Notes : Coucou, aujord'hui je poste la fin de cette fic ! Merci à ceux qui lisent et encore plus à ceux qui reviewent !
Bonne lecture,
Chapitre 40: Genna
-Tout le monde s'en va toujours, soupira Daenerys Targaryen, assise en face de Genna dans un jardin de Port-réal.
Genna tenta de cacher son exaspération. Yara GreYjoy et Daario Naharis venaient de prendre la mer, l'une pour retrouver les îles de fer, et l'autre pour la baie des dragons.
-Vous avez vous-même demandé à Daario Naharis de partir, rappela Genna.
-Je n'avais pas le choix rétorqua la jeune femme en jetant un regard aux deux berceaux à côté de sa chaise, Jon va arriver avec les autres Stark.
Cette fois-ci, Genna s'esclaffa:
-J'ai connu beaucoup de gens qui trompaient leur conjoint, mais vous avez une façon très personnelle de vous dédouaner.
-Jon ne tient pas à moi, il ne se soucie que des Stark, répondit Daenerys, en prenant Aeron dans ses bras. Le bébé était aussi paisible qu'à l'accoutumée et sa soeur gazouillait dans son berceau, tentant désespérément d'attirer l'attention de sa mère.
-Daenerys, il a été élevé par Eddard Stark, il est quasiment dressé pour protéger ses frères et soeurs avant tout, mais il a des enfants avec vous, il ne demandera pas la séparation.
Daenerys eut une petite exclamation indignée.
-Si vous voulez vraiment garder un minimum de crédibilité, il vaut mieux qu'il soit de votre côté.
*Un mois plus tard,
Finalement, le groupe des Nordiens arriva à Port-réal par une après-midi de printemps. Genna avait eu beaucoup de difficulté à maintenir la capitale en état de marche. Daenerys alternait entre des périodes de colère où elle menaçait de régler le problème à sa manière et d'abattement profond où elle se confinait dans ses appartements. Davos avait décidé d'ignorer toute l'histoire jusqu'à ce que les principaux intéressés n'arrivent, après tout, il y avait toujours sept royaumes à gouverner. Le conseil restreint était en ruine, Yara GrEYjoy avait fini par quitter la capitale pour rejoindre ses îles de fer, et l'espion Tyrell avait été envoyé dans une mission de laquelle Genna s'était assurée qu'il ne pourrait pas revenir. Il lui fallait trouver des gens pour remplir les vides. Elle avait cinquante cinq ans et ne comptait pas s'éterniser dans cette ville où elle était forcée de mentir et de manipuler tout le monde. Mais il fallait des gens pour le faire, et elle ne voyait pas qui. Peut-être sa petite nièce, Janei, un jour, se dit-elle En se remémorant la lettre maladroite qu'elle avait reçue de la fillette:
« Chère tante Genna,
Je surveille bien Oncle Jaime et Lady Brienne depuis que nous sommes à Tarthe. Je leur rappelle que nous devons revenir au roc, au plus vite. Mais ils ne sont pas très responsables, et ils me disent qu'il faudra attendre que leur bébé soit né. J'espère que ce bébé ne voudra pas être roi ou reine du roc, parce que c'est moi qui le serai.
Je m'entraîne à écrire comme vous, et à parler comme vous, mais c'est très difficile parce que personne ne veut m'apprendre à être une lady. Est-ce qu'une lady peut avoir des amis domestiques? Il n'y a personne d'autre tante Genna! Est-ce qu'une Lannister a le droit d'aimer nager dans la mer des saphirs? Je crains que mon éducation ne soit en danger avec Oncle Jaime et Brienne. Mais je les protégerai avec mon esprit puisqu'ils me protègent avec leurs épées. Joy me manque beaucoup, beaucoup, beaucouP ! Elle ne m'a pas écris depuis un moment, je sais lire pourtant :Rappelez-lui que je suis là.
