Histoire : Une Touche de Couleur dans le Gris
Livre 1 : Nuancer le noir.
Date : 5 octobre 2020
Bêta : Elogane et Elda
Fandom: D Gray Man
Avertissement : Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.
Résumé : Après s'être réveillée au XIXème siècle, Ennaël prend le nom d'Eve et devient la dame de compagnie de Tricia Kamelott. Elle prend conscience de la différence sociale des femmes à cette époque et commence à avoir peur pour l'avenir surtout quand débarquent petit à petit Road, les jumeaux, Allen, Tyki, Le comte, Lulubell et Skin Bolic.
En essayant de fuir le Comte, Eve rencontre Victor Hugo qui lui passe un tas d'informations sur la guerre sainte avant de mourir. Eve se découvre un étrange talent pour les instruments de musique et se demande avec horreur si elle ne serait pas le 14ème. Cela n'aide pas que le comte ait découvert ses talents et semble s'intéresser de plus en plus à elle.
Elle se dispute ensuite avec Tyki qui manque de la tuer avec ses pouvoirs Noah, commence une correspondance avec Conan Doyles et re-manque de mourir de la tuberculose. Suite à cette épreuve, Eve semble vraiment s'être intégré à la dynamique familiale… tellement que quelque mois plus tard, elle apprends le même jour qu'elle s'est fait adopté par le Duc Campbell (le Comte) et qu'elle va épouser Tyki. Eve a vraiment envie de s'immoler par magie. A oui parce qu'elle a découvert qu'elle pouvait faire de la magie entre temps. Meh.
Et au dernier chapitre : Tyki et Eve reviennent au manoir de leur lune de miel à temps pour l'anniversaire de Road Et tentent de s'habituer à leur nouveau rôle d'héritiers Campbell. La routine reprends petit à petit jusqu'à ce que Tricia demande à Eve si elle est enceinte et que notre protagoniste, surprise, tombe de cheval et se casse la jambe.
Alalah... j'ai eut du mal à le lâcher celui-là... J'avais envie de montrer tout les persos, de rajouter pleins de trucs !
Mais bon, il faut bien que j'y mette fin un jour à cette fic :)
Bonne lecture !
Alors certes, je n'avais vraiment pas envie de parler d'hypothétique progéniture avec Tricia et se casser une jambe était une manière terriblement efficace de réorienter ses priorités mais franchement, ça ne les valaient pas. Se manger une branche à cause du choc de la demande de Tricia puis tomber de cheval et enfin se fracturer la jambe gauche sur une pierre mal placée, ce n'était pas drôle. La douleur avait été si vive que j'avais hurlé comme jamais avant de me transformer en un désordre de gémissements tremblotants. Je ne m'étais jamais cassée quoi que ce soit auparavant et vu le résultat, je me serais bien passée de l'expérience. Dans l'état, alors que j'étais inapte à faire quoi que ce soit d'autre que m'étouffer dans mes propres larmes, Tricia avait dû faire le terrible choix de me laisser et d'aller chercher de l'aide ou de rester avec moi et prolonger mes souffrances.
Après l'avoir menacée de ramper moi-même jusqu'au manoir si elle ne partait pas tout de suite (mais avec force mots colorés en français… difficile de maintenir le filtre anti-injure et l'anglais dans un océan de douleur) Tricia chevaucha toutes brides abattues vers l'écurie, me laissant seule allongée dans le chemin de terre battue, mon cheval grignotant mes cheveux pour ajouter l'insulte à l'injure. Je n'osais même pas regarder ma jambe, j'avais trop peur de la voir dans un angle non naturel ou l'os sortir. Alors je gardais le regard fixé vers le ciel… ou en tout cas dans la direction, j'avais les yeux trop humides pour voir quoi que ce soit. Dans un temps qui me parut être une éternité mais qui devait sans doute être bien plus rapide que humainement possible, Tyki était revenu sans Tricia.
"Tyki, je te jure, si tu dis quoi que ce soit..." Je sifflais entre mes dents serrées lorsque je le vis débarquer au détour du chemin.
"Hey, je n'ai rien dis." Dit-il tranquillement en s'accroupissant à côté de moi, sa main planant au dessus de ma jambe, hésitant. Lui comme moi nous rappelions trop bien de ce qui s'était passé la dernière fois que je m'étais faite mal et qu'il avait essayé de m'aider… Je me passerais bien d'une nouvelle tentative de meurtre. En plus, c'était encore une fois dans la forêt ! Quel manque d'originalité, sérieusement...
"Tu pensais tr… Ho put… merde démoniaque…! Tyki !"Je gromelais alors qu'il soulevait légèrement ma jupe pour mieux voir les dégâts. Heureusement que c'était un Noah parce que j'avais aussitôt enfoncé mes doigts dans son avant bras et ça ne devait pas être plaisant. Toujours plus que ce qu'il venait de faire, cependant.
"Ouch, ça a l'air douloureux." Siffla-t-il et je lui lançais un regard incrédule. Si j'avais été en état de bouger, je l'aurais baffé. Connards de Noahs et leurs corps surhumains. C'est sûr qu'il pouvait se moquer autant qu'il le voulait, il n'aura jamais ce problème.
"Qu'est-ce que tu fais ?!" Je demandais paniquée lorsqu'il commençait à glisser un bras sous mon dos comme pour me porter.
"Je te ramène au manoir, tu ne penses pas marcher comme ça, tout de même ?" Il demanda, les sourcils froncés et je roulais des yeux.
"Évidemment que je ne vais pas marcher, je n'arrive même pas à m'assoir ! Mais je suis à peu près sûre que je me suis cassé la jambe, j'ai entendu un "crack", il faut l'immobiliser." Je répondis avec confidence avant d'hésiter à son air perplexe. "...je crois."
Tyki haussa les épaules, totalement hors de son domaine d'expertise et deux branches et mon châle fermement bandé autour de ma jambe plus tard (avec une litanie d'insultes en même temps, bien sûr. Même Tyki était impressionné. Je pense que toutes les langues y étaient passées...), il me souleva précautionneusement, soupirant lorsque je laissais tout de même échapper un gémissement douloureux.
