendit compte qu'elle était seule. Elsa se révélait absente, et le lit était froid. Sans doute était-elle déjà levée depuis longtemps. De ce qu'elle avait remarqué, Elsa avait toujours été bien plus matinale qu'elle.

Mak s'allongea sur le dos en essayant vaguement de se rappeler les évènements de la veille. Tout restait un peu flou, et pourtant, elle savait qu'elle n'avait pas vécu de moments aussi intenses et fusionnels avec Elsa depuis un moment, peut-être même jamais à vrai dire. Mais cet état n'allait pas durer. La jeune fille connaissait son professeur et ses colères. Et d'après ce dont elle se souvenait, son comportement d'hier soir n'allait pas rester impuni. Elsa lui ferait probablement un sermon de six pieds de long en lui rappelant à quel point elle avait été stupide. Et pourtant, c'était étrange, mais elle ne regrettait rien. Après tout, ça n'avait été qu'un bad, elle en avait déjà fait, et celui-ci s'était conclu en une nuit de douce folie dans les bras de son professeur. Alors non, elle ne regrettait rien. Un sourire étirait déjà ses lèvres à cette pensée. Tant pis, Elsa l'engueulerait, ce n'était pas le première fois…

Alors elle se contenta d'attraper l'oreiller d'Elsa, de le serrer contre elle, et d'en respirer le parfum. Cette odeur…cette odeur de décembre lui avait tellement manqué. Ça et tout le reste. Tout ce qui était indispensable à sa vie.

Après plus de vingt minutes, Mak arriva enfin à poser un pied à terre, puis le reste du corps suivit tant bien que mal. La jeune fille s'assit sur lit, prenant le temps de respirer un peu, se souvenant qu'on le lui avait interdit la veille toujours en pensant à la nuit folle qu'elle venait de passer. Etait-ce à cause de la drogue que cette nuit lui avait paru si irréaliste ? Ou tout simplement à cause des mains d'Elsa, des baisers d'Elsa, d'Elsa tout entière qui pour une fois, pour la première fois, avait accepté humblement de se donner à elle…

L'adolescente passa une main sur son visage en sentant son corps courbaturé, sûrement douloureux de s'être trop tendu… Hier soir, Elsa lui avait tout bonnement sauvé la vie d'une certaine manière. Jamais elle n'aurait pu surmonter cette crise sans elle. Elle avait été complètement inconsciente, elle l'admettait. Quelle idée idiote de prendre de l'ecstasy quand on est une personne hypersensible… ? Elle aurait dû savoir que cette merde aurait un effet néfaste sur elle. Et c'est Elsa qui avait ramassé les pots cassés…

Elle s'en voulait un peu. Tant pis, elle l'embrasserait pour se faire pardonner.

Alors sans se torturer l'esprit davantage, elle se pencha et ramassa la chemise d'Elsa, abandonnée sur le sol quelques heures plus tôt. Étrange, elle aurait juré l'avoir lancée bien plus loin que ça, mais bon, pouvait-elle faire confiance à sa mémoire aujourd'hui ? Elle savait que son professeur aimait la voir dans ses vêtements, et plus encore, elle savait à quel point Elsa la trouvait craquante dans une chemise, surtout quand c'était la sienne. Elle l'enfila rapidement. Après tout, elle devait mettre tous les atouts dans sa manche pour faire oublier à Elsa ses excès de la vieille, n'est-ce pas ? Bon, Mak admettait que ce n'était pas du jeu, qu'elle trichait ouvertement, mais les mains baladeuses d'Elsa étaient tellement plus agréables que ses coups de gueule… même si les deux n'étaient pas incompatibles. Cette pensée la fit sourire.

Mak se dirigea enfin en direction de la cuisine. Sur le chemin Joséphine l'avait inondée de câlins, une preuve d'affection que l'adolescente reçut avec joie durant ce réveil difficile.

L'adolescente arriva dans la cuisine qu'elle trouva étrangement calme et tout à fait vide. La seule preuve de vie dans cette pièce était une tasse de café, vide également, laissée sur la table. Mak fronça les sourcils alors que son esprit analysait, comme toujours, absolument tout ce qu'il voyait. Une marque de rouge à lèvres colorait le bord en céramique de la tasse dans laquelle un fond de café persistait. A côté de celle-ci, Mak fut surprise de trouver un cendrier, dans lequel une cigarette avait été, apparemment, brutalement écrasée.

Anna ne fumait pas, alors par déduction, cette cigarette avait goutté aux lèvres d'Elsa. Pourtant Elsa ne fumait jamais sans elle. Du moins, c'est ce qu'elle avait cru comprendre. Quelque chose sonnait faux dans cet appartement étrangement calme.

- Elsa ? Appela Mak.

N'obtenant que la réponse du silence, elle se dirigea d'un pas rapide vers le salon, pensant la trouver sur le canapé, ou peut-être assise sur une table comme à son habitude.

Mais l'adolescente fut tout aussi surprise de ne pas trouver Elsa, mais bien Anna, assise sur le canapé, un pingouin en peluche que Mak connaissait bien entre les mains, les genoux repliés sur sa poitrine, l'air pensif.

La jeune fille attrapa les replis de la chemise, et les tira sur ses cuisses, un peu pudique maintenant qu'elle se retrouvait sans s'y attendre devant Anna.

- Anna ? Appela-t-elle, se demanda toujours où pouvait bien être cette foutue blonde.

La rousse sursauta légèrement et tourna la tête vers elle avant de lui lancer un faible sourire.

Mak plissa les yeux en remarquant les yeux rougis d'Anna et son sourire triste.

Bordel, mais qu'est-ce qui se passe ? Se demanda-t-elle.

Tu n'en as pas la moindre idée, vraiment ? Ricana la petite voix.