À bientôt,
Janei Lannister,
Ces mots enfantins, puériles et pourtant plein de cette suffisance toute lannistérienne, lui réchauffaient le cœur. Cela ferait du bien à Janei de passer du temps avec Jaime et sa femme, cela l'empêcherait de devenir aussi froide que Tywin, aussi froide que Genna, et peut-être y gagnerait-elle une vraie famille. Après tout, malgré les airs de grandes personnes qu'elle se donnait, ce n'était qu'une enfant. Mais elle était excessivement vive pour une si petite fille! Genna avait à un moment ou un autre pris soin de tous les enfants Lannister, et aucun n'avait fait montre de tant d'ambition; Cersei avait été manipulatrice mais toujours maîtrisée par sa colère, Jaime avait vécu toute sa jeunesse sous l'emprise de sa jumelle, Tyrion avait été un enfant exclu et mal-aimé dont le potentiel avait été ignoré, et Joy avait grandi au milieu d'une guerre et était déjà fatiguée de se battre. Mais Janei, peut-être serait-ce elle qui poursuivrait l'œuvre de sa tante ?
Trois des quatre enfants Stark et sa petite nièce étaient là, leur escorte étant demeurée à la porte. En l'espace d'une demi-année, tous avaient énormément changé, aux yeux de Genna, qui, pour sa part, ne voyait pas son apparence se modifier beaucoup avec les années. Jon Targaryen avait presque perdu l'éclat de la jeunesse, lorsqu'il la fixa une seconde, il lui parut plus proche de son âge que d'un jeune homme de vingt-quatre ans. Sa femme et ses enfants lui avaient-ils manqué ? Sans doute, mais il n'en laissa rien paraître.
Sansa Stark fut la première à s'avancer vers eux pour les saluer.
-Bonjour, Votre Majesté, Lady Genna, je suis heureuse de vous revoir !
C'était dans sa voix, dans son ton, et son expression que quelque chose avait changé chez la jeune Stark. L'hésitation, la peur et la peine, étaient moins visibles, d'abord apparaissaient la détermination, et l'intelligence.
-Bienvenu Lady Sansa, Lord Jon... et vous aussi Bran, Lady Joy...
Davos semblait se demander comment s'adresser aux deux adolescents. Genna partageait sa confusion, ils étaient si transformés que Genna eu presque l'impression que sa nièce lui était devenue étrangère. Bran Stark était sur ses pieds, plus grand que son frère, se tenant avec la maladresse associée à une poussée de croissance. Il faisait toujours plus âgé que ses dix-sept ans, à cause de la profondeur de son regard, et en même temps il avait beaucoup plus l'air d'un adolescent que la dernière fois qu'elle l'avait vu. Le masque d'indifférence qui recouvrait ordinairement son visage avait disparu, remplacé par un kaléidoscope d'émotions.
Quant à Joy, Genna ne pouvait détacher son regard de la petite créature bleue juchée sur son épaule.
-Tante Genna, Votre Majesté, Lady Daenerys, je vous présente Boréalys, souffla-t-elle. À l'entente de son nom, le dragon laissa échapper un petit filet de flocons de neige, qui vinrent s'écraser sur les dalles de la grande salle alors que tous s'installaient autour d'une table.
Sans un regard pour Jon, Daenerys se précipita vers Joy:
-Cette créature n'a rien à voir avec mes dragons, constata-t-elle mi-dédaigneuse mi-déçue.
-Non rien, en effet, assura Joy, c'est un dragon de glace et non de feu.
-Je n'avais jamais entendu parler de tels dragons, murmura Lord Davos, en s'approchant timidement, comment a-t-il éclos?
-On ne sait pas exactement, intervint Bran, mais c'était pour sauver la vie de Joy.
-Comment serai-ce possible ? interrogea Genna, un peu perdue.
-Depuis qu'ils l'ont trouvé, et plus encore depuis qu'il leur a sauvé la vie une première fois, l'œuf a établi un lien avec Joy et Bran commença Sansa.
Puis, aidée des trois autres, la jeune louve de Winterfell leur raconta toute une histoire à dormir debout à laquelle Genna peinait à croire. Mais elle avait reçu la lettres de son neveu Tyrion, elle voyait le dragon de ces propres yeux et si elle le leur demandait, elle était désormais presque certaine qu'elle pourrait observer les cicatrices identiques sur les deux adolescents.
-Grandit-il ? voulut savoir Daenerys.
