Chapitre 35
- J'arrive pas à croire que Mirai est comme toi aussi, Gohan !
- Pourquoi ? C'est évident, non ? Je veux dire, regarde Mirai, avec ses muscles et son air trop sérieux, hi hi hi !
- Oh, Erasa, arrête, du mets Mirai mal à l'aise !
- Oups ! Pardon Lime et Mirai.
Mirai sentit ses joues brûler. Encore. Il remarqua Gohan qui secouait doucement de la tête du coin de l'œil, probablement habitué aux excentricités de ses amis, à présent.
Il avait honnêtement l'impression que la rougeur ne le quitterait plus, vu le nombre de fois qu'il s'était senti gêné et embarrassé depuis qu'il avait rejoint le groupe devant le restaurant. Il n'avait cessé d'être la cible de commentaires ou de questions trop personnels pour être vraiment à l'aise. Surtout de la part d'Erasa et Sharpner. Ces deux-là n'avaient aucune notion de ce qui était socialement acceptable.
Il passa la main dans ses cheveux longs. Ah, peut-être devrait-il demander à sa grand-mère de les lui couper ? Il haussa mentalement les épaules ; c'était une question pour un autre jour.
- Je veux juste dire que c'est quand même bizarre qu'on n'ait jamais entendu parler de ces super-pouvoirs avant… euh… tu-sais-quoi et qu'il a fallu qu'on rencontre Gohan pour qu'on se rende compte que c'est vrai !
Ah, les deux blonds se chamaillaient à nouveau.
Videl soupira bruyamment, probablement exaspérée, Lime renifla, amusée, et Gohan jetait des regards inquiets autour de lui.
Pas qu'il devait s'inquiéter. Même avec leur ouïe plus fine que celle d'humains de pure souche, il était difficile de distinguer des conversations spécifiques dans le brouhaha du restaurant. D'autant que chaque table était séparée par des panneaux de bambous aux dessins élégants, typiques des restaurants traditionnels de l'est. Apparemment, ce genre d'établissement était rare à Satan City.
Mirai observa subrepticement Lime. C'était elle qui avait eu l'idée de venir ici et de l'inviter. Pourtant, depuis leur arrivée, elle se montrait distante, préoccupée.
L'attention du demi-Saiyan fut soudain attirée par les autres convives qui lui demandaient son avis sur la nourriture.
C'était tellement mondain, loin de ce qu'il avait connu toute sa vie. Un groupe d'amis, au restaurant, qui parlaient de tout et de rien… Il n'avait absolument pas l'habitude de ce genre d'interactions, ni de ce genre d'environnement. Tout ce qu'il avait connu, c'était le désespoir et les ruines d'un monde qui tentait tant bien que mal à survivre.
Ce n'était peut-être pas étonnant, alors, qu'il se sentait gêné dès la moindre question qui sortait de la routine d'appels à l'aide, de remerciements et de sourires fatigués. À part avec son mentor et sa mère, il n'avait jamais eu de relations profondes ou sincères avec qui que ce soit. Les joies de vivre dans un monde marqué par des décennies de terreur, de mort, de destruction et de désespoir.
Le repas s'était déroulé sans accrocs. Au fur et à mesure que le temps passait, la tension dans les épaules de Mirai était descendue. Il avait même ri avec Sharpner quand celui-ci avait charrié Gohan sur sa tendance à vouloir faire plaisir à tout le monde, ou quand Videl avait donné un coup de coude dans le ventre du blond quand il s'était permis de mettre le bras autour de ses épaules. D'ailleurs, Mirai n'avait pas manqué le froncement de sourcils, le léger grognement et le pic dans l'énergie de Gohan à ce moment.
Cependant, Mirai était surpris que personne d'autre que lui n'ait apparemment pas remarqué le silence marqué de Lime pendant la soirée. Ou bien ils n'en avaient dit mot pour une raison qu'il ignorait.
C'était étrange. Après tout, Lime les avait invités et s'était montrée extrêmement excitée avant leur arrivée.
Il ne comprenait pas.
Il s'attarda à l'arrière du groupe, attendant que Lime ait fini de s'habiller. Le temps devenait froid, dans l'est.
Quand elle eut mis son écharpe, Lime leva la tête et vit que Mirai l'attendait. Ses yeux s'écarquillèrent, elle inhala brusquement et rougit violemment. Mirai ne pensait pas qu'il la surprendrait aussi violemment.