- Salut, ma puce, répondit Anna d'une voix craquelée. Viens t'asseoir près de moi une seconde, réclama-t-elle presque tendrement en tapotant le canapé près d'elle.

Mak, que cette voix hésitante inquiétait, approcha docilement et prit place en dévisageant la rouquine.

- Tout va bien ? Demanda-t-elle en peinant à comprendre la tristesse évidente de la jeune femme qui paraissait si démunie en face d'elle. Où est Elsa ?

Anna grimaça sous la question et serra les dents alors que ses doigts jouaient nerveusement avec la peluche.

Mak connaissait cette attitude. Elle y avait été confrontée une seule fois et pourtant elle s'en souvenait si bien… Exactement la même attitude que sa mère avait adopté avant de lui dire que son père était mort.

- C'est difficile à expliquer…commença maladroitement Anna en fixant le sol.

Mak ne comprenait plus rien. Qu'était-il en train de se passer ? Tout lui échappait, c'était insupportable. Et merde, où était passé Elsa ?

- Anna, où est Elsa ? Demanda-t-elle encore en flinguant la rousse des yeux, refusant de voir ce qui s'imposait à elle.

Anna ne répondit pas et attrapa seulement un carnet qui reposait sur la table basse. Un carnet que Mak reconnu comme étant le sien. Un carnet auquel l'adolescente n'avait même pas prêté attention jusqu'à présent.

- Elle m'a demandé de te donner ça, expliqua Anna en tendant le carnet devant Mak. Et ça, ajouta-t-elle en déposant la peluche sur les genoux de l'adolescente.

Mak attrapa le carnet d'une main tremblante, toujours dépassée par la vie, et l'observa une seconde sans comprendre.

- Mais qu'est-ce que…

- Elle a dit que tu comprendrais, coupa Anna, ne se sentant pas capable de donner davantage de précision.

Mak observa une seconde la rouquine, puis le carnet, et à nouveau la rouquine et réitéra cette opération au moins trois fois avant d'ouvrir l'objet d'une main fébrile. Le coin d'une page avait été corné, et sa logique lui souffla que c'était à cette page là qu'elle était censée l'ouvrir.

Tiens, Elsa a écrit dans mon carnet ? C'est amusant, se dit-elle, surprise de reconnaître l'écriture ronde et délicate de son professeur entre les pages.

Elle aurait presque pu en sourire, mais elle comprit rapidement en lisant les premiers mots qui s'imposaient sur la page blanche, qu'elle avait déjà offert la vieille son dernier sourire à Elsa.

Elsa, appuyée sur un coude, la tête reposant dans la paume de sa main, observait le petit corps qui s'était assoupi près d'elle, comme souvent sur le ventre. Il faisait chaud cette nuit dans l'appartement et le drap couvrait à peine les fesses de la jeune fille, laissant son dos nu, seulement éclairé par les reflets bleus de la lune. La main de l'enseignante caressait distraitement celui-ci, passant et repassant le long de sa colonne vertébrale, effleurant l'épiderme du bout des doigts.

La respiration de Mak était profonde et régulière. Par moment, quelques sursauts rapides soulevaient son corps, faisant sourire Elsa. De quoi rêvait-elle ? Elle n'en avait aucune idée. Elle savait que même si elle connaissait Mak sur le bout des doigts, une partie de son petit esprit surdouée lui resterait à jamais inaccessible.

L'enseignante prit le temps de dévorer chaque trait du regard. Ses doigts partirent de la tête bleue, appréciant la douceur des cheveux, puis descendirent sur la nuque, caressèrent les épaules, le dos, les reins, s'aventurèrent sur les fesses, pour enfin terminer leur voyage sur la cicatrice de la jambe gauche légèrement repliée. Elsa ne comprendrait jamais pourquoi Mak détestait tant cette cicatrice qui, finalement, lui allait bien. La blonde s'efforça de graver chaque détail dans le fond de sa mémoire, jurant que jamais elle n'oublierait ne serait-ce qu'une particule d'elle.

Avec elle, elle emporterait tout. Ses rires comme ses peines, tout ce qu'elle lui avait offert jusque-là. Elsa sourit en rêvant de rétrécir cette adolescente et de la loger dans la poche de sa chemise, près de son cœur, pour ainsi pouvoir l'emmener avec elle. Mais ce rêve était bien trop utopiste. Et puis, l'enseignante se devait d'être honnête avec elle-même, elle préférait que Mak grandisse, même si c'était sans elle.

Le sourire d'Elsa s'évapora à cette pensée. Dans quelques heures, elle ne serait plus dans cette chambre et cette jeune fille qui dormait dans ses bras la détesterait probablement…

Que devait-elle faire ? Elle ne pouvait pas partir comme ça. Pas comme une voleuse. Mak méritait tellement mieux que ça. Elle devait lui laisser quelque chose. Une trace, n'importe quoi. Elle devait lui expliquer. Lui dire à quel point elle regrettait déjà de devoir prendre cette décision, de devoir partir ainsi, de devoir…l'abandonner. Il fallait qu'elle sache à quel point son cœur souffrait de devoir la laisser en arrière sans se retourner. D'une manière ou d'une autre il fallait qu'elle sache qu'elle l'aimait tellement, et qu'elle l'aimerait encore.

Alors silencieusement, Elsa s'extirpa des draps et enfila sa chemise qu'elle retrouva au milieu de la pièce avant de se diriger vers le salon. Là, elle retrouva le sac à dos de Mak et l'ouvrit avant d'en sortir ce fameux carnet qui semblait être une véritable bible pour l'adolescente.

Elle attrapa un stylo sur le meuble de l'entrée et revint sur ses pas pour retrouver la douceur de son lit.