Joy croisa le regard de Bran, semblant hésiter sur la réponse à fournir.
-Il semble que oui, fit-elle mais pas en permanence, du moins ce n'est pas visible, il a eu une poussé de croissance instantané peu après sa naissance pour parvenir à cette taille là.
-Ce qui signifie que rien empêche qu'un jour il soit aussi dangereux que Drogon, fit Daenerys avec suspicion, je pourrais m'en occuper, seuls les Targaryen ont jamais pu contrôler des dragons, c'est mon rôle.
L'envie brûlait dans les yeux violets de Daenerys, une envie dévorante qui avait bien failli tous les consumer une première fois.
-Daenerys, murmura Jon, il n'avait pas encore adressé la parole à sa femme depuis son arrivée, et cela sembla figer tous les occupants de la pièce.
-Ce n'est pas Drogon, dit-il, il ne te considérera pas comme sa mère.
-Qu'en sais-tu ? rétorqua-t-elle avec rage.
-Boréalys n'obéit à personne coupa Joy, d'un ton calme, il a décidé de vivre avec nous, Bran et moi pouvons lui suggérer de nous suivre ou de ne pas voler de la nourriture aux humains, mais il n'a encore jamais soufflé un jet de glace sur commande.
-Vous n'allez tout de même pas la laisser garder un dragon votre Majesté, s'exasppéra Daenerys, ce n'est qu'une gamine !
-Et qu'étiez-vous au juste lorsque vos trois dragons ont éclos Daenerys ? lança Genna avec agacement.
-C'est différent, je suis une Targaryen, avoir des dragons est dans mon sang.
-Le sang Targaryen est souillé par les mariages incestieux pratiqués depuis des siècles, rappela Sansa Stark en s'adressant directement à Daenerys.
-Et vous Bran et joy, que feriez-vous à ma place ? questionna Davos, à la surprise générale.
-Je ne voudrais pas être à votre place, admit immédiatement Joy, trop de responsabilités.
Bran approuva vigoureusement:
-Je ne veux surtout jamais avoir de fonction politique.
Davos eut un rire bienveillant et croisa le regard de Genna. Ces deux-là étaient honnêtes, pour l'instant du moins, ils ne cherchaient vraiment pas le pouvoir, et c'était tant mieux. Une partie froide et cynique de Genna, celle qui avait toute sa vie obéit à Tywin, lui disait que c'était du potentiel gâché, qu'avec leur dragon et leurs connexions, ils pourraient devenir puissants. Mais au final quel bien cela pourrait-il leur apporter si tel n'était pas leur souhait?
-Alors que voudriez-vous faire plus tard ? interrogea Davos, c'était une question qu'on ne posait guère aux jeunes nobles: les garçons seraient chevaliers puis lords avec un peu de chance, les filles feraient le meilleur mariage possible, seraient des ladies, ils n'avaient pas de choix à faire. Mais Lord Davos était un ancien contrebandier, il savait la valeur que pouvait avoir un destin choisi.
-Je ne sais pas encore, votre Majesté, répondit doucement le jeune Stark, mais il est clair que je ne chercherai pas le pouvoir, je voudrais faire quelque chose d'utile au moins pour ma famille.
Davos lui sourit gentiment, comme s'il s'était douté de la réponse.
-Et toi, Joy ?
-Je... en fait, j'ai toujours souhaité être diplomate, il n'y en a pas vraiment aujourd'hui à Westeros. Mais j'aimerai pouvoir faire le lien entre les différents groupes, les différentes opinions. Je ne veux pas le pouvoir pour le pouvoir. Je veux empêcher le plus de guerres possible, parce qu'elles sont souvent causées par des mal-entendus et des complots qui pourraient être déjoués avec des intermédiaires. De ce que j'ai compris, les Stark et les Lannister auraient pu éviter de s'entredéchirer pendant toutes ces années. Du moins, si quelqu'un avait su à qui s'adresser dans les deux camps.
Genna sentit un élan d'affection pour sa petite nièce qui était semblait-il désormais aussi attachée aux Stark qu'aux Lannister et se rêvait déjà en embassadrice de la paix entre les deux camps. Genna ne pouvait malheureusement pas croire qu'une simple diplomate bien intentionnée aurait pu empêcher l'honorabilité têtue des Stark, et la soif de pouvoir des Lannister. Seul la mort avait arrêté les hostilités, et l'amour, un peu, vaille que vaille, entre Tyrion et Sansa.
