Chapitre 34 : Incompréhension.
J'étais faible, dans l'incapacité de bouger. Ma vision s'obscurcit tandis qu'il me porte à bout de bras et qu'il essaie de me faire monter dans sa voiture.
Il se lasse et me laisse finalement sur la banquette arrière. Je m'y couche, ne prenant pas la peine d'attacher ma ceinture de sécurité, et me remets à me morfondre.
C'est déjà une chose de voir ses parents se quitter mais c'est encore pire d'être complètement rejetée par eux.
Ils sont peut-être mieux sans moi.
Ils ne voulaient que se débarrasser de moi.
Je peux m'estimer heureuse d'avoir eu un ami pour me sortir de là, d'être venu me chercher à l'aéroport. Je ne sais comment il l'a su – qu'importe. Je n'aurais jamais eu la force de quitter le terminal par moi-même.
Je sais qu'il est là. Il me chuchote des mots encourageant en me caressant les cheveux. Il me faut une seconde avant de me rendre compte que je suis tout à coup dans mon lit.
Avais-je rêvé ?
Je me réveille tout doucement et je le remarque, à genoux devant moi. Ce n'est pas lui. Ce n'est pas celui que je voulais voir.
Il me demande si je vais mieux mais je reste muette, des larmes d'échappent de mes yeux.
Il s'assit sur le lit. Il me prend dans ses bras et me rassure.
Je ne sais combien de temps nous restâmes ainsi, lui et moi, entremêlés dans les bras de l'autre, lui essayant de calmer mes maux. Cependant il arriva à me calmer.
Ma tête s'était posée sur ses genoux.
« Jake, » chuchotais-je.
Ma voix était faible et tremblait encore.
« Je suis là, Bella, je ne te laisserais pas. »
Une nouvelle larme coula. J'avais déjà entendu ça.
« Comment tu as su ? »
« Edward me l'a dit. »
Il m'embrassa la tempe et continua ses caresses dans mes cheveux.
« Il t'a dit quoi d'autre ? » osais-je.
Il réfléchit quelques instant avant de me donner sa réponse.
« Qu'il partait. »
« Il t'a dit où ? » regrettais-je immédiatement.
Edward n'avait mis que trois personnes au courant de sa candidature à Julliard. Moi, Esmé et Rosalie. Il ne voulait le dire à personne d'autre parce qu'il avait peur que cela lui porte le mauvais œil.
« New York. Il ne m'a rien dit de plus, mis à part qu'il voulait rester un peu tout seul » soupira-t-il.
Je gémis.
« Il avait l'air bien avant que tu lui dises que tes parents se séparaient. » s'énerva-t-il.
Je relevais la tête et le contemplais.
« Il m'a dit pour tes parents. Je suis désolé. Il n'aurait jamais dû faire ça, je n'aurais jamais osé te quitter à ce moment. »
Je soupirais, souris légèrement.
« Qu'y a-t-il ? »
« Rien. Je m'imaginais juste toi, au grand bourreau des cœurs, venir en aide à la copine de ton pote. »
« Bella. » dit-il, désapprobateur.
« Quoi ? »
« J'ai des sentiments, tu le sais ? »
Je clignais des yeux plusieurs fois, stupéfaite.
« Ah ouais ? »
Il rit.
« Je n'ai pas toujours été comme ça. »
« Alors... Pourquoi ? »
Il souffla longuement, encore une fois.
« Je suis déjà tombé amoureux. »
Il leva les yeux au ciel.
« Ca ne finit jamais bien ces conneries. Regarde mon pauvre père ! Sa femme l'a abandonné ! Elle nous a abandonnés. Et pourtant, il continue à lamenter ma mère » continua-t-il.
J'étais surprise. Il y a tant de haine dans sa voix. Il semble détester sa mère.
« Désolée, je ne savais pas. »
« Comment pouvais-tu ? » soupira-t-il.