Mak n'avait pas bougé d'un cil. Elsa se déshabilla, s'installa près d'elle, s'asseyant contre la tête de lit, les genoux repliés, le carnet sur ceux-ci, le stylo dans une main, l'autre reprenant sa place dans les cheveux de Mak.

D'une main habile et délicate, d'un geste respectueux, elle ouvrit le carnet, profondément curieuse de voir ce qu'il contenait, se demandant même si elle avait vraiment le droit de découvrir les secrets qu'il renfermait.

Elle trouva quelques feuilles volantes coincées entre la couverture et la première page. Elle ne pensait pas y prêter attention, jusqu'à ce qu'elle croise sa propre écriture sur l'une d'elles. Elle fronça les sourcils en étudiant le papier plus attentivement et reconnut immédiatement l'une des dissertations que Mak lui avait rendues. La copie sur laquelle l'enseignante se souvenait d'avoir tant hésité à laisser une appréciation après que l'adolescente ait quitté brusquement son cours sans aucune raison en grognant qu'elle emmerdait Epicure.

Mon dieu, tout ceci lui paraissait à présent tellement loin… Le temps où Mak n'osait même pas lui parler, où elle maigrissait à vue d'œil en se refermant chaque jour un peu plus. Et ce jour-là, où elle l'avait vu pour la première fois lui faire un joli doigt d'honneur à quelques centimètres de son pare-chocs. Et ce même jour où Mak l'avait maladroitement traité de connard. Sans parler de leur première leçon de conduite qui, Elsa en rit intérieurement, était véritablement catastrophique.

Oui, elles avaient parcouru du chemin depuis, et pourtant, Mak avait gardé cette dissertation comme un trésor inestimable.

Je ne te pensais pas si sentimentale, mon amour, sourit intérieurement Elsa en jetant un œil amusé sur le corps endormi.

Et en même temps, elle aurait peut-être dû s'en douter. Les premiers temps où elle sortait avec la jeune fille, environ mi-janvier, sa curiosité pour l'être humain, et pour l'être qu'était Mak en particulier, l'avait poussé à faire quelques recherches sur les hypersensibles.

C'est ainsi qu'elle en avait appris bien plus sur ces personnes dont elle ne connaissait rien avant Mak. Elle avait découvert que les hypersensibles étaient par définition des êtres à fleur de peau qui analysaient tout, tout le temps. Qui s'arrêtaient sur des détails insignifiants pour d'autres et qui se révélaient souvent extrêmement perfectionnistes et très exigeants avec eux-mêmes. Elsa s'était alors souvenue de la pression que Mak s'était infligée pour son projet d'Art, et c'était alors dit que ce trait de caractère était évident chez la jeune fille.

Elle avait également lu que ces gens-là avaient souvent du mal à supporter beaucoup de bruit où la présence de beaucoup de gens d'un coup. Et étant donné la manière dont s'était terminé le bal du lycée, Elsa ne doutait plus de la véracité de cette théorie non plus. C'était une chose qu'elle avait aussi pu entrevoir lorsqu'elle avait invité Mak chez Ariel. Au bout de quelques heures seulement, la jeune fille avait été forcée de sortir fumer une cigarette, et Elsa s'était bien douté qu'elle avait davantage besoin de se retrouver un peu seule que de nicotine.

Elsa jeta un œil au petit corps en souriant, prenant conscience que Mak était une hypersensible en puissance qui appréciait ses petits rituels protecteurs. L'adolescente s'asseyait toujours à la même place en classe, toujours à côté de Kuzco. Elsa ne se rappelait que trop bien de la gueule qu'elle avait tiré le jour où Esméralda était arrivée au lycée et qu'elle avait pris la place du colombien.

Oui, Mak était pleine de petites névroses et Elsa se doutait bien qu'étant donné qu'elles ne vivaient pas ensemble, elle n'avait encore rien vu.

A vrai dire, ce qui l'avait inquiété le plus, était qu'elle avait également lu que l'hypersensible développe souvent une dépendance amoureuse pour la personne dont il s'éprend. Et ça, Elsa pouvait l'affirmer, Mak faisait partie de ce genre d'hypersensible… Cela la conforta dans l'idée qu'elle ne pouvait pas partir sans lui laisser quelque chose.

Elle replia la dissertation et continua donc son exploration dans ce qui se rapprochait le plus du fonctionnement du cerveau de Mak.

Se baladant entre les pages, elle trouva autre chose qu'elle reconnut rapidement. La note que leur avait laissée les propriétaires du chalet d'Annecy. Ces hommes que Mak avait confondu avec les sept nains. Ça non plus, Elsa n'aurait jamais pensé que Mak l'aurait conservé si précieusement. Et là aussi, Elsa avait sans s'en rendre compte été témoin de nombreux réflexes d'une personne hypersensible. Mak n'avait pris aucune décision durant ce weekend, et cela n'avait absolument pas dérangé l'enseignante, bien au contraire, mais elle avait su par la suite que ces gens-là préféraient davantage se laisser porter, ne rien décider. Elsa était tout de même allée jusqu'à lui choisir un cocktail, cela l'avait amusé. Et elle souriait encore comme une idiote en y repensant. Elle se souvint de ce saxophoniste qui avait tant touché la jeune fille par sa musique. Les hypersensibles entendaient-ils plus clairement ? Elle n'en savait rien, ses recherches ne l'avaient pas mené si loin. Et pourtant, elle était certaine d'une chose, ils ressentaient peut-être trop, mais ils ressentaient mieux.

Elle retrouva bien vite le mode d'emploi à suivre en cas de crise d'angoisse et, cette fois, prit le temps de décortiquer le stade 3, celui qui s'adressait directement à elle. Elle soupira intérieurement.