-C'est une bonne idée Joy, sourit Davos, mais ça ne sera pas facile, tu sais.
Joy acquiesça:
-Oui, je sais, assura-t-elle, mais je suis motivée.
-Je vois, reprit le roi, c'est une très bonne idée.
Genna lança un regard exaspéré à Davos, ce n'était pas du tout le moment de jouer les grands-pères avec deux gamins qui avaient fait naître un dragon. Le roi avait parfois du mal à ne pas être sympathique, Genna avait passé des heures à tenter de lui faire adopter une expression sévère, ou au moins neutre, mais c'était peine perdue, elle se demandait comment il avait jamais pu être contrebandier autrefois.
-Mais si tu veux être une diplomate, continua Davos, il faudra apprendre les langues étrangères, l'histoire des royaumes, il faudra sans doute voyager, tu ne pourras pas retourner dans le Nord ou à Castral Roc.
Genna comprit soudain que Davos n'avait pas du tout perdu de vue le sujet de leur réunion. Il avait simplement approché le sujet de manière presque délicate. Elle se tourna vers sa petite nièce pour jauger sa réaction.
L'adolescente ne se troubla pas, son bébé dragon jeta un coup d'œil noisette curieux alentours avant de se rendormir sur son épaule.
-Oui, je sais, assura-t-elle, je pensais attendre un an ou deux avant d'avoir à commencer ma formation, mais je comprends.
-Que comprends-tu ? interrogea Daenerys qui ne semblait pas saisir l'idée de Davos.
-Que vous et lord Davos ne voulez pas que Boréalys reste à Winterfell, parce qu'il crérait un déséquilibre de pouvoir entre le Nord et les autres royaumes.
Daenerys ne pouvait plus trouver d'arguments, semblait-il, et Genna non plus, honnêtement. Sur le papier, les choses étaient délirantes: le roi de Westeros donnerait l'occasion à deux adolescents de se balader avec un dragon, une arme potentiellement mortelle. Cependant, dans les faits, pour l'heure le dénommé Boréalys n'avait rien en commun avec les monstres légendaires des Targaryen.
-Cela signifie que Bran devra la suivre, intervint Sansa, avec un calme que Genna savait être de façade, c'était le calme qu'elle avait affiché elle-même lorsque son fils était parti en guerre pour la première fois, contre le grand frère de cette même jeune fille.
Bran sembla hésiter un instant, Genna ne sut dire s'il souhaitait suivre Joy ou rentrer chez lui mais avait peur de vexer sa famille, toujours est-il qu'il fit la meilleure chose à faire en l'occurrence il accepta les termes du roi.
-Nous ouvrons de nouvelles classes à la citadelle, fit Genna, sur une soudaine inspiration, (elle se chargerait de ce détail plus tard) l'enseignement sera désormais ouvert aux filles et à tous et pas forcément pour devenir Mestre. Que diriez-vous d'y passer un bout de temps ?
Joy et Bran semblaient à la fois terrifiés et enthousiastes.
Ils échangèrent un regard que Genna ne sut déchiffrer, c'était comme s'ils tentaient d'ajuster leur réaction à celle de l'autre, elle avait vu Jaime et Cersei échanger ce type de regard durant leur enfance. Mais en même temps, ce n'était pas la même chose, il n'y avait pas de volonté coercitive sur le visage de Joy, et les réserves de Bran ne disparurent pas. Ils intégraient simplement l'opinion de l'autre par une étrange forme de politesse. C'était en fait l'exact opposé de ce qu'elle avait pu observer chez les jumeaux.
-J'aimerai beaucoup, admit Joy, mais seulement si ce n'est pas un exil déguisé, je veux pouvoir revenir à Winterfell et à Castral Roc pour des congés.
-Vous pourrez revenir bien sûr, assura Davos, ce n'est pas un exil, ou une punition contre vous, c'est une mesure d'apaisement. Que dis-tu Bran ?