Embarrassé, il se frotta l'arrière du cou et s'excusa.
- Non, non. Je… j'étais distraite, ce n'est rien.
Un silence.
Lime se mordit la lèvre inférieure. Ses doigts jouaient dans son écharpe. Elle releva la tête et fronça les sourcils. Mirai pensa qu'elle ressemblait à un guerrier qui allait affronter un ennemi.
- Euh… Mirai. Tant qu'on est seuls. Je… Hum… Je vous ai invités ici… La raison…
Elle s'arrêta. Dans sa frustration, au lieu de simplement desserrer son foulard, elle l'empoigna trop violemment, faisant tomber un côté devant son bras. Mirai eut soudain l'impulsion de le remettre en place. Il resta figé, interdit.
- Ah ! Pourquoi c'est si dur ? Allez !
Lime se tapa légèrement les joues. Elle s'approcha de lui, les poings serrés. Vert et bleu se percutèrent.
- Est-ce que tu voudrais sortir avec moi ? Je… On ne se connaît pas très bien, mais je t'aime déjà bien et Gohan m'a raconté un peu de ton histoire. J'ai… j'ai envie d'apprendre à te connaître. Oh ! Ce n'est pas obligé d'être euh… d'être romantique, hein ! Juste. Un rendez-vous. Pour se connaître. Toi et moi. Et peut-être devenir amis plutôt que connaissances. Peut-être plus…
La rougeur de ses joues avait gagné son nez et ses oreilles.
Après une dernière hésitation, elle demanda :
- Qu'est-ce que tu en dis ?
Mirai ouvrit la bouche. La ferma.
Son air interdit inquiéta Lime.
- Tu n'es pas obligé d'accepter. C'est juste… Tu n'as jamais vraiment vécu une vie normale, alors, je me suis dit…
- Non ! s'exclama Mirai.
Quand il vit l'air dépité de Lime, il poussa un bruit entre un grognement et un gémissement et se frotta le visage.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire ! Je… D'accord. Je suis d'accord pour, euh…
Il s'interrompit. Lime se mordait de nouveau la lèvre inférieure, les mains sur la poitrine, les yeux pétillants.
- C'est d'accord pour un rendez-vous. Pour tester quelque chose de normal, conclut-il.
Si le sourire éblouissant que lui lança l'adolescente avait était tangible, Mirai se dit que tout le restaurant aurait été aveuglé.
La sueur lui piquait les yeux, dégringolait le long de son cou, son dos, le chatouillant. Parfois, le liquide salé touchait l'une de ses blessures et la légère sensation de douleur lui faisait comme un choc électrique, le poussant. Plus vite. Plus fort.
Il entendait son souffle haletant, l'expansion et la contraction de ses poumons. Le ki dans chacun de ses membres. Ses muscles, tendus, prêts à frapper à n'importe quel moment.
Il entendait aussi le souffle de ses adversaires, tout aussi rapide. Il voyait la sueur mêlée au sang, sentait son odeur entêtante, l'appel puissant du liquide poisseux, arrivant presque à savourer son goût métallique.
Il frissonna.
Vegeta cria, les cheveux soudain dorés, avant de se précipiter sur lui. Il ne se transforma pas. Il n'en avait pas besoin.
Il sentait, en lui, une source inépuisable de puissance. Sauvage. Indomptable.
Une partie de lui voulait lui laisser le contrôle. Montrer à tout le monde à quel point il était puissant. Qu'ils n'avaient aucun espoir de le vaincre.
Vegeta lança un coup de poing, il évita, le cœur battant la chamade. Ce n'était pas le combat qui lui glaçait le sang. Il était terrifié par ces pensées sanglantes.
Une autre attaque, il bloqua. Un coup de pied dans le sternum du prince.
Il fronça les sourcils, poursuivit sa cible.
Sur le point de frapper.
Il se décala, Mirai le rata.
Un tour sur lui-même, un autre coup de pied, sur le voyageur temporel cette fois.
Satisfait, il retourna son attention sur Vegeta.
Vite, tant qu'il était encore occupé de se remettre.
Attaque après attaque, blocage, esquive, une autre attaque. Il se perdait complètement dans le rythme.