« Que s'est-il passé ? Tu l'as connue ? » demandais-je, curieuse.
« Oui. Elle est partie le lendemain de mes quinze ans. »
J'ouvris grand la bouche, stupéfaite.
« C'est comme si elle était morte à mes yeux. Elle n'a laissé qu'une lettre minable. 'Oh s'il vous plait, pardonnez-moi, je vous aime'. Bien sûr, plus beau mensonge de tous les temps ! »
Ma mélancolie revint, pour une raison différente cependant.
Je haïssais l'idée que Jake déteste sa mère. Jamais je ne pourrais détester les miens. Même s'ils me donnaient peu d'attention, leur amour était ce que j'avais de plus beau.
Et savoir qu'ils s'aimaient faisait partie des choses les plus constantes dans ma vie... mais ç'avait changé.
Il me fallait une nouvelle distraction avant d'y réfléchir plus longuement. Je n'avais pas envie d'encore pleurer devant Jacob, je préférais me lamenter seule.
« Tu as dit que tu étais tombé amoureux ? » dis-je, changeant de sujet.
« Oui. Ca ne s'est pas très bien fini. »
J'attendis qu'il continue.
Il soupira, voulant sûrement me faire changer les idées.
« C'était pendant les vacances d'été, quelques mois après la disparition de ma mère. Nous passions nos vacances à Boston »
J'acquiesçais, je connaissais Boston pour y avoir pris l'avion.
« Tomber éperdument amoureux de cette fille fut une énorme erreur. Elle était belle et intelligente, deux ans plus vieille donc plus mature. » Il me dit un clin d'œil, je levai les yeux au ciel. « Dès que je la voyais je ne pouvais détacher mes yeux d'elle. »
Son ton devint plus nostalgique, empreint d'une certaine mélancolie. Il baissa les yeux et regarda ses mains.
« Ses longs cheveux caramel brillaient, ses yeux bleus m'électrocutaient. J'avais quinze ans à l'époque et j'étais raide dingue de cette fille. Nous nous étions rencontrés sur la plage, Ed... Heu, on voulait faire de la voile. »
Je souris en l'entendant éviter de prononcer le nom de son ami.
« Elle nous expliquait le truc. Puis nous sommes sortis et on a fait connaissance. Au bout d'une semaine seulement je savais que j'étais foutu. »
Il me regarda un instant dans les yeux, cherchant quelque chose, je ne sais quoi, au fin fond de mes prunelles. Comme s'il voulait lire mon âme.
« Quand je lui parlais, mon cœur devenait de plus en plus léger, de plus en plus attiré par la fraicheur et la douceur qu'elle m'apportait, » susurra-t-il. « L'avant dernière nuit, elle m'invita à rester chez elle, ce que j'acceptais avec joie ! Nous étions deux. Nous étions seuls. Et, tu peux deviner ce qui est arrivé. »
Il sourit en regardant derechef vers ses mains jointes.
« J'ai passé la plus merveilleuse nuit en sa compagnie, j'étais heureux comme jamais. Je voulais rester, je voulais qu'elle reparte avec moi. Alors je le lui dit les trois mots, ceux qui changent tout. J'étais audacieux. » Il grimaça. « Trop. J'avais déjà tenté ma chance une fois en l'embrassant et cette fois, elle me quitta. Ce n'était pas réciproque. Elle ne me rendit pas les mots magiques comme elle m'avait rendu le baiser la veille. »
Il haussa les épaules.
« J'avais ouvert mon cœur, offert ma première fois à une fille qui n'en avait rien à faire de moi. »
« Je te comprends. » soufflais-je.
Il se tendit. Je tournais ma tête.
« Quoi ? »
« Heu, eh bien... »
« Edward a couché avec toi ? »
Il semblait furieux.
« Oui. »
« Quand ? » demanda-t-il rapidement.