-Ce n'était pas vraiment mon projet, fit Bran, mais avec mes jambes toujours aussi faibles, je ne peux pas m'accrocher à l'idée d'être un chevalier. Mais apprendre et voyager ne me sont pas désagréables, je l'ai déjà fait en tant que Corneille. Mais cela n'aura rien à voir maintenant que je suis redevenu moi-même.
-Tu n'as pas vraiment d'autres choix, ricanna Daenerys, si vous vous éloignez, les conséquences pourraient apparemment être mortelles pour vous deux ou pour cette... créature.
-Je suis d'accord avec vous, Lady Daenerys, intervint Sansa, fixant tour à tour toutes les personnes assises autour de la table, Bran et Joy n'ont pas d'autres choix que de prouver que Boréalys n'est pas dangereux, parce que lorsque nous faisions encore confiance aux créatures magiques, vous nous avez déçu. Je voudrais vous demander, votre majesté, qu'aux prochaines élections royales, Bran et Joy, et Boréalys, soient libres de revenir dans le Nord, ou de s'installer où bon leur semblera, lorsqu'ils seront adultes. Et ce, quel que soit le résultat des élections, les spécialistes de la citadelle auront eu le temps de déterminer s'il présente un quelconque danger pour nous tous. D'ici là, on pourra tous admettre qu'ils ne se placent pas au service d'un royaume contre les autres, ce qui est absurde. Peut-être que Lady Daenerys aura été élue reine, et peu-être même que Drogon sera revenu. Mais peu importe. Joy, Bran et Boréalys seront délivrés de toutes obligations envers la couronne.
Davos posa ses yeux confiants sur la jeune gardienne du Nord, il ne s'était jamais fait faire de couronne, et à l'instant il semblait avoir oublier que, pour encore plus de trois ans au moins, il était roi. Daenerys se pencha pardessus la table impulsivement:
-Vous n'avez rien à dire sur cette question, gronda-t-elle.
-Lady Daenerys a raison sur le fait que vous n'êtes pas en position de négocier fit remarquer Genna, ni l'une, ni l'autre.
-En revanche, la coupa Davos, je pense que nous pouvons tous admettre que Sansa a raison.
-Si vous demandez leur avis à tous les dirigeants de royaumes, je ne pense pas qu'ils considéreront que trois ans et demi sont suffisants pour rompre l'allégeance d'un Stark à sa famille, particulièrement pour cette génération, rétorqua Genna, non pas qu'elle fût nécessairement contre l'avis de la jeune fille, mais Genna avait besoin de savoir si Sansa était véritablement assez forte pour ne pas se laisser décourager par l'adversité. Que serait-elle prête à sacrifier pour obtenir ce qu'elle voulait?
-Il est possible que les votes me soient défavorables, convint alors Sansa avec un soupir résigné, combien d'années demandez-vous ?
-Sansa... qu'est-ce que cela signifie ? interrogea Jon, il était demeuré silencieux depuis le début du débat. Son attention était principalement captée par Daenerys, mais il venait de se tourner vers sa soeur avec inquiétude.
-Combien d'années dois-je rester dans le Nord, sans me présenter aux élections ? répéta Sansa, en explicitant son idée pour Jon.
-Sept ans, répondit Genna immédiatement, sept ans pour les sept années de guerre que nous venons de vivre.
C'était cruel à dire, mais c'était nécessaire. Cela laisserait du temps pour que Daenerys se calme, pour que les gens oublient que les dragons pouvaient brûler, du temps pour que Sansa Stark gagne la maturité nécessaire pour peut-être, devenir la Reine des sept couronnes.
Un silence tendu s'étendit sur la pièce. Daenerys jeta un regard curieux à Genna, qui l'ignora.
-Dois-je prêter serment ? questionna Sansa, avec un soupir, mais quelque chose sonnait faux là-dedanS, Genna le perçut. Elle s'était trompée, un peu, sur la jeune femme. Le sacrifice de temps ne lui coûtait rien. Quelque chose comme du soulagement se cachait derrière l'écran de lassitude de ses traits juvéniles. Pour l'heure, des rêves plus tranquiles devaient la porter.
-Un accord écrit signé suffira, assura Davos, en poussant vers elle de quoi écrire.