"J'aurais dû t'assommer." Marmonna-t-il alors qu'il commençait à crapahuter en ligne droite à travers les arbres jusqu'au manoir. Il n'avait même pas fait mine de ramener le cheval avec nous et j'en étais infiniment soulagée. Déjà que ses pas précautionneux étaient une torture, je ne voulais même pas imaginer la douleur que provoquerait les cahotements du cheval. Grommelant un assentiment, j'essayais de me concentrer vainement sur ma respiration jusqu'à ce que… plus rien. Il m'avait vraiment assommé cet idiot.
Enfin, je lui en étais tout de même reconnaissante. Le mal de tête au réveil était loin d'être agréable mais j'avais déjà beaucoup moins mal à la jambe donc c'était déjà ça de pris. Et vu que j'étais dans mon lit avec la jambe proprement immobilisée et qu'il faisait nuit dehors, il avait dû m'éviter un retour pénible au manoir, une visite du médecin et même les inquiétudes frénétiques de Tricia. Pour être honnête, je lui en devais plus d'une sur ce coup-là. Quoi que, avec toute l'histoire du mariage… Arf, mieux valait arrêter de compter les faveurs, on était plus ou moins une équipe maintenant de toute façon.
Les prochains jours furent terribles. La douleur était lancinante et revenait avec une vengeance dès l'instant où je commençais à penser que j'allais mieux. Mais je dois l'avouer… j'en avais peut-être fait tout un plat pour pas grand chose. En moins d'une semaine, je remarchais sans douleur. "Mais j'étais si sûr qu'elle était cassée !" Je marmonnais alors que Christine m'aidait à enlever définitivement les bandages. Agitant ma jambe comme si elle allait tout à coup décider de retomber en panne, j'ouvris grand les yeux lorsque je ne sentit même pas un engourdissement. La peau était sans trace, c'était comme si rien n'était arrivé.
"Il faut croire que non." Répondit Road en roulant des yeux et je suppose qu'elle avait raison. J'étais si sûre d'avoir entendu un "crack" pourtant… Mais si ça avait vraiment été le cas, j'en aurais eu au moins pour un mois ou deux et là, ça avait pris moins longtemps que la foulure de l'année dernière.
Au moins, toute cette histoire avait eut un bon côté : Tricia ne m'avait plus une seule fois reparlé de bébé. Pas des miens en tout cas mais elle avait pris la mauvaise habitude de subtilement parler de telle ou telle amie qui venaient d'accoucher ou ooooh! regarde ce magasin ! Leurs vêtements de naissances sont si mignons ! Étonnement, pour une fois Road était de mon côté et réorientait Tricia avec facilité. Aucune idée de pourquoi le petit monstre ne se délectait pas de ma douleur comme d'ordinaire mais je n'allais certainement pas m'en plaindre.
Mais Road avait souvent des précepteurs ou était en vadrouille et n'était pas toujours là pour me sauver. En contre attaque, j'avais donc adopté ma stratégie préféré… la fuite.
J'avais tout prétexté. De mon cercle très limité d'amis (consistant en Eeze et Arthur que je n'avais jamais autant vu que ce mois-ci) à mes devoirs d'héritière (même les lourds volumes de règles interminables étaient plus supportables que Tricia lorsqu'elle parlait de bébés) en passant par des "sorties en amoureux" (où Tyki allait jouer au bar pendant que je travaillais sur ma magie dans les bois) à des visites parentales (où Adam et moi avions commencé à peindre des tableaux en pleine nature, des moments particulièrement apaisants considérant la compagnie) et je commençais sérieusement à être à court d'idées.
J'avais l'impression que c'était toutes ses tentatives de me marier qui revenaient à la charge. Sauf que, d'une façon ou d'une autre, Tricia avait réussi à me marier. Alors que j'étais très, très contre à la base. Ceci expliquait peut-être pourquoi je prenais aussi mal ses nouvelles tentatives de me mettre un polichinelle dans le tiroir, j'avais peur qu'elle réussisse à nouveau. Ce n'est pas que je ne voulais pas de bébés… mais pas maintenant, pas ici et certainement pas à 21 ans (?). Je ne disais pas non à une adoption plus tard, bien plus tard, mais pas lorsque je me considérais encore une enfant les trois quarts du temps (le dernier quart étant lorsque ça ne m'arrangeait pas d'en être un).
Malheureusement, il y avait bien un endroit où je ne pouvais pas l'éviter peu importe mes efforts : le dîner.
Coincée entre le Comte et Road, en face de Tricia, il n'y avait vraiment nulle part où se cacher. Ma seule consolation était que Tyki souffrait encore plus que moi. Si je devais me taper constamment la conversation sur les ragots de la haute société, lui, à côté de Sheryl et en face du Comte, ne pouvait échapper à un interrogatoire en bonne et due forme sur la politique du moment. Sheryl voulait faire de son petit frère un ministre maintenant qu'il était officiellement le prochain Duc par alliance. La seule chose qui sauvait Tyki, c'était que Sheryl contrôlait déjà plus ou moins l'Angleterre et le Portugal (oui, non, j'essayais de ne pas y penser...) et qu'il n'avait pas besoin de son frère ici. Il serait plus intéressant de l'envoyer dans les colonies mais pour que cela se fasse, il faudrait que Sheryl coupe le cordon ombilical et, au moins pour l'instant, c'était en dehors de son domaine de compétence. Comme d'ordinaire, Adam nous laissait faire ce que nous voulions et Tyki n'était pas assez stupide pour fuir son frère en Inde donc… le statu quo tenait bon.
J'en étais là d'un énième dîner à écouter Tricia me parler des adorables jumelles de la soeur de la Comtesse d'Alberton tout en jouant au bras de fer chinois avec Road sous la table lorsque Jean nous interrompit. C'est dommage en plus, Road se retenait activement de me pulvériser le pouce donc avec ma plus grande portée j'avais effectivement une chance de gagner pour une fois.
"Le téléphone ?" Je demandais surprise une fois qu'il eut fini de murmurer à mon oreille ce qu'il se passait.
"Qui est-ce ?" Demanda Adam et Jean répondit que c'était un certain Allen.
Il ne nous fallut qu'un regard échangé avec Tyki pour jeter nos serviettes sur la table et décoller en dehors de la pièce à toute vitesse avec à peine une excuse. C'était seulement le regard désapprobateur de Sheryl qui me retint de courir dans les couloirs mais ça ne m'empêchait pas de marcher le plus vite possible. Arrivant à la petite pièce près de l'entrée où se trouvait le téléphone (mis à part celui du bureau de Sheryl) je me ruais sur le combiné posé sur la table, arrivant à peine à l'attraper avant Tyki. "Bonjour...?" Je demandais au cas où mais…
"Eve ?"