Tu pensais vraiment qu'un mode d'emploi avec si peu de directives allait m'aider ? Demanda-t-elle pourtant silencieusement à une Mak qui ne pouvait l'entendre en passant sa main dans ses cheveux comme on caresse un chat.

Et c'est en pensant à ce mode d'emploi manquant que l'enseignante se mit à noircir l'une des pages du carnet.

Elle prit le temps de vérifier qu'elle n'avait rien oublié, et referma religieusement le carnet avant de le déposer sur sa table de chevet. Puis elle s'allongeant sur le côté, observant l'adolescente qui dormait encore paisiblement.

Elsa sourit et céda à la tentation de lui embrasser le front. Sous le contact, la jeune fille fronça les sourcils et gigota un peu avant d'entrouvrir les yeux non sans difficulté.

- Hm ? Grogna-t-elle en relevant un peu la tête, prenant conscience d'une Elsa qui souriait simplement en la regardant. Tu es déjà réveillée ? Quelle heure il est ?

- Tout va bien, il est encore tôt, répondit Elsa en lui volant un baiser du bout des lèvres. Rendors-toi, conseilla-t-elle en caressant sa joue.

Mak sembla se contenter de cette réponse, et sourit en cachant son visage dans le cou de son professeur, la main d'Elsa perpétuellement dans ses cheveux.

L'enseignante sentit son cœur se craqueler en se souvenant qu'elle allait bientôt devoir quitter la chaleur de son corps. Elle avait tellement de choses à lui dire, choses qu'elle avait tenté de concentrer dans une minable lettre. Une lettre qui se révélait bien ridicule en comparaison des sentiments qu'elle lui portait…

Il fallait qu'elle lui dise, il fallait qu'elle règle quelques comptes avant de partir, elle ne pouvait pas la laisser ainsi.

Alors, avant que l'adolescente ne se rendorme complètement, elle embrassa sa tempe, et chuchota :

- Je suis désolée pour toutes les atrocités que je t'ai dites quand nous avons…

- C'est oublié ma belle, coupa Mak alors que ses yeux étaient déjà fermés et que son corps se détendait complètement.

Elsa sourit tristement. Elle l'avait pardonné, bien sûr qu'elle l'avait pardonné. Mak la pardonnait toujours. La pardonnerait-elle cette fois encore ?

- Je ne te ferais jamais de mal volontairement, tu le sais, n'est-ce pas ? Demanda tout de même l'enseignante alors que la blessure de son cœur s'ouvrait encore un peu plus.

- Évidemment que je le sais Elsa, tout va bien, détends-toi, souffla Mak en passant un bras autour de sa taille alors que sa voix grave témoignait qu'elle ne serait bientôt plus capable de lui répondre.

Elsa sourit en lui rendant l'étreinte, respirant son parfum, jurant qu'elle s'en souviendrait. Que quoi qu'il arrive, elle se souviendrait de tout.

- Je t'aime tellement… soupira l'enseignante en enfouissant son nez dans les cheveux bleus alors qu'un sanglot serrait déjà sa gorge.

- Je t'aime aussi, idiote, sourit Mak en capitulant face au sommeil, trouvant dans ses dernières forces, le réflexe d'attraper la main d'Elsa pour la poser sur son sein.

Et Mak n'en prit pas conscience une seconde, mais cette nuit-là, c'est un torrent de larmes qui sillonna silencieusement les joues de son professeur. L'enseignante pleura longtemps en la serrant contre elle, désirant la garder là pour toujours, refusant d'admettre, qu'encore une fois, cette envie lui était criminelle.

Et après de longues minutes, quand Elsa avait manqué de peu de se noyer sous ses larmes, elle se détacha délicatement du petit corps, l'observant encore quelques secondes, ayant un mal fou à le laisser là. Puis elle rassembla toutes ses forces pour se lever du lit.

Elle attrapa tout d'abord sa chemise, mais se dit que Mak était si adorable dedans qu'il lui était impensable de lui enlever. Alors elle la reposa au sol, et attrapa un sac dans son dressing sans faire le moindre bruit. Elle fourra quelques fringues à l'intérieur et se dirigea ensuite vers la salle de bain pour attraper quelques produits de première nécessité. Quelques crèmes, sa brosse à dent… elle hésita à prendre son parfum, mais finalement, le laissa à sa place.

Elle se regarda une seconde dans le miroir, et ne vit que le reflet d'une lâche. Une lâche qu'elle se détestait d'être.

Une fois habillée, elle revint dans la chambre, saisit le carnet et passa une main sous son oreiller pour en extirper Monsieur Jorgenbjorgen, son ami le plus fidèle qui allait bientôt changer de propriétaire.

Elle jeta le sac sur son épaule et sourit une dernière fois en observant le petit corps endormi. Elle ne s'en approcha pas, surtout pas, jurant que si elle retournait dans ce lit, elle ne retrouverait plus la force de le quitter. Alors elle demanda pardon mentalement au moins mille fois, et serra les dents en quittant la chambre.

Elle déposa son sac dans l'entrée puis se dirigea vers la chambre de sa sœur. Elle entra et referma la porte derrière elle. Elle trouva Anna endormie, les bras levés et sourit en se disant que sa sœur avait toujours dormi dans des positions incongrues. Elle s'approcha du lit et posa une main sur l'épaule d'Anna.

- Anna ? Appela-t-elle doucement.

- Hm…gémit la rousse en bougea à peine.

- Anna, réveille-toi, réclama Elsa en caressant son dos.

- Hm… Elsa ? Qu'est-ce que qui se passe ? Demanda la rouquine en se redressant difficilement sur ses coudes, peinant à ouvrir les yeux.