Joy avait perdu un peu de son enthousiasme, elle s'était recroquevillée sur sa chaise, caressant son bébé dragon.
-Je propose que nous allions dîner maintenant que tout est réglé, intervint Davos.
Daenerys s'excusa pour rejoindre ses appartements. Jon la suivit. Genna ne se trompa pas, lorsqu'elle prophétisa en son for intérieur, qu'ils repartiraient ensemble pour Peyrdragon d'ici peu.
Une semaine plus tard, Genna assista au départ des futurs étudiants pour la citadelle. Bran et Joy étaient les deux seuls enfants de la noblesse, le reste du groupe de jeunes garçons et de jeunes filles étaient constitués d'enfants de marchands, d'artisans et de paysans. Ce serait la première fois, que des filles accédaient aux études de la citadelle. La plupart d'entre eux avaient dix-sept ou dix-huit ans, Joy était la benjamine du groupe mais cela ne poserait pas de problèmes, elle était vive et avisée, avait un dragon sur l'épaule, et un Stark à ses côtés. Elle ne risquait rien. Cela n'empêcha pas Genna de ressentir une petite pointe de culpabilité à l'idée qu'elle l'avait elle-même mise dans cette situation.
Sansa et Jon Stark serrèrent leur petit frère dans leurs bras. Sansa étreignit aussi Joy:
-Je vous écrirez Sansa, promis Joy, en essuyant des larmes sur ses joues encore rondes.
-Oui et tutoie moi s'il te plaît Joy, souffla Sansa, l'air gênée, je me sens terriblement vieille quand tu fais ça.
-Oui, pardon, j'oublie toujours, lança Joy, puis, d'un ton plus sérieux, veille sur Tyrion, et autorise le à faire un peu de ton travail.
-Je ne sais pas si c'est pire qu'une fille de quelques années de moins que moi me vouvoie ou qu'elle se mêle de ma vie privée.
Les deux jeunes filles éclatèrent de rire, et celui-ci sembla contagieux car il saisit Bran et même lord Davos bientôt.
Puis, le groupe monta sur le bateau et ceux qui restaient à terre les regardèrent s'éloigner sur la mer calme. Sansa regardait le navire avec un air singulier:
-Je venais ici autrefois, murmura-t-elle, à l'adresse de Genna, j'imaginais les gens qui pourraient arriver par les flots. Mon frère et ma mère surtout, avec une grande armée. Ou un souverain d'un pays lointain. Même des pirates... C'est étrange de voir un bateau partir d'ici avec des êtres chers à son bord.
-Je vous demande pardon au nom de ma famille Lady Sansa, pour votre captivité.
-Nous ne pouvons pas nous excuser au nom des morts lady Genna, et je n'en veux à aucun membre de votre famille encore vivant. Nous ne pouvons pas passer le restant de nos jours à rejouer cette guerre. Elle doit se terminer. Elle m'a coûté beaucoup, comme à nous tous. Mais je ne serai pas la même personne si elle n'avait pas eu lieu.
Genna approuva en frissonnant, les effets de la guerre, son symbole même se tenait juste devant ses yeux, dans cette fille de vingt ans qui pouvait lui donner des leçons de vie.
Genna hésitait à poser sa dernière question, ce n'était pas son genre, mais elle s'était un peu occupée de Tyrion lorsqu'il était petit, autant que Tywin l'avait autorisé, et elle devait savoir.
-Pourquoi Tyrion ? Pourquoi le choisir lui ?
Sansa Stark sourit alors, avec une gaieté plus seyante à son âge, elle rougit violemment
-Je ne pense pas pouvoir expliquer, chuchotta-t-elle, ça n'était pas écrit à l'avance et ça n'était pas possible à deviner, lui et moi. Personne n'aurait pu l'inventer... même pas moi. Et pourtant, maintenant, je suis certaine que je vais être heureuse, profondément. Oui, je crois que c'est ça, je sais que c'est lui que j'aime parce que son bonheur m'importe plus que le passé, plus que ce que j'ai perdu, il est mon espoir pour l'avenir.
Note: L'épilogue se passe huit ans plus tard, pour des raisons logistiques !