"Allen !" Je m'exclamais joyeusement alors que j'écartais le téléphone pour empêcher Tyki de me le voler. "Tyki ! C'est moi qu'il a deman… Hey !"
Roulant des yeux, le Noah du plaisir avait passé sa main à travers mon bras et attrapé le combiné sans même me laisser le temps de réagir. "Hey, gamin." Salua-t-il avec un sourire alors qu'il levait le téléphone hors de ma portée. Ennuyée, je lui donnais un coup de coude mais cela fit autant d'effet que de souffler sur une maison en flamme.
"Salut Tyki." répondit la voix grésillante de l'appareil et je me figeais aussitôt, essayant d'entendre. "Je ne vais pas être long, vous avez reçu ma lettre ?"
"Pas depuis au moins un mois." Je répondis et Tyki baissa obligeamment le combiné pour le mettre entre nous deux.
"J'ai bien fait d'appeler alors. Je suis de retour à Londres."
"Déjà ?!" Je m'exclamais surprise. Ben oui, n'ayant pas les même fonds que nous pour voyager, Allen avait dû le faire par le long chemin qui prenait bien un mois, même en s'arrêtant peu. Il avait dû partir juste après sa dernière lettre pour qu'il soit déjà là, moins de deux mois depuis que nous l'avions vu en Inde. Je sais qu'il m'avait dit que Cross semblait considérer l'envoyer à l'Ordre et que l'Arc de Miranda se passait début Novembre donc bien sûr qu'il n'allait pas tarder a arriver mais… Déjà ? Je n'étais pas du tout prête pour le canon. Pas du tout, du tout.
"Comment ça déjà ? Mon maître n'était pas du tout précis avec ses directions, j'ai eu du mal à trouver la, hum, société." Soupira Allen, hésitant légèrement sur le dernier mot. J'étais contente qu'il prenait en compte mes conseils, je ne voulais même pas penser au désastre que ça aurait été si Allen avait déballé son état d'exorciste au téléphone devant Tyki. D'ailleurs… est-ce que d'autres personnes pouvaient écouter la conversation ? Que ce soit avec le téléphone du bureau de Sheryl ou un micro ? Avec cette différence de technologie absurde, je n'avais aucune idée si les Noahs pouvaient avoir accès à ça…
"Tu es sûr que ce n'est pas ton mauvais sens de l'orientation qui fait encore des siennes ?" Taquina Tyki.
"Arrête avec ça, je n'ai pas un mauvais sens de l'orientation !" Rit Allen avant que sa voix devienne un peu hésitante. "Enfin, si ça peut te rassurer, Narein est avec moi. Nous sommes au port, je sais que c'est un peu court mais nous prenons le bateau après-demain, voulez-vous que l'on…?"
"Oui !" Je le coupais. "Qui sait lorsqu'on va pouvoir se revoir, je ne vais certainement pas manquer l'occasion. On peut se rejoindre demain matin vers… hmmm, dix heures au bar ?"
Allen donna son accord et après de rapides au revoir, je raccrochais le téléphone avec un sourire. Hé bien, quelle bonne surprise ! Ça avait illuminé ma journée.
"Eve…" Dit tout à coup Tyki alors que nous revenions vers la salle à manger. "Nous devions aller au thé de la Comtesse d'Alberton demain."
Je m'arrêtais aussitôt avec une grimace. C'était une des amies de Tricia, même Sheryl y allait, ils n'allaient jamais nous laisser sécher l'après-midi… Mais Allen… comme je l'avais dit, avec lui à l'Ordre, qui sait lorsque j'allais entendre parler de lui à nouveau ?
"...quelles sont les chances que ton frère nous laisse sauter le thé avec la Comtesse pour aller voir notre ami de la plèbe sans connections utiles ?"
"Aussi hautes que ta belle-soeur décidant tout à coup que nous n'ayons pas besoin d'avoir d'enfants." Répondit Tyki et un gros blanc s'installa. Je pouvais presque entendre les corbeaux croasser au dessus de nos têtes. Je ne voulais vraiment, vraiment pas faire ça… mais Allen...
"...excuse plutôt que permission ?" Je demandais avec une grimace.
"Excuse plutôt que permission." Hocha Tyki en accord et d'un seul mouvement nous nous tournions vers l'escalier menant aux chambres. Il serait difficile de s'échapper demain matin avec la manie qu'avait Sheryl de tout contrôler lors d'une occasion sociale alors mieux valait partir tout de suite pendant que la famille était encore au dîner.
Et c'est ce qu'on fit.
Sauf que, alors que nous nous séparions en dehors de nos chambres pour nous préparer, je tombais sur Lulu le chat en train de se lécher la patte sur mon bureau. Était-elle aussi partie du dîner ? Ou était-il déjà terminé ? Elle faisait une de ces têtes… même en chat, j'avais l'impression qu'elle me jugeait et j'avais envie de me prosterner au sol et m'excuser. Bon, c'est vrai que je m'apprêtais à faire quelque chose qu'aucun des adultes de cette maison n'apprécierait mais tout de même….
Utilisant la technique du "bien sûr, c'est un chat, il n'y a aucune raison de s'en inquiéter." je fouillais l'armoire pour trouver mes vêtements peu recommandables d'étudiant fauché roulés en boule dans un des chapeaux des jumeaux. J'étais à peu près sûre que c'était le chapeau que Devit avait dit avoir perdu lorsque Tricia lui avait demandé de le mettre le week-end dernier… Il fallait vraiment qu'ils arrêtent de cacher tout et n'importe quoi dans cette armoire, un jour, ça finirait mal… pour moi.
Sentant le regard de Lulubell brûler mon dos, je me retournais lentement vers elle, hésitante. "Je vais juste… voir un ami." Je marmonnais au chat en serrant mes vêtements contre moi. Le chat fixa mes vêtements et pencha sa tête. Déglutissant, je les reposais aussitôt dans l'armoire et attrapais une de mes robes brunes les plus simples, une que j'avais choisie, pas une de Road. Celle qui criait "Je suis une jeune fille de bonne famille" plutôt que "Je suis pratiquement de la royauté, prosternez-vous." Montrant la robe à Lulu, le chat lui lança un dernier regard, s'étira avant de sauter lestement au sol puis à nouveau sur mon lit où elle se roula en boule et ferma les yeux.