Petit à petit, les pensées se calmèrent, laissant place à l'instinct.
Vaincre. Protéger. Victoire. Dominance.
Le temps n'avait plus de consistance. Seuls comptaient les mouvements, la douleur, l'exaltation.
Son pouvoir enflait en lui, encore et encore et encore et encore. Sans fin.
La brûlure de son ki. Tout en lui grandit. L'expansion soudaine.
Il sentait l'air, électrique, autour de lui. Ses muscles imprégnés de son énergie. Ses yeux avaient changé de couleur. Ses cheveux, rigide, défiant la gravité, la couleur de l'or. Il le savait, mais ça n'avait aucune importance.
Non. Seule la victoire comptait.
Les mettre au tapis, ces autres.
Un sourire carnassier. L'inquiétude des autres.
Puis, l'air déplacé, les mouvements calculés, le sang qui coulait, encore et encore. Encore et encore. Des corps au sol.
La victoire.
- G… Gohan. Calme-toi.
La voix…
Il secoua la tête. Respira longuement, profondément. Il… il s'était perdu.
Après un long moment, Gohan rouvrit les yeux. Sur le sol, Vegeta et Mirai gisaient, gravement blessés, arrivant à peine à bouger. Il avait fait ça. Lui.
Il arrêta de respirer. Une expiration tremblante. L'aura dorée qui l'entourait disparu. Ses cheveux et ses yeux reprirent leur couleur naturelle.
Il… il était prêt à… Il…
- Je suis désolé…
Même à ses oreilles, sa voix ressemblait plus à celle d'un enfant perdu que d'un guerrier ou d'un futur dirigeant.
- Pf !
Vegeta se releva tant bien que mal. Du sang coulait le long de sa tempe, de ses lèvres et des ecchymoses teintaient une grande partie de son visage. L'expression meurtrière sur son visage n'en était qu'amplifiée.
Le prince boita ensuite vers Gohan, de plus en plus renfrogné, avant de pointer le jeune homme du doigt et de commencer à lui crier dessus.
- Tu es un guerrier Saiyan ! Les Saiyans ne s'excusent pas d'être puissants ! Où est ta fierté, espèce de lâche ! Tu es censé être le plus puissant d'entre nous, en dehors du Légendaire. Ha ! Cesse donc un peu tes pleurnicheries pour un entraînement un peu brutal ! Nous. Sommes. Des. Saiyans. Souviens-t-en !
Gohan fronça les sourcils. C'était facile à dire, mais il avait failli les tuer. Il en était si proche. S'il n'avait pas retrouvé ses esprits…
- Père.
La voix mesurée de Mirai trancha la tirade agressive aussi bien que son épée n'avait découpé Freezer en morceaux.
Gohan retint sa respiration.
- Ce n'était pas simplement une séance d'entraînement un peu brutale. Gohan nous traitait comme des ennemis.
- C'est le but ! Ne pas laisser…
- Mais tu as senti son ki. Tu as vu comment il se comportait. Ne me dis pas que tu ne t'es pas senti un minimum inquiet. J'ai des yeux.
Vegeta grogna. Mirai avait peut-être été fortement influencé par le Kakamioche de son monde, mais il possédait tout de même l'esprit aiguisé de sa mère.
Il croisa les bras et étouffa un son d'agacement. Il n'avait pas envie de ravoir cette conversation.
- Gohan est en pleine puberté, énoncia-t-il lentement, hautainement. C'est normal que son agressivité soit exacerbée. Qu'il soit territorial. Qu'il voie d'autres mâles puissants comme de la compétition, un danger. Maintenant, si vous avez fini de me faire perdre mon temps, j'ai d'autres choses plus importantes à faire.
Sur ces paroles, il se dirigea lentement vers la sortie de la salle de gravité et laissa les deux demi-Saiyans seuls avec leurs doutes.
L'explication avait du sens. C'était certain. Mais Gohan et Mirai doutaient qu'il s'agisse simplement de ça. Mirai avait vécu la puberté et il avait vu son mentor la traverser aussi. Gohan ne se comportait comme aucun d'entre eux. C'était comme si son énergie prenait le pas sur sa conscience.
Comme Broly.
Cette dernière pensée le fit frissonner. Il espérait plus que tout avoir tort sur ce point.
NdA: oupsies! J'ai failli ne pas publier le chapitre ce soir.