Je clignais des yeux plusieurs fois, ne comprenant pas son brusque changement d'humeur. Je relevais ma tête, restée posée sur mon épaule et je contempla, hébétée par son lunatisme.
« Vendredi. »
« J'y crois pas. »
Il sortit de la chambre à grands pas et sortit du bâtiment. Encore étourdie, je le suivis, veillant à fermer ma porte.
Tiens, comment l'avait-il ouverte ?
Bref, je descendis et le vis agacé, son téléphone collé à l'oreille. Il sembla encore plus frustré lorsqu'il raccrocha.
Il remonta les escaliers, sans faire attention à moi, et frappa lourdement à la porte de la chambre d'Alice. C'est sa colocataire, Chelsea, qui ouvrit.
« C'est quoi ce bordel ? » dit-elle.
« Où est Alice ? »
Chelsea roula les yeux au ciel. Alice arriva.
« Jacob, » dit Alice, acerbe.
« Il est où ? Tu sais ce qu'il lui a fait ? C'est pas possible ! T'imagine ce qu'elle peut ressentir ? »
« Il a fait quoi ? »
« Il l'a quitté ! »
« Non... Il a quitté Bella ? »
« Oui. »
« Quoi ? Pourquoi ? »
« Il ne t'a pas dit qu'il partait ? »
« Si, et figure toi qu'il a passé un mauvais quart-d 'heure mais il est parti. »
« Quoi ? »
« Jacob, quoi, quoi ? » s'impatienta Alice.
« Il est déjà parti ? »
« Ouais. »
« Putain le con ! Tu vas rentrer comment maintenant toi ? Vous venez toujours avec une seule voiture ? »
« T'inquiète, Emmett le fera. C'est pas le problème. Mais il a quitté Bella ? »
Je ne pouvais en entendre plus. Oui, non, pas exactement, je ne sais pas !
Quelques minutes plus tard, Alice entra et me prit sans ses bras, consternée.
« C'est un idiot Bella. Je suis certaine qu'il t'aime, il reviendra. Il t'a dit pourquoi il est parti ? »
« Heum... je, il... devait aller à New York. »
« Pourquoi ? »
Je ne pouvais lui dire son secret. Ce n'était pas à moi de révéler tout ça...
« Ses parents viennent de se séparer. » dit Jacob. « Son père n'a pas voulu qu'elle vienne le voir et sa mère est déjà partie en Floride s'installer avec son nouveau mec. »
« Oh, » fut tout ce qu'elle dit.
Elle me reprit dans ses bras.
Elle me dit de ne pas m'inquiéter, m'expliqua même ce qu'elle pensait être ses motivations.
« Tu sais, il est arrivé la même chose à Tanya, » commença-t-elle. « Ses parents se sont quittés, sa mère avait trompé son père avec son boss ou un truc comme ça. Après, elle lui a fait vivre un enfer. Je pense qu'il a réagi au choc, impulsivement. Ça a été un traumatisme pour lui. Il a eu une réaction de fuite. Ca ne le pardonne pas, crois moi, mais je pense que ça explique tout. Je suis certaine qu'il t'aime, je le sais. Il reviendra. Laisse lui le temps. »
« Alice... »
« Non, Bella, tu dois comprendre pourquoi il aurait pu... »
« Il ne m'a pas quittée ! Enfin, pas exactement. »
Elle me regarda, abasourdie.
Je soupirais.
« Je ne sais pas si... je peux te dire ça. »
« Mais quoi, Bella ? »
Jasper, resté dans la chambre de son amie, vint tout à coup nous voir.
« Alice, Edward est parti à Julliard. »
Les yeux d'Alice et de Jacob devinrent deux grandes soucoupes. Ils étaient abasourdis, pire, ébahis par la nouvelle.
Je ne savais pas que Jasper connaissait son secret. Pourquoi le disait-il ainsi ?
Quelles étaient ses raisons ?
« Il a fait quoi ?! » crièrent d'une seule voix Alice et Jacob, en synchrone.