D'ac...cord. Je prenais ça pour une permission.
Juste le temps de s'habiller et Tyki toquait à la porte. Lui non plus n'était pas trop mal vêtu, dans un costume basique qui n'attirait pas les regards. Agitant nerveusement la main pour dire au revoir à Lulu le chat sous le regard suspicieux de Tyki, il nous fit marcher à travers la fenêtre. C'était toujours terrifiant mais j'avais de la pratique avec le château français et nous arrivions aux écuries sans problèmes. Avec un mot punaisé à la porte pour prévenir Philippe que nous empruntions un cheval, je laissais Tyki conduire dans la nuit alors que je reposais ma tête sur son dos, fatiguée de la journée.
On arriva plus rapidement en ville qu'en calèche et Tyki nous emmena chez des 'amis' à lui pour passer la nuit. Amis entre guillemets parce que malgré nos vêtements simples et leur situation sociale clairement aisée, ils nous accueillirent dans un silence beaucoup trop respectueux et nous montrèrent nos chambres avant de s'effacer aussitôt. Aucune demande ou questionnement, pas de subtilités sociales non plus et des yeux suspicieusement vide. Ils ressemblaient fortement aux serviteurs du Comte. Hum, hum...
Le lendemain, à dix heures moins dix, nous étions déjà dans le bar à jouer aux cartes. Le matin en semaine, il n'y avait pas grand monde, à peine deux ivrognes qui avaient dû passer une sale nuit et une femme qui tricotait dans un coin. Je me demandais toujours comment ce petit bar de quartier pouvait se permettre de rester ouvert pratiquement toute la journée et accueillir une clientèle si variée. C'était plus un petit bistrot de village qu'un bar de grande ville, vraiment.
"Tyki ! Eve !" Appela Allen en entrant et je me levais pour l'attirer dans un câlin. Le choc n'était pas aussi grand que la première fois que je l'avais vu après deux ans mais tout de même…
"Ne me dis pas que tu as encore grandi ?" Je m'étonnais en comparant vaguement nos tailles avec ma main. "Tu m'as presque dépassée !"
"Profites-en, Eve, la prochaine fois que tu le verras, ce sera le cas." Taquina Tyki et je soupirais dramatiquement alors qu'Allen souriait largement. "Narein n'est pas avec toi ?"
"Non, il a préféré rester à l'auberge." Répondit Allen et je dus me retenir de laisser voir mon soulagement. La première visite avec lui avait été vraiment bizarre et j'étais soulagée de pouvoir voir tranquillement Allen sans lui dans les pattes.
"Alors, qu'est-ce que tu veux faire ? C'est ta journée, tu choisis." Je changeais rapidement de sujet et Allen prit un air timide. J'eus tout à coup l'impression de le revoir à treize ans lorsqu'il hésitait sur un mot quand je lui apprenais à lire.
"Juste… une journée normale. Je veux simplement passer du temps avec vous." Sourit-il et c'était beaucoup trop émouvant pour moi, je dus me retenir de lui faire un autre câlin.
"Ça c'est faisable." Sourit Tyki. "On peut aller se balader, manger dans une auberge, s'introduire dans des endroits où on ne devrait vraiment pas être… Tiens, on pourrait même reprendre une photo. Ils ont encore amélioré leur couleur depuis celle que nous avions prise ensemble, il faut que l'on te montre le portrait du mariage…. Zut, je ne penses pas que je l'ai, Eve ?" Me demanda Tyki en vidant ses poches sur la table. Je secouais la tête négativement en réponse. Ce qui était… un mensonge en faite. J'avais bien la photo dans mon porte monnaie, soigneusement placé à côté de celle de nous trois mais… Je ne savais pas si c'était une bonne idée de montrer à Allen la famille Noah au grand complet. J'avais déjà bien amoché le canon, certes, mais pas tant que ça… je veux dire, ce n'était pas juste ma présence qui pouvait changer autant de chose, n'est-ce pas? Mais montrer Road et surtout le Comte à Allen maintenant… ouais... je ne voulais pas tenter le diable. Littéralement.
Et avec ça, on partit en vadrouille. Pour deux minutes. Le temps de sortir dans la ruelle. À peine un pied dehors et Allen plaquait une main sur son oeil gauche avec un air paniqué. J'admets qu'il me fallut un temps honteusement long pour comprendre pourquoi il ne voulait pas enlever sa main pour que je puisse voir ce qui n'allait pas. Il faut dire, lorsque je l'avais vu la première fois plus de deux ans auparavant, son oeil était souvent caché sous ses cheveux ou même des bandages et je ne l'avais jamais vu s'activer. Et cela faisait bien au moins trois ans que je n'avais pas lu le manga alors… ouais, je fus un peu étonnée de voir son oeil noir et rouge.
Ce ne fut qu'une seconde et il replaça aussitôt sa main que j'avais lâché sous la surprise. Heureusement parce que Tyki regardait d'un air absent l'autre côté de la ruelle et ne vit donc pas la réaction étrange d'Allen. Aussi vite que c'était arrivé, c'était fini et Allen lâchait sa main alors que Tyki clignait des yeux et se tournait vers nous. Il s'était passé quelque chose, c'était sûr, mais comme de nombreuses autres, je ne crois pas que j'aurais une réponse de sitôt si ce n'est jamais.
Ce fut le seul incident cependant, autrement la journée se passa merveilleusement bien. On parcourut toute la ville, traînant à quelques boutiques chatoyantes, ne s'arrêtant pas aux ruelles basses maintenant qu'Allen savait que nous étions de la haute. On mangea dans un petit bistrot de famille et c'était toujours sacrément impressionnant de voir Allen absorber son poids en nourriture. On alla prendre une nouvelle photo ensuite (qu'on paya cette fois) faisant attention à se prendre exactement dans les même positions, histoire de voir l'évolution depuis la dernière. Évidemment, la plus grande différence était qu'Allen avait pris trois têtes mais le fait que Tyki était beaucoup mieux habillés et que j'étais en robe cette fois ajoutait une dimension étrange à l'image. Enfin, on flâna dans les rues avant de terminer la journée en beauté : Tyki nous fit grimper sur les toits de Londres et on regarda le soleil se coucher. C'était la journée la plus paisible et amusante que j'avais eue depuis un bon bout de temps et ce fut le coeur serré que je dis adieu à Allen ce soir-là. Non seulement parce que je n'avais aucune idée de quand est-ce que je pourrais le revoir mais aussi parce que je redoutais terriblement le retour au manoir.