- Tu…tu veux bien venir boire un café avec moi, s'il te plaît ?

Anna fronça les sourcils en se réveillant d'un coup. Sans parler du fait que la question d'Elsa était totalement étrange à une heure pareille, l'excès de politesse dont elle faisait preuve était presque inquiétant. Aussi, Anna sut voir sa voix hésitante, ses yeux rougis, et de toute évidence, son cœur déchiré.

Alors sans poser plus de questions, la rousse se leva et tira sa sœur par la main jusqu'à la cuisine. En silence, Elsa s'assit à la petite table et Anna lui servit une tasse de café. Sans demander permission, parce qu'elle n'en était plus là, Elsa sortit un paquet de cigarette de sa poche, en coinça une entre ses lèvres et l'alluma avant d'expirer en se pinçant l'arête du nez.

Anna sortit le cendrier d'un des placards muraux et le déposa doucement devant sa sœur avant de s'asseoir en face d'elle.

- Merci… soupira Elsa après s'être offert une gorgée de café.

- Raconte-moi, réclama Anna en attrapant sur la table la main de sa sœur, la caressant de son pouce.

- Mak est actuellement dans mon lit, on a passé la nuit ensemble, expliqua la blonde d'une voix monotone.

- C'est une bonne chose, non ? Demanda Anna, ne voyant pas où sa sœur voulait en venir.

- On nous a vu, lâcha Elsa.

Anna grimaça alors que sa main se tendait sur celle de sa sœur.

- Qui ? Demanda-t-elle.

- Le cpe du lycée, répondit Elsa en fixant son café. Un connard qui me déteste. Celui qui a envoyé Mak en garde à vue.

- Mais qu'est-ce qu'il a vu exactement ?

- Tout… soupira Elsa. Mak se sentait mal au bal. Il m'a vu l'emmener, il nous a vu partir ensemble, il sait tout. Il n'y a plus de doute possible.

- Mais… admettons que tu ais raison et qu'il sache…

- Il sait, appuya Elsa en tirant sur sa cigarette d'une main tremblante.

- L'année est finie Elsa, tu ne risques plus rien, rappela Anna.

- Ah oui ? Et comment veux-tu que je prouve qu'il ne s'est rien passé entre Mak et moi lorsqu'elle était encore sous ma responsabilité ? Si le lycée décide de porter plainte, et crois-moi, c'est ce qu'ils vont faire, les flics seront à la porte de l'appart dans quelques heures. Je suis foutue, Anna, déclara Elsa d'une voix étrangement calme qui fit plisser les yeux de sa sœur.

- Mais alors qu'est-ce que tu comptes faire ? Demanda Anna qui admettait que le discours d'Elsa était juste.

- Je m'en vais, lâcha Elsa en écrasant rageusement sa cigarette dans le cendrier.

- Eh, attends, comment ça, tu t'en vas ?

- Je n'ai pas le choix. Je m'en vais. Au moins le temps que les choses se tassent. L'appartement est payé depuis la mort de nos parents, et je sais que tu auras largement de quoi vivre avec leur héritage, continua-t-elle. Et puis, il serait peut-être temps que tu emménage avec Kristoff…

- Elsa, Elsa, une minute ! Coupa Anna d'une voix brisée, comprenant doucement ce qui se passait, réduisant sa sœur au silence. Tu…tu comptes vraiment fuir comme ça ?

- Je n'ai pas le choix, Anna…sourit tristement Elsa. Je ne peux pas faire autrement, tu comprends ? Demanda-t-elle en essuyant d'un doigt l'unique larme qui coulait sur la joue de sa sœur. Et puis ce n'est pas comme si on n'allait jamais se revoir. Tu me rendras visite dès que je serais installée.

- Oui, je comprends, soupira la rousse en passant une main tremblante sur son visage, fouillant dans un dernier brin de courage pour ne pas paniquer. Et Mak ? Demanda-t-elle après un silence.

Elsa pencha légèrement la tête sur le côté, perdant son regard elle ne savait où, ne prenant pas la peine de répondre.

- Ça va la détruire… chuchota Anna.

- Je sais… répondit Elsa alors qu'un nouveau sanglot menaçait de revenir. Tu prendras soin d'elle ? Demanda l'enseignante soudain si démunie. Anna, promets-moi que tu prendras soin d'elle…supplia-t-elle en cachant son visage de ses mains.

- Eh, Elsa, bien sûr, assura doucement la rousse en attrapant les mains de sa sœur, révélant un visage noyé de larmes.

- Je vais lui faire tellement de mal… pleura l'enseignante en s'effondrant sur la table, retenue par les bras de sa sœur.

- Ça va aller, elle est intelligente, elle comprendra, rassura Anna en tetant de garder la face, sachant qu'Elsa en avait besoin.

- Elle ne méritait pas ça Anna, se maudit Elsa. Elle aurait dû tomber amoureuse d'une jeune fille normale de son âge. Une fille qui l'aurait rendue heureuse et qui ne l'aurait pas abandonné, pas comme moi…

- Elsa, cesse de te flageller, répliqua Anna. Tu l'as dit toi-même, tu n'as pas le choix. Et parce qu'elle est amoureuse de toi justement, elle va le comprendre. Parce qu'elle savait dans quoi elle s'engageait, rappela-t-elle.

- Tu ne vas pas la laisser ? Tu vas t'occuper d'elle ? Voulu encore savoir Elsa comme si reformuler la question allait lui assurer la réponse qu'elle désirait.

- Je te promets que je veillerai sur elle, assura sérieusement Anna.

- Elle va te repousser… soupira Elsa qui connaissait Mak comme personne.

- J'insisterai, je ne la laisserai pas, promit la rousse en replaçant une mèche de cheveux blond derrière l'oreille de sa sœur.