Mais juste avant de partir, alors que Tyki allait récupérer notre cheval, Allen me prit à part et me donna une lettre. "Mon maître a dit que je ne serais peut-être pas capable de continuer à t'envoyer des lettres à l'Ordre. Enfin, je pourrais t'en envoyer lorsque je serais en mission mais tu ne pourrais pas me répondre directement. Donc, j'ai mis en place une boîte postale à Londres et j'essaierais d'aller récupérer le courrier le plus souvent possible." Me promit-il et je le remerciais chaudement, ne faisant soigneusement pas remarquer que c'était un peu inquiétant que ses employeurs l'empêchait d'envoyer et de recevoir du courrier. "Ça tu peux le donner à Tyki. Par contre… j'ai aussi mis un numéro dans la lettre. Si jamais il y a une urgence, je veux que tu m'appelles, d'accord ?"
"Un numéro ? Mais si je ne peux même pas t'envoyer de lettre, comment…?" Je demandais surprise et Allen hésita une seconde avant de regarder suspicieusement autour de lui et de finalement sortir Timcampy de sa poche.
"J'étais un peu inquiet lorsque Mon maître a dit que les exorcistes ne pouvaient pas recevoir de lettres… On peut partir en mission n'importe quand et n'importe où dans le monde, si jamais il t'arrive quoi que ce soit…" Dit-il en serrant ma main un peu trop fortement. "Et si tu crois vraiment que Tyki peut être un danger pour toi, alors tes connections en temps que noble ne te serviront à rien." Et oui, il avait raison. J'étais totalement isolée s'il se passait quoi que ce soit avec les Noahs et que j'arrivais, d'une façon ou d'une autre, à m'échapper. "Mon maître a modifié Timcampy pour qu'il puisse recevoir les appels normaux mais il m'a dit qu'il y avait des caméras partout à l'Ordre donc c'est uniquement en cas d'urgence, d'accord ? Pour les nouvelles, on restera aux lettres ou alors je t'appellerais moi-même."
Acquiesçant, je le serrais fort une dernière fois, sachant toutes les épreuves qui l'attendaient une fois qu'il arriverait à l'Ordre mais n'ayant aucune idée de quoi faire pour lui. C'est moi qui était censée l'aider, c'est moi qui avait les réponses à des questions qu'il ne se posait même pas encore… Et pourtant, c'était lui qui me donnait un échappatoire, un moyen de m'en sortir si jamais… La culpabilité me serrait le coeur. Si je voulais lui dire, c'était maintenant ou jamais. Me détachant du câlin, je le regardais dans les yeux et ouvrait mes lèvres…
"Allez Eve, quand faut y aller…" Appela Tyki derrière moi, le cheval au poing. Sursautant, je serais une dernière fois la main d'Allen et laissait les garçons faire leurs adieux. Bientôt, Allen avait disparu dans le dédale des ruelles et Tyki me tendait la main pour m'aider à monter. Direction le manoir Kamelott… Urgh.
"Et si on allait en France ? Ou même chez Adam ?" Je demandais avec espoir.
"Ne me tente pas." Grimaça-t-il.
"C'est toi qui a dit que même si tu partais trois jours ou trois mois, Sheryl en faisait la même affaire." Je fis remarquer, espérant pouvoir profiter de quelques jours sans devoirs d'héritière et le sûrement très long sermon qui nous attendait.
"Sheryl, oui. Tricia par contre…" Fit remarquer Tyki et un son paniqué s'échappa de ma gorge. Dans ma peur de Sheryl, j'avais complètement oublié sa femme.
Que Merlin nous aide.
Merlin n'avait pas dû écouter ma prière parce que non seulement Sheryl nous avait crié dessus jusqu'à trois heures et demies du matin (et je n'oublierais jamais le désespoir dans sa voix lorsqu'il m'avait dit que "Vous étiez sensés le retenir dans ses élans ridicules avec ce mariage, pas l'accompagner !") et ne s'était arrêté que parce qu'Adam avait eut pitié de nous et nous avait laissé trébucher dans nos chambres pour nous écrouler dans nos lits, mais en plus Tricia nous avait interdit de sortie et recouvert de devoirs jusqu'à nouvel ordre.
Et le nouvel ordre tardait à venir parce que même deux semaines plus tard, je maudissais encore de la paperasse à mon bureau. Je n'avais pas vu le soleil depuis trois jours et la bibliothèque depuis encore plus longtemps. La seule chose qui me permettait de tenir le rythme infernal de ce qui semblait être l'entièreté des devoirs du Duché Campbell (et que faisait Adam pendant ce temps-là, hein ?!... des akumas ?) était, étonnement, Mahulda qui ramenait des thés, des documents, une couverture ou des gâteaux avant même que je ne puisse penser à les demander. Elle était toujours aussi terrifiante cependant, ou même encore plus terrifiante vu qu'elle semblait savoir ce dont j'avais envie ou besoin avant même que je puisse le concevoir.
La seule bonne nouvelle dans ces jours sombres à nager dans la paperasse, c'était que j'avais déjà envoyé et reçu deux lettres à Allen. C'était incroyable de ne plus attendre un mois et quelques pour une réponse maintenant qu'il y avait la boîte postale de Londres. Le contenu de nos lettres avaient changés cependant. Il était difficile de discourir sur quatres pages recto verso en petits caractère lorsque ma vie consistait actuellement en un enchaînement de travail sans fin et qu'Allen ne pouvait pas me raconter ses missions. À la place, je parlais de toutes les choses que j'avais appris à cause de mes devoirs d'héritière. Je ne pensais pas que cela l'intéresserait la première fois que je lui avais décrit en détail comment gérer la paye des employés ainsi que leurs droits salariaux dans un moment de fatigue intense mais il faut croire que oui vu qu'il m'avait posé de nombreuses questions dans sa réponse. J'avais même dû faire de plus amples recherches sur le sujet pour pouvoir lui répondre.
Quant à lui, Allen parlait surtout des gens autour de lui. Il ne les nommaient jamais, les décrivant plutôt par leur rôle et j'avais été stupéfaite de me rendre compte que je savais de qui il parlait. Le cuisinier qui faisait les meilleurs plats du monde et les servaient en un temps record était sans aucun doute Jerry et son patron désorganisé qui nageait encore plus que moi dans ses papiers devait cacher Komui. Il m'avait même parlé de la gentille fille aux cheveux longs qui lui avait fait visiter et du crétin imbu de lui-même qui ne mangeait rien d'autre que des nouilles.
Tyki m'avait demandé pourquoi j'avais tant ri à ce passage. Ça m'avait fait rire encore plus fort et le pauvre m'avait regardé l'air perdu pendant une bonne minute avant de passer ça sur le compte de mes nombreuses bizarreries et de continuer à lire.
C'est drôle tout de même, rien qu'en lisant les lettres d'Allen, j'avais l'impression d'avoir vu ce qui s'était passé. C'est sûr, le manga aidait bien, mais je me demandais tout de même à quoi ils pouvaient bien ressembler en vrai…
Quoi qu'il en soit, Allen n'était pas le seul qui m'avait envoyé des lettres. Eeze nous en avait écrit une après que nous ayons demandé à Jean d'aller le prévenir que nous ne pourrions pas le voir de sitôt. Cela faisait à peine quelques mois que la patronne de la boulangerie et moi-même avions commencé à lui apprendre à lire et écrire mais il arrivait déjà à faire des phrases plus ou moins correctes, j'étais impressionnée ! Mais bon, son écriture était atroce et il nous avait tout de même fallu nous y mettre à trois avec Tyki et Road pour arriver à en déchiffrer l'essentiel. Et même alors, quelques passages étaient restés obstinément obscures et nous avions dû demander au duc de nous aider. Étonnement, Adam était très doué pour lire les écritures d'enfants et il ne lui avait fallu qu'un coup d'oeil pour pouvoir nous la décrypter.
L'autre, bien sûr, c'était Arthur qui voulait nous inviter pour le thé, histoire de nous présenter son épouse. Et il faut avouer, j'étais terriblement curieuse. Dans la presque année où nous avions échangé des lettres, nous n'avions pratiquement parlé que de Sherlock Holmes et c'est à peine si nous avions abordé un mot à propos de nos conjoints respectifs. Nous nous étions également rencontré à quelques reprises et il était là avec sa femme à notre mariage mais il y avait eu tant de monde que nous n'avions pas vraiment pu faire connaissance.
Problème : près de trois semaines après avoir pris la clé des champs pour aller voir Allen, Tyki et moi étions toujours interdits de sortie. Peut-être était-ce parce que j'avais été avec lui cette fois ou que nous avions délibérément sauté une visite prévue chez quelqu'un d'important mais nos punitions semblaient interminables cette fois. Heureusement, notre charge de travail avait drastiquement diminué avec l'arrivée de la troisième semaine mais malgré ma subtile indication que je pensais sortir voir Arthur j'avais aussitôt reçu un 'non' définitif de Tricia.
"Allons Tricia, je pense qu'ils ont assez cher payé leur petite escapade maintenant, et nous saurons où ils sont cette fois, n'est-ce pas ?" Dit Adam et j'hochais vigoureusement la tête avec espoir. Tricia semblait hésitante, ne pas savoir exactement où nous étions avait été le principal problème pour elle. Elle s'était faite un sang d'encre toute la journée. Et c'est sûr que nous n'avions pas vraiment fait les adultes sur ce coup-là, on aurait pu au moins laisser une note pour eux aussi… mais tout de même, ils exagèrent, nous étions tous les deux majeurs, mariés et nous avions même une maison ! Ce manque de liberté me rendait folle… Plus encore maintenant, je l'admets, que mes devoirs étaient plus pénibles qu'en tant que dame de compagnie. Quelques arguments de plus, une promesse d'amener un serviteur avec nous et d'assurer que nous rejoindrons ensuite Road et les jumeaux pour passer l'après-midi ensemble et j'envoyais joyeusement une lettre de réponse positive à Arthur.
Libérés ! Enfin sous condition, mais c'était déjà mieux que rien… Il faudrait tout de même que je penses à négocier de meilleurs conditions tout de même, on ne savait jamais quand est-ce que je pourrais avoir besoin de sortir en urgence et je ne voulais pas une armée d'Akuma à mes trousses, le couple Kamelott en tête, si cela arrivait.
"Lord et Lady Campbell, puis-je vous présenter mon épouse, Louisa ? Louisa, voici ma chère amie Lady Evelyne Campbell et son mari Lord Thibert Campbell"
"Enchantée, Lord Campbell." Salua Louisa Doyles, l'air un peu nerveuse, avant de se tourner vers moi. "Lady Campbell, c'est un bonheur de vous rencontrer, mon Mari m'a beaucoup parlé de vous, s'il vous plaît appelez moi Touie."
"Je suis très heureuse de vous rencontrer également, merci de nous inviter dans votre charmante maison, Touie et, s'il vous plaît, appelez moi Eve." Je souris à mon tour, salement heureuse lorsque Tyki fit ses propres salutations et demanda à être appelé "Thibert" avec un air impassible. Sheryl l'aurait écharpé vif s'il avait demandé à être appelé Tyki en dehors de la famille. Heureusement, je n'avais pas ce problème, Eve étant un prénom existant et Adam s'en fichant comme de sa première chaussette, je pouvais me moquer tout ce que je voulais.
Échangeant toutes les subtilités nécessaires, on s'installa dans le salon pour discuter. Tyki était sur son meilleur comportement, attentif et prévenant, ça me faisait chaud au coeur qu'il prenait autant soin de donner une bonne impression à mon ami. Arthur était aussi excité que moi, c'était agréable de pouvoir échanger à l'oral plutôt que l'écrit. Il avait tant de choses à dire et je n'avais qu'une envie: rebondir dessus. Même si j'avais souvent du mal à ouvrir les lèvres, ayant peur de dire une bêtise face à quelqu'un de si intelligent. Louisa par contre, ne disait pas grand chose. Elle paraissait assez nerveuse et ce n'était que grâce aux mots calmes de Tyki qu'elle participait un peu à la conversation. C'était chouette cependant et on passa sur tous les sujets, de la nouvelle d'Arthur qui commençait à se vendre au brouillon du second numéro en passant par un peu de politique et les nouvelles découvertes scientifiques. Évidemment, on finit tout de même par dériver sur des sujets plus personnels et notre mariage, étant le grand événement sociétal des derniers mois (rendez-vous compte ! La fille malade et invisible du richissime Duc avec le frère du mystérieux Marquis et Ministre Kamelott) vint sur la table.