Elsa hocha la tête en essuyant ses larmes avant de finir son café d'une traite, laissant une marque de jour à lèvre sur le bord de la tasse. Elle déposa le carnet devant Anna ainsi que sa peluche.

- Donne-lui ça, elle comprendra.

- Tu lui laisse ton pingouin ? Sourit tristement Anna, sachant à quel point cette chose décharnée comptait aux yeux de sa sœur.

- Elle en aura plus besoin que moi, répondit seulement l'enseignante en tentant de maîtriser les sursauts de sa voix.

Un silence passa dans la cuisine. Elsa plissa les yeux en jetant un œil par la fenêtre. Le soleil se levait déjà, inondant timidement Arendelle de sa lumière. Joséphine sautant sur ses genoux la fit sursauter.

- Te voilà toi, sourit Elsa. Tu m'ignores depuis qu'on vit ensemble, et c'est maintenant que je m'en vais que tu te décides à m'accorder un peu d'affection, hein ? Fit-elle remarquer en haussant un sourcil. Tu avoueras tout de même que ton esprit de contradiction bas des records… Soupira-t-elle en offrant une caresse au gros chat qui appuya sa tête contre sa main sous le regard attendri d'Anna.

- Quand est-ce que tu pars ? Demanda la rousse.

- Maintenant…répondit Elsa sans grande conviction en déposant doucement Joséphine sur le sol avant de se lever.

- Attends une seconde, réclama Anna en courant presque vers le salon avant de revenir, un châle qu'Elsa connaissait bien entre les mains. Emporte ça avec toi.

- Anna, non, pas le châle de Maman, garde le, refusa Elsa, touchée par l'attention.

Anna fourra le vêtement dans les mains de sa sœur et rétorqua :

- Moi, j'ai Kristoff. Je ne te promets pas qu'il remplacera ta petite bleue, mais ça aidera, si un soir tu te sens seule. Je sais qu'il te fait du bien, insista la rousse et Elsa ne put qu'accepter.

- Merci… souffla l'enseignante. Merci pour tout, ajouta-t-elle jurant que ces mots étaient bien insignifiants en comparaison de toute la gratitude qu'elle lui portait.

Pour seule réponse, Anna se jeta dans ses bras, s'accrochant à son cou.

- Tu vas tellement me manquer… souffla la rousse.

- Toi aussi, répondit Elsa, se refusant la moindre autre faiblesse. Je t'aime, tu sais ?

- Moi aussi, sourit Anna, appréciant ces paroles, si rares dans la bouche de sa sœur.

Après quelques secondes, Elsa quitta ses bras, et déposa un baiser sur la joue de la rousse avant de se diriger vers l'entrée.

Elle empoigna l'anse de son sac et le balança sur son épaule. Enfin prête, et consciente que le temps lui était compté, elle se posta face à Anna et expliqua :

- Ne t'inquiète pas, je te tiendrais au courant dès que j'aurai atterrit quelque part.

Anna hocha la tête, bien trop émue pour dire quoi que ce soit. Elsa sourit, puis plissa les yeux, et continua :

- Et puis tu sais, j'étais sérieuse tout à l'heure. Donne sa chance à Kristoff, il n'attend que ça, dit-elle en pointant un doigt moralisateur vers sa sœur. Cet appart serait parfait pour vous deux.

- J'y penserai, rougit Anna.

- N'y pense pas, fais-le, ordonna presque Elsa et Anna hocha la tête, heureuse de revoir le caractère de chien de sa sœur. Brave fille, taquina Elsa avant d'offrir une tape condescendante sur la joue d'Anna, d'ouvrir la porte, de sortir et de la fermer derrière elle, exactement comme elle le faisait quand elle partait bosser…

Un rire s'échappa de la gorge d'Anna, un rire qui se changea rapidement en un sanglot quand elle se confronta à la vision de cette porte close, éternellement close. Cette porte qui, encore une fois, se dressait entre elles. Anna réalisa qu'Elsa ne rentrerait pas ce soir.

Mak sentait son cœur s'emballer alors que ses yeux lisaient les derniers mots qu'Elsa lui avait laissé. Son visage restait figé. Seuls ses yeux bougeaient de gauche à droite, en lisant ligne après ligne alors qu'Anna l'observait silencieusement.

Mak n'en revenait pas, ne comprenait pas, pourtant, la lettre était claire :

Ma douce,

Tu dormais si bien que je n'ai pas eu la force de te réveiller…ou plus sincèrement, je n'ai pas eu le courage de me confronter à toi.

Quand tu auras lu ces mots, je serais sans doute déjà loin. Ces mots sont actuellement tout ce que je peux t'offrir.

Après la soirée d'hier, il est évident que le voile sur notre relation sera levé dans très peu de temps. Il est à présent bien trop dangereux pour moi de rester à Arendelle. Je devais partir et j'ose espérer que tu comprendras les raisons de mon départ.

Je comprendrai aussi que tu m'en veuilles, que tu me penses lâche et égoïste et tu as peut-être raison…

Sache cependant que je n'ai pas le choix. Car si je l'avais, si les circonstances ne me forçaient pas à agir ainsi, j'aurais aimé d'une vie avec toi. J'aurais aimé pouvoir profiter de toi chaque jour et construire quelque chose de beau, construire un « nous ».

Mais tant que certains me condamneront pour le crime de t'aimer, ce « nous » ne pourra exister.

Je te connais et je t'interdis de t'en vouloir. Tu n'as jamais été fautive et tu ne le seras jamais. J'ai pris cette décision, et j'en assume aujourd'hui les conséquences. J'aurais dû, peut-être en temps voulu, deviner que ce « nous » nous ferait tellement de mal. Et pourtant, je ne regrette aucun instant passé avec toi, ni cette décision qui fut peut-être la plus folle, mais aussi la plus sensée de toute ma vie.