"J'étais surpris lorsque vous m'avez envoyé l'invitation, vous n'aviez jamais parlé de mariage auparavant, j'ai été pris au dépourvu !" S'exclama Arthur, passant sous silence le fait que je ne lui avais même pas dit que j'étais la fille héritière du Duc (parce que je ne l'étais pas) avant ça.
"Surtout que vous êtes si jeune ! Nous même nous sommes mariés il y a deux ans, un peu tard à 28 ans, certes, mais tout de même." S'exclama tout à coup Touie, sa curiosité semblant prendre le pas sur sa nervosité.
Je clignais des yeux. Bien sûr que 21 ans c'était très jeune pour se marier… mais ça c'était ma mentalité de fille du XXIème siècle qui parlait, non ? Je croyais qu'on se mariait très jeune à l'époque, surtout dans la noblesse… A priori, vu la tête des trois autres, ce n'était peut être pas le cas finalement. Il faudrait que je demande à Tyki en privé tout à l'heure. Mais si c'était vraiment anormal, Sheryl et Tricia avaient vraiment abusé sur ce coup-là… Ça s'était bien terminé d'une certaine façon mais tout de même… Il faudrait que je trouve un moyen de me venger.
"C'était un mariage arrangé de longue date et nous étions, heureusement, bons amis donc nous n'avons pas pris la peine d'attendre davantage." Expliqua Tyki avec un sourire avant de gracieusement réorienter la conversation sur un sujet moins embêtant. Et heureusement, parce que vu comme Touie avait posé sa main sur son ventre, j'avais bien l'impression que la fatidique question des enfants n'allait pas tarder à être posée. En parlant de ça, je ne me souvenais plus trop de la vie personnelle de l'écrivain… est-ce que le couple Doyles allait avoir un enfant bientôt ?
On réussit à ré-embrayer sur son livre lorsque je lui montrais les autres dessins que j'avais fais de Sherlock Holmes et John Watson, notamment quelques croquis de la prochaine histoire dont il m'avait parlé. J'adorais parler avec les gens de leurs histoires dans mon ancien monde donc il était vraiment difficile de ne pas proposer un tas d'idées d'enquêtes (que ce soit celles qu'il ferait/aurait dû faire ou que j'avais vu dans d'autres oeuvres à l'avenir). Déjà, une étude en rouge avait quelques détails bien différents de ce dont je me souvenais avec un personnage féminin dans le rôle de la secrétaire du docteur Watson et l'inspecteur Lestrade étant bien plus sympa (ce qui était clairement ma faute, j'avais trop aimé la version de la BBC pour supporter à nouveau celui du livre) que je me souvenais (Gregson était toujours un idiot par contre). Le prochain livre avait l'air encore plus divergent, et je ne pouvais m'empêcher de me demander ce qu'il allait sortir de nos discussions.
Mais bientôt, il fallut partir et c'est en laissant mes dessins là et avec une promesse de s'écrire bientôt qu'on laissait le tranquille petit appartement en direction de Big Ben dans l'optique de rejoindre Road et les jumeaux. Jasdero voulait absolument aller voir le cirque, en ayant entendu parler par des camarades de classe et d'une façon ou d'une autre, il avait réussi à embrigader Road avec lui. Je n'étais vraiment mais alors vraiment pas motivée… Il y avait des animaux et si déjà je trouvais les zoo horribles au XXIème siècle je suis sûre que je n'allais pas beaucoup aimer les roulottes. Et puis… j'avais tellement vu des trucs incroyables dans les vidéos youtube ou à la télé que, bon, un petit cirque de ville… M'enfin, Devit était toujours d'accord lorsque Jasdero prenait la peine de parler pour lui-même et Tyki s'en fichait donc le combat était perdu d'avance.
Jean (qui nous avait attendu en bas avec Mahulda comme promis à Tricia) nous emmena en calèche en périphérie de Londres et nous déposa non loin du Cirque où on trouva Road, les jumeaux et Eliott (Urgh, Mahulda ET Eliott, l'horreur…) à un stand de bonbon. Même si c'était clairement un cirque pour la bourgeoisie voire la noblesse et donc bien plus soigné et propre que ça aurait pu l'être, l'odeur des animaux et des poubelles étaient particulièrement fortes et je ne savais pas comment Road pouvait penser à manger comme ça.
"Eve !" Appela Jasdero et je m'approchais aussitôt avec un sourire pour lui faire un câlin. C'est bon, lui et son frère m'avaient dépassé à ma grande tristesse mais je ne pouvais pas trop dire quand est-ce que c'était arrivé. Ils ne rentraient même plus une fois par mois maintenant et avec mon séjour au manoir Campbell et nos voyages avec Tyki je pouvais compter nos rencontres cette année sur les doigts de mes mains. Les voir plus rarement avait mis en valeur leur évolution, cependant. Ils n'étaient clairement plus les petits garçons émaciés et muets que j'avais rencontré la première fois mais ce n'était plus non plus les enfants curieux mais prudents à qui j'avais dit au revoir lorsqu'ils étaient allés à l'école. Non, j'avais devant moi deux adolescents franchement idiots des fois qui aimaient parler de tout et de rien, faire des blagues, rendre Sheryl fou avec leurs vêtements débraillés et qui, comble de l'absurde, adoraient l'école et s'étaient fait un tas d'amis parmis les nobles garçons de l'internat. Franchement, même en les connaissant dans le manga, je n'aurais jamais pu le croire. Et encore, ils étaient devenus bien différents de l'histoire originale ou en tout cas de ce que je pouvais en voir avec le peu qu'on les voyaient dedans. Quoi que… hé bien, il restait encore des mois avant le canon et s'ils avaient pu changer autant en moins de trois ans, qui sait ce qu'il pourrait encore arriver ?
Mais dans tous les cas… "Cette couleur te va très bien, Jasdero et la coupe est sympa aussi, ça te va encore mieux que la perruque rousse de la dernière fois." Je complimentais le garçon qui répondit avec un petit sourire timide alors que son frère se moquait gentiment de lui. Si les jumeaux avaient déjà fièrement adopté des blousons de cuir, ils n'avaient pas encore pensé à se coudre la bouche et j'en étais infiniment reconnaissante, je ne voulais pas voir ça en vrai. D'un autre côté, Devit avait finalement beaucoup aimé le coffret de maquillage que je leur avaient donné et s'entraînait tous les jours sur son frère et lui et, je l'admettais sans problème, il était doué. Jasdero de son côté adorait les perruques et en avait une nouvelle à chaque fois que je le voyais. Il avait, en fait, déjà essayé une perruque blonde et longue comme dans le manga mais il en avait changé la prochaine fois que je l'avais vu donc je suppose qu'il se cherchait encore ou qu'il aimait juste en changer.
"Eeeeve" Gémit Road en tirant ma main et je clignais des yeux pour voir les autres déjà bien devant nous. M'excusant auprès de Road de m'être perdue dans ma bulle, je la laissais me tirer auprès des autres et prendre nos places à l'intérieur.
Comme je le redoutais, le spectacle n'était pas tellement intéressant pour moi. Je savais qu'il n'y avait aucune chance que j'arrive à faire un jour ce que les trapézistes réalisaient, par exemple mais j'avais déjà vu ce style de numéro cent fois sur internet donc il était difficile de se sentir à nouveau impressionnée. Voir les animaux faire le tour de la piste était aussi désagréable que je le pensais et je ne pouvais même pas être impressionnée comme les jumeaux parce que j'avais déjà vu des éléphants ou des lions. Mais le pire, c'était clairement les clowns. Si j'étais indifférente aux numéros physiques et mal à l'aise par ceux avec des animaux, les clowns me donnaient envie de sortir de la tente en courant tant leurs blagues et attitudes me hérissaient le poil. La sensation était encore pire avec le décalage que créait le public hilare autour de moi. Je suis sûre que je devais faire une tête horrible en plus parce que Tyki me donna un coup de coude pendant le spectacle, levant un sourcil comme pour me demander ce qui n'allait pas lorsque je le regardais. Ne sachant pas trop comment répondre à ça, je haussais les épaules tristement et essayait de ne pas trop faire la gueule pour que les autres puissent profiter du moment. Il n'empêche que j'étais soulagée lorsqu'on put enfin sortir de la tente, c'était un moment désagréable me rappelant beaucoup trop la visite de l'exposition coloniale de Paris avec Tyki pour mon confort…
Je n'eus pas le courage de dire non à Devit lorsqu'il voulut aller voir les fauves après le spectacle mais heureusement Road n'était pas intéressé alors on se sépara. Les garçons allèrent voir les animaux pendant que nous allions essayer les jeux en bois que le cirque avait installés à l'extérieur histoire profiter des clients un peu plus longtemps. Road enchaîna les jeux avec une facilité déconcertante, gagnant plein de petits prix qu'elle donna aux enfants autour d'elle sans y penser. Payant quelques pièces, j'essayais à mon tour de lancer un cerceau en bois sur un piquet pendant que Road me donnait des conseils très utile comme "Sérieusement, Eve, tu n'arrives pas à mieux viser que ça ? Je sais que Tyki t'as appris à lancer des couteaux…" lorsque quelqu'un cria tout à coup à côté de moi.
"Eleanore !" Hurla l'homme avant de tendre la main vers moi mais Mahulda, vive comme l'éclair, lui attrapa le poignet, l'empêchant de me toucher. "Eleanore, c'est vraiment toi ?"
Ho. Il ne criait pas à côté de moi, il criait sur moi. Le regardant mieux, je fronçais les sourcils de confusion. Je connaissais cet homme… Ou en tout cas j'avais l'impression de le connaître, comme un vieux camarade de classe qu'on revoit des années après et dont on ne se souvient plus trop du nom.
"Vous faites erreur Monsieur, vous parlez à Lady Evelyne Campbell, la fille de Monsieur le Duc Campbell." Répondit tout à coup Road en prenant ma main. Elle semblait étrangement sur la défensive, je notais distraitement, fronçant les sourcils et les lèvres plissés. Clignant des yeux, je remontais lentement mon regard vers l'homme. Il portait un regard plein d'espoir et était légèrement échevelé. Il avait les yeux gris, comme moi et les cheveux encore plus pâle que les miens. Non loins derrière lui, Une femme nous regardait, une main sur la bouche, choquée, une fillette plus jeune qu'Eeze au poing. C'était sa femme et sa fille. La pensée me vint sans que je ne sache trop d'où, ça aurait pu être n'importe qui, une simple passante ou sa soeur mais non, mon esprit était catégorique, c'était sa femme et ma nièce.
…
Ma nièce ?
"Tante Evelyne" Appela Road en secouant ma main mais j'avais l'impression de l'entendre de très très loin, comme si ma tête était remplie de coton.
"Eve ?" Appela alors Tyki et je tournais la tête, les yeux troubles pour voir son ombre non loin de nous. Ils devaient être revenu du zoo.
"Tyki, elle saigne !" Appela Jasdero et je levais mécaniquement la main à mon visage avant de la retirer, mes gants blanc taché de sang. Uh. Je saignais du nez. C'était rare ça.
"Qu'est-ce qu'il se passe ?" Grogna Devit et une main se posa sur mon épaule. Tyki ?
"Eleanore ! Eleanore tu m'entends ?"
"Taisez-vous !"
"Eve, vient par là…"
"Je sais que c'est elle ! Eleanore, pourquoi ne réponds-tu pas ?"
"Jean, va chercher la calèche."
"C'est moi, ton frère, Jo…"
"Johan." Je murmurais tout à coup et en cet instant, tout me parut excessivement limpide.
Je n'étais pas Eve, je n'étais même pas Ennael… j'étais Eleanore Ashwood.
Okay, mais alors qui est donc Eleanore Ashwood ? La suite au prochain épisode, ta-ta-daaaaa !
Aussi, cette fic à quatre ans jours pour jours ! Joyeux anniversaire :D Ca aurait aussi dû être le jour de sa fin mais j'ai niqué le planning avec le mariage en fevrier dernier donc booon... Temps pis pour le chiffre rond ^^'
Pensez aux reviews et à la revoyure!