Mes sentiments à ton égard, même si j'ai essayé de prétendre le contraire, n'ont jamais changé. Et vivre en me passant de toi me parait impossible. Comme toi, j'aurais besoin d'un mode d'emploi à l'heure actuelle.

J'ai essayé, bien minablement de t'en façonner un, j'espère qu'il pourra t'aider…

Contrairement à ce que tu penses, ce n'est ni un abandon, ni un adieu. Nous avons, toutes les deux, été déjà confrontées à ces choses-là et je refuse de nous imposer ça encore une fois. Crois-moi quand je te dis que je ne t'abandonne pas.

Sache que si tu trouves la force de m'attendre, je reviendrai. Je te chercherai, et quoi qu'il arrive, je te retrouverai. Je ne sais pas quand, je ne sais pas où…à vrai dire je ne sais plus grand-chose dans l'instant, mais je suis certaine que je t'aime tant qu'il me serait trop douloureux de te perdre et que passer une vie sans toi ne me suffirait pas.

Si tu m'attends, je reviendrai.

Je ne me souviendrai que de toi en espérant humblement que tu ne m'oublies pas.

Elsa.

Ps : Je te confie Monsieur Jorgenbjorgen, il a besoin que quelqu'un veille sur lui.

Et, ne pouvant décrocher son regard qui restait épinglé à ce carnet, Mak continua à lire, à la recherche du moindre petit indice, de la plus infime attention qu'Elsa aurait eu la bonté de lui laisser :

Mode d'emploi pour vivre sans une agaçante et rabat-joie prof de philo.

Je n'ai jamais fait ça avant, pardonne la médiocrité de ce projet. Pour la suite, je n'ai pas de formule magique, mais seulement quelques conseils que tu es libre de suivre ou non :

1. Je ne serais plus là pour te le répéter, alors n'oublie jamais que tu es la jeune femme la plus courageuse que je connaisse. Si, je t'assure.

2. Je ne serais plus là non plus pour t'écouter, mais ne cesse jamais de parler. Tu vas tellement mieux depuis que tu te confies alors ne te renferme pas. Ne fais plus ça, ni avec moi, ni avec personne d'autre.

3. Je sais que t'occuper de ta mère t'épuise, et que ton frère sait te mettre hors de toi, mais appuie toi sur eux, c'est à ça que sert une famille. Ils te comprendront bien mieux que tu ne l'imagines.

4. Ne cesse jamais de sourire. Sourire te va toujours aussi bien.

5. Tu n'es pas responsable de la mort de ton père. Cesse de te punir.

6. Tu n'es pas responsable du départ de ton frère, ni de la dépression de ta mère. Une dépression se guérit, je te le promets, et je sais de quoi je parle. Le temps guérit tout.

7. Tu n'es pas responsable de mon départ non plus.

8. Je sais que tu peines à y croire mais tu dois me faire confiance quand je te dis que tu n'es responsable de rien.

9. Si tu en ressens le besoin, Anna sera là pour toi. Elle a su calmer mes colères, elle saura calmer les tiennes.

10. Même si je te demande égoïstement de m'attendre, ne te prive pas d'une belle histoire d'amour pour me rester fidèle.

11. Sache par contre que si cette fille te fait du mal, elle aura des comptes à me rendre.

12. Je sais que tu as besoin que je te le répète, alors encore une fois, tu n'es responsable de rien.

13. Je ne t'ai jamais fait de promesse en l'air, alors si tu m'attends, je t'emmènerai à un concert d'Ibrahim Maalouf.

14. Ne sois pas inconsciente. Prends soin de toi et je te défends de faire quelque chose de stupide.

15. Je sais que tu as tendance à te laisser mourir de faim quand ça ne va pas. Si c'est le cas, mange quand même. J'ai appris par expérience que les coquillettes étaient un bon remède contre la mélancolie.

16. Méfie-toi de la mélancolie, c'est une amie toxique.

17. Si tu ne parviens pas à lui échapper, certains médecins avec bloc-notes et divan voudront te prescrire des comprimés. Refuse. Pour tempérer ses émotions, un footing est préférable à un antidépresseur. Le patin à glace est également efficace en hiver. Si tu m'attends, je t'apprendrai.

18. Tu remarqueras que j'essaye de découper ce mode d'emploi en 20 points puisque je sais que les nombres pairs te rassurent.

19. Passe ce foutu permis ! Tu as les moyens de le réussir mais ce n'est pas pour autant que tu conduiras un jour ma moto. (J'espère t'avoir fait sourire)

20. Enfin, sache que je t'aime tellement et que même si tu te détestes (car je sais que, là tout de suite, tu te détestes) je t'aimerai suffisamment pour nous deux.

Voilà, Lichtenstenner, tu dors encore et tu es si belle que je suis déchirée à l'idée de partir. Sache seulement que je n'ai toujours rêvé que de toi.

Anna grimaça sans un bruit en voyant le visage de Mak blanchir peu à peu. La jeune fille ne bougeait pas d'un cil, tétanisée par la douleur. Elle ne parlait pas non plus, aucun mot n'était prononcé, et pourtant, la rousse jura qu'elle entendit le cœur de Mak se fendre.

La rouquine vit les mains de l'adolescente se serrer autour du carnet alors que ses yeux, qui n'avaient même plus la force de cligner, se remplissaient de larmes. Mak restait ainsi, statique, comme la plus froide des statues de glace alors qu'une unique larme s'écrasait sur le parquet du salon.

Anna ouvrit la bouche, voulant dire quelque chose. Mais quoi ? Que pouvait-elle dire ? Que pouvait-elle faire ? Son bagou naturel semblait l'abandonner cette fois.

Toujours sans un mot, Mak se leva et se dirigea sans un regard pour Anna vers la chambre d'Elsa après avoir déposé le carnet sur le canapé.

Elle parcourut la chambre des yeux, et s'approcha du dressing de son professeur. Elle remarqua maintenant que quelques piles de vêtements y manquaient. Elle partit ensuite en direction de la salle de bain et trouva le pot à brosse à dents en céramique vide. Des produits de beauté manquaient également, en réalité, seul un flacon de parfum que Mak connaissait bien était resté en place.

Alors c'était vrai. Elsa était partie. Tout ceci n'était donc pas qu'un horrible cauchemar ?

Elle avait espéré, même après avoir lu cette lettre, qu'il lui restait une échappatoire, qu'elle n'aurait qu'à se réveiller, et qu'elle se retrouverait comme par magie dans les bras d'Elsa. Le cerveau pouvait être tellement stupide quand le cœur était amoureux…

Mais non, elle ne rêvait pas, et Elsa était partie. Elsa n'était plus là, elle se le répétait encore et encore, ne parvenant pas à y croire comme si son cerveau n'accusait pas le traumatisme qui pointait déjà le bout de son nez. Elsa l'avait laissé. Elsa l'avait…quitté.

Est-ce qu'elle lui en voulait ? Elle n'en savait rien. Le langage de son cœur était incompréhensible, comme s'ils ne parlaient plus la même langue et engageaient un dialogue de sourds. La jeune fille avait la sensation que son cerveau avait pété les plombs à la suite d'une surchauffe. Son corps tombait en panne sèche alors qu'elle avait l'impression que le sol se dérobait sous ses pieds et que c'était sa bouée de sauvetage, Elsa, qui la poussait dans le vide. Son esprit était à présent complètement hors service alors que son âme, elle, sans doute encore accrochée à celle d'Elsa, semblait être partie avec elle…

Comme un automate qui se raccrochait à un passé à peine révolu, Mak attrapa le flacon de parfum d'une main tremblante et en pulvérisa quelques gouttes sur son poignet avant de l'approcher de son nez. Elle ferma les yeux en inspirant profondément comme un camé qui s'offrirait un rail de cocaïne sur la pochette lisse d'un album. L'odeur de décembre s'insinua en elle et arriva à se fracasser contre son cœur. Elle soupira alors que son visage n'affichait toujours rien, comme si ses émotions, ses expressions, les petites étincelles qui brillaient encore dans ses yeux hier, elles aussi, s'étaient faufilées dans la valise d'Elsa.

- Tu peux le garder si tu veux, entendit Mak alors qu'elle sursautait déjà, complètement à fleur de peau.

Elle tourna la tête et croisa le regard doux d'Anna, les bras croisés dans l'encadrement de la porte.

- Merci, répondit-elle seulement d'une voix monotone et sans vie.

- On peut en parler, proposa Anna.

- Il n'y a rien à dire, répondit Mak sur le même ton en fixant un point invisible dans la salle de bain.

- Elle a dit que tu réagirais comme ça, sourit tristement la rousse.

- Comment ça ? Demanda Mak sans relever les yeux, fronçant simplement les sourcils.

- Que tu me repousserais.

L'adolescente ne répondit pas et se contenta d'hausser les épaules, sans se rendre compte qu'elle commençait déjà à transgresser les conseils qu'Elsa lui avait laissé.

Anna allait ouvrir la bouche, mais une vibration lui coupa la parole. Mak releva la tête, reconnaissant la vibration de son téléphone. Stupidement dépendante d'Elsa, Mak courut jusqu'à son sac, espérant recevoir un appel de son professeur, Anna sur les talons.

Elle fouilla dans une poche et en sortit l'appareil. Pas Elsa. Kuzco. Ses épaules s'affaissèrent.

Elle soupira avant de décrocher.

- Quoi ? Râla-t-elle.

- Putain mais t'es où ? J'ai essayé de te joindre toute la nuit ! Gronda Kuzco, de toute évidence paniqué.

- Qu'est-ce que tu veux ? Demanda Mak, ne ressentant pas le courage d'être aimable aujourd'hui.

- Je suis devant chez toi avec les autres. Magne-toi de rappliquer, ordonna le colombien.

- Fous-moi la paix Kuzco, contredit Mak.

- On essaye de sauver les fesses de ta nana, alors tu la ferme et t'arrive, déclara-t-il avant de raccrocher.

Les yeux de Mak s'écarquillèrent, son cœur bondit de sa poitrine comme s'il réagissait enfin à un défibrillateur. Ses mains se mirent à trembler, son corps se remettait en mouvement.

- Qu'est-ce qui se passe ? Demanda Anna.

- Il faut que je rentre chez moi, le plus vite possible. Elsa est dans la merde, expliqua la jeune fille.

Anna attrapa ses clés de voiture et répondit :

- Habille-toi, je t'emmène. On peut tout réparer.

Mak hocha la tête avant d'enfiler son short par-dessus la chemise d'Elsa qu'elle choisit inconsciemment de garder, et fourra le reste de ses affaires en plus du flacon de parfum dans son sac avant de le jeter sur son épaule. Anna avait raison, elle pouvait tout réparer.

Disclaimer : Elsa, dans son mode d'emploi, appuie le fait que Mak ferait mieux de refuser tous traitements qui pourraient soigner une dépression. Je tiens à préciser que ces pensées-là sont biaisées par le passé de ce personnage. En sommes, je ne juge personne qui serait sous ce traitement et je ne pousse personne à refuser une prise d'antidépresseur par ce chapitre.

Alors ? Qu'en pensez-vous ?

A vendredi prochain ;)